Education Nationale : le constat d’une crise multiforme et généralisée

Natacha Gray • 19 février 2018

Nous avons évoqué dans un précédent article (ici) l’affaire du lycée Galliéni de Toulouse. Ces situations, lorsqu’elles éclatent au grand jour, médiatisées soit par des professeurs à bout de nerfs, soit par les élèves eux-mêmes fiers de leurs transgressions multiples (comme la gifle administrée en octobre dernier à une enseignante d’un lycée de Seine-Saint-Denis, filmée et diffusée sur les réseaux sociaux), provoquent la stupeur et l’indignation dans l’opinion publique. Nombreux sont ceux qui, il y a peu encore, considéreraient les écoles, collèges et lycées comme de véritables sanctuaires préservés des problèmes sociétaux et des comportements inciviques, à l’image de ce qu’ils avaient connu enfants puis adolescents : autant dire qu’ils tombent de haut en découvrant l’ampleur du désastre !

Mais il faut bien savoir que ces scandales qui occupent ponctuellement l’actualité ne sont que la partie émergée et devenue caricaturale d’un iceberg qui fragilise de très nombreux établissements en France qui ne sont pourtant pas tous classés en zone sensible, c’est-à-dire dans les réseaux d’éducation prioritaire (REP). Seuls quelques cas, les plus graves, arrivent à la connaissance du grand public. Mais les insultes, les coups, le harcèlement, les intrusions de personnes extérieures au sein des établissements scolaires, le refus de l’autorité, sont hélas aujourd’hui vécus par de nombreux usagers de l’Éducation nationale. Le mot d’ordre est de ne pas faire de vagues. Alors on s’habitue au pire et la plupart des incivilités, à l’exception des plus graves ou de celles qui débordent sur l’extérieur, se règlent en interne. Il a fallu au lycée Galliéni l’ouverture d’une nouvelle option et l’arrivée concomitante d’une vingtaine de professeurs pour que ces derniers, horrifiés, ouvrent les yeux des anciens qui avaient fini par accepter que le non-droit et la violence fassent ainsi partie de leur quotidien.

Cependant la crise que traverse l’Éducation nationale ne se réduit pas à ces faits divers violents dont les échos parviennent, de façon de plus en plus audible aujourd’hui, au reste de la société. Le mal est infiniment plus profond, silencieux et multiforme comme si les bases de la vénérable institution avaient été rongées insidieusement depuis plusieurs décennies jusqu’à menacer tout l’édifice d’un effondrement inéluctable. Les causes du mal seront évoquées dans un prochain article, celui de ce jour se contentera d’en énumérer les symptômes principaux . Il s’agira juste de montrer que les épisodes du lycée Galliéni ou de la gifle médiatisée ne sont que la partie émergée d’un iceberg qui se fissure de partout .


La remise en cause de l’autorité

Dans ces écoles, collèges, lycées en crise violente, nous assistons aujourd’hui à l’aboutissement d’un long processus de culpabilisation des victimes, de destruction de l’autorité et des bases de notre système éducatif, à l’œuvre depuis des années au mieux dans l’indifférence quasi générale, au pire dans un déni de réalité constant. La seule différence avec un lycée bourgeois de centre-ville c’est que ce refus de toute forme d’autorité et de la hiérarchie, qui s’exprime ici en menaces explicites, souvent mises à exécution (règlements de compte, destructions matérielles, vandalisme sur les véhicules des professeurs) ou en agressions physiques et verbales violentes, se traduit ailleurs, dans les lycées calmes, en bavardages incessants, en refus de travailler et en chahuts récurrents.

Un exemple : obtenir le silence, en l’absence de sanctions (systématiquement contestées et qui doivent s’inscrire dans un règlement intérieur qui les rend de plus en plus difficiles à donner), y compris dans une bonne classe, est devenu quasiment impossible au point que les penseurs de l’École, appelés en interne les « pédagos », dans leur grande créativité et surtout mauvaise foi dès lors que l’expérience met en échec leurs réflexions théoriques, ont dû inventer deux parades successives. S’il y a une vingtaine d’années ces apprentis-sorciers préconisaient auprès des enseignants stagiaires « le silence pédagogique » (l’enseignant se tait jusqu’à ce que les élèves, surpris, fassent silence progressivement à leur tour afin que le cours recommence), certains en sont réduits aujourd’hui dans les instituts de formation des professeurs à vanter les mérites du « bruit pédagogique » (les élèves parlent entre eux dans la classe, s’interrogent et se répondent, se déplacent, en quasi autonomie, ils doivent se sentir comme chez eux, car la classe « ça doit être comme la vie », le professeur veillant juste à ce que le niveau des décibels reste supportable.

Dans les lycées qui font la une de l’actualité, il y a juste que le nivellement des exigences par le bas pour obtenir puis conserver un semblant de paix intérieure et le renoncement aux moyens de faire respecter l’autorité du professeur ou de l’administration ont commencé ici plus tôt qu’ailleurs, compte tenu souvent d’un contexte social et culturel particulier. Il ne fallait pas « stigmatiser » ni « décourager » des élèves venant des quartiers défavorisés, souvent de culture différente à la maison. La dégradation y est donc allée également plus vite, car les établissements scolaires ne sont plus des sanctuaires imperméables à tout ce qui se passe à l’extérieur de leurs enceintes : le trafic, le sexisme, les nouvelles formes de racisme, l’antisémitisme, la remise en cause des codes républicains et des valeurs françaises y entrent, en sortent, y entrent à nouveau, transformant ces anciens « sanctuaires » en zones de non-droit où la violence verbale et physique a remplacé les lois de la République par celles de la jungle. Et cela d’autant plus qu’au tournant des années 2000 les pédagogistes ont promu l’idée de « lycée ouvert » sur son environnement, ce qui supposait des interactions avec l’extérieur (invitations mais aussi sorties hors-les murs) et une architecture particulière pour les établissements qui se construisaient alors (avec des zones publiques, réservées, semi-réservées). En définitive les maux de la société s’y propagent, et réciproquement, dans une dialectique toxique permanente, comme on le voit dans le cas du lycée Galliéni.

S’il fut aisé de détruire un à un les fondements de l’autorité, parce que certains pédagogues pensaient encore qu’il était interdit d’interdire, la restaurer aujourd’hui paraît nettement plus difficile, en particulier parce que les premières générations, à qui l’on a donné tous les droits sans les contraindre à respecter leurs devoirs, sont aujourd’hui sorties du système scolaire et ont « importé » leurs comportements individualistes, leur refus de l’autorité et de toute contrainte, leurs comportements d’anciens « enfants-roi » dans la société tout entière. La plupart des maux dont souffre l’École sont ceux qui minent de nos jours la société tout entière.


La génération « j’ai le droit »

Car nous assistons bel et bien presque partout, à l’exception d’établissements qui prônent encore l’excellence et l’élitisme républicain et qui sont d’ailleurs pris d’assaut par les familles qui ont les moyens de contourner la carte scolaire, à un phénomène d’acculturation, de destruction de nos civilités et de la morale citoyenne, au triomphe de la génération « J’ai le droit » (pour reprendre le titre récent du professeur d’histoire-géographie Barbara Lefebvre [i]). La démotivation des bons élèves pousse sur le désert culturel qu’on propose au nom d’un égalitarisme niveleur. Il devient de plus en plus difficulté d’enseigner sa matière puisque de nombreux élèves, soutenus par leurs parents, contestent aujourd’hui le contenu des programmes scientifiques ou d’histoire-géographie s’il ne va pas dans le sens de leurs croyances et exigent parfois d’en être dispensés. Parallèlement nous assistons à l’augmentation constante des violences verbales et physiques dont les élèves les plus faibles ont été les premières victimes et qui atteint aujourd’hui les professeurs. L’enseignante giflée évoquée précédemment avait eu comme seul tort aux yeux de ces enfants-rois et petits caïds que d’avoir osé confisquer le portable d’un élève en pleine classe : à ses yeux et ceux de ses camarades, elle n’en avait pas le droit. Tout est prétexte d’une part à contestation (le travail donné à la maison, l’interrogation écrite, une sanction, une conversation interrompue en classe), d’autre part à l’affirmation de ses droits. Encore une fois « la survalorisation du moi » prônée par les pédagogistes en réaction à une éducation traditionnelle jugée peu épanouissante et trop contraignante a forgé des générations revendicatives centrées sur elles-mêmes et sur leurs droits. Le professeur n’a pas le droit de les ennuyer, de les contrarier, de contredire les principes éducatifs et les croyances inculqués à la maison, il ne doit pas contraindre ni punir mais convaincre et tant pis pour lui s’il n’y parvient pas. En revanche certains élèves s’arrogent celui de l’humilier, de le provoquer. De nombreux parents se sont déchargés de leurs responsabilités éducatives sur les « experts » qu’étaient censés être les enseignants. Scène vécue dans une école toulousaine : deux mamans convoquées par la directrice et la maîtresse de leurs enfants (racketteurs, violents, harceleurs), clament à la cantonade en sortant, furieuses : « si les maîtresses ne sont pas capables d’éduquer les gosses, qu’elles changent de métier ».

Mais comment convaincre les familles que l’objet principal de l’École est de transmettre des connaissances et des méthodes, d’émanciper les esprits, quand la secte pédagogiste se répand depuis vingt-cinq ans en interne, et dans les médias séduits par ces nouveaux discours, que l’important ce ne sont pas les connaissances mais « l’estime de soi », « l’élève au centre du système éducatif », « l’apprenant autonome construisant seul son propre savoir » ,que la mission d’un enseignant est « d’éduquer au vivre ensemble » et non pas d’instruire comme au temps du ministère de l’Instruction publique [ii]!

L’entrisme islamiste

Sur ce point les problèmes rencontrés à l’école sont les mêmes que dans la société tout entière. Dans de nombreux établissements, et pas seulement dans les zones sensibles, l’École doit également faire face à la propagande islamiste qui pousse certains élèves à demander le droit de ne pas suivre certains cours qui heurtent leurs croyances ou qui contestent en permanence les enseignements. Il y a quelques mois l’ancien chef d’établissement Bernard Ravet [iii] témoignait du cas du collège marseillais dont il fut le principal, mais, au-delà, libéré du devoir de réserve, de celui de nombreux d’établissements publics où administration et enseignants, totalement démunis, sont confrontés à une véritable guerre de position menée par l’islamisme. Un enseignement parallèle et contradictoire est dispensé dans des écoles coraniques fréquentées par les élèves hors temps scolaire, par des brochures distribuées à la porte des établissements, des surveillants prosélytes, des élèves propagandistes et sexistes, des parents intrusifs. « Depuis plus de dix ans, écrit-il, le fanatisme frappe à la porte de dizaines d’établissements. Il cherche à empiéter sur le territoire physique de la République, centimètre par centimètre, en imposant ses signes et ses normes dans l’espace scolaire, dans les cours de récréation, les cantines, les piscines. Il cherche aussi à envahir les salles de classe. » Et Bernard Ravet de décrire comment, sur de multiples sujets (l’égalité entre les hommes et les femmes, darwinisme, Shoah, astronomie, SVT …), les professeurs sont de plus en plus contestés dans leur enseignement.

Le Livret sur la laïcité distribué aux enseignants en octobre 2015 stipule dangereusement qu’il « faut pouvoir éviter la confrontation ou la comparaison du discours religieux et du savoir scientifique. Dans les disciplines scientifiques (SVT, physique-chimie, etc.), il est essentiel de refuser d’établir une supériorité de l’un sur l’autre comme de les mettre à égalité ». Mais aujourd’hui on n’en est plus là : des élèves contestent les programmes, arguant qu’en cas de différences ou d’oppositions, c’est ce qui est écrit dans le Coran qui fait loi, ou que la charia est supérieure aux lois de la République. Les dispenses de sport abondent chez les jeunes filles voire les enfants musulmanes pour des raisons de « pudeur » souvent justifiées par des certificats médicaux de complaisance. Les relations entre certains garçons et les femmes professeurs (et bien entendu avec leurs camarades filles) dont ils refusent l’autorité et même la proximité physique sont devenues parfois délicates. Parallèlement, antisémitisme et sexisme progressent dans ces établissements grignotés et déstabilisés par les coups de boutoir islamistes.


La multiplication des enseignements parallèles.

Parallèlement il faut également noter l’éclosion d’établissements privés sous et hors contrat. Ces dernières sont majoritairement confessionnelles et musulmanes.


Le privé sous-contrat (environ 13 000 établissements), essentiellement confessionnel et catholique (fin 2015 il n’y avait que 3 écoles musulmanes sous contrat et environ 130 écoles juives) financé en partie et contrôlé par l’État, ne pose pas de problème car il applique des programmes nationaux et emploie des enseignants titulaires d’un concours de recrutement validé et organisé par l’Éducation nationale. Néanmoins son essor actuel est révélateur du malaise : ainsi l’enseignement catholique notamment ne peut-il plus faire face à la demande et a demandé à l’État de revoir les règles de financement (fixées au milieu des années 1980 selon le ratio de l’époque entre élèves inscrits dans le public et dans le privé) pour pouvoir répondre aux innombrables demandes insatisfaites de familles qui ne vont pas tant y chercher un enseignement religieux (en général facultatif et extrêmement discret) mais des valeurs et une instruction, les parents espérant retrouver la paix scolaire, de bonnes conditions d’étude, le respect ou la discipline qui sont trop souvent remises en cause dans le public. D’abord réservé aux classes sociales aisées, ce phénomène a gagné aujourd’hui des classes moyennes et modestes, et cela d’autant plus que le coût de la scolarité est généralement proportionnel aux ressources. Cet essor est un symptôme du désamour et de la rupture de confiance de nombreuses familles avec l’école publique.


Le principal problème est posé par les écoles hors contrat , à 90% musulmanes (et souvent de tendance salafiste), en plein essor : 500 000 enfants sont scolarisés actuellement dans un des 1300 établissements (début 2017) proposant une éducation confessionnelle ou, pour à peine 10% d’entre elles, alternative (méthodes Montessori, Steiner…). La dernière enquête diffusée publiquement datant de 2016, il y en a certainement davantage aujourd’hui : au premier trimestre 2017, pour la seule académie de Versailles, il y avait 40 ouvertures prévues. Un rapport interne y pointait déjà en 2016 « d’inquiétantes dérives dans les écoles inspectées, notamment une faillite éducative bien réelle ». Car ces écoles ne sont pas tenues de suivre les programmes de l'Éducation nationale et leurs professeurs ne sont pas des fonctionnaires, l’État n’y a aucun droit de regard et une simple déclaration d’ouverture suffit. Certes il faut encore trouver le lieu ou le terrain, voire parfois des financements locaux, mais le clientélisme de certains maires y pourvoit malheureusement. Le gouvernement a tenté de mettre fin à cette lacune juridique en exigeant un droit de regard avant l’ouverture, mais le texte a été rejeté par le Conseil d’État l’année dernière. À défaut, de plus en plus de contrôles renforcés sont effectués sur les écoles déjà ouvertes, mais il est rare d’en obtenir la fermeture pour insuffisance pédagogique ou troubles à l'ordre public. Ainsi à Toulouse la justice a-t-elle annulé en août 2017 l’interdiction d’ouverture de l’école coranique Al Badr [iv], qui avait ému au Rectorat en raison des risques de propagande salafiste. Pire, la plupart des contrôles sont aujourd’hui refusés par les responsables, faisant de ces écoles coraniques des lieux difficilement contrôlables, initialement financés de l’étranger, actuellement plutôt par les Frères musulmans via l’UOIF, comme en témoigne cet article du Figaro (ici) [v] relatant l’inquiétude du gouvernement socialiste dès 2016. Ainsi, les parents qui refusent de scolariser leurs enfants dans un établissement dépendant de l’Éducation nationale en raison de programmes et codes contraires à leur culture et leurs croyances, peuvent-ils éviter que leurs enfants ne soient confrontés au contre-modèle que l’École est censée offrir aux élèves bénéficiant d’une double culture.

Enfin citons, à un échelon d’apprentissage supérieur, l’entrisme islamiste ou de mouvements communautaristes contraires à la tradition universaliste républicaine dans les universités ou dans la formation des enseignants, entorses récurrentes sur lesquelles le Grand Orient de France [vi] alertait explicitement en décembre dernier par une adresse publique au Président de la République et aux parlementaires, citant notamment quelques cas dont certains ont fait l’actualité (comme les stages syndicaux en non-mixité) et rompant avec les vagues invocations républicaines généralement de mise dans ce genre de communiqué.


Depuis une quinzaine d’années, le marché du soutien scolaire privé connaît également un essor spectaculaire, creusant encore les inégalités entre les élèves, alors que le gauchisme de salon qui a longtemps inspiré réformes et programmes prétendait précisément les réduire. Le recours aux cours particuliers, autrefois réservé aux classes aisées s’est étendu aux classes moyennes et même aux ménages les plus modestes. Des entreprises le dominent (Complétude, Acadomia, Bordas, Keepschool …) et tentent de se démarquer de l’enseignement traditionnel (fondé sur le bachotage et la restitution de savoirs) en vantant l’acquisition des savoir-faire et en se présentant comme des « contre-modèles » du système scolaire, profitant ainsi de la détérioration de son image et des inquiétudes parentales. La distance s’accroît entre élèves qui peuvent en bénéficier (occasionnellement, un peu, beaucoup, au tarif étudiant ou avec des professeurs expérimentés) et entre ces derniers et ceux qui n’y ont pas accès.

Presque partout, et pas seulement dans les quartiers défavorisés, on cherche donc à échapper à la baisse des exigences et à la violence scolaire en évitant telle école, tel collège, tel lycée par le privé sous et hors contrat ou par diverses ruses pour contourner la carte scolaire. Les stratégies parentales d'évitement et de complément ne sont pas la cause du problème, comme l'ancienne ministre de l'Éducation le faisait croire par une culpabilisation des familles, elles sont les symptômes les plus manifestes de la détérioration de notre école publique.

Un effondrement du niveau

Une des conséquences en effet de cette situation désastreuse c’est bien évidemment l’effondrement du niveau que soulignent de plus en plus fréquemment des enquêtes internes ou internationales depuis 25 ans, quel que soit le niveau socioprofessionnel des familles.

C’est ainsi que l’étude Pirls (Progress in International Reading Literacy Study) réalisée tous les cinq ans en 50 pays sur des classes de CM1 a révélé en décembre 2017 le faible niveau des écoliers français en matière de lecture et de compréhension . Non seulement notre pays, arrivé en 34e position, régresse dans le classement, mais il passe au-dessous de la moyenne européenne. C’est là sans doute l'échec le plus emblématique de l'école « de la République » qui ne permet même plus à une classe d’âge de sortir du système scolaire en maîtrisant sa propre langue. C’est aussi la faillite la plus grave, car elle conditionne toutes les autres. Les causes, sur lesquelles nous reviendrons dans un prochain article, en sont multiples : des méthodes d’apprentissage que le ministre actuel a annoncé vouloir réformer ; la vacuité dangereuse des idéologies pédagogistes (respecter le « rythme » des élèves, ne jamais contraindre, leur donner le temps, refuser le redoublement, supprimer les devoirs de mécanisation et mémorisation des apprentissages, affirmer que la grammaire vient toute seule, par « l’usage », ce qui témoigne au passage d’un incroyable mépris pour l’intelligence des élèves et leur capacité à progresser par l’effort, en particulier ceux des quartiers difficiles) ; et enfin le recrutement au rabais, faute de vocations, d’enseignants mal formés dont une enquête récente pointait en décembre les graves lacunes en orthographe, grammaire et syntaxe [vii]

Pour ce qui est des sciences, en décembre 2016 l’enquête Pisa (programme international pour le suivi des acquis des élèves) avait testé dans 70 pays le niveau des élèves de 3e en mathématiques, culture scientifique et compréhension de l'écrit : les résultats montraient un recul de quatre points en mathématiques et 40 % d’élèves défavorisés en difficulté (contre 34 % en moyenne ailleurs).

En septembre 2017 une autre enquête Pisa testant le niveau de 3e pour 32 pays pour ce qui est du travail en groupe , révélait que la France était classée 20e sur 32 pays. Un bon tiers des élèves se situait au niveau le plus bas, seuls 6 % des élèves français décrochaient la note maximale.

L’enquête Timss ( Trends in International Mathematics and Science Study ), publiée en novembre 2016 et testant le niveau de CM1 (50 pays) et de terminale scientifique (9 pays) témoignait que la France dans ces disciplines était très en dessous de la moyenne internationale, devancée très largement par plusieurs pays d’Asie, mais également par des pays voisins comme l’Allemagne ou le Portugal. À peine 11 % des élèves français arrivent à se hisser au niveau des meilleurs en mathématiques et sciences. Les résultats de cette étude révélaient également que seul 1 % réussissaient à se classer dans le niveau avancé contre 15 % 1995, 11 % à un niveau élevé contre … 64 % en 95 !

Plus inquiétant encore : la dictée du ministère de l’Éducation nationale sur le niveau CM2 testé en 1987, 2007 et 2015, ce qui permet d’étudier le niveau des élèves sur le temps long et dans un même pays, révélait qu’il y avait bel et bien un déclin important : non seulement les écoliers d’aujourd’hui faisaient 7 fautes de plus que leurs prédécesseurs des années 80, mais la catégorie de ceux qui font « au moins 25 fautes » a bondi de de 5,4 % à 19,8 ! Et pourtant le texte ne présentait aucune difficulté linguistique particulière, les lacunes portaient essentiellement sur des accords simples et sur le respect de la syntaxe.

Évidemment, comme à chaque enquête qui pointe du doigt la dégringolade, on trouve toujours au sein de l’institution quelques obstinés dans le déni pour prétendre que les outils s’appliquent mal à la France, que tel contexte n’était pas comparable à tel autre. Il n’en reste pas moins qu’en ce qui concerne le niveau des écoliers ou des étudiants français les études se suivent et se ressemblent hélas. Toutes pointent le retard de la France par rapport aux meilleurs standards européens.


Des professeurs en souffrance


À la démotivation des élèves, y compris les meilleurs qui ne trouvent plus de sens dans les apprentissages, les programmes déconnectés des besoins réels et les exigences au rabais, répond depuis des années celle des enseignants. Plus que la démotivation, la souffrance ! Le succès inattendu de l’ouvrage paru en août 2017 « Éducation nationale une machine à broyer » d’Isabelle Dignocourt, professeur de français depuis 25 ans, témoigne par l’écho qu’il a reçu en interne d’un titre qui fait mouche.

À l’appui de ce constat, on peut citer par exemple la multiplication inquiétante des démissions constatées par un rapport sénatorial (rapport Carles-Ferrat) en janvier 2017, lesquelles avaient triplé depuis 2012 pour les jeunes enseignants en collège, doublé au lycée. Il en est de même parmi les enseignants titulaires qui sont deux fois plus nombreux en 2017 à démissionner que 6 ans auparavant. Les statistiques des syndicats un an plus tard témoignent non seulement de la poursuite, mais aussi d’une explosion du phénomène. Et encore la tendance est-elle freinée par la difficulté actuelle à pouvoir poser sa démission, celle-ci étant de plus en plus refusée ou retardée en raison des « nécessités du service ».

Les congés maladie pour dépression augmentent et il faut des semaines voire des mois pour obtenir un rendez-vous dans les cellules reconversion des Rectorats. Car les stratégies de reconversion se multiplient, le site « Aide aux Profs » devenu depuis 2016 « Après Prof » dit avoir été contacté depuis sa fondation en 2006 par 13 000 enseignants et les accompagne dans la volonté de changer de carrière (en 2014 une enquête ministérielle montrait que 68% des enseignants envisageaient de quitter la profession). Fort heureusement pour l’institution, les professeurs, fonctionnant en vase clos et peu ouverts sur les réalités économiques de la société, non aidés voire entravés aujourd’hui dans cette volonté de seconde carrière par leur administration, en restent souvent au niveau des intentions.

Non seulement l’Éducation nationale ne retient plus ses enseignants (surtout les jeunes effrayés et découragés par cette confrontation brutale au réel après cinq ans d’études minimum et de nombreux fantasmes sur un métier rêvé), mais elle fait face dans le même temps à une crise profonde du recrutement des professeurs puisque l’on ne parvient plus à remplir les postes offerts aux différents concours de recrutement, faute de candidats ou parce que les jurys, conservant encore quelques exigences de qualité académique refusent bien souvent des candidats dont le niveau est bien en deçà du minimum exigible. Ce sont donc de nombreux contractuels qui comblent les postes vacants, souvent pris sur une licence ou un simple CV. C’est ainsi qu’en plus des candidatures spontanées, il est arrivé que des chefs d’établissements, désespérés d’attendre en vain un enseignant ou un remplaçant que le Rectorat peine à dégoter, recrutent directement via … Le Bon Coin ! On en est là.

Une série d’autres symptômes traduit d’ailleurs en négatif la crise que de l’extérieur le grand public peine peut-être à imaginer : les syndicats dénoncent en effet une tendance de l’administration en 2017 à refuser toute demande de détachement dans le Supérieur aux enseignants du secondaire qui avaient obtenu un poste de PrCe (professeur certifié) ou PrAg (professeur agrégé) dans une université. Les Rectorats émettent un avis négatif sur les demandes de congé formation, refusent les temps partiels, y compris le prolongement de ceux qui déjà avait été obtenu depuis des années, font la sourde oreille devant les démissions posées. Comme toujours, au lieu de réfléchir aux causes, on tente, de façon autoritaire, de mettre la poussière sous le tapis et d’en masquer les symptômes. Augmentant en cela le désespoir d’enseignants qui ne voient plus de porte de sortie et perdent l’estime d’eux-mêmes devant ce manque de considération tout en ruminant leur rancœur contre l’institution.


Devant cette série de constats alarmants qui, pour la première fois, sont enfin reconnus publiquement au plus haut niveau, on comprend les espoirs immenses placés par le corps enseignant, le personnel non enseignant et les parents dans les réformes et mesures à venir. La rénovation de l’École, devant un tel chantier, ne pourra se faire que sur le temps long, loin de toute idéologie et posture politicienne, et dans le climat de confiance réciproque que Jean-Michel Blanquer, qui bénéficie déjà de celle des usagers, a restaurée entre tous les acteurs de terrain et leur ministère de tutelle. Il était temps !


Dans les deux prochains articles, nous nous demanderons comment notre École a pu en arriver là, des responsabilités sociétales au triomphe et aux ravages des théories pédagogistes.



Notes et références

[i]Barbara LEFEVRE, Génération « J’ai le droit », la faillite de notre éducation , Albin Michel, 2018

[ii] Le ministère de l’Instruction publique a pris le nom d’Éducation nationale » sous le gouvernement Herriot en 1932. Depuis certains, comme Jean-Pierre Chevènement (ministre de l’EN de 1984 à 1986) avaient tenté de rappeler que l’objectif premier de l’éducation était d’instruire et de nombreuses voix s’élèvent aujourd’hui pour souhaiter que ce ministère retrouve son nom initial.

[iii] Bernard RAVET, Principal de collège ou imam de la République ? , Edition Kéro, 2017

par Alain Weber sur X 9 août 2026
Un post d’Alain Weber publié sur X, dont nous partageons pleinement l’analyse et les conclusions à propos de ce que nous considérons comme la lie du paysage politique actuel : Gabriel Attal et Dominique de Villepin : https://x.com/alainpaulweber/status/2084392385279041632 "Je ne supporte pas Gabriel Attal. Cette agitation perpétuelle, cette manie de confondre vitesse et profondeur, cette autorité sous tension qui tient plus du réflexe que de la pensée, tout sonne faux, forcé, surjoué. Mais voir Dominique de Villepin monter en chaire pour lui faire la morale relève du théâtre de grand Guignol. D’un côté, Attal : l’énergie sans cap, la fermeté d’affiche, le volontarisme d’apparat. Ça gesticule, ça simplifie, ça promet avec la vitesse et la force de quelqu’un qui sait qu’il ne tiendra pas ses engagements. Une politique à l’adrénaline, où l’effet remplace l’idée. De l’autre, Villepin : la voix grave, le verbe ample, la posture impeccable. Il parle comme on déclame, avec cette assurance tranquille de ceux qui se regardent penser. Mais à force de hauteur, il par perdre tout contact avec la réalité et finit par flotter dans son immensité intellectuelle… L’un s’excite, l’autre se contemple. L’un fait du bruit, l’autre fait de l’écho. Et puis il y a ce double jeu à peine dissimulé : Dominique de Villepin, devenu tribun d’une gauche immigrationiste, sur ordre du Qatar , et Gabriel Attal, socialiste pressé qui voudrait faire croire qu’il est de droite. Deux trajectoires, deux discours, un même parfum d’imposture. Bref, deux calamités. Deux profils qui devraient se tenir extrêmement loin du pouvoir si l’on veut laisser à ce pays une chance de s’en sortir." 
par Dominique Reynié dans FigaroVox 9 août 2026
"L’écologisme est en contradiction avec la marche d’un monde avide de croissance comme avec la volonté des Français de maintenir leur niveau de vie et de l’accroître si possible" Longue interview de Dominique Reynié par Alexandre Devecchio dans FigaroVox https://www.lefigaro.fr/politique/dominique-reynie-l-ete-2026-aura-montre-que-l-ecologisme-est-devenu-l-ennemi-de-l-ecologie-20260802 LE FIGARO. - Selon beaucoup d’observateurs, les incendies ne relèvent pas seulement de la catastrophe naturelle, ils sont aussi le résultat de choix politiques liés à une certaine écologie. Les militants écologistes ont ainsi lutté pendant des années contre le débroussaillement, la gestion forestière ou encore les retenues d’eau… Peut-on parler de catastrophe politique ? DOMINIQUE REYNIÉ. - Je le crois. Il faut que nous apprenions à distinguer entre, d’une part, l’écologie , qui désigne à la fois une science et une préoccupation pour l’environnement, pour le vivant, pour sa fragilité et, d’autre part, l’écologisme, qui est une idéologie construite et mobilisée pour servir un projet de conquête du pouvoir. On comprend aisément que le réchauffement climatique favorise la propagation des incendies . Mais la catastrophe que nous vivons est en effet le résultat d’une détermination politique particulière, celle de l’influence pernicieuse de l’écologisme sur l’action publique. Dès les premiers incendies, les chaînes d’information continue accueillaient des intervenants établissant explicitement une relation directe de cause à effet entre le réchauffement climatique et les incendies, comme si le feu avait pris spontanément, dans une atmosphère surchauffée. On a vu des représentants d’Oxfam - qui se définit comme « une association de solidarité internationale qui lutte contre la pauvreté, les inégalités et le changement climatique » - expliquant les incendies par le réchauffement climatique, et mettant aussitôt en cause nos modes de vie, la croissance économique, les entreprises, le « capitalisme », etc. Il aura fallu un peu de temps avant de commencer à discuter des défaillances des politiques publiques, des investissements insuffisants ou trop souvent différés, des causes des départs de feu. À lire aussi Climatisation, incendies, nucléaire… L’été dantesque consacre la défaite de l’écologisme politique Surveiller les forêts, perfectionner les outils pour les combattre, sanctionner les comportements imprudents, punir les actes coupables, etc., tout cela dépend d’une stratégie, d’une organisation, de moyens financiers, humains et techniques, c’est-à-dire d’une bonne politique, mais c’est celle à laquelle les écologistes n’ont cessé de s’opposer, aidés d’ailleurs en cela par LFI. Les tragiques incendies de l’été 2026 nous montrent, pour la première fois, qu’une catastrophe écologique n’est pas seulement l’effet du climat ou de la globalisation économique, mais aussi de l’influence de l’écologisme, qui abuse d’images évidemment impressionnantes sans laisser suffisamment de place à des argumentations rigoureuses. Le discours écologiste est tellement pesant et anxiogène qu’on en est arrivés à inventer le terme d’écoanxiété pour caractériser cette angoisse dont les dégâts produits sur l’opinion publique, en particulier sur les nouvelles générations, sont considérables. Ne leur répète-t-on pas, finalement, que vivre est un cauchemar, voire une faute et que la nature serait victime de l’humanité ? Depuis les années 1970, les écologistes ont gagné en notoriété grâce à une politisation extrême des problèmes environnementaux De l’affaiblissement de notre filière nucléaire aux incendies, en passant par notre retard en matière de climatisation dans un contexte de réchauffement climatique, sommes-nous en train de payer les conséquences de l’influence politique de cet écologisme ? Rappelons de quoi est fait cet écologisme. Il est hostile à la croissance économique, aux entreprises, à l’innovation, souvent aux progrès scientifiques, à ce qui est la source de la plupart des solutions politiques aux grands problèmes que rencontre le monde. Les écologistes ont avec l’écologie la même relation que le RN avec l’immigration : c’est un enjeu existentiel ; c’est leur raison d’être. Pour les écologistes comme pour le RN, un monde de solutions est un monde où ils n’ont plus leur place. Depuis les années 1970, les écologistes ont gagné en notoriété grâce à une politisation extrême des problèmes environnementaux, en imputant sans nuance aux États et à leurs dirigeants la responsabilité des phénomènes et des catastrophes climatiques. Les voici aujourd’hui à leur tour désignés parmi les responsables de cette catastrophe. L’été 2026 aura établi aux yeux de tous que, en fait, cet écologisme peut être l’ennemi de l’écologie. La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, s’est montrée hostile à l’extension de la climatisation avant de menacer de démissionner à la suite de l’adoption de la loi d’urgence agricole. Que cela révèle-t-il ? Les partis de centre gauche et de centre droit se laissent-ils trop souvent intimider par l’écologisme radical ? Assurément. Le principal problème posé par l’écologisme est politique et, plus précisément, démocratique. L’écologisme est parvenu à prendre le pouvoir sans avoir réussi à convaincre les électeurs. Ainsi, face au dérèglement climatique, qui aurait dû les avantager, les écologistes ont choisi de répondre non par le marché, la société civile, la créativité, l’initiative et l’innovation, mais par le projet démesuré de « sauver la planète » grâce à une « transition écologique » conçue et conduite depuis Bruxelles, pour l’Union européenne, et depuis Paris pour la France. Ces idées relèvent d’une conception suradministrée des affaires publiques. Le résultat est le déploiement d’un régime de réglementations, d’autorisations, de contrôles et de surveillances de plus en plus étroit, intrusif et sévère, sans égard pour les libertés individuelles, et d’ailleurs sans effet sur le réchauffement climatique. Cet écologisme par les normes, cet écologisme bureaucratique, s’est non seulement mis en place sans avoir eu besoin de l’assentiment des électeurs, mais aussi sans les en avoir informés, de même qu’ils ne furent pas informés, entre 1997 et 2017, du quasi-abandon de notre filière nucléaire, qui constitue pourtant notre plus grand atout industriel, ainsi que notre meilleure réponse aux défis de la souveraineté énergétique et du réchauffement climatique. En ce sens, on peut considérer le mouvement des « gilets jaunes » comme un premier coup d’arrêt populaire imposé à l’idéologie écologiste, un coup d’arrêt d’ailleurs opéré selon une méthode manifestante et non électorale, comme s’il s’agissait, pour les « gilets jaunes », de répondre à l’écologisme avec ses mêmes méthodes de blocages protestataires et de confrontations violentes. Je dirais que l’écologisme est en train de perdre la bataille législative et gouvernementale Le virage pronucléaire d’Emmanuel Macron a-t-il été un tournant ? L’écologisme radical est-il en train de perdre la bataille culturelle ? Je dirais que l’écologisme est en train de perdre la bataille législative et gouvernementale. Cependant, la récusation électorale de l’écologisme n’empêche pas sa domination culturelle. On le voit à travers l’extraordinaire bienveillance du monde médiatique, qui est l’un des grands privilèges concédés à cette idéologie. On le voit aussi dans l’omniprésence du discours écologiste partisan, de fait institutionnalisé. On songe à ce qu’Althusser appelait les « appareils idéologiques d’État » : l’école, et par l’école on atteint aussi les familles, les universités, le monde intellectuel, les médias, en particulier l’audiovisuel d’État, ou encore le monde culturel. On voit aussi de nouveaux appareils idéologiques à l’œuvre, avec les plateformes numériques, les moteurs de recherche, les IA, Wikipédia, etc., et à travers eux les métiers de la communication et du marketing, affectant le discours de nombre d’entreprises ; elles reprennent à leur compte l’écologisme en imaginant un effet bénéfique, sans toujours voir qu’elles alimentent un gauchisme culturel qui ne leur veut pas du bien. Les écologistes étaient tout de même les premiers défenseurs de l’euthanasie. Et la loi qui a été adoptée s’inscrit dans leur vision radicale. Comment expliquez-vous l’engagement des écologistes sur la question de l’euthanasie et leur victoire politique sur cette question ? C’est une autre dimension de l’impensé écologiste et une autre cause de leur déclin. Les écologistes ont insisté sur la fragilité du vivant et la vulnérabilité du monde - plus qu’aucune autre famille politique -, ils ont dénoncé les dangers du pouvoir médical, pour finalement prendre une part prépondérante à la légalisation de l’euthanasie. Au fond, l’écologisme n’a-t-il pas ainsi rompu avec ce qui est supposé être le cœur de sa doctrine, la protection du vivant, le souci de sa fragilité, la protection des plus faibles ? L’écologie et la protection de la nature demeurent des questions majeures. Le risque est-il que l’opinion publique en vienne à confondre ces enjeux avec l’écologisme radical et rejette en bloc toute forme d’écologie ? Comment réconcilier l’écologie avec la liberté, le progrès réel et la démocratie ? Il me semble que l’on ne s’y trompe pas. En effet, d’une part, les études d’opinion nous disent que les enjeux écologiques préoccupent très largement la population. D’autre part, les résultats électoraux montrent que les Français refusent fermement, et depuis toujours, d’accorder leur confiance aux écologistes. Cet écologisme dogmatique, assimilable à l’extrême gauche parce qu’il se présente comme l’ennemi juré de la croissance économique et du confort matériel, n’a jamais intéressé la majorité des électeurs. Le gauchisme est-il l’avenir de l’écologisme ? Les tenants de l’écologisme sont pris dans une relation conflictuelle, inextricable, avec la démocratie. La victoire électorale est une perspective qui leur semble inatteignable, à juste titre. Les élections ne leur seront pas favorables avant longtemps, peut-être jamais. C’est pourquoi on assiste, au sein de l’écologisme et à gauche en général, au retour d’un discours archaïque constitutif des premiers âges de la gauche, au milieu du XIX e siècle, et qui contestait la capacité de l’électeur, son indépendance, la valeur de l’élection, la représentativité des représentants élus. L’intérêt théorique bien réel de ces sujets n’interdit pas de relever que les partis qui parlent de plus en plus de « conventions citoyennes », de tirage au sort et de « démocratie participative » sont ceux auxquels les élections générales et les référendums - bref, la souveraineté électorale - ont peu de chance d’être favorables. L’écologisme est en contradiction avec la marche d’un monde avide de croissance comme avec la volonté des Français de maintenir leur niveau de vie et de l’accroître si possible Ce qui, hier, était magnifié, l’élection au suffrage universel, est aujourd’hui, à gauche, un sujet de suspicion. Si l’écologisme est parvenu à gouverner tout en étant la composante marginale de coalitions fragiles ou minoritaires, depuis une trentaine d’années jusqu’à aujourd’hui, il suscite maintenant une exaspération montante qui appelle un arbitrage démocratique. L’écologisme est en contradiction avec la marche d’un monde avide de croissance comme avec la volonté des Français de maintenir leur niveau de vie et de l’accroître si possible. Les écologistes devraient opérer un virage réformiste. Mais, différemment, ils semblent s’engager depuis quelques années sur le chemin d’une mutation de sens contraire, comme si, faute de pouvoir imaginer leur victoire électorale, ils cédaient à la tentation, en assumant leur conversion à une politique antisystème. C’est bien ce processus qui est à l’œuvre dans le rapprochement avec LFI. Il pourrait aboutir à une union lors des prochaines élections législatives de juin 2027. Mais le rapprochement avec LFI a un prix. Il implique notamment de se lier avec les mouvances antisémites et islamistes qui travaillent la gauche française et l’ensemble de la gauche européenne.
par Nicolas Pouvreau-Monti dans FigaroVox 4 août 2026
"Près de 60 000 migrants ont franchi en une seule journée la frontière qui sépare le royaume du Maroc du territoire espagnol. Cette crise révèle un enchevêtrement d’erreurs et de naïvetés cumulées, dont les leçons, comme les effets, valent pour l’Europe entière, analyse le directeur de l’Observatoire de l’immigration et de la démographie."  Une tribune très éclairante de Nicolas Pouvreau-Monti (co-fondateur et directeur de l’Observatoire de l’Immigration et de la Démographie) sur les récents évènements à la frontière entre le Maroc et l'Espagne à lire dans FigaroVox : https://www.lefigaro.fr/vox/politique/nicolas-pouvreau-monti-ceuta-n-est-pas-une-anomalie-c-est-un-avertissement-20260731 Nicolas Pouvreau-Monti : « Ceuta n’est pas une anomalie, c’est un avertissement » Il aura suffi de quelques heures pour qu’une enclave de 18 kilomètres carrés devienne l’épicentre d’une crise européenne. À Ceuta, près de 60 000 migrants – majoritairement des jeunes hommes marocains – ont franchi en une journée, de manière irrégulière, la frontière qui sépare le royaume du Maroc du territoire espagnol. La ruée vers cette ville autonome n’est pas seulement le visage d’un échec policier ou sécuritaire. Elle révèle un enchevêtrement d’erreurs et de naïvetés cumulées, dont les leçons (comme les effets) valent pour l’Europe entière. À découvrir Avec son plan de régularisation des clandestins annoncé en janvier 2026, l’exécutif espagnol pensait ouvrir un dispositif concernant 500 000 personnes environ. Au 30 juin dernier : 1,2 million de dossiers avaient été déposés. Les Marocains en constituaient la deuxième nationalité la plus nombreuse. Pedro Sanchez cherche, depuis plusieurs années, à se positionner comme l’un des derniers dirigeants du monde démocratique explicitement favorables à une immigration sans contrôle. En témoignent ses interventions dans la presse internationale – comme sa tribune parue dans le New York Times en février dernier, ainsi titrée : « Je suis le premier ministre espagnol. Voici pourquoi l’Occident a besoin des migrants. » Ce faisant, Sanchez a ignoré délibérément un phénomène dont l’existence est pourtant attestée au niveau mondial : celui de « l’appel d’air » généré par ce type de décision. Tandis que l’ensemble des passages irréguliers détectés par Frontex aux frontières extérieures de l’UE a reculé de 25% l’an dernier, la seule route migratoire qui a connu une hausse notable de ses franchissements est celle de la Méditerranée occidentale – qui va, précisément, du nord du Maroc au sud de l’Espagne. La perspective de cette régularisation massive était déjà évoquée publiquement par Madrid. Cette ruée vers Ceuta met à nouveau en lumière l’extraordinaire fragilité à laquelle nous expose l’état actuel de l’espace Schengen. Un seul pays, même radicalement isolé en Europe (l’adoption récente du « règlement Retour » par le Parlement européen en témoigne), est en mesure d’imposer les conséquences de ses décisions à l’ensemble des autres États membres de la zone. Des règles dérogatoires de contrôle s’appliquent, certes, au départ des enclaves de Ceuta et Melilla vers le continent. Mais quiconque posera le pied en Andalousie entrera dans un espace de 4 millions de kilomètres carrés, où l’absence de contrôle aux frontières – non seulement pour les citoyens de l’UE, mais aussi pour les ressortissants extraeuropéens – constitue un principe solidement garanti. Des modalités de rétablissement temporaire des contrôles sont certes prévues par le droit, comme l’a rappelé le ministre Laurent Nunez pour tenter d’apaiser les craintes. Mais celles-ci se trouvent très limitées dans leur mise en œuvre concrète. Dans la foulée d’une décision de la Cour de Justice de l’Union européenne en 2023 : les décisions rapides et souveraines de « non-admission » à la frontière française, qui étaient pratiquées largement à la frontière avec l’Italie depuis 2015 (et auraient pu l’être face à l’Espagne aujourd’hui), ont chuté de 80% en un an. L’apparent relâchement des contrôles marocains qui a accompagné la ruée vers Ceuta devrait aussi déciller les yeux de nos dirigeants devant une évidence stratégique : l’arme migratoire est devenue l’un des principaux leviers de déstabilisation contre les États européens. Le « gouvernement des juges » n’est pas innocent, non plus, dans la crise déclenchée à Ceuta. Au début du mois de juillet, le Tribunal suprême espagnol a publié un arrêt rendant impossible le recours aux « refoulements immédiats » pour les clandestins arrivant par la mer. Les migrants – et, plus encore, les réseaux criminels qui les accompagnent – sont des individus rationnels, qu’il importerait de considérer enfin comme tels. Ils réagissent aux signaux et aux contre-signaux, d’ouverture ou de fermeté. Ils pèsent les opportunités avec les risques qui leur sont associés. Les messages irresponsables envoyés par des gouvernements ou des juridictions engendrent des effets concrets sur la dynamique des flux. L’apparent relâchement des contrôles marocains qui a accompagné la ruée vers Ceuta devrait aussi déciller les yeux de nos dirigeants devant une évidence stratégique : l’arme migratoire est devenue l’un des principaux leviers de déstabilisation contre les États européens. De la même façon que l’Algérie a « fait payer » la France pour le virage pro-marocain opéré par notre diplomatie en 2024, rompant toute coopération dans le domaine migratoire et facilitant les départs, le régime de Rabat n’apprécie pas le rapprochement engagé entre Madrid et Alger – ni la position du gouvernement Sanchez sur la question du Sahara occidental. Ce genre de stratégie hostile n’est pas seulement déployé au sud. En 2021, la Biélorussie d’Alexandre Loukachenko a organisé l’acheminement de milliers de migrants du Moyen-Orient jusqu’aux frontières de la Pologne et de la Lituanie, afin d’exercer une pression politique sur l’Union européenne en représailles aux sanctions occidentales. La Turquie d’Erdogan l’a fait aussi. Cet instrument de guerre hybride est d’autant plus efficace que l’Europe entretient activement sa propre vulnérabilité, par un ordre juridique qui fait de notre continent le plus ouvert à l’immigration irrégulière dans le monde. L’instrumentalisation des migrations est aussi le moyen récurrent d’une « annexion par le bas » pour des gouvernements revendiquant leur souveraineté sur des territoires où ils ne l’exercent pas. Rabat considère Ceuta et Melilla comme des territoires marocains occupés par l’Espagne : l’afflux de ses ressortissants en masse et en force est un moyen d’affirmer cette position, tout comme de préparer un basculement démographique favorable au rattachement. Ce mode opératoire est le même que celui déployé par les Comores à Mayotte, dans un objectif identique. Les crises migratoires ne sont plus seulement des défis humanitaires ; elles sont devenues des terrains de confrontation stratégique. Ceuta n’est pas une anomalie. C’est un avertissement.
par Jean-Frédéric Poisson dans VA 29 juillet 2026
Une tribune de Jean-Frédéric Poisson sur le rôle du Conseil Constitutionnel et sur les réformes possibles pour garantir l’État de droit ! https://www.valeursactuelles.com/clubvaleurs/politique/jean-frederic-poisson-pour-une-reforme-du-conseil-constitutionnel Le sentiment de défiance à l'égard des « Sages » vient de ce qu'ils donnent trop souvent l'impression de faire de la politique au lieu de dire le droit, de réduire l'espace de débat au lieu de le protéger. Par Jean-Frédéric Poisson Publié le 22 juillet 2026 à 21h00 Le Conseil constitutionnel a-t-il progressivement excédé sa fonction ? Un sentiment s’installe dans le débat public français : celui d’un Conseil constitutionnel dont le pouvoir aurait progressivement excédé sa fonction. À chaque grande loi censurée ou partiellement amputée, revient la même interrogation : le Conseil dit-il le droit ou participe-t-il désormais à la décision politique, notamment sur des sujets sensibles comme l’immigration, les retraites, la sécurité ou la crise sanitaire ? L’État de droit contre la démocratie Cette question ne peut être écartée au nom de la défense abstraite de « l’État de droit ». Il faut distinguer l’état du droit, c’est-à-dire l’ensemble des normes en vigueur, de l’ État de droit , qui désigne un régime où le pouvoir est limité, séparé et contrôlé, et où les citoyens concourent librement à la formation de la loi. Le premier relève des politiques publiques ; le second des conditions de la liberté politique. Depuis la décision de 1971 sur la liberté d’association, le Conseil a progressivement étendu son contrôle en s’appuyant sur le « bloc de constitutionnalité » : Constitution de 1958, Déclaration de 1789, Préambule de 1946, Charte de l’environnement, principes fondamentaux reconnus par les lois de la République et diverses constructions jurisprudentielles. Ce mouvement peut être vu comme un progrès pour les droits fondamentaux. Mais plus ce bloc s’élargit, plus le juge dispose d’une marge d’interprétation susceptible de l’amener à arbitrer entre plusieurs conceptions également légitimes de la liberté, de l’égalité ou de la fraternité. Il ne protège alors plus seulement le cadre du débat démocratique : il en réduit parfois l’espace. Rétablir la confiance entre le peuple et les institutions La réforme du Conseil constitutionnel devrait donc devenir un chantier majeur du rétablissement de la confiance entre le peuple et les institutions. La défiance actuelle tient aussi à l’impression que certains choix collectifs échappent désormais au suffrage et au Parlement. Une démocratie constitutionnelle a besoin de limites à la majorité ; elle a aussi besoin que ces limites soient claires, lisibles et directement rattachées à la Constitution. Plusieurs réformes sont envisageables : renforcer la motivation des décisions, revoir les modalités de nomination, exiger une compétence juridique renforcée, supprimer les anciens présidents de la République comme membres de droit, développer les règles de déontologie, publier les votes et autoriser les opinions dissidentes. Ces mesures amélioreraient la transparence sans modifier l’équilibre institutionnel. Plus profondément, il conviendrait de recentrer le contrôle de constitutionnalité sur sa finalité première : garantir l’État de droit, non orienter l’état du droit. Une révision pourrait ainsi préciser que les principes déduits de la Constitution ne peuvent justifier une censure qu’en matière de séparation des pouvoirs, de souveraineté nationale, de liberté politique, d’égalité civique, de sûreté, de légalité pénale, de garantie des droits et de régularité du suffrage, sans permettre au Conseil de substituer son appréciation à celle du législateur sur les choix de politique publique. Il ne s’agit pas d’affaiblir la Constitution, mais de rappeler qu’elle n’est pas un programme politique. Elle est la règle commune qui permet au peuple de débattre, de choisir et d’alterner. Réformer le Conseil dans cet esprit, ce serait rendre au droit constitutionnel sa véritable fonction : garantir que nul ne puisse confisquer au peuple le pouvoir de se gouverner lui-même.
par Yves d'Amecourt 28 juillet 2026
" Les grands incendies que connaît aujourd’hui la France révèlent moins une crise de la forêt qu’une crise de l’État. Ils mettent à nu une administration qui excelle à produire des normes mais peine de plus en plus à accomplir sa mission première : protéger les Français et le patrimoine dont ils ont hérité." Et si les incendies qui ravagent nos forêts chaque été n'étaient pas une fatalité climatique, mais le symptôme d'un État devenu incapable d'agir ? C'est ce que nous suggère Yves d'Amecourt dans ce magnifique texte : https://nouvellerevuepolitique.fr/yves-damecourt-quand-la-foret-brule-cest-letat-qui-se-consume/
par Jean-Philippe Delsol dans Contrepoints (IREF) 25 juillet 2026
Peut-on programmer la justice sociale comme on programme une machine ? C'est le pari d'un rapport signé par 45 économistes, dont Thomas Piketty et Gabriel Zucman, qui promet l'égalité mondiale, la sobriété heureuse et un réchauffement contenu à 1,8°C — le tout d'ici 2100. Une utopie séduisante sur le papier — mais qui a déjà un nom dans l'Histoire. "Il se trouve toujours des naïfs pour faire confiance à ces idéologues et des institutions perverties pour en propager les théories dangereuses . Ne nous lassons pas de dénoncer ces prophètes de malheur et de répéter que l’ordre spontané d’un monde libre est toujours meilleur et plus efficace." Jean. Philippe Delsol dans Contrepoints nous partage une excellente analyse des biais idéologiques de toutes ces belles idées : https://contrepoints.org/rapport-sur-la-justice-pikettyrannie-et-zucmanipulation/
par Marc Rameaux dans Causeur 19 juillet 2026
"Le relativisme hérité de Mai 68 nous pollue encore. Nous devons balayer ce conformisme par une pensée authentique. Par exemple en nous appuyant sur Aron, Crozier, Lévi-Strauss ou Girard qui, en leur temps, avaient bien vu la supercherie de cette pseudo-révolution." Une analyse passionnante de Mai 68 en s'appuyant sur les penseurs qui à l'époque avaient osé s'opposer à ce mouvement mortifère ... A lire dans Causeur : https://www.causeur.fr/mai-68-sous-le-pave-le-vide-330048
par Vincent Trémolet de Villers 17 juillet 2026
"L’Histoire retiendra qu’un pouvoir épuisé, une Assemblée de fortune, un président plus impopulaire que jamais , le premier ministre « le plus faible » de la Ve République ont conjugué cynisme, lâcheté et idéologie pour, au milieu de l’été 2026, permettre à l’État d’administrer la mort." Un édito de Vincent Trémolet de Villers dans FigaroVox https://www.lefigaro.fr/vox/politique/l-editorial-de-vincent-tremolet-de-villers-loi-sur-l-euthanasie-et-le-suicide-assiste-simulacre-democratique-et-nihilisme-d-etat-20260715 Incapable en dix ans d’améliorer la vie quotidienne des Français, Emmanuel Macron se félicitera certainement d’avoir, quarante-cinq ans après l’abolition de la peine de mort, rendu à l’État le pouvoir d’abréger l’existence. L’Histoire retiendra qu’un pouvoir épuisé, une Assemblée de fortune, un président plus impopulaire que jamais , le premier ministre « le plus faible » de la Ve République ont conjugué cynisme, lâcheté et idéologie pour, au milieu de l’été 2026, permettre à l’État d’administrer la mort. Progressisme ? On cherche en vain le progrès moral dans cet oxymore assassin : « Tuer, c’est soigner. » Pas plus de progrès médical dans cette méthode irrémédiable d’abréviation des souffrances. Encore moins de progrès social dans cet abandon de l’État-providence au profit de ce que Dominique Reynié appelle un État « validiste ». Vieillards, grands malades, nerveux, désespérés savent désormais qu’ils sont « éligibles » au « droit à mourir ». On a beau tourner la chose dans tous les sens, on se cogne comme une mouche dans un bocal : comment faire cohabiter à l’hôpital des unités de suicidologie qui luttent héroïquement pour que des personnes ne mettent pas fin à leurs jours et des structures chargées d’assister le suicide ? Devant une telle contradiction, l’esprit est pris de vertige, et ce qui fait en l’homme l’humain s’insurge. Il fallait, nous dit-on, un trophée « sociétal » pour la « legacy » du président sortant. Preuve supplémentaire que l’impuissance publique peut s’accompagner d’une immense arrogance anthropologique. Le tout dans un mélange de lyrisme, de kitsch et de légèreté. C’est Créon, mais au pays des selfies…  Incapable en dix ans d’améliorer la vie quotidienne des Français, Emmanuel Macron se félicitera certainement d’avoir, quarante-cinq ans après l’abolition de la peine de mort, rendu à l’État le pouvoir d’abréger l’existence. Où est la victoire ? Depuis la convention citoyenne pipée jusqu’à la « célébration » ministérielle annoncée avant même le vote, ce parcours législatif aura été un simulacre de délibération, une singerie démocratique. Il projette sur la fin de ce quinquennat un nihilisme d’État. Cela ne suffira pas, pourtant, à décourager ceux qui, dans la prévenance des soins, l’apaisement des souffrances, la protection des plus faibles, le mystère intime du dernier souffle, savent que la politique a le pouvoir de changer la loi, mais pas celui de profaner le sanctuaire de la conscience.
par Institut Thomas More 27 juin 2026
Dans un rapport inédit, l’Institut Thomas More dresse l’inventaire des décisions politiques qui ont mis la France à genoux pendant ces 50 dernières années. Chute du niveau scolaire, 35 heures, système de retraite, chômage, déficits, dette, insécurité… Autant d'occasions ratées pour maintenir la France sur le chemin de la prospérité !  "Notre ambition, dans ce rapport, est d’identifier les cinquante décisions qui ont mis la France à genoux en cinquante ans, de les replacer dans leur contexte, d’expliquer les motivations de fond ou les choix opportunistes qui ont abouti à ce qu’elles soient prises, de décrire et chiffrer leur impact et leurs effets cumulatifs, les comparer aussi aux options prises par des pays semblables. Ce travail inédit n’a jamais été réalisé de cette manière : il constitue une somme considérable. Les données citées, les sources et les conséquences mesurées sont issues de statistiques et de rapports publics et parfois privés, incontestables. Il se veut et nous l’avons pensé ainsi, d’intérêt général. Car dans la perspective de 2027, il constitue un préalable à l’élaboration de tout programme crédible. Au regard de la gravité de sa situation, il est impossible de penser redresser le pays sans analyser objectivement les causes" https://institut-thomas-more.org/2026/06/25/rapport36/
par Jean-Marie Montali 10 juin 2026
"Emmanuel Razavi vit sous protection policière. Nora Bussigny est régulièrement la cible de menaces et de campagnes de haine. D’autres parmi nous vivent la même chose. Leur point commun ? Avoir enquêté sur l’islamisme, ses réseaux, l’antisémitisme contemporain ou encore les dérives de la dictature iranienne. Face aux intimidations, aux menaces de mort et aux tentatives de censure, le plus inquiétant n’est peut-être pas la violence des fanatiques. Le plus inquiétant est le silence. Celui d’une partie du monde médiatique, intellectuel et politique, qui semble avoir renoncé à défendre des principes qu’il prétend pourtant universels ." Jean-Marie Montali (né en 1962) est un journaliste français spécialisé en presse écrite , auteur de plusieurs ouvrages et réalisateur de documentaires pour la télévision . Grand reporter , il a occupé divers postes de direction, notamment rédacteur en chef , directeur adjoint et directeur exécutif de la rédaction au Figaro Magazine , directeur adjoint de la rédaction de France-Soir , et directeur adjoint des rédactions du Parisien – Aujourd'hui en France . Dans La Nouvelle Revue Politique, il s'insurge contre une étrange hiérarchie de l’indignation ... https://nouvellerevuepolitique.fr/journalistes-le-silence-qui-deshonore/