Education Nationale : le constat d’une crise multiforme et généralisée

Natacha Gray • 19 février 2018

Nous avons évoqué dans un précédent article (ici) l’affaire du lycée Galliéni de Toulouse. Ces situations, lorsqu’elles éclatent au grand jour, médiatisées soit par des professeurs à bout de nerfs, soit par les élèves eux-mêmes fiers de leurs transgressions multiples (comme la gifle administrée en octobre dernier à une enseignante d’un lycée de Seine-Saint-Denis, filmée et diffusée sur les réseaux sociaux), provoquent la stupeur et l’indignation dans l’opinion publique. Nombreux sont ceux qui, il y a peu encore, considéreraient les écoles, collèges et lycées comme de véritables sanctuaires préservés des problèmes sociétaux et des comportements inciviques, à l’image de ce qu’ils avaient connu enfants puis adolescents : autant dire qu’ils tombent de haut en découvrant l’ampleur du désastre !

Mais il faut bien savoir que ces scandales qui occupent ponctuellement l’actualité ne sont que la partie émergée et devenue caricaturale d’un iceberg qui fragilise de très nombreux établissements en France qui ne sont pourtant pas tous classés en zone sensible, c’est-à-dire dans les réseaux d’éducation prioritaire (REP). Seuls quelques cas, les plus graves, arrivent à la connaissance du grand public. Mais les insultes, les coups, le harcèlement, les intrusions de personnes extérieures au sein des établissements scolaires, le refus de l’autorité, sont hélas aujourd’hui vécus par de nombreux usagers de l’Éducation nationale. Le mot d’ordre est de ne pas faire de vagues. Alors on s’habitue au pire et la plupart des incivilités, à l’exception des plus graves ou de celles qui débordent sur l’extérieur, se règlent en interne. Il a fallu au lycée Galliéni l’ouverture d’une nouvelle option et l’arrivée concomitante d’une vingtaine de professeurs pour que ces derniers, horrifiés, ouvrent les yeux des anciens qui avaient fini par accepter que le non-droit et la violence fassent ainsi partie de leur quotidien.

Cependant la crise que traverse l’Éducation nationale ne se réduit pas à ces faits divers violents dont les échos parviennent, de façon de plus en plus audible aujourd’hui, au reste de la société. Le mal est infiniment plus profond, silencieux et multiforme comme si les bases de la vénérable institution avaient été rongées insidieusement depuis plusieurs décennies jusqu’à menacer tout l’édifice d’un effondrement inéluctable. Les causes du mal seront évoquées dans un prochain article, celui de ce jour se contentera d’en énumérer les symptômes principaux . Il s’agira juste de montrer que les épisodes du lycée Galliéni ou de la gifle médiatisée ne sont que la partie émergée d’un iceberg qui se fissure de partout .


La remise en cause de l’autorité

Dans ces écoles, collèges, lycées en crise violente, nous assistons aujourd’hui à l’aboutissement d’un long processus de culpabilisation des victimes, de destruction de l’autorité et des bases de notre système éducatif, à l’œuvre depuis des années au mieux dans l’indifférence quasi générale, au pire dans un déni de réalité constant. La seule différence avec un lycée bourgeois de centre-ville c’est que ce refus de toute forme d’autorité et de la hiérarchie, qui s’exprime ici en menaces explicites, souvent mises à exécution (règlements de compte, destructions matérielles, vandalisme sur les véhicules des professeurs) ou en agressions physiques et verbales violentes, se traduit ailleurs, dans les lycées calmes, en bavardages incessants, en refus de travailler et en chahuts récurrents.

Un exemple : obtenir le silence, en l’absence de sanctions (systématiquement contestées et qui doivent s’inscrire dans un règlement intérieur qui les rend de plus en plus difficiles à donner), y compris dans une bonne classe, est devenu quasiment impossible au point que les penseurs de l’École, appelés en interne les « pédagos », dans leur grande créativité et surtout mauvaise foi dès lors que l’expérience met en échec leurs réflexions théoriques, ont dû inventer deux parades successives. S’il y a une vingtaine d’années ces apprentis-sorciers préconisaient auprès des enseignants stagiaires « le silence pédagogique » (l’enseignant se tait jusqu’à ce que les élèves, surpris, fassent silence progressivement à leur tour afin que le cours recommence), certains en sont réduits aujourd’hui dans les instituts de formation des professeurs à vanter les mérites du « bruit pédagogique » (les élèves parlent entre eux dans la classe, s’interrogent et se répondent, se déplacent, en quasi autonomie, ils doivent se sentir comme chez eux, car la classe « ça doit être comme la vie », le professeur veillant juste à ce que le niveau des décibels reste supportable.

Dans les lycées qui font la une de l’actualité, il y a juste que le nivellement des exigences par le bas pour obtenir puis conserver un semblant de paix intérieure et le renoncement aux moyens de faire respecter l’autorité du professeur ou de l’administration ont commencé ici plus tôt qu’ailleurs, compte tenu souvent d’un contexte social et culturel particulier. Il ne fallait pas « stigmatiser » ni « décourager » des élèves venant des quartiers défavorisés, souvent de culture différente à la maison. La dégradation y est donc allée également plus vite, car les établissements scolaires ne sont plus des sanctuaires imperméables à tout ce qui se passe à l’extérieur de leurs enceintes : le trafic, le sexisme, les nouvelles formes de racisme, l’antisémitisme, la remise en cause des codes républicains et des valeurs françaises y entrent, en sortent, y entrent à nouveau, transformant ces anciens « sanctuaires » en zones de non-droit où la violence verbale et physique a remplacé les lois de la République par celles de la jungle. Et cela d’autant plus qu’au tournant des années 2000 les pédagogistes ont promu l’idée de « lycée ouvert » sur son environnement, ce qui supposait des interactions avec l’extérieur (invitations mais aussi sorties hors-les murs) et une architecture particulière pour les établissements qui se construisaient alors (avec des zones publiques, réservées, semi-réservées). En définitive les maux de la société s’y propagent, et réciproquement, dans une dialectique toxique permanente, comme on le voit dans le cas du lycée Galliéni.

S’il fut aisé de détruire un à un les fondements de l’autorité, parce que certains pédagogues pensaient encore qu’il était interdit d’interdire, la restaurer aujourd’hui paraît nettement plus difficile, en particulier parce que les premières générations, à qui l’on a donné tous les droits sans les contraindre à respecter leurs devoirs, sont aujourd’hui sorties du système scolaire et ont « importé » leurs comportements individualistes, leur refus de l’autorité et de toute contrainte, leurs comportements d’anciens « enfants-roi » dans la société tout entière. La plupart des maux dont souffre l’École sont ceux qui minent de nos jours la société tout entière.


La génération « j’ai le droit »

Car nous assistons bel et bien presque partout, à l’exception d’établissements qui prônent encore l’excellence et l’élitisme républicain et qui sont d’ailleurs pris d’assaut par les familles qui ont les moyens de contourner la carte scolaire, à un phénomène d’acculturation, de destruction de nos civilités et de la morale citoyenne, au triomphe de la génération « J’ai le droit » (pour reprendre le titre récent du professeur d’histoire-géographie Barbara Lefebvre [i]). La démotivation des bons élèves pousse sur le désert culturel qu’on propose au nom d’un égalitarisme niveleur. Il devient de plus en plus difficulté d’enseigner sa matière puisque de nombreux élèves, soutenus par leurs parents, contestent aujourd’hui le contenu des programmes scientifiques ou d’histoire-géographie s’il ne va pas dans le sens de leurs croyances et exigent parfois d’en être dispensés. Parallèlement nous assistons à l’augmentation constante des violences verbales et physiques dont les élèves les plus faibles ont été les premières victimes et qui atteint aujourd’hui les professeurs. L’enseignante giflée évoquée précédemment avait eu comme seul tort aux yeux de ces enfants-rois et petits caïds que d’avoir osé confisquer le portable d’un élève en pleine classe : à ses yeux et ceux de ses camarades, elle n’en avait pas le droit. Tout est prétexte d’une part à contestation (le travail donné à la maison, l’interrogation écrite, une sanction, une conversation interrompue en classe), d’autre part à l’affirmation de ses droits. Encore une fois « la survalorisation du moi » prônée par les pédagogistes en réaction à une éducation traditionnelle jugée peu épanouissante et trop contraignante a forgé des générations revendicatives centrées sur elles-mêmes et sur leurs droits. Le professeur n’a pas le droit de les ennuyer, de les contrarier, de contredire les principes éducatifs et les croyances inculqués à la maison, il ne doit pas contraindre ni punir mais convaincre et tant pis pour lui s’il n’y parvient pas. En revanche certains élèves s’arrogent celui de l’humilier, de le provoquer. De nombreux parents se sont déchargés de leurs responsabilités éducatives sur les « experts » qu’étaient censés être les enseignants. Scène vécue dans une école toulousaine : deux mamans convoquées par la directrice et la maîtresse de leurs enfants (racketteurs, violents, harceleurs), clament à la cantonade en sortant, furieuses : « si les maîtresses ne sont pas capables d’éduquer les gosses, qu’elles changent de métier ».

Mais comment convaincre les familles que l’objet principal de l’École est de transmettre des connaissances et des méthodes, d’émanciper les esprits, quand la secte pédagogiste se répand depuis vingt-cinq ans en interne, et dans les médias séduits par ces nouveaux discours, que l’important ce ne sont pas les connaissances mais « l’estime de soi », « l’élève au centre du système éducatif », « l’apprenant autonome construisant seul son propre savoir » ,que la mission d’un enseignant est « d’éduquer au vivre ensemble » et non pas d’instruire comme au temps du ministère de l’Instruction publique [ii]!

L’entrisme islamiste

Sur ce point les problèmes rencontrés à l’école sont les mêmes que dans la société tout entière. Dans de nombreux établissements, et pas seulement dans les zones sensibles, l’École doit également faire face à la propagande islamiste qui pousse certains élèves à demander le droit de ne pas suivre certains cours qui heurtent leurs croyances ou qui contestent en permanence les enseignements. Il y a quelques mois l’ancien chef d’établissement Bernard Ravet [iii] témoignait du cas du collège marseillais dont il fut le principal, mais, au-delà, libéré du devoir de réserve, de celui de nombreux d’établissements publics où administration et enseignants, totalement démunis, sont confrontés à une véritable guerre de position menée par l’islamisme. Un enseignement parallèle et contradictoire est dispensé dans des écoles coraniques fréquentées par les élèves hors temps scolaire, par des brochures distribuées à la porte des établissements, des surveillants prosélytes, des élèves propagandistes et sexistes, des parents intrusifs. « Depuis plus de dix ans, écrit-il, le fanatisme frappe à la porte de dizaines d’établissements. Il cherche à empiéter sur le territoire physique de la République, centimètre par centimètre, en imposant ses signes et ses normes dans l’espace scolaire, dans les cours de récréation, les cantines, les piscines. Il cherche aussi à envahir les salles de classe. » Et Bernard Ravet de décrire comment, sur de multiples sujets (l’égalité entre les hommes et les femmes, darwinisme, Shoah, astronomie, SVT …), les professeurs sont de plus en plus contestés dans leur enseignement.

Le Livret sur la laïcité distribué aux enseignants en octobre 2015 stipule dangereusement qu’il « faut pouvoir éviter la confrontation ou la comparaison du discours religieux et du savoir scientifique. Dans les disciplines scientifiques (SVT, physique-chimie, etc.), il est essentiel de refuser d’établir une supériorité de l’un sur l’autre comme de les mettre à égalité ». Mais aujourd’hui on n’en est plus là : des élèves contestent les programmes, arguant qu’en cas de différences ou d’oppositions, c’est ce qui est écrit dans le Coran qui fait loi, ou que la charia est supérieure aux lois de la République. Les dispenses de sport abondent chez les jeunes filles voire les enfants musulmanes pour des raisons de « pudeur » souvent justifiées par des certificats médicaux de complaisance. Les relations entre certains garçons et les femmes professeurs (et bien entendu avec leurs camarades filles) dont ils refusent l’autorité et même la proximité physique sont devenues parfois délicates. Parallèlement, antisémitisme et sexisme progressent dans ces établissements grignotés et déstabilisés par les coups de boutoir islamistes.


La multiplication des enseignements parallèles.

Parallèlement il faut également noter l’éclosion d’établissements privés sous et hors contrat. Ces dernières sont majoritairement confessionnelles et musulmanes.


Le privé sous-contrat (environ 13 000 établissements), essentiellement confessionnel et catholique (fin 2015 il n’y avait que 3 écoles musulmanes sous contrat et environ 130 écoles juives) financé en partie et contrôlé par l’État, ne pose pas de problème car il applique des programmes nationaux et emploie des enseignants titulaires d’un concours de recrutement validé et organisé par l’Éducation nationale. Néanmoins son essor actuel est révélateur du malaise : ainsi l’enseignement catholique notamment ne peut-il plus faire face à la demande et a demandé à l’État de revoir les règles de financement (fixées au milieu des années 1980 selon le ratio de l’époque entre élèves inscrits dans le public et dans le privé) pour pouvoir répondre aux innombrables demandes insatisfaites de familles qui ne vont pas tant y chercher un enseignement religieux (en général facultatif et extrêmement discret) mais des valeurs et une instruction, les parents espérant retrouver la paix scolaire, de bonnes conditions d’étude, le respect ou la discipline qui sont trop souvent remises en cause dans le public. D’abord réservé aux classes sociales aisées, ce phénomène a gagné aujourd’hui des classes moyennes et modestes, et cela d’autant plus que le coût de la scolarité est généralement proportionnel aux ressources. Cet essor est un symptôme du désamour et de la rupture de confiance de nombreuses familles avec l’école publique.


Le principal problème est posé par les écoles hors contrat , à 90% musulmanes (et souvent de tendance salafiste), en plein essor : 500 000 enfants sont scolarisés actuellement dans un des 1300 établissements (début 2017) proposant une éducation confessionnelle ou, pour à peine 10% d’entre elles, alternative (méthodes Montessori, Steiner…). La dernière enquête diffusée publiquement datant de 2016, il y en a certainement davantage aujourd’hui : au premier trimestre 2017, pour la seule académie de Versailles, il y avait 40 ouvertures prévues. Un rapport interne y pointait déjà en 2016 « d’inquiétantes dérives dans les écoles inspectées, notamment une faillite éducative bien réelle ». Car ces écoles ne sont pas tenues de suivre les programmes de l'Éducation nationale et leurs professeurs ne sont pas des fonctionnaires, l’État n’y a aucun droit de regard et une simple déclaration d’ouverture suffit. Certes il faut encore trouver le lieu ou le terrain, voire parfois des financements locaux, mais le clientélisme de certains maires y pourvoit malheureusement. Le gouvernement a tenté de mettre fin à cette lacune juridique en exigeant un droit de regard avant l’ouverture, mais le texte a été rejeté par le Conseil d’État l’année dernière. À défaut, de plus en plus de contrôles renforcés sont effectués sur les écoles déjà ouvertes, mais il est rare d’en obtenir la fermeture pour insuffisance pédagogique ou troubles à l'ordre public. Ainsi à Toulouse la justice a-t-elle annulé en août 2017 l’interdiction d’ouverture de l’école coranique Al Badr [iv], qui avait ému au Rectorat en raison des risques de propagande salafiste. Pire, la plupart des contrôles sont aujourd’hui refusés par les responsables, faisant de ces écoles coraniques des lieux difficilement contrôlables, initialement financés de l’étranger, actuellement plutôt par les Frères musulmans via l’UOIF, comme en témoigne cet article du Figaro (ici) [v] relatant l’inquiétude du gouvernement socialiste dès 2016. Ainsi, les parents qui refusent de scolariser leurs enfants dans un établissement dépendant de l’Éducation nationale en raison de programmes et codes contraires à leur culture et leurs croyances, peuvent-ils éviter que leurs enfants ne soient confrontés au contre-modèle que l’École est censée offrir aux élèves bénéficiant d’une double culture.

Enfin citons, à un échelon d’apprentissage supérieur, l’entrisme islamiste ou de mouvements communautaristes contraires à la tradition universaliste républicaine dans les universités ou dans la formation des enseignants, entorses récurrentes sur lesquelles le Grand Orient de France [vi] alertait explicitement en décembre dernier par une adresse publique au Président de la République et aux parlementaires, citant notamment quelques cas dont certains ont fait l’actualité (comme les stages syndicaux en non-mixité) et rompant avec les vagues invocations républicaines généralement de mise dans ce genre de communiqué.


Depuis une quinzaine d’années, le marché du soutien scolaire privé connaît également un essor spectaculaire, creusant encore les inégalités entre les élèves, alors que le gauchisme de salon qui a longtemps inspiré réformes et programmes prétendait précisément les réduire. Le recours aux cours particuliers, autrefois réservé aux classes aisées s’est étendu aux classes moyennes et même aux ménages les plus modestes. Des entreprises le dominent (Complétude, Acadomia, Bordas, Keepschool …) et tentent de se démarquer de l’enseignement traditionnel (fondé sur le bachotage et la restitution de savoirs) en vantant l’acquisition des savoir-faire et en se présentant comme des « contre-modèles » du système scolaire, profitant ainsi de la détérioration de son image et des inquiétudes parentales. La distance s’accroît entre élèves qui peuvent en bénéficier (occasionnellement, un peu, beaucoup, au tarif étudiant ou avec des professeurs expérimentés) et entre ces derniers et ceux qui n’y ont pas accès.

Presque partout, et pas seulement dans les quartiers défavorisés, on cherche donc à échapper à la baisse des exigences et à la violence scolaire en évitant telle école, tel collège, tel lycée par le privé sous et hors contrat ou par diverses ruses pour contourner la carte scolaire. Les stratégies parentales d'évitement et de complément ne sont pas la cause du problème, comme l'ancienne ministre de l'Éducation le faisait croire par une culpabilisation des familles, elles sont les symptômes les plus manifestes de la détérioration de notre école publique.

Un effondrement du niveau

Une des conséquences en effet de cette situation désastreuse c’est bien évidemment l’effondrement du niveau que soulignent de plus en plus fréquemment des enquêtes internes ou internationales depuis 25 ans, quel que soit le niveau socioprofessionnel des familles.

C’est ainsi que l’étude Pirls (Progress in International Reading Literacy Study) réalisée tous les cinq ans en 50 pays sur des classes de CM1 a révélé en décembre 2017 le faible niveau des écoliers français en matière de lecture et de compréhension . Non seulement notre pays, arrivé en 34e position, régresse dans le classement, mais il passe au-dessous de la moyenne européenne. C’est là sans doute l'échec le plus emblématique de l'école « de la République » qui ne permet même plus à une classe d’âge de sortir du système scolaire en maîtrisant sa propre langue. C’est aussi la faillite la plus grave, car elle conditionne toutes les autres. Les causes, sur lesquelles nous reviendrons dans un prochain article, en sont multiples : des méthodes d’apprentissage que le ministre actuel a annoncé vouloir réformer ; la vacuité dangereuse des idéologies pédagogistes (respecter le « rythme » des élèves, ne jamais contraindre, leur donner le temps, refuser le redoublement, supprimer les devoirs de mécanisation et mémorisation des apprentissages, affirmer que la grammaire vient toute seule, par « l’usage », ce qui témoigne au passage d’un incroyable mépris pour l’intelligence des élèves et leur capacité à progresser par l’effort, en particulier ceux des quartiers difficiles) ; et enfin le recrutement au rabais, faute de vocations, d’enseignants mal formés dont une enquête récente pointait en décembre les graves lacunes en orthographe, grammaire et syntaxe [vii]

Pour ce qui est des sciences, en décembre 2016 l’enquête Pisa (programme international pour le suivi des acquis des élèves) avait testé dans 70 pays le niveau des élèves de 3e en mathématiques, culture scientifique et compréhension de l'écrit : les résultats montraient un recul de quatre points en mathématiques et 40 % d’élèves défavorisés en difficulté (contre 34 % en moyenne ailleurs).

En septembre 2017 une autre enquête Pisa testant le niveau de 3e pour 32 pays pour ce qui est du travail en groupe , révélait que la France était classée 20e sur 32 pays. Un bon tiers des élèves se situait au niveau le plus bas, seuls 6 % des élèves français décrochaient la note maximale.

L’enquête Timss ( Trends in International Mathematics and Science Study ), publiée en novembre 2016 et testant le niveau de CM1 (50 pays) et de terminale scientifique (9 pays) témoignait que la France dans ces disciplines était très en dessous de la moyenne internationale, devancée très largement par plusieurs pays d’Asie, mais également par des pays voisins comme l’Allemagne ou le Portugal. À peine 11 % des élèves français arrivent à se hisser au niveau des meilleurs en mathématiques et sciences. Les résultats de cette étude révélaient également que seul 1 % réussissaient à se classer dans le niveau avancé contre 15 % 1995, 11 % à un niveau élevé contre … 64 % en 95 !

Plus inquiétant encore : la dictée du ministère de l’Éducation nationale sur le niveau CM2 testé en 1987, 2007 et 2015, ce qui permet d’étudier le niveau des élèves sur le temps long et dans un même pays, révélait qu’il y avait bel et bien un déclin important : non seulement les écoliers d’aujourd’hui faisaient 7 fautes de plus que leurs prédécesseurs des années 80, mais la catégorie de ceux qui font « au moins 25 fautes » a bondi de de 5,4 % à 19,8 ! Et pourtant le texte ne présentait aucune difficulté linguistique particulière, les lacunes portaient essentiellement sur des accords simples et sur le respect de la syntaxe.

Évidemment, comme à chaque enquête qui pointe du doigt la dégringolade, on trouve toujours au sein de l’institution quelques obstinés dans le déni pour prétendre que les outils s’appliquent mal à la France, que tel contexte n’était pas comparable à tel autre. Il n’en reste pas moins qu’en ce qui concerne le niveau des écoliers ou des étudiants français les études se suivent et se ressemblent hélas. Toutes pointent le retard de la France par rapport aux meilleurs standards européens.


Des professeurs en souffrance


À la démotivation des élèves, y compris les meilleurs qui ne trouvent plus de sens dans les apprentissages, les programmes déconnectés des besoins réels et les exigences au rabais, répond depuis des années celle des enseignants. Plus que la démotivation, la souffrance ! Le succès inattendu de l’ouvrage paru en août 2017 « Éducation nationale une machine à broyer » d’Isabelle Dignocourt, professeur de français depuis 25 ans, témoigne par l’écho qu’il a reçu en interne d’un titre qui fait mouche.

À l’appui de ce constat, on peut citer par exemple la multiplication inquiétante des démissions constatées par un rapport sénatorial (rapport Carles-Ferrat) en janvier 2017, lesquelles avaient triplé depuis 2012 pour les jeunes enseignants en collège, doublé au lycée. Il en est de même parmi les enseignants titulaires qui sont deux fois plus nombreux en 2017 à démissionner que 6 ans auparavant. Les statistiques des syndicats un an plus tard témoignent non seulement de la poursuite, mais aussi d’une explosion du phénomène. Et encore la tendance est-elle freinée par la difficulté actuelle à pouvoir poser sa démission, celle-ci étant de plus en plus refusée ou retardée en raison des « nécessités du service ».

Les congés maladie pour dépression augmentent et il faut des semaines voire des mois pour obtenir un rendez-vous dans les cellules reconversion des Rectorats. Car les stratégies de reconversion se multiplient, le site « Aide aux Profs » devenu depuis 2016 « Après Prof » dit avoir été contacté depuis sa fondation en 2006 par 13 000 enseignants et les accompagne dans la volonté de changer de carrière (en 2014 une enquête ministérielle montrait que 68% des enseignants envisageaient de quitter la profession). Fort heureusement pour l’institution, les professeurs, fonctionnant en vase clos et peu ouverts sur les réalités économiques de la société, non aidés voire entravés aujourd’hui dans cette volonté de seconde carrière par leur administration, en restent souvent au niveau des intentions.

Non seulement l’Éducation nationale ne retient plus ses enseignants (surtout les jeunes effrayés et découragés par cette confrontation brutale au réel après cinq ans d’études minimum et de nombreux fantasmes sur un métier rêvé), mais elle fait face dans le même temps à une crise profonde du recrutement des professeurs puisque l’on ne parvient plus à remplir les postes offerts aux différents concours de recrutement, faute de candidats ou parce que les jurys, conservant encore quelques exigences de qualité académique refusent bien souvent des candidats dont le niveau est bien en deçà du minimum exigible. Ce sont donc de nombreux contractuels qui comblent les postes vacants, souvent pris sur une licence ou un simple CV. C’est ainsi qu’en plus des candidatures spontanées, il est arrivé que des chefs d’établissements, désespérés d’attendre en vain un enseignant ou un remplaçant que le Rectorat peine à dégoter, recrutent directement via … Le Bon Coin ! On en est là.

Une série d’autres symptômes traduit d’ailleurs en négatif la crise que de l’extérieur le grand public peine peut-être à imaginer : les syndicats dénoncent en effet une tendance de l’administration en 2017 à refuser toute demande de détachement dans le Supérieur aux enseignants du secondaire qui avaient obtenu un poste de PrCe (professeur certifié) ou PrAg (professeur agrégé) dans une université. Les Rectorats émettent un avis négatif sur les demandes de congé formation, refusent les temps partiels, y compris le prolongement de ceux qui déjà avait été obtenu depuis des années, font la sourde oreille devant les démissions posées. Comme toujours, au lieu de réfléchir aux causes, on tente, de façon autoritaire, de mettre la poussière sous le tapis et d’en masquer les symptômes. Augmentant en cela le désespoir d’enseignants qui ne voient plus de porte de sortie et perdent l’estime d’eux-mêmes devant ce manque de considération tout en ruminant leur rancœur contre l’institution.


Devant cette série de constats alarmants qui, pour la première fois, sont enfin reconnus publiquement au plus haut niveau, on comprend les espoirs immenses placés par le corps enseignant, le personnel non enseignant et les parents dans les réformes et mesures à venir. La rénovation de l’École, devant un tel chantier, ne pourra se faire que sur le temps long, loin de toute idéologie et posture politicienne, et dans le climat de confiance réciproque que Jean-Michel Blanquer, qui bénéficie déjà de celle des usagers, a restaurée entre tous les acteurs de terrain et leur ministère de tutelle. Il était temps !


Dans les deux prochains articles, nous nous demanderons comment notre École a pu en arriver là, des responsabilités sociétales au triomphe et aux ravages des théories pédagogistes.



Notes et références

[i]Barbara LEFEVRE, Génération « J’ai le droit », la faillite de notre éducation , Albin Michel, 2018

[ii] Le ministère de l’Instruction publique a pris le nom d’Éducation nationale » sous le gouvernement Herriot en 1932. Depuis certains, comme Jean-Pierre Chevènement (ministre de l’EN de 1984 à 1986) avaient tenté de rappeler que l’objectif premier de l’éducation était d’instruire et de nombreuses voix s’élèvent aujourd’hui pour souhaiter que ce ministère retrouve son nom initial.

[iii] Bernard RAVET, Principal de collège ou imam de la République ? , Edition Kéro, 2017

par Institut Thomas More 27 juin 2026
Dans un rapport inédit, l’Institut Thomas More dresse l’inventaire des décisions politiques qui ont mis la France à genoux pendant ces 50 dernières années. Chute du niveau scolaire, 35 heures, système de retraite, chômage, déficits, dette, insécurité… Autant d'occasions ratées pour maintenir la France sur le chemin de la prospérité !  "Notre ambition, dans ce rapport, est d’identifier les cinquante décisions qui ont mis la France à genoux en cinquante ans, de les replacer dans leur contexte, d’expliquer les motivations de fond ou les choix opportunistes qui ont abouti à ce qu’elles soient prises, de décrire et chiffrer leur impact et leurs effets cumulatifs, les comparer aussi aux options prises par des pays semblables. Ce travail inédit n’a jamais été réalisé de cette manière : il constitue une somme considérable. Les données citées, les sources et les conséquences mesurées sont issues de statistiques et de rapports publics et parfois privés, incontestables. Il se veut et nous l’avons pensé ainsi, d’intérêt général. Car dans la perspective de 2027, il constitue un préalable à l’élaboration de tout programme crédible. Au regard de la gravité de sa situation, il est impossible de penser redresser le pays sans analyser objectivement les causes" https://institut-thomas-more.org/2026/06/25/rapport36/
par Jean-Marie Montali 10 juin 2026
"Emmanuel Razavi vit sous protection policière. Nora Bussigny est régulièrement la cible de menaces et de campagnes de haine. D’autres parmi nous vivent la même chose. Leur point commun ? Avoir enquêté sur l’islamisme, ses réseaux, l’antisémitisme contemporain ou encore les dérives de la dictature iranienne. Face aux intimidations, aux menaces de mort et aux tentatives de censure, le plus inquiétant n’est peut-être pas la violence des fanatiques. Le plus inquiétant est le silence. Celui d’une partie du monde médiatique, intellectuel et politique, qui semble avoir renoncé à défendre des principes qu’il prétend pourtant universels ." Jean-Marie Montali (né en 1962) est un journaliste français spécialisé en presse écrite , auteur de plusieurs ouvrages et réalisateur de documentaires pour la télévision . Grand reporter , il a occupé divers postes de direction, notamment rédacteur en chef , directeur adjoint et directeur exécutif de la rédaction au Figaro Magazine , directeur adjoint de la rédaction de France-Soir , et directeur adjoint des rédactions du Parisien – Aujourd'hui en France . Dans La Nouvelle Revue Politique, il s'insurge contre une étrange hiérarchie de l’indignation ... https://nouvellerevuepolitique.fr/journalistes-le-silence-qui-deshonore/
par Nicolas Baverez dans FigaroVox 9 juin 2026
"Choose France" est souvent présenté comme un énorme succès de l'économie française. Nicolas Baverez remet les choses en perspective ... "La véritable mesure de l’attractivité de la France reste fournie par la balance des paiements : or elle fait apparaître au 30 juin 2025, sur douze mois, des entrées nettes d’investissements directs de 29,5 milliards, mais des sorties nettes des investissements de portefeuille à hauteur de 136,6 milliards. La France est en réalité confrontée à une fuite massive de capitaux, mais surtout de talents" https://www.lefigaro.fr/vox/economie/nicolas-baverez-de-choose-france-a-loose-france-20260606 CHRONIQUE - La stratégie de restauration de l’attractivité de la France, mise en scène par Choose France sous les ors de Versailles, se trouve en réalité minée par le bilan calamiteux des présidences d’Emmanuel Macron. Passer la publicité La 9 e édition du sommet Choose France , qui s’est déroulée le 1 er juin au château de Versailles, s’est achevée sur un record de promesses d’investissement dans l’Hexagone : 93 milliards d’euros contre 87 milliards cumulés de 2018 à 2025. Et ce en raison de la décision du conglomérat japonais SoftBank, présidé par Masayoshi Son, de mobiliser 75 milliards pour la construction de data centers dans notre pays. Ces annonces, effectuées alors que la guerre d’Iran et le blocage du détroit d’Ormuz font basculer l’économie mondiale dans la stagflation, sont d’autant plus positives qu’elles favoriseront le rattrapage du retard que la France a accumulé dans la révolution de l’IA, avec une capacité de calcul limitée à 1,5 GW fin 2025, loin derrière l’Allemagne et le Royaume-Uni. Elles soulignent l’intérêt des investisseurs internationaux pour notre pays, en raison des atouts que constituent son énergie nucléaire décarbonée, ses infrastructures et sa situation géographique au cœur du grand marché européen. Elles confirment le succès de la promotion de l’attractivité de la France vis-à-vis des entreprises étrangères, qui demeure l’unique réussite de la politique économique conduite par Emmanuel Macron depuis 2017. Passer la publicité Mais, pour cette raison même, les résultats de Choose France et l’amélioration de l’image de la France demeurent à la fois partiels et fragiles. Tous les projets annoncés ne sont pas réalisés, comme l’a montré l’abandon de plusieurs gigafactories, spécialisées notamment dans la construction de batteries et les semi-conducteurs. Les emplois effectivement créés sont très inférieurs à ceux affichés. Par ailleurs, les opérations annoncées en 2026 concernent en quasi-totalité des data centers, très consommateurs d’électricité, d’eau et d’espace. Avec pour corollaire un risque de dépendance aux géants de la Big Tech américaine qui poursuivent la vassalisation numérique de l’Europe et de monopolisation de l’électricité décarbonée par l’IA au détriment des autres entreprises et des ménages. Les filiales de groupes étrangers n’entrent par ailleurs que pour 15 % de la valeur ajoutée dans notre pays contre 18 % en Allemagne et en Italie et 22 % en Espagne, ce qui témoigne d’un déficit persistant d’attractivité dont la première cause se trouve dans le niveau excessif du coût du travail, de la fiscalité et de la réglementation. La véritable mesure de l’attractivité de la France reste fournie par la balance des paiements : or elle fait apparaître au 30 juin 2025, sur douze mois, des entrées nettes d’investissements directs de 29,5 milliards, mais des sorties nettes des investissements de portefeuille à hauteur de 136,6 milliards. La France est en réalité confrontée à une fuite massive de capitaux, mais surtout de talents (elle a été ravalée au 19 e rang pour l’accueil des entrepreneurs et des cerveaux) et d’entreprises, avec pour symboles le déménagement de Criteo et la cotation à succès de TotalEnergies aux États-Unis. La stratégie de restauration de l’attractivité de la France, mise en scène par Choose France sous les ors de Versailles, se trouve en réalité minée par le bilan calamiteux des présidences d’Emmanuel Macron en termes de déstabilisation des institutions de la V e République, de paralysie et de faillite de l’État, d’explosion des violences et de disparition de la paix civile. La production, l’investissement et l’innovation ne peuvent se développer dans un environnement d’incertitude radicale et d’hostilité à l’entreprise. Or la dissolution de 2024 a ouvert un cycle d’instabilité politique qui risque fort d’être amplifié et non pas refermé par l’élection présidentielle de 2027. L’ordre public a disparu et l’ultraviolence gagne l’ensemble du territoire et de la population, comme le montrent la montée en puissance du narcotrafic ou les émeutes qui ont à nouveau accompagné la victoire du PSG en finale de la Ligue des champions. L’attractivité de la France est ruinée par la schizophrénie d’une politique économique qui prétend encourager les investissements étrangers tout en poursuivant l’euthanasie des entreprises françaises, créant une paradoxale préférence économique pour l’étrangerSimultanément, l’économie française a basculé dans la stagflation sous l’effet d’un triple choc fiscal, financier et énergétique. L’activité est en récession depuis le premier trimestre 2026 ; l’inflation est passée de 0,9 % à 2,4 % et dépassera 3 % cette année ; le chômage a augmenté de 0,7 % sur un an et tendra vers 9 % de la population active ; le déficit se situera autour de 5,5 % du PIB, portant la dette à près de 120 % du PIB. Ce surendettement est devenu insoutenable, dès lors que le seul service de la dette représentera bientôt 3,5 % du PIB, ce qui exigera un équilibre strict pour toutes les autres dépenses de l’État, des collectivités locales et de la protection sociale. La France, l’homme malade de l’Europe L’attractivité de la France est ainsi ruinée par la schizophrénie d’une politique économique qui prétend encourager les investissements étrangers tout en poursuivant l’euthanasie des entreprises françaises, créant une paradoxale préférence économique pour l’étranger. Au moment même où l’État déroule le tapis rouge et se mobilise pour accueillir géants américains et capitaux japonais, le nombre de faillites atteint un record et les destructions d’emplois se multiplient, notamment dans l’industrie, entraînant une floraison de plans sociaux. Tandis que les oligarques de la Silicon Valley, les promoteurs des Lumières sombres et du transhumanisme, les princes de Wall Street et les as de la gestion de fortune banquettent dans la galerie des Batailles, les entreprises françaises, touchées de plein fouet par le troisième choc pétrolier, sont accablées de hausses d’impôts (23 milliards en 2025 et 21 milliards en 2026), de prélèvements sociaux (2 milliards en plus de la hausse du smic de 2,4 %) et de réglementations kafkaïennes (avec pour dernier avatar la transposition de la directive européenne de 2023 sur la transparence des rémunérations). La France est ainsi devenue un pays de non-droit pour les entreprises, où l’imprévisibilité du cadre réglementaire et fiscal compromet tout investissement de long terme. Keynes, interrogé dans les années 1930 sur la meilleure manière de sortir du trou, avait répondu : « Il faut d’abord cesser de le creuser. » Emmanuel Macon a choisi de creuser le trou des finances publiques de plus en plus vite et de plus en plus profondément, jusqu’à faire de la France l’homme malade de l’Europe. En accumulant 1 500 milliards d’euros de dettes publiques supplémentaires en dix ans, il a fait exploser le modèle français reposant, d’un côté, sur une croissance tirée par la seule consommation alimentée par des aides sociales financées à crédit et, de l’autre, sur la chute de la production, de l’emploi, de l’investissement et des exportations. Le naufrage de la France n’a rien de fatal. Son redressement dépend effectivement de son attractivité économique, qui est indissociable de sa compétitivité, de sa souveraineté et de sa sécurité. Et notre pays dispose d’atouts majeurs qui sont reconnus au-delà de nos frontières, qu’il s’agisse des entrepreneurs et des chercheurs, de l’épargne, de l’énergie décarbonée, des infrastructures, des grandes entreprises internationalisées, de sa culture et de sa civilisation. Mais ces points forts sont annihilés par l’improductivité et la faillite de l’État, incapable d’assurer les services de base alors qu’il accapare 57,2 % du PIB, ainsi que par la détestation et la prédation des entreprises par la classe politique. Et ce alors même qu’elles ne sont pas seulement le lieu de la création des richesses marchandes, dont dépendent le financement des services publics et celui de la solidarité, mais celui où se tissent en grande partie le lien social et la citoyenneté. Attirer les entreprises étrangères, c’est bien ; cesser de tuer les entreprises françaises, c’est mieux !
par Bérénice Levet, philosophe et essayiste, membre du Conseil d’orientation de l’Institut Thomas More 31 mai 2026
"Si ôter la vie n’est plus considéré comme substantiellement contraire à la notion d’humanité, avec la légalisation de l’euthanasie, notre société risque de perdre ses repères moraux, pourtant nécessaires pour affronter la montée de la violence, s’inquiète la philosophe." Un très beau texte sur un sujet qui dépasse largement les clivages politiques et dont les enjeux sont fondamentaux pour notre société ! https://institut-thomas-more.org/2026/05/12/legaliser-leuthanasie-cest-briser-a-jamais-lequation-de-lhumanite-et-du-non-possumus/
par Maxime Duclos 30 mai 2026
Un billet d'humeur de notre ami Maxime Duclos Il est temps de mettre sur la table un sujet dont peu osent réellement parler. Tout le monde le pressent. Beaucoup s’y préparent déjà. Pourtant, rares sont ceux qui acceptent d’aborder publiquement cette réalité : l’élection présidentielle de 2027 risque de provoquer en France une fracture politique et sociale d’une ampleur inédite, y compris au sein même des familles. Car derrière l’échéance électorale qui approche, une autre réalité se dessine progressivement : celle d’un affrontement idéologique devenu profondément émotionnel. À titre personnel, je suis convaincu que 2027 verra une dynamique puissante en faveur du camp national et souverainiste. Et avec elle, très probablement, une majorité parlementaire capable de remettre au cœur du débat les intérêts de la Nation, la souveraineté, l’autorité de l’État, la stabilité et la défense des intérêts français. Mais ce billet n’a pas pour objectif d’analyser les sondages ou les rapports de force électoraux. Le sujet ici est plus humain. Depuis plusieurs années, la politique ne divise plus seulement les électeurs : elle fragmente désormais les cercles privés, les groupes d’amis, les couples et parfois même les familles. Beaucoup de Français le vivent déjà sans forcément l’exprimer : certains évitent volontairement les sujets politiques lors des repas de famille ; d’autres préfèrent se taire plutôt que d’assumer certaines convictions ; d’autres encore constatent qu’un simple désaccord politique suffit désormais à déclencher tensions, jugements moraux ou ruptures relationnelles. Et cette situation risque de s’intensifier fortement à mesure que la campagne présidentielle approchera. Car l’élection de 2027 ne sera pas une élection classique. Elle opposera des visions du monde profondément différentes. D’un côté, une vision souverainiste, attachée à la Nation, à l’autorité, à la maîtrise des frontières, à la stabilité et à une approche pragmatique des politiques publiques. De l’autre, une vision davantage mondialisée, progressiste et idéologique, souvent portée par une lecture morale des débats politiques plutôt que par une logique d’efficacité concrète. Car il faut rappeler une chose simple : une loi ne devrait jamais être votée parce qu’elle est “bien-pensante”, médiatiquement valorisée ou moralement à la mode. Une loi devrait être votée parce qu’elle est utile, applicable, efficace et finançable. Or, depuis plusieurs années, le débat public s’est progressivement transformé en affrontement moral permanent. Celui qui pense différemment n’est plus simplement contredit : il est parfois immédiatement caricaturé, disqualifié ou assimilé à une menace politique ou sociale. Et c’est précisément ce climat qui peut devenir dangereux dans les sphères familiales. Car beaucoup de personnes engagées politiquement — ou simplement attachées à certaines valeurs traditionnelles, souverainistes ou patriotiques — vont probablement faire face, dans les prochains mois, à des réactions parfois très virulentes de la part de proches influencés par un climat médiatique extrêmement polarisé. Il faut être lucide : une partie importante du débat public reposera moins sur l’analyse des programmes que sur une stratégie de diabolisation du camp national. Nous assisterons probablement à une campagne où certains médias, certaines figures militantes et certains relais politiques chercheront avant tout à faire peur, à hystériser le débat et à présenter toute alternative souverainiste comme une menace pour la démocratie. Dans ce contexte, il sera essentiel de garder son calme. Car le véritable piège serait de répondre à la radicalité par la radicalité. Il faudra faire preuve de patience, de retenue et parfois même de distance émotionnelle face à certains débats devenus impossibles. Tout le monde ne réagit pas de manière rationnelle à la politique, surtout dans un climat de tension médiatique permanente. Les réseaux sociaux, les bulles algorithmiques et les logiques de confirmation idéologique ont profondément transformé la manière dont beaucoup de citoyens perçoivent la réalité politique. Il faut donc accepter que certaines personnes proches puissent réagir avec émotion, inquiétude ou hostilité à l’idée d’une victoire du camp national. Mais cela ne doit pas conduire à la haine, à la rupture familiale ou à l’animosité permanente. Car la stabilité, le calme et le pragmatisme doivent précisément rester les qualités de ceux qui prétendent vouloir redresser le pays. Ne tombons pas dans le piège de la colère permanente ou de la conflictualisation absolue des relations humaines. La politique passe. Les élections passent. Les familles, elles, doivent continuer d’exister après les campagnes électorales. Et si 2027 doit être une année de rupture politique, elle ne doit pas devenir une année de rupture humaine.
par Élodie Messéant dans Contrepoints 29 mai 2026
"Engagements de 87 milliards d’euros, prix déconnectés du marché, cas de sur-rémunération, fraude non sanctionnée… La Cour des comptes a publié un rapport qui évalue le coût réel du soutien étatique aux énergies renouvelables (EnR) : un scandale bien étouffé." Une tribune passionnante sur le coût exorbitant de développement coute que coute des ENR en France à lire dans Contrepoints : https://contrepoints.org/soutien-aux-energies-renouvelables-ou-comment-le-contribuable-se-fait-plumer/
par Maxime Duclos 27 mai 2026
Au printemps 2026, l'Assemblée nationale se trouve confrontée à l'un des défis majeurs de son histoire contemporaine : l’effondrement de la natalité française. Ce phénomène ne constitue pas l'unique crise nationale, mais il s'impose comme un défi vital que le gouvernement actuel, et plus encore l'exécutif futur, devra relever d'une main ferme et résolue. Le dépôt d'un nouveau texte législatif à la Présidence ravive un débat nécessaire, mais met en lumière l'écart abyssal entre la froideur des solutions bureaucratiques et la réalité sociologique du pays.  La proposition de loi n° 2679 intitulé : “ faciliter l’accès au logement des familles par la création d’un prêt à taux zéro” pose un constat démographique initial indiscutable lorsqu’elle rappelle pertinemment qu'« en 2025, 651 000 décès ont été enregistrés [...] tandis que 645 000 naissances ont été recensées » et qu'elle admet judicieusement que « le logement et son accession demeurent l'un des plus marquants » freins au projet parental , mais l'examen rigoureux du texte révèle un manque de fond flagrant dès lors que l'exposé des motifs affirme de manière simpliste que « le prêt à taux zéro constitue un instrument indispensable pour notre société » et qu'« il a pour vocation de proposer une aide concrète aux familles » , limitant ainsi la relance de la natalité au seul dispositif de l'article 1er destiné à « financer [...] l'acquisition, la construction ou l'agrandissement de la résidence principale » dans la limite d'un « plafond de 100 000 euros par opération ». Cette posture, bien qu'appuyée sur la réalité statistique rappelant qu'« un jeune sur cinq doit renoncer à avoir un bébé à cause de son logement », mérite d'être abordée avec une plus grande nuance psychologique. S'il est crucial de reconnaître la sincérité de ces difficultés matérielles sans poser de jugement sur les couples actuels, il apparaît tout aussi impératif de constater l'influence profonde du modèle de surconsommation et d'ultra libéralisme dans lequel évolue la jeunesse. L'hésitation face à la parentalité ne saurait être réduite à une simple impasse immobilière ; elle traduit également la nécessité d'accompagner et de guider les consciences vers la valeur fondamentale de la cellule familiale. Face aux injonctions d'un individualisme ambiant qui privilégie parfois le confort personnel et les plaisirs immédiats, le rôle de la puissance publique n'est pas de blâmer, mais d'offrir un cheminement rassurant, capable de réorienter les priorités loin des dérives matérialistes pour redonner le goût de l'engagement durable. Enfin, l'analyse se positionne foncièrement contre la dérive légistique et budgétaire de l'Article 2, lequel énonce de manière automatique que « la perte de recettes pour l'État est compensée à due concurrence par la création d'une taxe additionnelle à l'accise sur les tabacs ». Ce recours systématique à la fiscalité punitive, devenu une clause de style interchangeable pour satisfaire formellement aux exigences de l'article 40 de la Constitution, trahit une paresse méthodologique. Le financement du réarmement démographique de la Nation ne peut pas dépendre d'une taxe comportementale instable, mais doit être compensé de manière économiquement viable par une baisse ciblée et rigoureuse des dépenses de fonctionnement superflues de l'État. En définitive, bien que cette proposition de loi soit, dans la forme, en partie recevable, le fond du problème n'y est pas pleinement discuté. L'urgence démographique exige de travailler sur plusieurs paliers essentiels afin de rassurer et d'accompagner les jeunes couples. Des mesures fiscales protectrices, des aménagements ambitieux du temps familial et un accompagnement moral vers un modèle centré sur la famille sont indispensables pour relancer la natalité. Stop aux demi-mesures unilatérales et technocratiques : il est temps d'ouvrir le champ des possibles et de guider la société, car la chute de la natalité en France ne représente pas un simple défi comptable, elle signe une lente extinction culturelle.
par Gabrielle Cluzel (dans Boulevard Voltaire) 11 mai 2026
Quand les fervents défenseurs du "vivre ensemble" se heurte au réel ... Un édito de Gabrielle Cluzel dans Boulevard Voltaire : https://www.bvoltaire.fr/edito-allegorie-a-la-concorde-le-vrai-vivre-ensemble-a-detruit-le-fantasme/
par Le bureau LD31 8 mai 2026
Une conférence de Thibault de Montbrial qui promet d'être passionnante sur le thème "France le choc ou la chute" ! Salle Barcelone mercredi 20 mai à 18h30 Thibault de Montbrial est un avocat français , président du Centre de Réflexion sur la Sécurité Intérieure (CRSI), un think thank ayant pour objectif de « permettre aux différents professionnels concernés ainsi plus généralement qu’à toutes les personnes intéressées, de se rencontrer et d’échanger ». Il souhaite aussi « permettre de contribuer au débat public et politique sur les questions de sécurité intérieure en proposant des analyses et en apportant des propositions opérationnelles concrètes » [
par Maxime Duclos 30 avril 2026
La France a fait le choix de la puissance. L'actualisation de la Loi de Programmation Militaire (LPM) 2024-2030, adoptée en commission le 23 avril 2026, confirme une trajectoire de réarmement : le budget des armées aura doublé entre 2017 et 2027. En injectant 36 milliards d’euros de ressources nouvelles pour la période 2026-2030, portant le budget total à 435,7 milliards d’euros, la Nation assume son rang. L’objectif est clair : porter l’effort de défense à 2,5 % du PIB d’ici 2030. Cette démarche n'est pas qu'une question de chiffres, c'est une stratégie de survie industrielle. La France impose désormais une « économie de guerre » où l’État peut exiger des industriels la constitution de stocks stratégiques couvrant jusqu’à 6 mois d’activité. Nos fleurons de la Base Industrielle et Technologique de Défense (BITD) sont les piliers de cette souveraineté : l'accélération des livraisons de munitions, avec une hausse vertigineuse de +400 % pour les munitions téléopérées et +190 % pour l'artillerie de 155 mm, prouve que nous passons d'une logique de flux à une logique de masse. Soutenir nos industries, c'est garantir que nos Rafale, nos frégates et nos blindés ne soient jamais à court d'effecteurs dans un conflit de haute intensité. Réinvestir dans notre défense, c'est aussi refuser la dépendance technologique. En finançant des ruptures dans le spatial, l'IA et le combat ollaboratif, la France s'assure de rester maîtresse de son destin face aux pressions hégémoniques mondiales. à suivre... Maxime Duclos