Eolien flottant : l’échec anglais ne semble pas dissuader le gouvernement français de faire les mêmes coûteuses erreurs

Vincent Bénard dans Contrepoints (IREF) • 4 septembre 2026

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L’expérience britannique de l’éolien flottant devrait pourtant nous inciter à la prudence : investissements publics lourds, projets difficiles à rentabiliser et recours croissant aux mécanismes de soutien pour rendre artificiellement compétitive une électricité coûteuse. Alors que la France envisage à son tour de développer massivement cette filière, cet article pose une question essentielle : tirerons-nous les leçons de l’expérience britannique avant que les contribuables et les consommateurs ne paient la facture ? Lire l’article de Contrepoints :

https://contrepoints.org/eolien-flottant-lechec-anglais-ne-semble-pas-dissuader-le-gouvernement-francais-de-faire-les-memes-couteuses-erreurs/



par Chantal Delsol dans FigaroVox • 20 octobre 2026
"Les lycéens de Mai 68 se sont laissé séduire par les fables maoïstes ou trotskystes, mais l’école républicaine leur avait donné une culture, analyse la philosophe. Selon elle, les bloqueurs paient le prix d’un mensonge plus grave : celui d’une école primaire qui couronne l’ignorance." Une tribune de Chantal Delsol, membre de l’Académie des sciences morales et politiques, à lire dans FigaroVox : https://www.lefigaro.fr/vox/societe/chantal-delsol-les-lyceens-sont-les-victimes-du-mensonge-egalitaire-de-l-ecole-20261007 « Les lycéens sont les victimes du mensonge égalitaire de l’école » Les lycéens de Mai 68, imprégnés des balivernes de Mao ou Trotsky, étaient persuadés de construire le bonheur tout court ou les « lendemains qui chantent », mais ils étaient aussi les produits de l’école républicaine. Et à ce titre, ils possédaient beaucoup de mots (trop ?), ils récitaient par cœur Aragon et Lénine (Ah ! Matérialisme et empiriocriticisme !). Une fois leurs délires apaisés, ils sont devenus rapidement les élites de la nation. Il leur a suffi pour cela d’arracher leur costume d’égarement, de changer de crémerie en quelque sorte. Sous la surface, il y avait une culture, un apprentissage de l’esprit. Le retournement s’est fait sans gloire, mais avec aisance. Les lycéens d’aujourd’hui ont affaire à un bien autre mensonge, celui de Bourdieu, plus récent mais dans la même veine, qui ne cherche plus l’égalité parfaite à travers le renversement des institutions, mais à travers la destruction de la culture. Le niveau de culture suscite des inégalités. L’exigence dont faisait preuve l’école républicaine envers les élèves signifiait la croyance en la valeur du mérite - elle produisait Camus par l’apprentissage laborieux et astreignant de la culture. Dans l’école bourdieusienne, le mérite, parce qu’encore inégalitaire, est lui-même à exclure. Ainsi, l’ignorance se répand. Au premier jour des événements présents, des lycéens affairés à renvoyer un journaliste qui leur déplaisait n’ont trouvé pour lui parler que « Nique ta mère » et « fils de p*te ». C’est le vocabulaire du cyclope d’Homère. L’école bourdieusienne ne produit plus Camus, fils d’une analphabète, elle produit directement des analphabètes, au nom de l’égalité. Et les lycéens s’engagent derrière ce drapeau, au nom de l’égalité. En bref, aux lycéens on a servi des mensonges, autrefois comme aujourd’hui. Les lycéens de 2026 sont sans arrêt victimisés Mais le second mensonge, celui d’aujourd’hui, qui n’est qu’un héritier du premier, est cependant beaucoup plus grave, parce qu’il les saisit à l’aurore, il est au cœur, il commence à l’école primaire. Pour cette raison, il commet des dommages irréparables : quand on couronne l’ignorance dès le début (il suffit, par idéologie, de n’exiger aucun effort de l’enfant), alors il est presque impossible de réparer, parce que les dégâts sont faits dès l’âge même où tout se joue. À l’époque de Mai 68 , les élites socialistes et communistes tenaient le haut du pavé, interdisaient la publication des livres préjudiciables à leur courant, et le plus célèbre de nos intellectuels d’alors, Jean-Paul Sartre, pouvait clamer paisiblement que « tout anticommuniste est un chien ». Ainsi, la jeunesse avec naturel prenait pour emblème le Petit Livre rouge de Mao, ou adoptait les thèses de Trotsky ou de Lénine. Aujourd’hui, les troupes de LFI ont pris le relais pour répandre une idéologie égalitaire qui vise le même rêve, ou plutôt le même enfumage. S’ils sont à plaindre c’est parce qu’on leur a fait croire qu’ils réussiraient tous et sans exigence aucune, et parce que ce sont eux, à n’en pas douter, qui vont payer ce mensonge au prix fortLe mensonge bourdieusien consiste à dire à l’enfant : l’accession des places au mérite est une injustice. La justice veut que tout le monde appartienne à l’élite (marchons un peu sur la tête, ça fait du bien, la vie est tellement triste). Donc vous serez tous reçus aux examens - le baccalauréat, et jusqu’au bac + 5. C’est ça, la justice, et c’est ça, l’avenir, faute de quoi « il y a des violences légitimes ». Le mensonge en question est si répandu qu’il a envahi la publicité : « on a tous droit au meilleur, au meilleur prix ». On ne prend pas conscience que si le meilleur est partout, il n’existe plus, que si tous sont l’élite, il n’y a plus d’élite. Ou plutôt, on en prend conscience, et on sait bien que cela signifie : une société complètement égalitaire, celle des rêves socialistes qui finissent à Cuba, en Corée du Nord, au Venezuela (régime justement qu’affectionne Jean-Luc Mélenchon ). Au lieu d’être encouragés et astreints à travailler, les lycéens de 2026 sont sans arrêt victimisés. Ils sont victimisés parce qu’ils subissent les désastres climatiques, parce qu’ils ont vécu les confinements, parce que leurs lycées manquent de moyens, comme si les générations précédentes n’avaient pas chacune vécu ses problèmes et ses drames, la plupart du temps beaucoup plus tragiques. Ils sont victimisés en tant que « racisés », comme si la France n’était pas le pays qui octroie le plus d’allocations et de gratuité (santé, école) à tous les étages, et à tous ses citoyens même clandestins. Ils sont victimes de Parcoursup - qui (honte !) pratique une forme de sélection. Bercés par des escrocs de la promesse Les lycéens de Mai 68 étaient des ballots mais pas des victimes (ils avaient toute la culture qu’il fallait pour ne pas tomber dans les pièges mensongers de l’idéologie, ce qui s’est pourtant passé). Les lycéens d’aujourd’hui n’ont pas de raison d’être spécialement ballots : ils tombent dans les pièges idéologiques parce qu’ils n’ont pas de mots, et un esprit sans mots se laisse avaler par le premier requin qui passe. Eux sont des victimes parce qu’on n’a eu ni la volonté (pour les idéologues) ni le courage (pour la masse des autres, impressionnés par les idéologues) de faire preuve d’exigence pour les élever, ce que traduit le mot élève. S’ils sont à plaindre, ce n’est pas seulement parce qu’ ils ont des horaires déplorables ou pas assez d’infirmières dans les lycées ou parce qu’ils manquent de papier à cabinet, mais surtout parce qu’on leur a fait croire qu’ils réussiraient tous et sans exigence aucune, et parce que ce sont eux, à n’en pas douter, qui vont payer ce mensonge au prix fort. Je vois un panneau dans une manif de mardi : « on n’a pas envie de passer notre vie à la gagner », qui décrit à lui seul l’ampleur de l’illusion dont ils ont été bercés par des escrocs de la promesse. Supprimer ce qui fonctionne pour qu’on ne puisse pas, par comparaison, percevoir le désastre du système régnant : c’est la seule solution qui reste au charlatan traquéAujourd’hui, les défenseurs institutionnels du mouvement - LFI et ses supports - s’apparentent à Mao davantage qu’à tout autre souvenir. Mao soufflait sur les braises de la Révolution culturelle en appelant de ses vœux « un grand chaos sous le ciel » afin de « tirer du grand chaos un ordre suprême » (admirons le génie inventif ! une pensée respectueuse et admirative pour Yang Jisheng et son histoire monumentale de la Révolution culturelle, Renverser ciel et terre). Il fallait briser tout ce qui restait d’inégalitaire dans l’ancien monde. Là où la réalité résiste à la volonté égalitaire, il faut la détruire. On incendie les lycées, et on s’en prend aux enseignants eux-mêmes : chez nous, depuis une semaine, plus de soixante enseignants, proviseurs, surveillants, ont été violemment pris à partie par des élèves, rappelant les pages les plus ignobles des descriptions de Jisheng. Les groupes de lycéens fanatisés commencent par mettre le feu aux poubelles puis s’approchent des enseignants et au lieu de leur parler (ils n’ont pas de mots ! ne jamais oublier ça !), les tabassent ou leur jettent de l’essence. « Vous avez raison, c’est puissant ce que vous faites », affirme Jean-Luc Mélenchon . Tout ce qui s’oppose au mensonge égalitaire est frappé d’infamie, et on n’a jamais autant entendu de voix pour réclamer l’interdiction des écoles privées, encore capables de cette vertu oubliée des éducateurs : l’exigence. Supprimer ce qui fonctionne pour qu’on ne puisse pas, par comparaison, percevoir le désastre du système régnant : c’est la seule solution qui reste au charlatan traqué. 
par Alain Finkielkraut dans FigaroVox • 19 octobre 2026
Un entretien très intéressant avec Alain Finkielkraut : le philosophe et académicien explique sa vision des origines de la crise à laquelle nous faisons face. A lire dans FigaroVox : https://www.lefigaro.fr/vox/societe/alain-finkielkraut-le-baccalaureat-est-devenu-un-droit-de-l-homme-20261009 GRAND ENTRETIEN - Le philosophe et académicien voit dans le blocus des lycées la conséquence de l’instrumentalisation d’une partie de la jeunesse par LFI, mais aussi le résultat d’une faillite de la transmission. Dernier livre paru : Le Cœur lourd, conversation avec Vincent Trémolet de Villers (Gallimard, 2026). LE FIGARO. - Quel regard portez-vous sur le blocus des lycéens ? Est-il porté par certaines revendications légitimes ou s’agit-il de la défaite de la pensée ? ALAIN FINKIELKRAUT. - Les lycéens bloqueurs s’insurgent contre le manque de moyens, le non-remplacement des professeurs , la dégradation de leurs établissements. Ils réclament 10 milliards tout rond pour cesser le mouvement. Moyennant quoi les plus motivés saccagent ou incendient les lycées et agressent des professeurs. Comment, dans ces conditions, peut-on en vouloir aux nouveaux agrégés et aux nouveaux certifiés qui sont de plus en plus nombreux à jeter très vite l’éponge ou même à choisir d’emblée une autre voie que l’enseignement ? Le contraste entre le contenu des revendications lycéennes et les moyens choisis pour les faire entendre est vertigineux. Ce blocus des lycées s’inscrit-il dans une faille plus large de l’école et de la transmission du savoir ? Les manifestations surviennent quelques jours après la publication du classement Pisa , qui révèle crûment l’effondrement du niveau scolaire en France. Pour comprendre ce qui s’est passé, il faut remonter à Pierre Bourdieu et aux livres qu’il a publiés avec Jean-Claude Passeron, Les Héritiers et La Reproduction. Les deux sociologues dénoncent, statistiques à l’appui, le grand mensonge de la méritocratie. Sous couleur de suivre la grande recommandation de Condorcet : « Les peuples libres ne connaissent d’autres moyens de distinction que les talents et les vertus », la sélection, disent Bourdieu et Passeron, transmue l’héritage social en grâce individuelle. Elle fait croire aux élèves bien nés qu’ils sont les meilleurs parce qu’ils obtiennent les meilleures notes et aux enfants des classes défavorisées qu’ils ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes du destin qui leur est assigné, car la plupart d’entre eux n’atteignent pas la moyenne. L’école a entendu Bourdieu et voulu, réforme après réforme, corriger les injustices qu’il a mises au jour. Le collège unique a été instauré. Le redoublement a pratiquement disparu. Le baccalauréat est devenu un droit de l’homme. Et la lutte contre les inégalités a conduit à accueillir les élèves plus faibles dans des classes plus avancées et, ensuite, à se régler sur leurs capacités pour ne laisser personne sur le bord de la route. Résultat : le niveau a dramatiquement chuté. La politique compassionnelle et réparatrice née de la lecture des Héritiers pénalise d’abord ceux à qui elle est censée tendre la main. Les autres peuvent toujours s’en sortir par l’enseignement privé ou les cours particuliers. "On a donné la parole aux élèves avant de leur donner la langue" La reproduction sociale est assurée au moyen des dispositions prises pour y mettre fin. Et pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Afin de supprimer définitivement l’avantage des héritiers, on a déshérité tout le monde. On a donné la parole aux élèves avant de leur donner la langue, on a supprimé les humanités, les nouvelles élites pratiquent allègrement le redoublement du sujet (« la France, elle a des atouts ») et qui imaginerait aujourd’hui un président de la République citant quelques vers de Paul Éluard comme Georges Pompidou dans une conférence de presse au lendemain du suicide de Gabrielle Russier ? Quand des ministres de l’Éducation nationale cherchent à réintroduire un semblant d’exigence et de sélection, ils sont désavoués par leurs successeurs. On l’a vu avec les groupes de niveau et le choc d’autorité de Gabriel Attal. Ce que les lycéens devraient exiger, c’est le retour des humanités et de l’histoire chronologique, c’est le renforcement de l’étude de la langue française, c’est du temps pour lire. Au lieu de quoi, ils passent toujours plus d’heures les yeux rivés sur leur portable, et ils veulent un emploi du temps allégé. L’autre jour, à la télévision, l’un d’entre eux, tout en réprouvant la violence, se plaignait d’avoir cours le samedi matin, ce qui empiétait sur ses week-ends. Et le Conseil constitutionnel, à la grande joie de la jeune génération, annule une loi interdisant l’usage des réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Les Sages de la rue Montpensier accélèrent la progression de l’illettrisme dans notre pays. Ce mouvement s’inscrit-il dans la lignée de Mai 68 ou est-il d’un type radicalement nouveau ? Quelle différence avec le folklore étudiant traditionnel ? En Mai 68 , beaucoup de bêtises ont été dites ou écrites, mais il y a eu aussi quelques perles : « Assez d’actes, des mots. » Et il ne nous serait pas venu à l’idée de brûler ou de dévaster des établissements scolaires. Nous étions, selon la géniale expression de Philippe Muray, des « mutins de Panurge », nous n’étions pas des vandales. À cette époque, j’étais jeune, c’est-à-dire conformiste. Je suivais le mouvement, je faisais comme tout le monde, je m’indignais comme on s’indignait, je me révoltais comme on se révoltait. Et puis, grâce aux livres, j’ai précocement vieilli. Je me suis arraché à la glu générationnelle, j’ai appris à penser par moi-même et j’ai savouré, bien avant d’atteindre le troisième âge, cette réflexion de Fellini : « Je me demande ce qui est arrivé à un moment donné, quelle espèce de maléfice a pu frapper notre génération pour que soudain, on ait commencé à regarder les jeunes comme les messagers d’on ne sait quelle vérité absolue. Les jeunes… Les jeunes… Les jeunes. On eût dit qu’ils venaient d’arriver dans des navires spatiaux. » La comparaison avec les émeutes de 2005 et 2009 vous semble-t-elle légitime ? Ce qui me semble légitime, c’est de pointer le rôle croissant des nouvelles technologies dans les manifestations et les émeutes. On voit en temps réel ce qui se passe ailleurs et on fait la même chose. On ne veut pas être en reste, on ne veut pas se laisser décrocher. La violence se répand et se répandra de plus en plus par contagion mimétique. Le gouvernement dénonce l’instrumentalisation du mouvement par LFI. Là encore, est-ce inédit ? La France insoumise courtise les émeutiers en renchérissant sur leurs revendications (Mélenchon demande l’abolition de Parcoursup avant d’exiger le Master pour tous), comme elle joue la carte de l’antisémitisme pour faire voter en sa faveur les habitants des territoires perdus de la République. C’est l’application à la lettre de la recommandation de la Fondation Terra Nova en 2011. Puisque les classes populaires sont irrécupérablement nostalgiques de la France d’avant, il faut faire émerger une nouvelle majorité formée des diplômés, des jeunes, des minorités et des femmes en lutte pour l’égalité. À voir les keffiehs et les drapeaux palestiniens qui fleurissent dans les manifestations lycéennes, la coalition se forme. Deviendra-t-elle un jour majoritaire ? Il faut espérer que la plupart des Français, abasourdis par les violences urbaines, sanctionneront Mélenchon en 2027. Sciences Po entre dans la danse. Qu’est-ce que cela vous inspire ? Sciences Po, mais aussi l’Institut catholique de Paris, l’École des mines, l’École du Louvre, les lycées Henri-IV, Victor-Duruy et Condorcet, où pourtant tout va bien. Il ne faut surtout pas rater le train de la contestation. On est grégaire aujourd’hui pour ne pas être rangé dans le camp réactionnaire. Nous avons commémoré cette semaine les trois ans du 7 Octobre. Les drapeaux palestiniens et les slogans pro-Gaza accompagnent les violences. Comment analysez-vous cette omniprésence dans un mouvement lycéen dont les revendications sont apparemment très éloignées de ce sujet ? En 1903, au lendemain du pogrom de Kishinev, qui fit 45 morts et qui bouleversa toute l’Europe, Israël Zangwill, l’un des fondateurs du sionisme, déclara : « La seule solution à la question juive, c’est de sortir les Juifs de Russie et de les planter dans un terreau qui leur appartienne. » Cette solution a été appliquée et un pogrom mille fois plus féroce que celui de Kishinev s’est produit à l’intérieur même d’Israël. "Un nouvel antisémitisme a fait son apparition sur les campus et dans les lycées. Cet antisémitisme est inculpabilisable" Ce traumatisme n’est pas près de s’effacer. Mais sur certains panneaux lycéens, on a pu lire : « 7 Octobre, jour de fête. » Dans un texte intitulé La Zone grise, Primo Levi écrit : « Ce sont surtout les jeunes qui veulent que les choses soient claires, que les séparations soient franches. Leur expérience du monde étant pauvre, ils n’aiment pas l’ambiguïté. » Pour nombre d’adolescents, le conflit israélo-arabe se résume à l’oppression exercée par un État sanguinaire sur les nouveaux damnés de la terre que sont les Palestiniens. Trois ans après le 7 Octobre, êtes-vous particulièrement inquiet pour les Juifs de France ? Dans une tribune publiée dans Le Figaro , cinq intellectuels dont Élisabeth Badinter et Stéphane Azihari ont écrit : « Le sort des Juifs se dégrade à mesure que l’Europe s’islamise. » Je suis d’accord, mais l’islamisme n’est pas seul en cause. Un nouvel antisémitisme a fait son apparition sur les campus et dans les lycées. Cet antisémitisme est inculpabilisable. On ne peut pas lui faire honte. Il n’est pas raciste, il brandit fièrement le drapeau de l’antiracisme. Il dénonce la Shoah de Gaza et pour lui, je suis un sioniste génocidaire. Ces jours-ci, je n’ai pas intérêt à mettre le nez dehors. Ce simplisme juvénile est ratifié par des intellectuels vieillis sous le harnais. Ainsi Emmanuel Todd, qui dans son dernier livre parle à propos d’Israël de « bonheur dans le crime ». Il y a pourtant de la place pour une critique vigoureuse de Netanyahou et des fanatiques qui l’entourent sans recourir à cette rhétorique nazifiante. Que vous inspirent les propos antisémites attribués à Jordan Bardella par Mediapart et que le président du Rassemblement national dément ? Cela donne-t-il raison à ceux qui prétendent que la dédiabolisation n’est qu’une façade ? Peut-on dresser une équivalence entre le RN et LFI sur ce sujet ? Certains organes de presse fouillent sans vergogne dans les conversations privées. L’apparition de cette Stasi médiatique me met très mal à l’aise. Cela étant dit, les propos que Jordan Bardella a vraisemblablement tenus sont épouvantables. Ils témoignent non seulement d’un préjugé antisémite, mais d’une vision du monde qui explique tout par les manœuvres de la puissance juive. Bardella avait 17 ans et il était sous l’influence d’Alain Soral quand il a dit cela. Mais après sa majorité, il a fréquenté Frédéric Chatillon, « un antisémite si radical qu’il peut avoir organisé des soirées pyjamas rayés », nous apprend Caroline Fourest. J’en conclus que la plus extrême vigilance doit être de mise vis-à-vis du Rassemblement national, même dédiabolisé. Je constate cependant que Jordan Bardella était présent avec Marine Le Pen à la marche contre l’antisémitisme, quand Jean-Luc Mélenchon tweetait : « Les partisans du soutien inconditionnel au massacre ont leur rendez-vous ». Le massacre en question, c’est la guerre à Gaza. Le même Mélenchon affirme que ce sont « ses coreligionnaires qui ont mis Jésus sur la croix », faisant ainsi le lien entre peuple déicide et peuple génocide, et il dit que Jérôme Guedj « tourne autour du piquet où le retient la laisse de ses adhésions ». Pour amuser son public, il joue avec la prononciation des noms Glucksmann et Epstein. Ne pas se tromper d’époque : le nouveau Durafour crématoire, c’est lui.
par Bruno Retailleau • 18 octobre 2026
« Vous et les vôtres avez sur la conscience la mort de Quentin Deranque » : la lettre de Bruno Retailleau à Jean-Luc Mélenchon à lire dans le Figaro : https://www.lefigaro.fr/elections/presidentielles/vous-et-les-votres-avez-sur-la-conscience-la-mort-de-quentin-deranque-la-lettre-de-bruno-retailleau-a-jean-luc-melenchon-20261009 Lettre à Jean-Luc Mélenchon On dit parfois que la politique peut rendre fou. J’ignore quelle folie vous a saisi pour que le républicain sourcilleux que j’ai connu au Sénat soit devenu le parrain politique des forces les plus antirépublicaines qui menacent notre pays. Vous avez été un défenseur intransigeant de la laïcité, et vous voilà aujourd’hui le protecteur des islamistes. Vous avez été un patriote attaché à l’universalisme républicain, et vous êtes désormais le promoteur d’une internationale wokiste et racialiste. Passer la publicité Vous avez servi comme ministre et parlementaire nos institutions démocratiques, et vous couvrez dorénavant ceux qui préfèrent le tabassage à la loi du suffrage. Le 14 février dernier, Quentin Deranque a perdu la vie sous les coups des barbares que votre mouvement protège et soutient. Je veux bien sûr parler de la Jeune Garde. Je n’irai pas par quatre chemins : vous et les vôtres avez sur la conscience la mort de Quentin , puisque leurs auteurs sont aussi vos alliés. «La Jeune Garde est alliée et liée au mouvement Insoumis» : ce sont vos propres mots, c’est donc aussi votre responsabilité. Ces violents, vous ne les avez pas seulement légitimés, vous les avez aussi encouragés. Là encore, vos propos parlent contre vous. Voici ce que vous déclariez lorsque, ministre de l’Intérieur, j’avais lancé la procédure de dissolution de la Jeune Garde : « Ces jeunes gens détestent le fascisme. Je leur donne raison. Bravo, continuez ! » Vous avez été entendu : la Jeune Garde a continué et un jeune homme a été massacré. Mais ce n’est pas tout. Après que vos alliés eurent pris la vie de Quentin, vous lui avez volé jusqu’à son statut : à vous entendre, il l’avait bien cherché, ce n’était plus lui la victime, mais vous et vos amis Insoumis. Quelle indécence… Retourner l’accusation, inverser les responsabilités : ce procédé de victimisation, vous le maîtrisez à la perfection. Depuis des années, vous l’employez pour excuser les responsables de l’ensauvagement, et vous l’utilisez aujourd’hui pour dédouaner votre mouvement. La stratégie est d’autant plus efficace que votre parti bénéficie d’une indulgence coupable, et parfois complice, dans bien des sphères politiques, institutionnelles et médiatiques. C’est le privilège Insoumis. Celui qui vous a permis de faire passer l’antisémitisme virulent qui sévit dans vos rangs pour un humanisme compatissant à l’égard de Gaza, votre soutien aux tyrans d’Amérique du Sud pour un tiers-mondisme romantique, et votre haine antiflics pour un plaidoyer en faveur de l’État de droit. Je l’admets, vous êtes habile. Mais de l’habileté dont sont faits les cyniques. Car dans votre volonté de tout conflictualiser, je vois d’abord la dérive d’un homme qui a tout trahi. Tout ce qui fait la noblesse d’une tradition politique et intellectuelle qui n’est pourtant pas la mienne mais dont je connais la valeur, celle de la gauche républicaine. Le combat pour la dignité des classes populaires, vous le désertez pour ferrailler sur le terrain dangereux des luttes communautaires. La cause de l’instruction comme celle de la liberté d’expression, vous les piétinez en emboîtant le pas aux sectaires de la cancel culture qui sévissent sur les campus américains. La défense de la nation civique, vous la reniez au nom d’une créolisation qui vous conduit aujourd’hui à revendiquer la théorie du grand remplacement. Vous avez aussi bien trahi Ferry que Jaurès, Renan que Clemenceau. "Votre nouvelle France, c’est le nouveau sectarisme" Bruno Retailleau Le condensé de toutes vos trahisons, c’est votre concept de « nouvelle France ». Car je veux dire aux Français ce qu’elle recouvre réellement. Votre nouvelle France, c’est le nouveau sectarisme. Dans les municipalités que LFI dirige, vos amis font la chasse aux fonctionnaires dont les opinions leur déplaisent, et le nouveau maire de Saint-Denis appelle à l’insurrection en cas de victoire du RN en 2027. Partout dans le pays, vous traquez ceux qui veulent seulement conserver ce qui fait le sel de notre mode de vie. Vous voulez démonter les crèches, déboulonner les statues et même prohiber les banquets. C’est le retour de la pulsion révolutionnaire et insurrectionnelle, cette volonté rageuse de détruire et d’interdire qui, dans l’histoire, a toujours mené au pire. Votre nouvelle France, c’est aussi le nouvel antisémitisme. Non seulement vous reprenez à votre compte la propagande du Hamas, mais vous remettez au goût du jour les pires procédés des tribuns antisémites des années 30, en faisant rire à gorge déployée votre public avec des jeux de mots sur les patronymes d’origine juive. Votre nouvelle France, c’est également le nouveau racisme. Celui qui est tu, mais qui pourtant existe. Le racisme anti-Blancs. « Tout Blancs, tout moches que vous êtes » : vos mots arment la haine de tous contre tous, pour une guerre des races que vos discours préparent. Cette guerre, la souhaitez-vous ? Je voudrais croire que non, mais j’en doute. Cher Jean-Luc Mélenchon, votre nouvelle France, c’est tout simplement la fin de la France. Non, il n’y a pas une France ancienne et une France nouvelle. Il n’y a pas une France des Blancs et une France des Noirs ou des Arabes. Comme il n’y a pas une France des riches et une France des pauvres. Il y a la France, tout simplement. La France des Français qui veulent le rester. La France des Français qui ne veulent ni remplacer ni être remplacés, mais qui désirent seulement vivre d’un même patriotisme, quelles que soient leur couleur de peau, leur religion ou leur condition. Jusqu’où irez-vous, Jean-Luc Mélenchon ? Nul ne le sait, et c’est bien là tout le problème. Car vous n’avez, en définitive, aucune limite pour gagner quelques voix. C’est pourquoi les vrais républicains ne doivent avoir à votre égard aucune faiblesse. N’en déplaise à ceux qui au sein du bloc central, lors des élections législatives de 2024, ont appelé à glisser un bulletin LFI contre le RN, jamais je n’appellerai les électeurs de droite à voter pour La France insoumise ou ses alliés. J’assume d’ailleurs de ne pas tracer une ligne d’équivalence entre votre parti et le Rassemblement national. Si je combats résolument le projet de ce dernier, je fais une différence entre les démagogues qui promettent la lune aux Français, en ayant changé d’avis sur tout, uniquement pour plaire, et les idéologues qui, comme vous, projettent le chaos pour la France. Les premiers sont des concurrents dans une compétition électorale dont ils acceptent les règles démocratiques et les principes républicains, les seconds sont des adversaires. Vous êtes, Jean-Luc Mélenchon, mon seul adversaire. Puisque vous seul êtes une menace politique pour la République.
par Yves Thréard dans FigaroVox • 16 octobre 2026
L’éditorial d’Yves Thréard : « Police, Macron dans le piège du chaos téléguidé » à lire dans FigaroVox : https://www.lefigaro.fr/vox/societe/l-editorial-d-yves-threard-police-macron-dans-le-piege-du-chaos-teleguide-20261007 Le procès instruit contre les gendarmes et les policiers est révoltant. Et il est anormal que le gouvernement baisse la garde et laisse faire ceux qui propagent une ambiance de guerre civile dans notre pays. On rapporte qu’Emmanuel Macron aurait beaucoup pesté ces derniers jours contre la police. Elle serait, selon lui, trop dure, sans empathie. Alors que la France est livrée aux casseurs, on comprend que le chef de l’État puisse être inquiet. Mais savoir que sa méfiance irait aux forces de sécurité défie l’imagination. Victimes de provocations, d’agressions et d’échauffourées, celles-ci comptent aujourd’hui plus de 750 blessés dans leurs rangs. Elles sont pourtant traitées en ennemies de l’ordre républicain, accusées de racisme et des pires exactions. Comment Emmanuel Macron, qui a plusieurs fois prétendu être un rempart contre les extrêmes, pourrait-il ainsi faire le jeu de l’ultragauche et de La France insoumise ? Comme nombre d’élus, de commentateurs et d’observateurs, serait-il tombé dans le piège tendu par cette mouvance qui veut mettre la France à sac ? Sur le terrain ou via les réseaux sociaux - qu’elle inonde d’images tronquées et de messages appelant à l’insurrection -, c’est elle qui instrumentalise et radicalise la colère lycéenne contre la police. Comme d’habitude, elle tente d’inverser la charge des responsabilités et des brutalités. Elle souffle sur les braises, encourage les racailles qui, cagoule ou keffieh sur la tête, balancent des cocktails Molotov, tabassent les flics et cherchent à inscrire la lutte des casses dans la durée. Les origines de ce déchaînement de haine sont prouvées et documentées. Dérive idéologique et wokiste Le procès instruit contre les gendarmes et les policiers est indécent, révoltant. Certes, le maintien de l’ordre est un exercice difficile, qui exige entraînement, tact et discernement. Il engage la réputation d’un pays et de sa police, comme disait le préfet Maurice Grimaud en Mai 68. Et il est normal que le gouvernement rende des comptes sur son action. Mais il est anormal qu’il baisse la garde et laisse faire ceux qui téléguident le chaos, propagent une ambiance de guerre civile dans notre pays. Voir des étudiants de Sciences Po et d’ailleurs, aussi ridicules que décérébrés, lever le poing pour dénoncer les « violences policières », comme s’ils vivaient sous la botte d’une dictature, en dit long sur la dérive idéologique et wokiste d’une certaine jeunesse. C’est la traduction d’un raté manifeste de notre système éducatif.
par Vincent Trémolet de Villers • 6 octobre 2026
Un édito de Vincent Trémolet de Villers dans FigaroVox : https://www.lefigaro.fr/vox/politique/l-editorial-de-vincent-tremolet-de-villers-l-art-politique-de-leon-xiv-20260928 Certes, la visite pontificale était spirituelle, mais les politiques auraient tort de ne pas méditer quelques leçons. Léon XIV - campagne présidentielle 0 ! En quatre jours, le pape a désintégré la politique française. Emmanuel Macron a raccroché la liturgie in extremis. Ceux qui prétendent lui succéder, qu’ils viennent de la droite ou du centre, ont assisté silencieusement à la messe. Les autres, la gauche et les Insoumis, ont préféré rejoindre les processions pour le climat . Présents, absents, tous ont été saisis par le contraste entre la ferveur des foules et la sobriété presque timide de celui qui les attire. Quel parti, quel syndicat, quelle institution déplace près de 1 million de personnes pour attendre plusieurs heures une célébration ancestrale ? Aucun. Certes, la visite pontificale était spirituelle, l’ordre du pape n’est pas celui de nos gouvernants, mais les politiques auraient tort de ne pas méditer quelques leçons. Sur la forme, d’abord : avec Léon XIV , pas de profil avantageux, de regard lancé au loin, de pathos dégoulinant, d’emphase lyrique. Le pape parle ; trop de nos politiques prêchent. Léon XIV fait court, tranchant ; ils nous noient dans les mots. Sobriété qui restaure l’éloquence du geste : en témoigne cet instant bouleversant où une enfant éprouvée par de nombreux handicaps a pu se reposer dans ses bras accueillants. Sur nos écrans a surgi la charité en acte sous la forme d’un tableau de la Renaissance. Sur le fond, on notera la franchise de Léon XIV. À l’Élysée, à Lourdes, à Metz, il a regardé le pouvoir dans les yeux pour déplorer ses abandons sur la dignité des plus faibles, sur les racines de l’Europe, sur les conditions d’un accueil décent, sur la liberté scolaire. Frappés par sa majesté, vulnérables à la mode soudaine de la « léonmania », ceux qui s’acharnent à déchristianiser nos lois, nos coutumes, nos écoles ont applaudi des deux mains. Tartuffe n’est pas toujours en soutane : il porte magnifiquement le costume trois pièces. Demi-habile, il pense sans doute que tout ce qui a jailli durant cette visite disparaîtra aussi vite. Courte vue ! Les Français catholiques, agnostiques ou athées ont pu goûter la saveur d’un langage de vérité, mesurer aussi la joie simple de ceux qui le reçoivent. Cela ne fera certainement pas disparaître le mensonge, mais il sera beaucoup plus facilement reconnaissable.
par Eloi Passot (Le Figaro) • 7 septembre 2026
Depuis plusieurs décennies, le Conseil constitutionnel a progressivement élargi son rôle, jusqu’à devenir un acteur majeur du contrôle de l’action du législateur. Cette évolution pose une question fondamentale sur l’équilibre entre souveraineté populaire, État de droit et pouvoir des juges . Un article du Figaro particulièrement intéressant pour comprendre comment nous sommes passés d’un Conseil conçu comme un « chien de garde » de la Constitution à une institution capable de peser directement sur les choix politiques de la Nation. https://www.lefigaro.fr/politique/de-la-souverainete-populaire-au-gouvernement-des-juges-comment-le-conseil-constitutionnel-a-etendu-son-pouvoir-20260906  Partisan d’une réforme de la loi fondamentale, Bruno Retailleau (LR) souhaite «donner le dernier mot» au peuple en cas de censure du Conseil constitutionnel. Bruno Retailleau ne le nomme que trois fois. Pourtant, c’est bien le Conseil constitutionnel que cible le patron des Républicains (LR) dans le projet de réforme constitutionnelle qu’il a présenté dans les colonnes du Figaro . Le candidat LR à la présidentielle souhaite d’une part élargir le périmètre de l’article 11, pour qu’un référendum puisse être convoqué sur n’importe quelle loi. D’autre part, il propose de «donner le dernier mot au peuple» pour que celui-ci puisse valider, en dernier ressort, une loi censurée par les Sages de la rue de Montpensier . La présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet, qui s’est dite «totalement opposée» à ce projet , ne s’y est pas trompée. «Depuis des mois et des mois, certains hommes ou femmes politiques attaquent le Conseil constitutionnel et notre Constitution» mais celle-ci est «notre bien le plus précieux», a-t-elle déclaré. Un débat technique, qui peut sembler fort éloigné des préoccupations des Français. C’est pourtant la puissance du législateur et du peuple souverain qui sont en jeu, notamment sur la très sensible et omniprésente question migratoire. Car au fil des années, le Conseil constitutionnel a encadré l’action du législateur par une jurisprudence toujours plus abondante, sur ce domaine en particulier. «Aucune révision majeure en la matière ne peut faire aujourd’hui l’économie d’une réforme constitutionnelle», souligne derechef Guillaume Drago, professeur de droit public à l’université Panthéon-Assas. Cette question de l’équilibre entre le juge et le législateur ne manquera pas de se poser tout au long de la campagne présidentielle. Et pour cause, depuis sa création, le Conseil constitutionnel a continuellement élargi, de lui-même, ses propres prérogatives. Michel Debré, le père de la Constitution de 1958, ne voit pourtant à l’époque dans cette institution qu’une «arme contre la déviation parlementaire». Fermement opposé à un régime d’Assemblée, où le Parlement serait tout-puissant, le gaulliste entend organiser un parlementarisme rationalisé. Le texte de la Constitution distingue clairement ce qui relève du domaine de la loi et du parlement (article 34) de ce qui relève du domaine du règlement et de l’exécutif (article 37). «Les constituants de 1958 n’ont jamais voulu que le Conseil constitutionnel contrôle le contenu des lois, mais seulement le respect par le parlement des règles de compétence et de procédure», souligne Anne-Marie le Pourhiet, professeur émérite en droit public à l’université de Rennes. Michel Debré parle même d’un «canon braqué vers le Parlement». Le «coup d’État de droit» Le 16 juillet 1971 marque pourtant le début d’une nouvelle ère. Treize ans seulement après sa création, le Conseil constitutionnel rend une décision historique dans laquelle il donne une valeur constitutionnelle à la liberté d’association. Désormais, non seulement le juge constitutionnel contrôle, sur le fond, la conformité de la loi à la Constitution. Mais contre la volonté des pères de la Constitution, il donne pleine valeur constitutionnelle aux deux textes très généraux et utopiques qui forment son préambule, la fameuse Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (DDHC) de 1789 et le préambule de la Constitution de 1946. C’est la naissance du «bloc de constitutionnalité», auquel sera ajoutée, après la réforme de 2005, la charte de l’environnement. C’est un véritable «coup d’État de droit», selon la formule du juriste Olivier Cayla. Le Conseil n’est plus le garant des rapports entre l’exécutif et le Parlement. Il s’autoproclame le protecteur des droits et des libertés fondamentales. «Ces cours suprêmes très puissantes existent dans de nombreux pays», rappelle Guillaume Drago. «On pourrait citer l’Italie, l’Allemagne, et bien sûr les États-Unis. Tout se passe comme si le Conseil français avait voulu imiter ces modèles étrangers. Mais la bascule est très brutale : elle s’opère moins de quinze ans après sa création.» Dès 1921, l’ouvrage d’Étienne Lambert, Le Gouvernement des juges, avait eu un fort retentissement dans l’opinion française : l’auteur y démontrait la toute-puissance de la Cour suprême américaine. Outre-atlantique, loin de se contenter d’être la «bouche de la loi», selon le mot de Montesquieu, le juge constitutionnel est créateur de droit. Plus étonnant encore, le constituant valide ce coup d’État jurisprudentiel et ce changement de nature du Conseil constitutionnel lors de la réforme constitutionnelle de 1974, voulue par Valéry Giscard d’Estaing. Jusqu’ici réservée aux «quatre grands» - président de la République, premier ministre, président du Sénat, président de l’Assemblée nationale - la saisine des Sages est étendue à 60 députés ou 60 sénateurs. L’opposition peut désormais retourner le «canon» vers l’exécutif en demandant la censure de ses projets de loi. Dans les années suivantes, le Conseil constitutionnel va développer une jurisprudence considérable, interprétant librement telle ou telle partie du bloc de constitutionnalité. Le professeur Guillaume Drago retient trois décisions historiques. En 1982, l’opposition saisit les Sages de la rue de Montpensier contre la grande loi de nationalisation (loi du 13 février 1982) voulue par François Mitterrand. Le Conseil reconnaît alors pleine valeur constitutionnelle au droit de propriété, inscrit dans la DDHC, et censure les dispositions du texte concernant le calcul de l’indemnisation des groupes concernés. Le Parlement est forcé de revoir sa copie pour obtenir la validation du Conseil sur ce point. Les étrangers en France, un régime constitutionnel très protecteur «Cette décision a secoué drôlement la classe politique», rappelle Guillaume Drago. «Même si le Conseil ne censure qu’une petite partie du texte, il fait la démonstration qu’il est en capacité de mettre un coup d’arrêt à la politique de l’exécutif, même lorsque celui-ci met en œuvre une politique sur laquelle le président de la République vient d’être élu au suffrage universel.» Le traité de Maastricht, qui fonde l’Union européenne en 1992, est aussi une étape majeure. En 1992, François Mitterrand saisit les Sages sur la compatibilité du traité avec la Constitution. Ces derniers valident le transfert de certaines compétences ayant trait à la souveraineté nationale mais en censurent d’autres, notamment le transfert de la politique monétaire à une Banque centrale européenne indépendante en matière de politique monétaire, ainsi que les modalités de passage à la monnaie unique. L’adoption du traité nécessitera une loi de réforme de la Constitution, avant d’être validée par référendum. Le Conseil consacre surtout un critère central en matière de droit européen : le transfert de compétences n’est inconstitutionnel que s’il affecte «les conditions essentielles d’exercice de la souveraineté nationale». Une expression volontairement souple, qui lui laisse en réalité toute latitude pour valider les étapes suivantes de la construction européenne. «En définitive, le Conseil constitutionnel n’exerce qu’un contrôle très limité sur le droit européen», résume Guillaume Drago. La troisième décision majeure date du 13 août 1993 et porte sur la loi immigration défendue par le ministre de l’Intérieur de l’époque, Charles Pasqua. Le Conseil constitutionnel dégage deux nouveaux principes à valeur constitutionnelle : le droit à mener une vie familiale normale et la liberté du mariage. Il réaffirme en outre vigoureusement la constitutionnalité du droit d’asile. «Le juge constitutionnel dégage un véritable droit de l’entrée et du séjour des étrangers en France», explique Guillaume Drago. «À cause ou grâce à cette décision et à ses suites, selon le point de vue duquel on se place, les étrangers bénéficient en France d’un régime constitutionnel extraordinairement protecteur.» 2008 : pleins pouvoirs au Conseil constitutionnel Cette montée en puissance progressive du Conseil constitutionnel trouve son apogée avec la réforme constitutionnelle de 2008 de Nicolas Sarkozy. Avec la question prioritaire de constitutionnalité (QPC), chaque justiciable peut désormais saisir lui-même le Conseil pour qu’il vérifie la constitutionnalité d’une loi qui lui serait opposée en violation éventuelle de la Constitution. Pour la première fois, les Sages peuvent contrôler - et, le cas échéant, censurer - un texte a posteriori. «Le président Sarkozy confirme ainsi les pleins pouvoirs au Conseil constitutionnel», estime Anne-Marie Le Pourhiet. «La logique est la même, cette fois vis-à-vis de la CJUE, avec la ratification du traité de Lisbonne. Le parti de Bruno Retailleau est à l’origine (après l’UDF de Giscard) des pires abandons de la souveraineté du peuple français», ajoute la juriste. L’on pourrait citer de nombreux exemples du resserrement de l’étau du Conseil, notamment en matière d’immigration. Le 6 juillet 2018, sous Laurent Fabius, les Sages élèvent la «fraternité», terme de la devise de la France, en principe constitutionnel, écartant la possibilité d’un retour du délit d’aide au séjour irrégulier. Il n’est pas rare qu’il tranche non sur le fond, mais sur la forme, pour mieux esquiver les procès en idéologie. Ainsi de la loi immigration de 2024, ramenée à sa version macroniste d’origine par le Conseil. Regroupement familial, droit de séjour des étudiants étrangers, prestations sociales, rétablissement du délit de séjour irrégulier... Ces tours de vis voulus par la droite sont censurés, au prétexte qu’ils n’avaient pas de rapport avec le projet de loi immigration d’origine (les fameux «cavaliers législatifs»). Plus sa jurisprudence s’étend, plus le Conseil constitutionnel encadre la marge de manœuvre du législateur. La tension entre les deux ne pouvait ainsi que s’accroître, ce dernier dénonçant un «gouvernement des juges». En 2027, comme en 2022, l’expression est dans la bouche de tous les partis de droite, de LR à Reconquête! en passant par l’Union des droites pour la République (UDR) et le Rassemblement national (RN), qui souhaitent unanimement réformer la Constitution. Bruno Retailleau ne cible pas l’article 11 de la Constitution par hasard. Sa rédaction actuelle prévoit qu’un référendum peut être convoqué pour tout «projet de loi» portant sur «l’organisation des pouvoirs publics, sur des réformes relatives à la politique économique, sociale ou environnementale de la nation et aux services publics qui y concourent». Le lit de justice constitutionnel Le Conseil constitutionnel s’interdit de contrôler un texte adopté directement par le peuple souverain. Il s’autorise, en revanche, à contrôler le décret de convocation d’un référendum. Dès lors, un président qui convoquerait le peuple aux urnes sur la base de l’article 11, au sujet d’un texte qui concernerait la sécurité, l’immigration, pourrait tout à fait se voir infliger un camouflet par le Conseil qui invaliderait son décret de convocation. D’où la volonté de Bruno Retailleau d’étendre le champ de l’article 11 «à l’ensemble du domaine de la loi». «Cette proposition n’est pas nouvelle. Beaucoup de constitutionnalistes plaident pour cette réforme. La rédaction actuelle est presque une malfaçon. Il n’y a pas de raison de limiter l’expression de la volonté souveraine du peuple à certains textes.» L’idée de laisser au peuple le dernier mot en cas de censure du Conseil constitutionnel, elle aussi, a déjà été débattue par le passé. Le grand juriste Georges Vedel parlait du «lit de justice constitutionnel». «C’est une référence à l’Ancien Régime», explique Guillaume Drago. «Lorsque le parlement de Paris (les juges de l’Ancien Régime - NDLR) refusait d’enregistrer des actes royaux, le roi s’y rendait et s’asseyait sur une espèce de banquette, un lit, en majesté. Il obligeait alors le parlement à enregistrer l’acte royal. L’expression s’est développée comme la possibilité pour une autorité de venir imposer son point de vue à une autorité judiciaire.»
par Olivier Babeau (Valeurs Actuelles) • 5 septembre 2026
" Une étude sur 7000 ultrariches révèle un basculement inédit : un quart des fortunes sont héritées, contre la moitié au début des années 2000. La France devrait apprendre à les faire naître plutôt qu’à les punir. " Une tribune de Olivier Babeau à lire dans Valeurs Actuelles : https://www.valeursactuelles.com/clubvaleurs/economie/olivier-babeau-les-milliardaires-sont-de-moins-en-moins-des-heritiers "Le milliardaire est devenu le méchant idéal de notre époque. Il est assez rare pour que presque personne ne se sente personnellement visé, assez riche pour que toute attaque contre lui paraisse indolore, assez spectaculaire, enfin, pour fournir une explication simple à toutes nos difficultés. Si la vie est chère, si les services publics fonctionnent mal, si les classes moyennes se sentent déclassées, ce serait parce qu’une poignée d’individus aurait accaparé une part excessive du gâteau. La fortune des uns serait nécessairement le manque des autres. On ne devient pas milliardaire en prenant un euro à un milliard de personnes, mais en leur proposant un produit ou un service qu’elles choisissent d’acheter. Cette vision est aussi séduisante que fausse. L’économie n’est pas un banquet où quelques convives trop voraces condamneraient les autres à la faim. La richesse se crée. Et les grandes fortunes contemporaines sont de plus en plus souvent la récompense, certes vertigineuse, d’une création de valeur qui l’est tout autant. On ne devient pas milliardaire en prenant un euro à un milliard de personnes, mais en leur proposant un produit ou un service qu’elles choisissent d’acheter. Une vaste étude de The Economist recensant 7 000 milliardaires sur vingt-cinq ans met en lumière une évolution remarquable. Pour la première fois, la moitié de la richesse mondiale des milliardaires provient d’entrepreneurs self made et actifs dans des secteurs concurrentiels. Dans le même temps, la part des fortunes héritées, proche de 50 % au début des années 2000, est tombée autour de 25 %. Le club des ultrariches ressemble donc de moins en moins à une assemblée d’héritiers assoupis sur un patrimoine ancien et de plus en plus à une réunion de bâtisseurs. Le phénomène dépasse largement la Silicon Valley. Peggy Cherng a bâti Panda Express, qui sert des repas bon marché à des millions de clients. Tadashi Yanai a fait d’Uniqlo une marque mondiale. Robin Zeng a créé en quinze ans CATL, géant chinois de la batterie. Oprah Winfrey doit sa fortune au public qui a voulu l’écouter, Cristiano Ronaldo, aux foules venues admirer son talent. Dans chacun de ces cas, l’enrichissement est la conséquence d’un succès soumis au jugement de millions de personnes libres de dire non. Une fortune entrepreneuriale n’est pas un tas de pièces d’or dormant dans une chambre forte. Elle est, pour l’essentiel, la valeur attribuée à des actions d’entreprises qui produisent, investissent, innovent et emploient. La hausse des marchés, l’enrichissement de la Chine et l’Internet mobile ont accéléré cette création de fortunes. Une idée utile peut désormais atteindre presque instantanément des centaines de millions de clients. Jamais il n’a été aussi rapide de devenir immensément riche. Mais jamais, non plus, il n’a été possible de diffuser aussi vite une innovation à une telle échelle. La démesure des fortunes reflète celle des marchés accessibles. À lirePrésidentielle 2027 : Mélenchon prépare le démantèlement des groupes de presse privés tenus par des milliardaires C’est pourquoi l’impôt sur les très grandes fortunes, présenté comme une évidence morale, repose souvent sur un contresens. Il traite un patrimoine productif comme une réserve liquide. Or frapper chaque année la valeur d’une entreprise, c’est obliger son propriétaire à vendre une partie de son capital, décourager l’investissement ou provoquer son départ. On prétend faire payer un homme, en réalité on fragilise l’outil qui finance des emplois, de la recherche et de la croissance. Notre problème n’est pas que certains deviennent trop riches, mais que trop peu puissent encore le devenir en créant ici. La France devrait être particulièrement attentive à cette leçon. Notre problème n’est pas que certains deviennent trop riches, mais que trop peu puissent encore le devenir en créant ici. Nous excellons à compter les fortunes, à les soupçonner et à imaginer leur taxation, beaucoup moins à faire naître les entreprises qui les produisent. L’impôt sur les très grandes fortunes, présenté comme une évidence morale, repose souvent sur un contresens. On prétend faire payer un homme, en réalité on fragilise l’outil qui finance des emplois, de la recherche et de la croissance."
par Robert Ménard dans Valeurs Actuelles • 3 septembre 2026
Face à la montée de l’insécurité et à la banalisation des incivilités, Robert Ménard défend l’idée que l’autorité n’est pas une posture politique, mais une condition indispensable au maintien de l’ordre républicain et de la cohésion sociale. Une tribune qui invite à réfléchir aux conséquences de plusieurs décennies de renoncements. Lire l’article de Robert Ménard dans Valeurs actuelles : https://www.valeursactuelles.com/clubvaleurs/societe/robert-menard-lautorite-nest-pas-une-option-cest-le-socle  Alors que l’insécurité s’enracine et que l’autorité de l’État recule, Robert Ménard, maire de Béziers, appelle à rompre avec des décennies de renoncements. De l’école à la justice, de la lutte contre les trafics à l’exécution des peines, il défend un véritable choc d’autorité pour restaurer l’ordre républicain et garantir à nouveau la sécurité des Français.​​​​ Comme un cancer. Un cancer lent et sournois. Un cancer qu’on refuse de traiter. Plus les années passent, plus le traitement doit être radical, violent, pour qu’on ait une petite chance de s’en sortir… L’insécurité grandissante est ce cancer qui ronge la France depuis des décennies. Elle pourrit tout le corps social. Le diagnostic est effrayant. Nous le connaissons tous. Au sommet, l’ultraviolence : les meurtres, les viols, les règlements de comptes entre narcotrafiquants, le grand banditisme, le terrorisme bien sûr, les violences faites aux femmes et aux enfants. Ces crimes-là nous indignent, nous horrifient, nous révoltent. Et c’est normal. Mais à la base de cette même pyramide, il y a tout le reste. Un océan de violences diffuses , de comportements insupportables, de regards qu’il ne faut pas croiser. Les petites incivilités. Les coups de canif répétés. Les simples coups d’aiguille qui, jour après jour, s’enfoncent dans notre tissu social jusqu’à le déchirer. Le jeune qui insulte le conducteur de bus. Celui qui tague le mur de l’école. Celui qui fume son joint sur le banc public en riant au nez des riverains. Celui qui jette ses détritus à même le trottoir. Celui qui refuse d’enlever les pieds de la tablette dans le train. Celui qui crache par terre, qui hurle la nuit, sans le moindre souci du voisinage. Rien de cela n’est anodin. C’est le terreau. C’est le terreau de l’impunité. Et l’impunité, c’est l’école du crime. On ne reconstruira rien si l’on se contente de frapper en haut. Il faut frapper partout. Un choc d’autorité à tous les niveaux. Sans exception. Sans faiblesse. Sans ces digressions morales qui, depuis trente ou quarante ans, ont transformé la justice en machine à absoudre . Cela commence dès l’école . L’école n’est pas un lieu de négociation permanente. Ce n’est pas un centre social. C’est l’endroit où l’on devrait apprendre le respect, la discipline, la différence entre le permis et le défendu. Quand un élève insulte un professeur, on ne «dialogue » pas. On sanctionne. Quand il frappe un camarade, on ne « comprend » pas. On exclut. Quand il revend de la drogue dans la cour, on n’« accompagne » pas. On le sort et on le met face à ses responsabilités, y compris judiciaires. Ne rien laisser passer. Plus rien. Absolument rien. Il faut aussi cesser de regarder ailleurs sur le trafic de drogue . Le consommateur n’est pas une victime. C’est un acteur, un complice. C’est lui qui alimente les réseaux. C’est lui qui, par ses achats répétés, finance les armes, les voitures de luxe et les villas des caïds. Frapper le consommateur, c’est tarir la source. Amendes dissuasives. Travaux d’intérêt général. Et, pour les récidivistes, de vraies peines. On a trop longtemps fait semblant de croire que la « dépénalisation soft » allait résoudre le problème. Elle l’a aggravé dans des proportions affolantes. Mais tout cela ne servira à rien si l’on n’a pas de place pour enfermer. Or notre pays manque cruellement de places de prison. Alors, il faut en construire. Massivement. Immédiatement. En court-circuitant la bureaucratie nationale et locale qui, depuis des décennies, a transformé chaque projet en parcours du combattant. On a su restaurer Notre-Dame en cinq ans. On a su mobiliser les compétences, les moyens, la volonté politique. Pourquoi serait-il impossible de faire la même chose pour des établissements pénitentiaires ? Parce que certains préfèrent les discours aux actes. Parce que d’aucuns prétendent encore que la prison n’est qu’une fabrique à criminels, en oubliant son rôle essentiel de protection de la société. Parce que d’autres encore ont peur de mécontenter les riverains ou les associations. Mais nous n’avons plus le temps d’avoir peur ! On doit également construire, créer des centres de détention moins sécurisés pour les infractions mineures, pour les peines courtes, pour ceux qui n’ont pas encore basculé dans la grande criminalité. Tu es condamné à trois mois de prison, tu fais trois mois de prison. Et tout de suite. Et puisqu’on manque de places, pourquoi ne pas nouer des partenariats avec nos voisins qui disposent de capacités carcérales excédentaires ? L’Espagne, l’Allemagne, d’autres encore. C’est du bon sens. On paie. On contrôle. On s’assure que les conditions sont dignes. Mais on soulage nos prisons saturées. Et pendant ce temps, on construit chez nous. Je l’ai proposé au chef de l’État. Il a acquiescé. Et depuis, plus rien. Enfin, il y a la question des détenus étrangers en situation irrégulière. Leur place n’est pas dans nos prisons. Leur place est dans leur pays. Sauf exception et avec l’accord de leurs victimes. Pour le reste, on expulse. On cesse de financer l’hébergement de ceux qui n’ont rien à faire ici. On cesse d’engraisser le sentiment d’impunité de ceux qui savent qu’ils peuvent enchaîner les délits sans jamais vraiment craindre le retour au pays. Oui, un choc d’autorité. Pas des mots, des actes. Pas des groupes de travail, des décisions. Pas des plans quinquennaux, des chantiers qui démarrent demain. Parce que chaque jour perdu, c’est un jour de plus où les Français subissent, où les victimes pleurent, où les voyous ricanent. L’autorité n’est pas une option, c’est le socle. Et tant que nous n’aurons pas remis ce socle d’aplomb, du plus petit manquement au plus grand crime, nous n’avancerons pas. Excessif, populiste, dangereux ? Ce qui est excessif, c’est de laisser un pays s’enfoncer dans le chaos sous prétexte de nuance, d’indulgence, de bienveillance mortifère. Ce qui est populiste, c’est de faire croire au peuple que l’on peut vivre ensemble sans règles communes. Ce qui est dangereux, c’est de continuer comme avant. Oui. C’est évident, le traitement de la maladie sera rude, très rude. Il nécessitera un courage hors norme et un effort immense de la part des Français. Dans les têtes. Dans les actes au quotidien. L’avenir se jouera là.
par Alain Weber sur X • 9 août 2026
Un post d’Alain Weber publié sur X, dont nous partageons pleinement l’analyse et les conclusions à propos de ce que nous considérons comme la lie du paysage politique actuel : Gabriel Attal et Dominique de Villepin : https://x.com/alainpaulweber/status/2084392385279041632 "Je ne supporte pas Gabriel Attal. Cette agitation perpétuelle, cette manie de confondre vitesse et profondeur, cette autorité sous tension qui tient plus du réflexe que de la pensée, tout sonne faux, forcé, surjoué. Mais voir Dominique de Villepin monter en chaire pour lui faire la morale relève du théâtre de grand Guignol. D’un côté, Attal : l’énergie sans cap, la fermeté d’affiche, le volontarisme d’apparat. Ça gesticule, ça simplifie, ça promet avec la vitesse et la force de quelqu’un qui sait qu’il ne tiendra pas ses engagements. Une politique à l’adrénaline, où l’effet remplace l’idée. De l’autre, Villepin : la voix grave, le verbe ample, la posture impeccable. Il parle comme on déclame, avec cette assurance tranquille de ceux qui se regardent penser. Mais à force de hauteur, il par perdre tout contact avec la réalité et finit par flotter dans son immensité intellectuelle… L’un s’excite, l’autre se contemple. L’un fait du bruit, l’autre fait de l’écho. Et puis il y a ce double jeu à peine dissimulé : Dominique de Villepin, devenu tribun d’une gauche immigrationiste, sur ordre du Qatar , et Gabriel Attal, socialiste pressé qui voudrait faire croire qu’il est de droite. Deux trajectoires, deux discours, un même parfum d’imposture. Bref, deux calamités. Deux profils qui devraient se tenir extrêmement loin du pouvoir si l’on veut laisser à ce pays une chance de s’en sortir." 
par Dominique Reynié dans FigaroVox • 9 août 2026
"L’écologisme est en contradiction avec la marche d’un monde avide de croissance comme avec la volonté des Français de maintenir leur niveau de vie et de l’accroître si possible" Longue interview de Dominique Reynié par Alexandre Devecchio dans FigaroVox https://www.lefigaro.fr/politique/dominique-reynie-l-ete-2026-aura-montre-que-l-ecologisme-est-devenu-l-ennemi-de-l-ecologie-20260802 LE FIGARO. - Selon beaucoup d’observateurs, les incendies ne relèvent pas seulement de la catastrophe naturelle, ils sont aussi le résultat de choix politiques liés à une certaine écologie. Les militants écologistes ont ainsi lutté pendant des années contre le débroussaillement, la gestion forestière ou encore les retenues d’eau… Peut-on parler de catastrophe politique ? DOMINIQUE REYNIÉ. - Je le crois. Il faut que nous apprenions à distinguer entre, d’une part, l’écologie , qui désigne à la fois une science et une préoccupation pour l’environnement, pour le vivant, pour sa fragilité et, d’autre part, l’écologisme, qui est une idéologie construite et mobilisée pour servir un projet de conquête du pouvoir. On comprend aisément que le réchauffement climatique favorise la propagation des incendies . Mais la catastrophe que nous vivons est en effet le résultat d’une détermination politique particulière, celle de l’influence pernicieuse de l’écologisme sur l’action publique. Dès les premiers incendies, les chaînes d’information continue accueillaient des intervenants établissant explicitement une relation directe de cause à effet entre le réchauffement climatique et les incendies, comme si le feu avait pris spontanément, dans une atmosphère surchauffée. On a vu des représentants d’Oxfam - qui se définit comme « une association de solidarité internationale qui lutte contre la pauvreté, les inégalités et le changement climatique » - expliquant les incendies par le réchauffement climatique, et mettant aussitôt en cause nos modes de vie, la croissance économique, les entreprises, le « capitalisme », etc. Il aura fallu un peu de temps avant de commencer à discuter des défaillances des politiques publiques, des investissements insuffisants ou trop souvent différés, des causes des départs de feu. À lire aussi Climatisation, incendies, nucléaire… L’été dantesque consacre la défaite de l’écologisme politique Surveiller les forêts, perfectionner les outils pour les combattre, sanctionner les comportements imprudents, punir les actes coupables, etc., tout cela dépend d’une stratégie, d’une organisation, de moyens financiers, humains et techniques, c’est-à-dire d’une bonne politique, mais c’est celle à laquelle les écologistes n’ont cessé de s’opposer, aidés d’ailleurs en cela par LFI. Les tragiques incendies de l’été 2026 nous montrent, pour la première fois, qu’une catastrophe écologique n’est pas seulement l’effet du climat ou de la globalisation économique, mais aussi de l’influence de l’écologisme, qui abuse d’images évidemment impressionnantes sans laisser suffisamment de place à des argumentations rigoureuses. Le discours écologiste est tellement pesant et anxiogène qu’on en est arrivés à inventer le terme d’écoanxiété pour caractériser cette angoisse dont les dégâts produits sur l’opinion publique, en particulier sur les nouvelles générations, sont considérables. Ne leur répète-t-on pas, finalement, que vivre est un cauchemar, voire une faute et que la nature serait victime de l’humanité ? Depuis les années 1970, les écologistes ont gagné en notoriété grâce à une politisation extrême des problèmes environnementaux De l’affaiblissement de notre filière nucléaire aux incendies, en passant par notre retard en matière de climatisation dans un contexte de réchauffement climatique, sommes-nous en train de payer les conséquences de l’influence politique de cet écologisme ? Rappelons de quoi est fait cet écologisme. Il est hostile à la croissance économique, aux entreprises, à l’innovation, souvent aux progrès scientifiques, à ce qui est la source de la plupart des solutions politiques aux grands problèmes que rencontre le monde. Les écologistes ont avec l’écologie la même relation que le RN avec l’immigration : c’est un enjeu existentiel ; c’est leur raison d’être. Pour les écologistes comme pour le RN, un monde de solutions est un monde où ils n’ont plus leur place. Depuis les années 1970, les écologistes ont gagné en notoriété grâce à une politisation extrême des problèmes environnementaux, en imputant sans nuance aux États et à leurs dirigeants la responsabilité des phénomènes et des catastrophes climatiques. Les voici aujourd’hui à leur tour désignés parmi les responsables de cette catastrophe. L’été 2026 aura établi aux yeux de tous que, en fait, cet écologisme peut être l’ennemi de l’écologie. La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, s’est montrée hostile à l’extension de la climatisation avant de menacer de démissionner à la suite de l’adoption de la loi d’urgence agricole. Que cela révèle-t-il ? Les partis de centre gauche et de centre droit se laissent-ils trop souvent intimider par l’écologisme radical ? Assurément. Le principal problème posé par l’écologisme est politique et, plus précisément, démocratique. L’écologisme est parvenu à prendre le pouvoir sans avoir réussi à convaincre les électeurs. Ainsi, face au dérèglement climatique, qui aurait dû les avantager, les écologistes ont choisi de répondre non par le marché, la société civile, la créativité, l’initiative et l’innovation, mais par le projet démesuré de « sauver la planète » grâce à une « transition écologique » conçue et conduite depuis Bruxelles, pour l’Union européenne, et depuis Paris pour la France. Ces idées relèvent d’une conception suradministrée des affaires publiques. Le résultat est le déploiement d’un régime de réglementations, d’autorisations, de contrôles et de surveillances de plus en plus étroit, intrusif et sévère, sans égard pour les libertés individuelles, et d’ailleurs sans effet sur le réchauffement climatique. Cet écologisme par les normes, cet écologisme bureaucratique, s’est non seulement mis en place sans avoir eu besoin de l’assentiment des électeurs, mais aussi sans les en avoir informés, de même qu’ils ne furent pas informés, entre 1997 et 2017, du quasi-abandon de notre filière nucléaire, qui constitue pourtant notre plus grand atout industriel, ainsi que notre meilleure réponse aux défis de la souveraineté énergétique et du réchauffement climatique. En ce sens, on peut considérer le mouvement des « gilets jaunes » comme un premier coup d’arrêt populaire imposé à l’idéologie écologiste, un coup d’arrêt d’ailleurs opéré selon une méthode manifestante et non électorale, comme s’il s’agissait, pour les « gilets jaunes », de répondre à l’écologisme avec ses mêmes méthodes de blocages protestataires et de confrontations violentes. Je dirais que l’écologisme est en train de perdre la bataille législative et gouvernementale Le virage pronucléaire d’Emmanuel Macron a-t-il été un tournant ? L’écologisme radical est-il en train de perdre la bataille culturelle ? Je dirais que l’écologisme est en train de perdre la bataille législative et gouvernementale. Cependant, la récusation électorale de l’écologisme n’empêche pas sa domination culturelle. On le voit à travers l’extraordinaire bienveillance du monde médiatique, qui est l’un des grands privilèges concédés à cette idéologie. On le voit aussi dans l’omniprésence du discours écologiste partisan, de fait institutionnalisé. On songe à ce qu’Althusser appelait les « appareils idéologiques d’État » : l’école, et par l’école on atteint aussi les familles, les universités, le monde intellectuel, les médias, en particulier l’audiovisuel d’État, ou encore le monde culturel. On voit aussi de nouveaux appareils idéologiques à l’œuvre, avec les plateformes numériques, les moteurs de recherche, les IA, Wikipédia, etc., et à travers eux les métiers de la communication et du marketing, affectant le discours de nombre d’entreprises ; elles reprennent à leur compte l’écologisme en imaginant un effet bénéfique, sans toujours voir qu’elles alimentent un gauchisme culturel qui ne leur veut pas du bien. Les écologistes étaient tout de même les premiers défenseurs de l’euthanasie. Et la loi qui a été adoptée s’inscrit dans leur vision radicale. Comment expliquez-vous l’engagement des écologistes sur la question de l’euthanasie et leur victoire politique sur cette question ? C’est une autre dimension de l’impensé écologiste et une autre cause de leur déclin. Les écologistes ont insisté sur la fragilité du vivant et la vulnérabilité du monde - plus qu’aucune autre famille politique -, ils ont dénoncé les dangers du pouvoir médical, pour finalement prendre une part prépondérante à la légalisation de l’euthanasie. Au fond, l’écologisme n’a-t-il pas ainsi rompu avec ce qui est supposé être le cœur de sa doctrine, la protection du vivant, le souci de sa fragilité, la protection des plus faibles ? L’écologie et la protection de la nature demeurent des questions majeures. Le risque est-il que l’opinion publique en vienne à confondre ces enjeux avec l’écologisme radical et rejette en bloc toute forme d’écologie ? Comment réconcilier l’écologie avec la liberté, le progrès réel et la démocratie ? Il me semble que l’on ne s’y trompe pas. En effet, d’une part, les études d’opinion nous disent que les enjeux écologiques préoccupent très largement la population. D’autre part, les résultats électoraux montrent que les Français refusent fermement, et depuis toujours, d’accorder leur confiance aux écologistes. Cet écologisme dogmatique, assimilable à l’extrême gauche parce qu’il se présente comme l’ennemi juré de la croissance économique et du confort matériel, n’a jamais intéressé la majorité des électeurs. Le gauchisme est-il l’avenir de l’écologisme ? Les tenants de l’écologisme sont pris dans une relation conflictuelle, inextricable, avec la démocratie. La victoire électorale est une perspective qui leur semble inatteignable, à juste titre. Les élections ne leur seront pas favorables avant longtemps, peut-être jamais. C’est pourquoi on assiste, au sein de l’écologisme et à gauche en général, au retour d’un discours archaïque constitutif des premiers âges de la gauche, au milieu du XIX e siècle, et qui contestait la capacité de l’électeur, son indépendance, la valeur de l’élection, la représentativité des représentants élus. L’intérêt théorique bien réel de ces sujets n’interdit pas de relever que les partis qui parlent de plus en plus de « conventions citoyennes », de tirage au sort et de « démocratie participative » sont ceux auxquels les élections générales et les référendums - bref, la souveraineté électorale - ont peu de chance d’être favorables. L’écologisme est en contradiction avec la marche d’un monde avide de croissance comme avec la volonté des Français de maintenir leur niveau de vie et de l’accroître si possible Ce qui, hier, était magnifié, l’élection au suffrage universel, est aujourd’hui, à gauche, un sujet de suspicion. Si l’écologisme est parvenu à gouverner tout en étant la composante marginale de coalitions fragiles ou minoritaires, depuis une trentaine d’années jusqu’à aujourd’hui, il suscite maintenant une exaspération montante qui appelle un arbitrage démocratique. L’écologisme est en contradiction avec la marche d’un monde avide de croissance comme avec la volonté des Français de maintenir leur niveau de vie et de l’accroître si possible. Les écologistes devraient opérer un virage réformiste. Mais, différemment, ils semblent s’engager depuis quelques années sur le chemin d’une mutation de sens contraire, comme si, faute de pouvoir imaginer leur victoire électorale, ils cédaient à la tentation, en assumant leur conversion à une politique antisystème. C’est bien ce processus qui est à l’œuvre dans le rapprochement avec LFI. Il pourrait aboutir à une union lors des prochaines élections législatives de juin 2027. Mais le rapprochement avec LFI a un prix. Il implique notamment de se lier avec les mouvances antisémites et islamistes qui travaillent la gauche française et l’ensemble de la gauche européenne.