« Vous et les vôtres avez sur la conscience la mort de Quentin Deranque »
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« Vous et les vôtres avez sur la conscience la mort de Quentin Deranque » : la lettre de Bruno Retailleau à Jean-Luc Mélenchon à lire dans le Figaro :
https://www.lefigaro.fr/elections/presidentielles/vous-et-les-votres-avez-sur-la-conscience-la-mort-de-quentin-deranque-la-lettre-de-bruno-retailleau-a-jean-luc-melenchon-20261009
Lettre à Jean-Luc Mélenchon
On dit parfois que la politique peut rendre fou. J’ignore quelle folie vous a saisi pour que le républicain sourcilleux que j’ai connu au Sénat soit devenu le parrain politique des forces les plus antirépublicaines qui menacent notre pays.
Vous avez été un défenseur intransigeant de la laïcité, et vous voilà aujourd’hui le protecteur des islamistes. Vous avez été un patriote attaché à l’universalisme républicain, et vous êtes désormais le promoteur d’une internationale wokiste et racialiste.
Passer la publicité Vous avez servi comme ministre et parlementaire nos institutions démocratiques, et vous couvrez dorénavant ceux qui préfèrent le tabassage à la loi du suffrage. Le 14 février dernier, Quentin Deranque a perdu la vie sous les coups des barbares que votre mouvement protège et soutient. Je veux bien sûr parler de la Jeune Garde.
Je n’irai pas par quatre chemins : vous et les vôtres avez sur la conscience la mort de Quentin, puisque leurs auteurs sont aussi vos alliés. «La Jeune Garde est alliée et liée au mouvement Insoumis» : ce sont vos propres mots, c’est donc aussi votre responsabilité. Ces violents, vous ne les avez pas seulement légitimés, vous les avez aussi encouragés. Là encore, vos propos parlent contre vous. Voici ce que vous déclariez lorsque, ministre de l’Intérieur, j’avais lancé la procédure de dissolution de la Jeune Garde : « Ces jeunes gens détestent le fascisme.
Je leur donne raison. Bravo, continuez ! » Vous avez été entendu : la Jeune Garde a continué et un jeune homme a été massacré. Mais ce n’est pas tout. Après que vos alliés eurent pris la vie de Quentin, vous lui avez volé jusqu’à son statut : à vous entendre, il l’avait bien cherché, ce n’était plus lui la victime, mais vous et vos amis Insoumis.
Quelle indécence…
Retourner l’accusation, inverser les responsabilités : ce procédé de victimisation, vous le maîtrisez à la perfection. Depuis des années, vous l’employez pour excuser les responsables de l’ensauvagement, et vous l’utilisez aujourd’hui pour dédouaner votre mouvement. La stratégie est d’autant plus efficace que votre parti bénéficie d’une indulgence coupable, et parfois complice, dans bien des sphères politiques, institutionnelles et médiatiques. C’est le privilège Insoumis. Celui qui vous a permis de faire passer l’antisémitisme virulent qui sévit dans vos rangs pour un humanisme compatissant à l’égard de Gaza, votre soutien aux tyrans d’Amérique du Sud pour un tiers-mondisme romantique, et votre haine antiflics pour un plaidoyer en faveur de l’État de droit. Je l’admets, vous êtes habile. Mais de l’habileté dont sont faits les cyniques. Car dans votre volonté de tout conflictualiser, je vois d’abord la dérive d’un homme qui a tout trahi. Tout ce qui fait la noblesse d’une tradition politique et intellectuelle qui n’est pourtant pas la mienne mais dont je connais la valeur, celle de la gauche républicaine.
Le combat pour la dignité des classes populaires, vous le désertez pour ferrailler sur le terrain dangereux des luttes communautaires. La cause de l’instruction comme celle de la liberté d’expression, vous les piétinez en emboîtant le pas aux sectaires de la cancel culture qui sévissent sur les campus américains. La défense de la nation civique, vous la reniez au nom d’une créolisation qui vous conduit aujourd’hui à revendiquer la théorie du grand remplacement. Vous avez aussi bien trahi Ferry que Jaurès, Renan que Clemenceau.
"Votre nouvelle France, c’est le nouveau sectarisme" Bruno Retailleau
Le condensé de toutes vos trahisons, c’est votre concept de « nouvelle France ». Car je veux dire aux Français ce qu’elle recouvre réellement.
Votre nouvelle France, c’est le nouveau sectarisme.
Dans les municipalités que LFI dirige, vos amis font la chasse aux fonctionnaires dont les opinions leur déplaisent, et le nouveau maire de Saint-Denis appelle à l’insurrection en cas de victoire du RN en 2027. Partout dans le pays, vous traquez ceux qui veulent seulement conserver ce qui fait le sel de notre mode de vie. Vous voulez démonter les crèches, déboulonner les statues et même prohiber les banquets. C’est le retour de la pulsion révolutionnaire et insurrectionnelle, cette volonté rageuse de détruire et d’interdire qui, dans l’histoire, a toujours mené au pire.
Votre nouvelle France, c’est aussi le nouvel antisémitisme. Non seulement vous reprenez à votre compte la propagande du Hamas, mais vous remettez au goût du jour les pires procédés des tribuns antisémites des années 30, en faisant rire à gorge déployée votre public avec des jeux de mots sur les patronymes d’origine juive.
Votre nouvelle France, c’est également le nouveau racisme. Celui qui est tu, mais qui pourtant existe. Le racisme anti-Blancs. « Tout Blancs, tout moches que vous êtes » : vos mots arment la haine de tous contre tous, pour une guerre des races que vos discours préparent. Cette guerre, la souhaitez-vous ? Je voudrais croire que non, mais j’en doute.
Cher Jean-Luc Mélenchon, votre nouvelle France, c’est tout simplement la fin de la France. Non, il n’y a pas une France ancienne et une France nouvelle. Il n’y a pas une France des Blancs et une France des Noirs ou des Arabes. Comme il n’y a pas une France des riches et une France des pauvres. Il y a la France, tout simplement. La France des Français qui veulent le rester. La France des Français qui ne veulent ni remplacer ni être remplacés, mais qui désirent seulement vivre d’un même patriotisme, quelles que soient leur couleur de peau, leur religion ou leur condition.
Jusqu’où irez-vous, Jean-Luc Mélenchon ?
Nul ne le sait, et c’est bien là tout le problème. Car vous n’avez, en définitive, aucune limite pour gagner quelques voix. C’est pourquoi les vrais républicains ne doivent avoir à votre égard aucune faiblesse. N’en déplaise à ceux qui au sein du bloc central, lors des élections législatives de 2024, ont appelé à glisser un bulletin LFI contre le RN, jamais je n’appellerai les électeurs de droite à voter pour La France insoumise ou ses alliés.
J’assume d’ailleurs de ne pas tracer une ligne d’équivalence entre votre parti et le Rassemblement national. Si je combats résolument le projet de ce dernier, je fais une différence entre les démagogues qui promettent la lune aux Français, en ayant changé d’avis sur tout, uniquement pour plaire, et les idéologues qui, comme vous, projettent le chaos pour la France. Les premiers sont des concurrents dans une compétition électorale dont ils acceptent les règles démocratiques et les principes républicains, les seconds sont des adversaires. Vous êtes, Jean-Luc Mélenchon, mon seul adversaire. Puisque vous seul êtes une menace politique pour la République.










