Participer au Grand Débat ?

Natacha GRAY • 8 mars 2019

Dans les oppositions à la majorité présidentielle, les avis sont partagés et je le suis moi-même intérieurement aussi. Les considérations développées ci-dessous ne sont qu’un point de vue et n’engagent que ma responsabilité.

Il serait dangereux de ne pas répondre. D’un côté ne pas répondre, c’est renoncer à une occasion rare de donner enfin son avis et de participer au débat démocratique mais également laisser la place à tous les lobbies qui, eux, seront organisés et vont s’en donner à cœur joie pour tenter d’infléchir les résultats en leur faveur. Je pense notamment aux lobbies écologistes dont le combat n’est pas illégitime en soi mais la dramatisation de la situation, le discours moralisateur et culpabilisant, la volonté d’agir dans l’urgence sans se soucier des conséquences à court terme sur les générations d’aujourd’hui, le côté totalitaire et jusqu’au-boutiste, leur attachement à la fiscalité punitive et confiscatoire et les liens avec tous les business qui lavent plus vert que vert me semblent parfois bien plus inquiétants que l’apocalypse qu’ils décrivent pour après-demain.

On peut aussi s’inquiéter face à une réponse massive des mouvements anarchistes et d’extrême gauche parfaitement organisés, qui en profiteront pour faire avancer leur idéal de démocratie directe au détriment de la démocratie représentative, qui a certes montré ses limites, mais qui reste de toute évidence un moindre mal face au constat de ce qu’est devenu en quelques mois le mouvement des Gilets jaunes, rassemblant aujourd’hui une majorité de partisans de la démocratie directe et des relations égalitaires horizontales, incapables de se mettre d’accord sur des revendications unitaires, totalitaires dans leurs discours globalisants, voulant imposer leurs vues par la violence de masse. Malheureusement souvent inculte économiquement, adepte de solutions simplistes et souvent irréalistes, cette nouvelle Bien-pensance liberticide, puisqu’elle n’accepte ni discussion ni opposition, n’a engendré que le chaos, y compris en interne. Comme l’a fait remarquer Alain Finkielkraut, les Gilets jaunes, ou plus exactement ce qu’ils sont devenus, gangrénés et récupérés par les mouvances d’extrême-et ultra-gauche, d’ultra-droite, anarchistes, islamistes…, à l’opposé de ce qu’ils défendaient initialement, sont devenus à leur corps défendant, par le triste spectacle qu’ils offrent désormais des faiblesses d’un système égalitariste, horizontal, sans représentant accepté par tous, les meilleurs défenseurs de la démocratie représentative qu’ils exècrent. De l’art de se tirer une balle dans le pied ! Encore une preuve que le sens commun, les certitudes des masses, ne peut être confondu avec le bon sens (celui qui fait intervenir le doute, la raison, l’examen lucide des possibles et la pesée honnête des intérêts de toutes les parties).

On pourrait ajouter à ces lobbies tous les adversaires de la laïcité, les partisans d’une charia à la française… Que sais-je encore ? De toute évidence tous ces groupes, puissants, organisés, rompus à la propagande et au lobbying, vont tenter massivement d’infléchir les résultats en leur faveur. Il est d’autant plus dangereux de leur laisser la place que sur bien des points, ils deviennent des alliés objectifs du gouvernement et du président qui peuvent trouver dans leurs revendications une légitimité pour revenir imposer leur fiscalité écologique, leur révision de la loi de 1905, la réforme constitutionnelle empêchée par l’affaire Benalla …


Mais répondre est également dangereux. D’un autre côté, comment répondre sans entrer dans le jeu habile de Macron ? Car le questionnaire proposé est fermé, davantage sondage qu’appel à propositions et, occultant volontairement certaines questions qui gênent et qui étaient précisément au cœur des préoccupations majeures des Français exprimées pendant la campagne présidentielle et dans les premières manifestations des Gilets jaunes (la sécurité, l’immigration, les atteintes à la laïcité, les progrès de l’islamisme …). Des quatre grands thèmes proposés, seul celui qui concerne la fiscalité et les dépenses publiques répond aux revendications initiales, même si le questionnaire n’aborde pas directement ce qui était reproché au système (la surtaxation des classes moyennes, l’injustice fiscale). Le reste, « la démocratie et la citoyenneté », « l’organisation de l’Etat et des services publics », « la transition écologique », c’est le projet de Macron, pas celui des citoyens qui ont exprimé leur colère en novembre. Certes il est possible de s’exprimer en dehors de ces quatre thèmes encadrés par des questions ciblées, mais il est incontestable qu’elles orientent la réflexion et il est probable d’une part que nombre de citoyens pressés s’en contenteront, permettant au gouvernement de démontrer par défaut que ses priorités sont aussi celles des Français, d’autre part que la communication gouvernementale s’appuiera davantage sur les résultats de ce sondage que sur la collecte de propositions forcément disparates et contradictoires.


Alors que faire ? Une solution pour nombre de mouvements d’opposition a été de proposer à leurs adhérents et sympathisants leur propre sondage, en ajoutant des questions volontairement « oubliées » par le gouvernement. Cette consultation en interne a d’une part l’avantage de faire le point sur les revendications des membres de ces mouvements, ce qui permet entre autres de peaufiner le programme pour une éventuelle candidature pour les européennes, d’autre part de se donner une occasion de réunir les sympathisants, de remobiliser les adhérents, de se rencontrer, d’échanger, ce qui n’est jamais vain. Malheureusement, nombre de ces sondages en interne, même organisés autour de questions plus nombreuses, sont restés prisonniers des thèmes sélectionnés par l’équipe présidentielle. J’ai ainsi sous les yeux, le questionnaire d’un mouvement dont je suis adhérente : à lire cette série de questions ronronnantes, bien-pensantes et consensuelles, j’en déduis que Macron a donc bien réussi son coup en tirant le débat vers ce qui l’intéresse.


Les deux pièges du questionnaire gouvernemental et de ceux qui s’en inspirent trop


Primo le côté institutionnel domine . Interrompue donc par l'affaire Benalla, la révision constitutionnelle revient sur le devant de la scène par ce subterfuge. Et tout le monde fonce la tête la première dans le piège gouvernemental. Surfant sur l’antiparlementarisme réactivé par le mouvement , nul doute que le président arrivera à flatter l’opinion dans le sens du poil et à se conforter en faisant passer la réduction du nombre de parlementaires, peut-être même la suppression du Sénat dont les Français peinent à comprendre l’utilité mais qu’Emmanuel Macron a bien perçu, notamment au travers de la commission d’enquête, comme un frein à sa toute-puissance alors que le quinquennat et la quasi simultanéité des élections présidentielle et législatives assurent tout président nouvellement élu d’une large majorité godillot à la chambre des députés.

Et que dire de ce stupide, dangereux et démagogique référendum d’initiative citoyenne (RIC), quelle aubaine pour lui, un moyen de pouvoir contourner tous ces maudits corps intermédiaires qu’il méprise mais qu’il fait semblant de redécouvrir aujourd’hui. De plus le RIC existe déjà, sous la forme du RIP, référendum d’initiative partagé introduit par la révision constitutionnelle de 2008. : on pourrait à la limite conserver la nouvelle dénomination (citoyen sonnant mieux que partagé) et discuter des seuils, sans doute élevés, qui font que jusqu’à présent ce dispositif n’a jamais été à ce jour utilisé (il faut la signature d’un dixième du corps électoral, que le Sénat propose de descendre de 4,7 à 2 millions, et un cinquième des parlementaires) Pour ma part, je souhaiterais comme beaucoup d’entre nous des évolutions institutionnelles, notamment la reconnaissance du vote blanc, l’introduction d’une dose de proportionnelle pour éviter la frustration d’électeurs qui, malgré des scores élevés, ne se voient pas représentés à l’Assemblée, un abandon du non-cumul des mandats, notamment pour a ncrer à nouveau les députés sur le terrain, un retour au septennat et une désolidarisation des élections, pour pouvoir recadrer le gouvernement à mi-mandat, assurer les gouvernements du temps long de l’action, qui permet d’obtenir des résultats avant de revenir devant les électeurs et éviter que nos élus ne soient en campagne présidentielle permanente. Mais, même si tout cela m’intéresse, je ne le juge pas prioritaire et je ne veux pas me précipiter docilement dans le piège d’un « débat » qui les ventile, disperse et noie dans la masse parmi d’autres thèmes imposés.


Il en est de même de la « transition écologique» qui est l’autre gros, sinon principal, volet de ce questionnaire. À dire vrai, j’en ai ras la casquette de cette expression prétexte et fourre-tout qui ne veut rien dire de précis et qui, surtout, n’est pas au cœur des préoccupations de la plupart des gens que je rencontre, à l’exception des plus gâtés par la vie, dont la fin du mois aisée est assurée et qui peuvent effectivement utiliser une partie de leur temps, de leur énergie et de leurs revenus à préparer la vie des générations futures . Quand on pense que c’est justement contre cette écologie prétexte que le mouvement s’est structuré ! Et on chercherait à nous la faire ingurgiter à nouveau ? Sur le mode : vous ne vouliez pas en parler ? Tant pis pour vous, on vous la ressert d’une autre manière, vous allez en bouffer quand même.

Vous voulez-vous que je vous dise ce que j’en pense de leur « transition écologique » ? Mais je m’en tape un point qui donne une idée de l’infini ! Comme un grand nombre de mes compatriotes, je n’ai pas attendu cette bande de bien-pensants ni les khmers verts de la deep ecology pour la préparer à ma manière. Économies d’énergie, d’eau, imposées par des raisons budgétaires également, circuits courts, recyclage, vie saine, mode de vie par goût peu carnassier et rééduqué de facto par les scandales alimentaires. Informés des enjeux à long terme, nous changeons tous nos pratiques lentement, à chaque fois que ce qui est jugé souhaitable est expliqué, bien évidemment accompagnées mais jamais contraint. Car quand on ne peut pas, on ne peut pas. Combien d’entre nous, pollueurs malgré eux, mais infiniment moins que le trafic aérien ou maritime, qui ont vu leur vieille voiture de vingt ans d’âge recalée au nouveau contrôle technique, aurait préféré rouler en voiture neuve dotée des nouvelles technologies et de la fameuse vignette Crit’air1. Mais il est certain que, même lorsqu’on le souhaiterait pour des raisons budgétaires ou par conscience écologique, l’on ne va pas abandonner la voiture indispensable à son travail, à ses loisirs, aux visites à la famille travail tant qu’on ne nous offre pas une alternative par les transports en commun ou par le télétravail. Ainsi, depuis que les bus dits « Macron » ont été mis en place, je ne prends plus ma voiture sur les trajets où je peux lui substituer ces fameux bus moins chers, aux itinéraires variés et aux horaires de départ nombreux. C’est aussi simple que cela, inutile de nous en rebattre les oreilles ainsi.

J’ai mentionné ici volontairement d’autres motifs de déplacement que la simple mobilité quotidienne domicile-travail car, dans l’étrange dialogue de sourd qui a suivi les premières revendications des Gilets jaunes (centrées sur la révolte fiscale et le pouvoir d’achat), nombreux furent les donneurs de leçons arrogants à pointer du doigt ici un smartphone dernier cri, là une puissante berline, là un reste à vivre « permettant de vivre », vivre s’entendant, pour ces nantis méprisants et dégoulinants de bonne conscience écologique, avoir un toit et se nourrir, refusant à ceux qui se plaignaient le droit, au même titre qu’eux, au loisir, au beau, à la qualité, à s’offrir généralement à crédit ce qui nous fait le plus plaisir, à combler tel ou tel souhait de leurs enfants, à leurs offrir des études selon leurs vocations et leurs capacités, à souscrire un crédit et à pouvoir le rembourser sans être à la merci de règles du jeu fluctuantes. Car les premiers Gilets jaunes demandaient avant tout à bien vivre de leur travail, ou tout au moins à ne pas vivre moins bien qu’hier en travaillant toujours davantage. Dans une société développée, celui qui a un emploi et participe à la solidarité nationale peut avoir d’autres ambitions légitimes que de ne pas se cantonner à travailler puis à reconstituer sa force de travail.

Accompagner la transition écologique, c’est offrir une alternative qui, peu à peu, fait changer les comportements. Ce n’est pas imposer, détruire la qualité de vie d’autrui par des mesures contraignantes voire confiscatoires. L’écologie punitive produit les effets inverses de ce qu’elle était censée favoriser. Dans la formule « transition écologique », il y a d’abord transition, ce qui suppose du temps, une évolution, une certaine lenteur et absolument pas cet affolement généralisé sur des prétextes d’urgence proclamée par ceux-là mêmes qui y voient un intérêt lui aussi immédiat (la taxe pour le gouvernement, le green washing pour tous les margoulins de la green economy , les subventions pour les associations et plus généralement pour tous ces médiocres écologistes à la française - rien à voir avec les Grünen- qui ne parviennent pas trouver sur le plan électoral la justification de leur existence coûteuse). Exactement de la même façon que dans « développement durable », traduction stupide sous forme d’oxymore du sustainable development , il y a aussi et même d’abord développement. Et le développement, cela suppose que l’on avance, ce ne sont pas des contraintes permanente, un retour vers l’âge de pierre, c’est le droit de vouloir vivre aujourd’hui mieux qu’hier. Au lieu de nous emmerder avec ces questions nos élus feraient mieux de lire le prix Nobel Amartya Sen, Ils comprendraient ce que c’est que le DD, la prise en compte du temps long et des leçons de l’Histoire, que ce concept n’a jamais signifié au départ la nécessité d’emmerder voire d’empêcher de vivre décemment les générations d’aujourd’hui au nom de générations hypothétiques et de moyens techniques inconnus de demain. Et ils verraient comment, en dépit de discours catastrophistes sur la fin des ressources, l’ingéniosité humaine s’est toujours adaptée. En d’autres termes, quand aujourd’hui la question numéro un est le pouvoir d’achat et les questions que l’on se pose au quotidien sur la façon de finir le mois, venir nous enquiquiner avec ce qui arrivera peut-être aux générations de demain, autant dire que nous sommes nombreux à nous en brosser le nombril avec le pinceau de l'indifférence.


Tout cela pour dire que s’il y a des questions qui m’horripilent vraiment, ce sont bien ces deux-là, la transition écologique et la réforme institutionnelle : l’une parce que je vois le piège gros comme l’Élysée et l’autre parce qu’en plus d’être aussi un piège, il annonce la justification de taxes à venir, les deux parce que leur donner de l’importance aujourd’hui, c’est foncer tête baissée dans le panneau en faisant le jeu de Macron . Ces deux questions, ce sont deux gros arbres ventripotents qui cachent la forêt.


Alors qu’est-ce qui m’intéresse, comme nombre de mes compatriotes?


1) Le pognon, les pépettes, le flouze, l’oseille . Bref le pouvoir d’achat. C’était la préoccupation n°1 des premiers Gilets jaunes. Bon sang c’est si difficile d’en parler sous tous les angles et sans fausse pudeur au-delà de quelques questions fort heureusement placées ici au début du questionnaire, ailleurs clairsemées et perdues dans la masse. Un des effets les plus positifs du mouvement initial des Gilets jaunes, c’est d’avoir fait sortir cette question des tabous et que nombre de gens qui sont au-dessus des seuils , notamment entre 1300 et 3000 euros osent enfin parler de surtaxation, de paupérisation pour les plus bas revenus, de déclassement pour les autres, d’étranglement fiscal, de ras le bol généralisé (je l’ai noté notamment dans le milieu enseignant où enfin une majorité ose enfin parler d’argent et non plus simplement de façon indirecte crier leur mal-être au travers des questions de pédagogie et autres « blablatitudes »). Le pouvoir d’achat, c’est la question première, principale, et voilà qu’on l’étouffe au milieu de toutes ces questions qui portent tous azimuts sur des sujets dont on se contrefiche dans l’immédiat.

Et il faudrait aussi évoquer les corollaires du pouvoir d’achat : le niveau d’imposition, les taxes, le reste à vivre et la part de responsabilité qu’on nous laisse dans la façon de le gérer. Doit-on imposer sur le revenu dès le premier euro gagné ? D’un côté le coût d’une telle mesure par rapport aux sommes récoltées dissuade de mettre en place le dispositif de collecte et de contrôle adéquat. De l’autre, imaginer un impôt symbolique dès le premier euro reçu ou gagné aurait l’avantage de créer un sentiment d’appartenance à un tout. Pour les personnes issues de l’immigration notamment, pour ceux qui, sans emploi, se sentent des exclus de la société, participer à la solidarité nationale, contribuer même modestement par les impôts au financement des services publics et au Bien Commun, est aussi un symbole d’intégration, comme le révèlent nombre de témoignages a posteriori de familles passées de la pauvreté aisée au travail rémunéré et imposé.

Mais la principale question reste celle-ci : ne devrait-on pas plutôt tenir compte non pas des revenus imposables mais du reste à vivre une fois les impôts et dépenses contraintes payées, souvent inférieur pour les classes moyennes dont les revenus du travail sont au-dessus des seuils et qui ne sont éligible à aucune aide, au pouvoir d’achat de familles souvent sans emploi bénéficiant d’aides diverses non imposables (APL, allocations familiales, aides aux parents isolés, RSA, allocations journalières pour les congés maladie, chèque énergie, bourses…). En clair ne faudrait-il pas imposer, pour une question de justice (mais également d’incitation à chercher ou retrouver un emploi), au même titre que les revenus du travail, les prestations familiales et tous les transferts sociaux en général qui augmentent le revenu global et procurent un pouvoir d’achat souvent supérieur à celui de travailleurs surimposés et non aidés?

Doit-on créer de nouvelles tranches pour diminuer la fiscalité sur les classes moyennes inférieures ? Pense-t-on vraiment qu’en taxant encore davantage ceux qui sont déjà surtaxés cela va rendre plus supportable la vie de ceux qui ont le moins ? Va-t-on résoudre le problème de la France en recréant, à côté des juifs, des homos, des francs-maçons, des arabes, de nouveau boucs émissaires que seraient les élus et les riches ? Parce que je suis contre l’impôt sur la fortune qui existe déjà de facto , et encore davantage contre l’impôt injuste sur la fortune mobilière instaurée par Macron en remplacement, je ne veux pas qu’on élude la question : doit-on faire payer les riches? Précisément parce que j’ai envie de montrer que la réponse n’est pas là, que l’effet serait contre-productif, que cet impôt existe déjà, je souhaiterais donc qu’on en parle. Il faut tout mettre sur la table : qu’a-t-on gagné en supprimant (en apparence) l’impôt sur la fortune ? Que gagnerait-on en le recréant ? Seul un bilan honnête permettra d’y voir clair.


2) L’insécurité et les moyens de rétablir l’ordre dans les zones de non droit reste une préoccupation majeure pour nombre d’entre nous. Quel pouvoir donner à la police ? Doit-on revoir la législation, notamment sur les mineurs ? Remettre sur la table la question de la déchéance de nationalité pour les faits de terrorisme ? Faut-il instaurer un traitement spécifique de ses quartiers ? Une justice parallèle accélérée ? Comment réagir lors des émeutes et des violences contre les policiers ? Contre les enseignants, les pompiers, les médecins, les agents du service public en général ? Comment lutter contre la christianophobie, le racisme anti blanc? Déjà en reconnaissant que cela existe et qu’il est devenu une des formes majeures du racisme en France aujourd’hui. Il faut que tout cela soit clarifié, revoir les droits des forces de l’ordre, les moyens de faire respecter l’autorité, que tout cela soit inscrit clairement dans notre législation.


3) Les questions d’immigration , souvent en lien avec la question 2, sont une autre des principales préoccupations des Français. Que faire contre l’islamisme radical, que peut-on encore tolérer? Que ne doit-on plus tolérer ? Comment réagir? Comment sortir du deux poids deux mesures qui s’exprime souvent par frilosité, peur, clientélisme, constat d’incapacité ou refus idéologique de reconnaître des réalités difficiles (mansuétude pour les uns dans les zones de non-droit, sévérité pour les autres), ce qui pousse nombre de nos compatriotes vers les extrêmes, l’extrême-droite en particulier, qui seuls semblent entendre leur désarroi et ne pas pratiquer le déni de réalité?

Comment faire respecter la laïcité ? Comment faire tomber les tabous qui poussent beaucoup, prisonniers de la rhétorique victimaire, de peur d’être accusés d’islamophobie, à nier les réalités et à culpabiliser (voire à transformer des victimes en coupables, et réciproquement) ceux qui osent faire part de leur colère ou de leurs inquiétudes? Qu’est-ce que l’identité de la France et que chaque habitant est censé respecter ? Sur quoi s’est-elle construite ? Quels en sont les piliers ? (lire à ce sujet dans Lignes Droites ici, et encore là). À partir de ce que l’on aura fixé, on saura ce qui doit être préservé, quitte à inventer de nouveaux moyens, une nouvelle législation, un nouveau discours pour lutter contre ceux qui n’ont de cesse de s’attaquer à nos valeurs et de saper les bases du pacte républicain.

Mais hélas, là encore, la plupart des questionnaires qui nous sont proposés font du Macron ou du Philippe, repoussant pudiquement la question de l’immigration et surtout des difficultés d’intégration en fin de questionnaire par le biais de quelques questions trop imprécises . Histoire de dire : on en a parlé. Allez hop circulez, y’a rien à voir .

Il est trop facile de multiplier les questions, de taire celles qui fâchent ou de les repousser à la fin de longs questionnaires quand le lecteur n’a plus envie d’écrire ou ne les voit même pas, de les rendre moins nombreuses que les autres , histoire ensuite de prétendre, au vu des réponses qui y auront été consacrées, que ce ne sont pas les questions qui intéressent majoritairement les Français. Un questionnaire fermé comme celui que le gouvernement propose fait dire ce qu’il veut. Et on prétend ensuite que ce dont on n’a pas parlé n’est pas prioritaire. CQFD. Trop facile de prétendre une question sans intérêt si on ne pose pas les questions qu’il faut ou si on la noie volontairement dans la masse.


4) Quelle Europe ? Veut-on encore de celle -là ? Comment réintroduire de la subsidiarité? De la souveraineté ? De la liberté ? Comment la rendre moins technocratique ? Créer un sentiment d’appartenance ? On peut aussi inverser le raisonnement et se demander pourquoi l’Europe suscite parmi des citoyens de plus en plus nombreux, et dans tous les pays, au mieux scepticisme et colère, le plus souvent un sentiment de rejet, jusqu’à l’europhobie. On ne convainc jamais, comme l’ont montré les déboires de la fiscalité écologique punitive et confiscatoire, par la technocratie arrogante, le manque de transparence dans les décisions, la contrainte normative, les obligations législatives vécues, quand elles n’ont pas été discutées et qu’elles ne sont pas respectueuses des identités et coutumes locales, comme autant de mesures liberticides décidées dans l’entre-soi par des fonctionnaires hors-sol.


5) Quelle est la véritable France périphérique ? Au sens géographique, au sens économique, au sens qu’elle est silencieuse , discrète et oubliée des élus ? Que faire pour la revitaliser ? La désenclaver ? Y remettre des services publics ? Inciter le privé à y revenir ?

Il y en a vraiment assez de ces discours convenus et de cette incapacité d’appeler un chat un chat , un islamiste un islamiste, une racaille une racaille, un profiteur un profiteur, un problème d’immigration un problème d’immigration, une question d’argent une question d’argent, une injustice notoire une injustice. Et de constater qu’en pensant le combattre et le contrer par des questionnaires parallèles qui ne font que reprendre les thématiques imposées, en les formulant autrement ou en les précisant par des questions plus nombreuses, on fait le jeu de Macron qui reste, dans ce débat, le maître des horloges. Personnellement, lorsque je participe à des consultations çà et là, j’omets volontairement les questions institutionnelles et concernant la transition écologique. Non pas qu’elles n’ont pas leur importance, mais elles ne sont pas mes priorités et je ne tiens pas à les noyer au milieu de questions qui ont pour objectif de les enfouir dans la masse et de faire avancer les priorités du gouvernement. Je ne veux pas être un de ces trop nombreux idiots utiles de la macronie qui prétendent le combattre mais entrent dans un jeu dont les dés sont pipés.



par Alain Weber sur X 9 août 2026
Un post d’Alain Weber publié sur X, dont nous partageons pleinement l’analyse et les conclusions à propos de ce que nous considérons comme la lie du paysage politique actuel : Gabriel Attal et Dominique de Villepin : https://x.com/alainpaulweber/status/2084392385279041632 "Je ne supporte pas Gabriel Attal. Cette agitation perpétuelle, cette manie de confondre vitesse et profondeur, cette autorité sous tension qui tient plus du réflexe que de la pensée, tout sonne faux, forcé, surjoué. Mais voir Dominique de Villepin monter en chaire pour lui faire la morale relève du théâtre de grand Guignol. D’un côté, Attal : l’énergie sans cap, la fermeté d’affiche, le volontarisme d’apparat. Ça gesticule, ça simplifie, ça promet avec la vitesse et la force de quelqu’un qui sait qu’il ne tiendra pas ses engagements. Une politique à l’adrénaline, où l’effet remplace l’idée. De l’autre, Villepin : la voix grave, le verbe ample, la posture impeccable. Il parle comme on déclame, avec cette assurance tranquille de ceux qui se regardent penser. Mais à force de hauteur, il par perdre tout contact avec la réalité et finit par flotter dans son immensité intellectuelle… L’un s’excite, l’autre se contemple. L’un fait du bruit, l’autre fait de l’écho. Et puis il y a ce double jeu à peine dissimulé : Dominique de Villepin, devenu tribun d’une gauche immigrationiste, sur ordre du Qatar , et Gabriel Attal, socialiste pressé qui voudrait faire croire qu’il est de droite. Deux trajectoires, deux discours, un même parfum d’imposture. Bref, deux calamités. Deux profils qui devraient se tenir extrêmement loin du pouvoir si l’on veut laisser à ce pays une chance de s’en sortir." 
par Dominique Reynié dans FigaroVox 9 août 2026
"L’écologisme est en contradiction avec la marche d’un monde avide de croissance comme avec la volonté des Français de maintenir leur niveau de vie et de l’accroître si possible" Longue interview de Dominique Reynié par Alexandre Devecchio dans FigaroVox https://www.lefigaro.fr/politique/dominique-reynie-l-ete-2026-aura-montre-que-l-ecologisme-est-devenu-l-ennemi-de-l-ecologie-20260802 LE FIGARO. - Selon beaucoup d’observateurs, les incendies ne relèvent pas seulement de la catastrophe naturelle, ils sont aussi le résultat de choix politiques liés à une certaine écologie. Les militants écologistes ont ainsi lutté pendant des années contre le débroussaillement, la gestion forestière ou encore les retenues d’eau… Peut-on parler de catastrophe politique ? DOMINIQUE REYNIÉ. - Je le crois. Il faut que nous apprenions à distinguer entre, d’une part, l’écologie , qui désigne à la fois une science et une préoccupation pour l’environnement, pour le vivant, pour sa fragilité et, d’autre part, l’écologisme, qui est une idéologie construite et mobilisée pour servir un projet de conquête du pouvoir. On comprend aisément que le réchauffement climatique favorise la propagation des incendies . Mais la catastrophe que nous vivons est en effet le résultat d’une détermination politique particulière, celle de l’influence pernicieuse de l’écologisme sur l’action publique. Dès les premiers incendies, les chaînes d’information continue accueillaient des intervenants établissant explicitement une relation directe de cause à effet entre le réchauffement climatique et les incendies, comme si le feu avait pris spontanément, dans une atmosphère surchauffée. On a vu des représentants d’Oxfam - qui se définit comme « une association de solidarité internationale qui lutte contre la pauvreté, les inégalités et le changement climatique » - expliquant les incendies par le réchauffement climatique, et mettant aussitôt en cause nos modes de vie, la croissance économique, les entreprises, le « capitalisme », etc. Il aura fallu un peu de temps avant de commencer à discuter des défaillances des politiques publiques, des investissements insuffisants ou trop souvent différés, des causes des départs de feu. À lire aussi Climatisation, incendies, nucléaire… L’été dantesque consacre la défaite de l’écologisme politique Surveiller les forêts, perfectionner les outils pour les combattre, sanctionner les comportements imprudents, punir les actes coupables, etc., tout cela dépend d’une stratégie, d’une organisation, de moyens financiers, humains et techniques, c’est-à-dire d’une bonne politique, mais c’est celle à laquelle les écologistes n’ont cessé de s’opposer, aidés d’ailleurs en cela par LFI. Les tragiques incendies de l’été 2026 nous montrent, pour la première fois, qu’une catastrophe écologique n’est pas seulement l’effet du climat ou de la globalisation économique, mais aussi de l’influence de l’écologisme, qui abuse d’images évidemment impressionnantes sans laisser suffisamment de place à des argumentations rigoureuses. Le discours écologiste est tellement pesant et anxiogène qu’on en est arrivés à inventer le terme d’écoanxiété pour caractériser cette angoisse dont les dégâts produits sur l’opinion publique, en particulier sur les nouvelles générations, sont considérables. Ne leur répète-t-on pas, finalement, que vivre est un cauchemar, voire une faute et que la nature serait victime de l’humanité ? Depuis les années 1970, les écologistes ont gagné en notoriété grâce à une politisation extrême des problèmes environnementaux De l’affaiblissement de notre filière nucléaire aux incendies, en passant par notre retard en matière de climatisation dans un contexte de réchauffement climatique, sommes-nous en train de payer les conséquences de l’influence politique de cet écologisme ? Rappelons de quoi est fait cet écologisme. Il est hostile à la croissance économique, aux entreprises, à l’innovation, souvent aux progrès scientifiques, à ce qui est la source de la plupart des solutions politiques aux grands problèmes que rencontre le monde. Les écologistes ont avec l’écologie la même relation que le RN avec l’immigration : c’est un enjeu existentiel ; c’est leur raison d’être. Pour les écologistes comme pour le RN, un monde de solutions est un monde où ils n’ont plus leur place. Depuis les années 1970, les écologistes ont gagné en notoriété grâce à une politisation extrême des problèmes environnementaux, en imputant sans nuance aux États et à leurs dirigeants la responsabilité des phénomènes et des catastrophes climatiques. Les voici aujourd’hui à leur tour désignés parmi les responsables de cette catastrophe. L’été 2026 aura établi aux yeux de tous que, en fait, cet écologisme peut être l’ennemi de l’écologie. La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, s’est montrée hostile à l’extension de la climatisation avant de menacer de démissionner à la suite de l’adoption de la loi d’urgence agricole. Que cela révèle-t-il ? Les partis de centre gauche et de centre droit se laissent-ils trop souvent intimider par l’écologisme radical ? Assurément. Le principal problème posé par l’écologisme est politique et, plus précisément, démocratique. L’écologisme est parvenu à prendre le pouvoir sans avoir réussi à convaincre les électeurs. Ainsi, face au dérèglement climatique, qui aurait dû les avantager, les écologistes ont choisi de répondre non par le marché, la société civile, la créativité, l’initiative et l’innovation, mais par le projet démesuré de « sauver la planète » grâce à une « transition écologique » conçue et conduite depuis Bruxelles, pour l’Union européenne, et depuis Paris pour la France. Ces idées relèvent d’une conception suradministrée des affaires publiques. Le résultat est le déploiement d’un régime de réglementations, d’autorisations, de contrôles et de surveillances de plus en plus étroit, intrusif et sévère, sans égard pour les libertés individuelles, et d’ailleurs sans effet sur le réchauffement climatique. Cet écologisme par les normes, cet écologisme bureaucratique, s’est non seulement mis en place sans avoir eu besoin de l’assentiment des électeurs, mais aussi sans les en avoir informés, de même qu’ils ne furent pas informés, entre 1997 et 2017, du quasi-abandon de notre filière nucléaire, qui constitue pourtant notre plus grand atout industriel, ainsi que notre meilleure réponse aux défis de la souveraineté énergétique et du réchauffement climatique. En ce sens, on peut considérer le mouvement des « gilets jaunes » comme un premier coup d’arrêt populaire imposé à l’idéologie écologiste, un coup d’arrêt d’ailleurs opéré selon une méthode manifestante et non électorale, comme s’il s’agissait, pour les « gilets jaunes », de répondre à l’écologisme avec ses mêmes méthodes de blocages protestataires et de confrontations violentes. Je dirais que l’écologisme est en train de perdre la bataille législative et gouvernementale Le virage pronucléaire d’Emmanuel Macron a-t-il été un tournant ? L’écologisme radical est-il en train de perdre la bataille culturelle ? Je dirais que l’écologisme est en train de perdre la bataille législative et gouvernementale. Cependant, la récusation électorale de l’écologisme n’empêche pas sa domination culturelle. On le voit à travers l’extraordinaire bienveillance du monde médiatique, qui est l’un des grands privilèges concédés à cette idéologie. On le voit aussi dans l’omniprésence du discours écologiste partisan, de fait institutionnalisé. On songe à ce qu’Althusser appelait les « appareils idéologiques d’État » : l’école, et par l’école on atteint aussi les familles, les universités, le monde intellectuel, les médias, en particulier l’audiovisuel d’État, ou encore le monde culturel. On voit aussi de nouveaux appareils idéologiques à l’œuvre, avec les plateformes numériques, les moteurs de recherche, les IA, Wikipédia, etc., et à travers eux les métiers de la communication et du marketing, affectant le discours de nombre d’entreprises ; elles reprennent à leur compte l’écologisme en imaginant un effet bénéfique, sans toujours voir qu’elles alimentent un gauchisme culturel qui ne leur veut pas du bien. Les écologistes étaient tout de même les premiers défenseurs de l’euthanasie. Et la loi qui a été adoptée s’inscrit dans leur vision radicale. Comment expliquez-vous l’engagement des écologistes sur la question de l’euthanasie et leur victoire politique sur cette question ? C’est une autre dimension de l’impensé écologiste et une autre cause de leur déclin. Les écologistes ont insisté sur la fragilité du vivant et la vulnérabilité du monde - plus qu’aucune autre famille politique -, ils ont dénoncé les dangers du pouvoir médical, pour finalement prendre une part prépondérante à la légalisation de l’euthanasie. Au fond, l’écologisme n’a-t-il pas ainsi rompu avec ce qui est supposé être le cœur de sa doctrine, la protection du vivant, le souci de sa fragilité, la protection des plus faibles ? L’écologie et la protection de la nature demeurent des questions majeures. Le risque est-il que l’opinion publique en vienne à confondre ces enjeux avec l’écologisme radical et rejette en bloc toute forme d’écologie ? Comment réconcilier l’écologie avec la liberté, le progrès réel et la démocratie ? Il me semble que l’on ne s’y trompe pas. En effet, d’une part, les études d’opinion nous disent que les enjeux écologiques préoccupent très largement la population. D’autre part, les résultats électoraux montrent que les Français refusent fermement, et depuis toujours, d’accorder leur confiance aux écologistes. Cet écologisme dogmatique, assimilable à l’extrême gauche parce qu’il se présente comme l’ennemi juré de la croissance économique et du confort matériel, n’a jamais intéressé la majorité des électeurs. Le gauchisme est-il l’avenir de l’écologisme ? Les tenants de l’écologisme sont pris dans une relation conflictuelle, inextricable, avec la démocratie. La victoire électorale est une perspective qui leur semble inatteignable, à juste titre. Les élections ne leur seront pas favorables avant longtemps, peut-être jamais. C’est pourquoi on assiste, au sein de l’écologisme et à gauche en général, au retour d’un discours archaïque constitutif des premiers âges de la gauche, au milieu du XIX e siècle, et qui contestait la capacité de l’électeur, son indépendance, la valeur de l’élection, la représentativité des représentants élus. L’intérêt théorique bien réel de ces sujets n’interdit pas de relever que les partis qui parlent de plus en plus de « conventions citoyennes », de tirage au sort et de « démocratie participative » sont ceux auxquels les élections générales et les référendums - bref, la souveraineté électorale - ont peu de chance d’être favorables. L’écologisme est en contradiction avec la marche d’un monde avide de croissance comme avec la volonté des Français de maintenir leur niveau de vie et de l’accroître si possible Ce qui, hier, était magnifié, l’élection au suffrage universel, est aujourd’hui, à gauche, un sujet de suspicion. Si l’écologisme est parvenu à gouverner tout en étant la composante marginale de coalitions fragiles ou minoritaires, depuis une trentaine d’années jusqu’à aujourd’hui, il suscite maintenant une exaspération montante qui appelle un arbitrage démocratique. L’écologisme est en contradiction avec la marche d’un monde avide de croissance comme avec la volonté des Français de maintenir leur niveau de vie et de l’accroître si possible. Les écologistes devraient opérer un virage réformiste. Mais, différemment, ils semblent s’engager depuis quelques années sur le chemin d’une mutation de sens contraire, comme si, faute de pouvoir imaginer leur victoire électorale, ils cédaient à la tentation, en assumant leur conversion à une politique antisystème. C’est bien ce processus qui est à l’œuvre dans le rapprochement avec LFI. Il pourrait aboutir à une union lors des prochaines élections législatives de juin 2027. Mais le rapprochement avec LFI a un prix. Il implique notamment de se lier avec les mouvances antisémites et islamistes qui travaillent la gauche française et l’ensemble de la gauche européenne.
par Nicolas Pouvreau-Monti dans FigaroVox 4 août 2026
"Près de 60 000 migrants ont franchi en une seule journée la frontière qui sépare le royaume du Maroc du territoire espagnol. Cette crise révèle un enchevêtrement d’erreurs et de naïvetés cumulées, dont les leçons, comme les effets, valent pour l’Europe entière, analyse le directeur de l’Observatoire de l’immigration et de la démographie."  Une tribune très éclairante de Nicolas Pouvreau-Monti (co-fondateur et directeur de l’Observatoire de l’Immigration et de la Démographie) sur les récents évènements à la frontière entre le Maroc et l'Espagne à lire dans FigaroVox : https://www.lefigaro.fr/vox/politique/nicolas-pouvreau-monti-ceuta-n-est-pas-une-anomalie-c-est-un-avertissement-20260731 Nicolas Pouvreau-Monti : « Ceuta n’est pas une anomalie, c’est un avertissement » Il aura suffi de quelques heures pour qu’une enclave de 18 kilomètres carrés devienne l’épicentre d’une crise européenne. À Ceuta, près de 60 000 migrants – majoritairement des jeunes hommes marocains – ont franchi en une journée, de manière irrégulière, la frontière qui sépare le royaume du Maroc du territoire espagnol. La ruée vers cette ville autonome n’est pas seulement le visage d’un échec policier ou sécuritaire. Elle révèle un enchevêtrement d’erreurs et de naïvetés cumulées, dont les leçons (comme les effets) valent pour l’Europe entière. À découvrir Avec son plan de régularisation des clandestins annoncé en janvier 2026, l’exécutif espagnol pensait ouvrir un dispositif concernant 500 000 personnes environ. Au 30 juin dernier : 1,2 million de dossiers avaient été déposés. Les Marocains en constituaient la deuxième nationalité la plus nombreuse. Pedro Sanchez cherche, depuis plusieurs années, à se positionner comme l’un des derniers dirigeants du monde démocratique explicitement favorables à une immigration sans contrôle. En témoignent ses interventions dans la presse internationale – comme sa tribune parue dans le New York Times en février dernier, ainsi titrée : « Je suis le premier ministre espagnol. Voici pourquoi l’Occident a besoin des migrants. » Ce faisant, Sanchez a ignoré délibérément un phénomène dont l’existence est pourtant attestée au niveau mondial : celui de « l’appel d’air » généré par ce type de décision. Tandis que l’ensemble des passages irréguliers détectés par Frontex aux frontières extérieures de l’UE a reculé de 25% l’an dernier, la seule route migratoire qui a connu une hausse notable de ses franchissements est celle de la Méditerranée occidentale – qui va, précisément, du nord du Maroc au sud de l’Espagne. La perspective de cette régularisation massive était déjà évoquée publiquement par Madrid. Cette ruée vers Ceuta met à nouveau en lumière l’extraordinaire fragilité à laquelle nous expose l’état actuel de l’espace Schengen. Un seul pays, même radicalement isolé en Europe (l’adoption récente du « règlement Retour » par le Parlement européen en témoigne), est en mesure d’imposer les conséquences de ses décisions à l’ensemble des autres États membres de la zone. Des règles dérogatoires de contrôle s’appliquent, certes, au départ des enclaves de Ceuta et Melilla vers le continent. Mais quiconque posera le pied en Andalousie entrera dans un espace de 4 millions de kilomètres carrés, où l’absence de contrôle aux frontières – non seulement pour les citoyens de l’UE, mais aussi pour les ressortissants extraeuropéens – constitue un principe solidement garanti. Des modalités de rétablissement temporaire des contrôles sont certes prévues par le droit, comme l’a rappelé le ministre Laurent Nunez pour tenter d’apaiser les craintes. Mais celles-ci se trouvent très limitées dans leur mise en œuvre concrète. Dans la foulée d’une décision de la Cour de Justice de l’Union européenne en 2023 : les décisions rapides et souveraines de « non-admission » à la frontière française, qui étaient pratiquées largement à la frontière avec l’Italie depuis 2015 (et auraient pu l’être face à l’Espagne aujourd’hui), ont chuté de 80% en un an. L’apparent relâchement des contrôles marocains qui a accompagné la ruée vers Ceuta devrait aussi déciller les yeux de nos dirigeants devant une évidence stratégique : l’arme migratoire est devenue l’un des principaux leviers de déstabilisation contre les États européens. Le « gouvernement des juges » n’est pas innocent, non plus, dans la crise déclenchée à Ceuta. Au début du mois de juillet, le Tribunal suprême espagnol a publié un arrêt rendant impossible le recours aux « refoulements immédiats » pour les clandestins arrivant par la mer. Les migrants – et, plus encore, les réseaux criminels qui les accompagnent – sont des individus rationnels, qu’il importerait de considérer enfin comme tels. Ils réagissent aux signaux et aux contre-signaux, d’ouverture ou de fermeté. Ils pèsent les opportunités avec les risques qui leur sont associés. Les messages irresponsables envoyés par des gouvernements ou des juridictions engendrent des effets concrets sur la dynamique des flux. L’apparent relâchement des contrôles marocains qui a accompagné la ruée vers Ceuta devrait aussi déciller les yeux de nos dirigeants devant une évidence stratégique : l’arme migratoire est devenue l’un des principaux leviers de déstabilisation contre les États européens. De la même façon que l’Algérie a « fait payer » la France pour le virage pro-marocain opéré par notre diplomatie en 2024, rompant toute coopération dans le domaine migratoire et facilitant les départs, le régime de Rabat n’apprécie pas le rapprochement engagé entre Madrid et Alger – ni la position du gouvernement Sanchez sur la question du Sahara occidental. Ce genre de stratégie hostile n’est pas seulement déployé au sud. En 2021, la Biélorussie d’Alexandre Loukachenko a organisé l’acheminement de milliers de migrants du Moyen-Orient jusqu’aux frontières de la Pologne et de la Lituanie, afin d’exercer une pression politique sur l’Union européenne en représailles aux sanctions occidentales. La Turquie d’Erdogan l’a fait aussi. Cet instrument de guerre hybride est d’autant plus efficace que l’Europe entretient activement sa propre vulnérabilité, par un ordre juridique qui fait de notre continent le plus ouvert à l’immigration irrégulière dans le monde. L’instrumentalisation des migrations est aussi le moyen récurrent d’une « annexion par le bas » pour des gouvernements revendiquant leur souveraineté sur des territoires où ils ne l’exercent pas. Rabat considère Ceuta et Melilla comme des territoires marocains occupés par l’Espagne : l’afflux de ses ressortissants en masse et en force est un moyen d’affirmer cette position, tout comme de préparer un basculement démographique favorable au rattachement. Ce mode opératoire est le même que celui déployé par les Comores à Mayotte, dans un objectif identique. Les crises migratoires ne sont plus seulement des défis humanitaires ; elles sont devenues des terrains de confrontation stratégique. Ceuta n’est pas une anomalie. C’est un avertissement.
par Jean-Frédéric Poisson dans VA 29 juillet 2026
Une tribune de Jean-Frédéric Poisson sur le rôle du Conseil Constitutionnel et sur les réformes possibles pour garantir l’État de droit ! https://www.valeursactuelles.com/clubvaleurs/politique/jean-frederic-poisson-pour-une-reforme-du-conseil-constitutionnel Le sentiment de défiance à l'égard des « Sages » vient de ce qu'ils donnent trop souvent l'impression de faire de la politique au lieu de dire le droit, de réduire l'espace de débat au lieu de le protéger. Par Jean-Frédéric Poisson Publié le 22 juillet 2026 à 21h00 Le Conseil constitutionnel a-t-il progressivement excédé sa fonction ? Un sentiment s’installe dans le débat public français : celui d’un Conseil constitutionnel dont le pouvoir aurait progressivement excédé sa fonction. À chaque grande loi censurée ou partiellement amputée, revient la même interrogation : le Conseil dit-il le droit ou participe-t-il désormais à la décision politique, notamment sur des sujets sensibles comme l’immigration, les retraites, la sécurité ou la crise sanitaire ? L’État de droit contre la démocratie Cette question ne peut être écartée au nom de la défense abstraite de « l’État de droit ». Il faut distinguer l’état du droit, c’est-à-dire l’ensemble des normes en vigueur, de l’ État de droit , qui désigne un régime où le pouvoir est limité, séparé et contrôlé, et où les citoyens concourent librement à la formation de la loi. Le premier relève des politiques publiques ; le second des conditions de la liberté politique. Depuis la décision de 1971 sur la liberté d’association, le Conseil a progressivement étendu son contrôle en s’appuyant sur le « bloc de constitutionnalité » : Constitution de 1958, Déclaration de 1789, Préambule de 1946, Charte de l’environnement, principes fondamentaux reconnus par les lois de la République et diverses constructions jurisprudentielles. Ce mouvement peut être vu comme un progrès pour les droits fondamentaux. Mais plus ce bloc s’élargit, plus le juge dispose d’une marge d’interprétation susceptible de l’amener à arbitrer entre plusieurs conceptions également légitimes de la liberté, de l’égalité ou de la fraternité. Il ne protège alors plus seulement le cadre du débat démocratique : il en réduit parfois l’espace. Rétablir la confiance entre le peuple et les institutions La réforme du Conseil constitutionnel devrait donc devenir un chantier majeur du rétablissement de la confiance entre le peuple et les institutions. La défiance actuelle tient aussi à l’impression que certains choix collectifs échappent désormais au suffrage et au Parlement. Une démocratie constitutionnelle a besoin de limites à la majorité ; elle a aussi besoin que ces limites soient claires, lisibles et directement rattachées à la Constitution. Plusieurs réformes sont envisageables : renforcer la motivation des décisions, revoir les modalités de nomination, exiger une compétence juridique renforcée, supprimer les anciens présidents de la République comme membres de droit, développer les règles de déontologie, publier les votes et autoriser les opinions dissidentes. Ces mesures amélioreraient la transparence sans modifier l’équilibre institutionnel. Plus profondément, il conviendrait de recentrer le contrôle de constitutionnalité sur sa finalité première : garantir l’État de droit, non orienter l’état du droit. Une révision pourrait ainsi préciser que les principes déduits de la Constitution ne peuvent justifier une censure qu’en matière de séparation des pouvoirs, de souveraineté nationale, de liberté politique, d’égalité civique, de sûreté, de légalité pénale, de garantie des droits et de régularité du suffrage, sans permettre au Conseil de substituer son appréciation à celle du législateur sur les choix de politique publique. Il ne s’agit pas d’affaiblir la Constitution, mais de rappeler qu’elle n’est pas un programme politique. Elle est la règle commune qui permet au peuple de débattre, de choisir et d’alterner. Réformer le Conseil dans cet esprit, ce serait rendre au droit constitutionnel sa véritable fonction : garantir que nul ne puisse confisquer au peuple le pouvoir de se gouverner lui-même.
par Yves d'Amecourt 28 juillet 2026
" Les grands incendies que connaît aujourd’hui la France révèlent moins une crise de la forêt qu’une crise de l’État. Ils mettent à nu une administration qui excelle à produire des normes mais peine de plus en plus à accomplir sa mission première : protéger les Français et le patrimoine dont ils ont hérité." Et si les incendies qui ravagent nos forêts chaque été n'étaient pas une fatalité climatique, mais le symptôme d'un État devenu incapable d'agir ? C'est ce que nous suggère Yves d'Amecourt dans ce magnifique texte : https://nouvellerevuepolitique.fr/yves-damecourt-quand-la-foret-brule-cest-letat-qui-se-consume/
par Jean-Philippe Delsol dans Contrepoints (IREF) 25 juillet 2026
Peut-on programmer la justice sociale comme on programme une machine ? C'est le pari d'un rapport signé par 45 économistes, dont Thomas Piketty et Gabriel Zucman, qui promet l'égalité mondiale, la sobriété heureuse et un réchauffement contenu à 1,8°C — le tout d'ici 2100. Une utopie séduisante sur le papier — mais qui a déjà un nom dans l'Histoire. "Il se trouve toujours des naïfs pour faire confiance à ces idéologues et des institutions perverties pour en propager les théories dangereuses . Ne nous lassons pas de dénoncer ces prophètes de malheur et de répéter que l’ordre spontané d’un monde libre est toujours meilleur et plus efficace." Jean. Philippe Delsol dans Contrepoints nous partage une excellente analyse des biais idéologiques de toutes ces belles idées : https://contrepoints.org/rapport-sur-la-justice-pikettyrannie-et-zucmanipulation/
par Marc Rameaux dans Causeur 19 juillet 2026
"Le relativisme hérité de Mai 68 nous pollue encore. Nous devons balayer ce conformisme par une pensée authentique. Par exemple en nous appuyant sur Aron, Crozier, Lévi-Strauss ou Girard qui, en leur temps, avaient bien vu la supercherie de cette pseudo-révolution." Une analyse passionnante de Mai 68 en s'appuyant sur les penseurs qui à l'époque avaient osé s'opposer à ce mouvement mortifère ... A lire dans Causeur : https://www.causeur.fr/mai-68-sous-le-pave-le-vide-330048
par Vincent Trémolet de Villers 17 juillet 2026
"L’Histoire retiendra qu’un pouvoir épuisé, une Assemblée de fortune, un président plus impopulaire que jamais , le premier ministre « le plus faible » de la Ve République ont conjugué cynisme, lâcheté et idéologie pour, au milieu de l’été 2026, permettre à l’État d’administrer la mort." Un édito de Vincent Trémolet de Villers dans FigaroVox https://www.lefigaro.fr/vox/politique/l-editorial-de-vincent-tremolet-de-villers-loi-sur-l-euthanasie-et-le-suicide-assiste-simulacre-democratique-et-nihilisme-d-etat-20260715 Incapable en dix ans d’améliorer la vie quotidienne des Français, Emmanuel Macron se félicitera certainement d’avoir, quarante-cinq ans après l’abolition de la peine de mort, rendu à l’État le pouvoir d’abréger l’existence. L’Histoire retiendra qu’un pouvoir épuisé, une Assemblée de fortune, un président plus impopulaire que jamais , le premier ministre « le plus faible » de la Ve République ont conjugué cynisme, lâcheté et idéologie pour, au milieu de l’été 2026, permettre à l’État d’administrer la mort. Progressisme ? On cherche en vain le progrès moral dans cet oxymore assassin : « Tuer, c’est soigner. » Pas plus de progrès médical dans cette méthode irrémédiable d’abréviation des souffrances. Encore moins de progrès social dans cet abandon de l’État-providence au profit de ce que Dominique Reynié appelle un État « validiste ». Vieillards, grands malades, nerveux, désespérés savent désormais qu’ils sont « éligibles » au « droit à mourir ». On a beau tourner la chose dans tous les sens, on se cogne comme une mouche dans un bocal : comment faire cohabiter à l’hôpital des unités de suicidologie qui luttent héroïquement pour que des personnes ne mettent pas fin à leurs jours et des structures chargées d’assister le suicide ? Devant une telle contradiction, l’esprit est pris de vertige, et ce qui fait en l’homme l’humain s’insurge. Il fallait, nous dit-on, un trophée « sociétal » pour la « legacy » du président sortant. Preuve supplémentaire que l’impuissance publique peut s’accompagner d’une immense arrogance anthropologique. Le tout dans un mélange de lyrisme, de kitsch et de légèreté. C’est Créon, mais au pays des selfies…  Incapable en dix ans d’améliorer la vie quotidienne des Français, Emmanuel Macron se félicitera certainement d’avoir, quarante-cinq ans après l’abolition de la peine de mort, rendu à l’État le pouvoir d’abréger l’existence. Où est la victoire ? Depuis la convention citoyenne pipée jusqu’à la « célébration » ministérielle annoncée avant même le vote, ce parcours législatif aura été un simulacre de délibération, une singerie démocratique. Il projette sur la fin de ce quinquennat un nihilisme d’État. Cela ne suffira pas, pourtant, à décourager ceux qui, dans la prévenance des soins, l’apaisement des souffrances, la protection des plus faibles, le mystère intime du dernier souffle, savent que la politique a le pouvoir de changer la loi, mais pas celui de profaner le sanctuaire de la conscience.
par Institut Thomas More 27 juin 2026
Dans un rapport inédit, l’Institut Thomas More dresse l’inventaire des décisions politiques qui ont mis la France à genoux pendant ces 50 dernières années. Chute du niveau scolaire, 35 heures, système de retraite, chômage, déficits, dette, insécurité… Autant d'occasions ratées pour maintenir la France sur le chemin de la prospérité !  "Notre ambition, dans ce rapport, est d’identifier les cinquante décisions qui ont mis la France à genoux en cinquante ans, de les replacer dans leur contexte, d’expliquer les motivations de fond ou les choix opportunistes qui ont abouti à ce qu’elles soient prises, de décrire et chiffrer leur impact et leurs effets cumulatifs, les comparer aussi aux options prises par des pays semblables. Ce travail inédit n’a jamais été réalisé de cette manière : il constitue une somme considérable. Les données citées, les sources et les conséquences mesurées sont issues de statistiques et de rapports publics et parfois privés, incontestables. Il se veut et nous l’avons pensé ainsi, d’intérêt général. Car dans la perspective de 2027, il constitue un préalable à l’élaboration de tout programme crédible. Au regard de la gravité de sa situation, il est impossible de penser redresser le pays sans analyser objectivement les causes" https://institut-thomas-more.org/2026/06/25/rapport36/
par Jean-Marie Montali 10 juin 2026
"Emmanuel Razavi vit sous protection policière. Nora Bussigny est régulièrement la cible de menaces et de campagnes de haine. D’autres parmi nous vivent la même chose. Leur point commun ? Avoir enquêté sur l’islamisme, ses réseaux, l’antisémitisme contemporain ou encore les dérives de la dictature iranienne. Face aux intimidations, aux menaces de mort et aux tentatives de censure, le plus inquiétant n’est peut-être pas la violence des fanatiques. Le plus inquiétant est le silence. Celui d’une partie du monde médiatique, intellectuel et politique, qui semble avoir renoncé à défendre des principes qu’il prétend pourtant universels ." Jean-Marie Montali (né en 1962) est un journaliste français spécialisé en presse écrite , auteur de plusieurs ouvrages et réalisateur de documentaires pour la télévision . Grand reporter , il a occupé divers postes de direction, notamment rédacteur en chef , directeur adjoint et directeur exécutif de la rédaction au Figaro Magazine , directeur adjoint de la rédaction de France-Soir , et directeur adjoint des rédactions du Parisien – Aujourd'hui en France . Dans La Nouvelle Revue Politique, il s'insurge contre une étrange hiérarchie de l’indignation ... https://nouvellerevuepolitique.fr/journalistes-le-silence-qui-deshonore/