Qui a peur de l’identité nationale ? #2

Natacha Gray • 25 février 2018

Deuxième partie

Identité, identités ? Des régions à l’Europe, en passant évidemment par la France comme nation, les questions dites « identitaires » sont aujourd’hui omniprésentes dans l’actualité, dans les discours, et dans les priorités, revendications ou inquiétudes exprimées par une majorité de citoyens français. Identités régionales, identité nationale, identité européenne s’emboîtent sans nécessairement s’opposer. Plus que jamais les premières s’affirment, la dernière reste encore à construire. Lignes Droites lance la réflexion sur ces questions, en commençant par le sujet sensible, parfois tabou, de l’identité nationale.


Deuxième partie


Dans une première partie ( à consulter en cliquant ici) nous avons vu que la question de l’identité nationale, qui réapparaît sous ce nom dans les années 1970, se nourrit en fait d’une réflexion déjà ancienne puisque déjà Voltaire et Renan avaient tenté de cerner ce qui faisait « le génie d’un peuple », son « âme » ou le « principe spirituel » d’une nation. La défense de principes et de valeurs jugées aujourd’hui menacés, dans un contexte de crise, de mondialisation uniformisante et de multiculturalisme devenu clivant, a longtemps été abandonnée à l’extrême droite, qui en a fait son cheval de bataille principal, ce qui a conduit les autres partis à contourner la question, de peur d’être accusés de faire le jeu du Front national. C ’est avec Nicolas Sarkozy et aujourd’hui Laurent Wauquiez que la droite s’est lancée à nouveau dans la défense et l’illustration de ce qui fait l’identité de la France, ce qui a provoqué d’inévitables remous au sein de leur famille politique. Nous en avons évoqué les principaux éléments constitutifs, sur lesquels semblent peser des menaces nouvelles et inquiétantes.

5. Le sentiment d’une identité menacée

Aujourd’hui le succès des discours identitaires tient en effet avant tout au fait que la majorité des Français, venant d’horizons politiques très variés, exprime le sentiment qu’ils sentent l’identité nationale gravement menacée. C’est ce que révèlent les enquêtes de terrain, les sondages, les votes, de protestation ou de défiance, mais aussi de conviction, comme en témoigne l’adhésion, plus durable que ce que l’on imaginait, d’une partie de l’électorat au programme de l’extrême droite qui a l’avantage d’avoir anticipé ce constat. Les manifestations et inquiétudes identitaires occupent également de plus en plus les conversations entre amis et les réseaux sociaux où ce thème devient un des plus fréquemment discutés, engendrant de moins en moins de polémiques comme si ce ressenti devenait paradoxalement plus rassembleur que clivant , s’exprimant désormais sans tabou, principalement sur le mode du « je ne reconnais plus ma France »). Déjà en 2013 Alain Finkielkraut exprimait-il ainsi sa nostalgie du passé en dénonçant la désagrégation rapide de l’identité nationale par son ouvrage au titre révélateur : L’identité malheureuse . Les arguments des inquiets ressemblent à un inventaire à la Prévert.

La langue , dont nous signalions précédemment qu’elle apparaît comme un élément constitutif essentiel de l’identité de la nation s’apprend mal, ou ne s’apprend plus. Dans un souci égalitariste de nivellement sur le moins-disant, certains réforment son orthographe, sa grammaire, des ouvrages sont réécrits pour les rendre accessibles au plus grand nombre … qui ne lit même plus cette littérature édulcorée. Dans certains quartiers de France, on n’entend plus parler le français. Contrairement aux premières vagues d’immigrants, nombreux sont ceux qui ne viennent pas à présent de pays francophones ou latins (ou des racines communes permettent un apprentissage plus rapide) et n’ont aucunement l’intention d’apprendre la langue du pays d’accueil, même une fois simplifiée à l’excès.

La laïcité , que l’on présente souvent comme l’ADN de notre République et une spécificité française, est mise à mal, attaquée par les ennemis de notre pays et de son système politique. Elle garantissait la cohésion nationale, elle est devenue clivante, certains la rejetant, car elles n’entrent pas dans leur schéma culturel qui place la loi de Dieu au-dessus de celle des hommes.

Notre Histoire même semble désorientée. Au grand récit national qui, comme tout récit historique, était sélectif et insistait sur les hauts faits de la France, de la construction de l’État en passant par la Renaissance, les Lumières, la Révolution, la diffusion de la culture française de par le monde, on a substitué récemment des programmes tout aussi orientés, mais qui, eux, poussent à la détestation de notre pays et, symétriquement, à la glorification des autres cultures, oubliant les hauts faits et les figures majeures de l’Histoire de France, mais également que la conquête coloniale, l’esclavagisme, le racisme furent des comportements partagés.

La culture française , sa littérature, son histoire, ses codes, son art de vivre sont noyés à la fois dans un multiculturalisme qui devrait s’y substituer et, « en même temps » dans une mondialisation gommant frontières et identités. « Il n’y a pas de culture française. Elle est diverse » ira jusqu’à dire le futur président de la République à Lyon en février 2017, lui qui en est pourtant profondément pétri, provoquant aussitôt une levée de boucliers indignés tous azimuts.

Les « racines chrétiennes » (qu’affirment fermement les populations et leurs élus dans les pays de l’Est de l’Europe) sont comme gommées dans les programmes, mais aussi des paysages au nom d’une laïcité mal comprise. Mais il est notable que nombreux sont ceux qui aujourd’hui , y compris dans les milieux athées et/ou laïcs , les revendiquent, à droite comme à gauche, témoignant par là qu’il ne s’agit pas là de simples croyances (qui relèvent de la sphère privée), mais de ce qui a forgé un peuple au fil des siècles, profondément marqué de son empreinte les paysages, les traditions, les comportements, les relations entre les êtres, les fêtes qui sont une occasion pour les Français de manifester leur cohésion et leur appartenance à un grand « tout » dépassant les opinions et spiritualités individuelles.


Dans les programmes de l’enseignement public, on ne donne plus à aimer notre pays, sa langue, son histoire, sa géographie. Comment veut-on alors que les jeunes, qui n’apprennent plus la citoyenneté et la fierté d’être français, et les étrangers que l’on prétend intégrer à la communauté nationale, l’aiment à leur tour ? Sans récit national, sans affirmation claire de ce qui fait la grandeur de notre pays, sans rappel ferme de ses codes et de ses lois, sans expression contagieuse de la fierté d’être ce que nous sommes, nous ne sommes plus capables d’émouvoir et de transcender. Alors l’islamisme intégriste, entre autres, s’en charge.


6. Où l’on rejoint la question sensible de l’immigration et de l’intégration

Il ne s’agit pas, comme le prétend une certaine police de la pensée qui cherche à étouffer le débat, de remettre en cause la tradition d’une France terre d’accueil qui fait partie de son ADN. Mais il est indéniable que l’arrivée de plus en plus massive de populations qui ne maîtrisent pas la langue, les codes, les lois de la République et de la France, pratiquant une religion, l’islam qui, dans la dérive de ceux qui font une lecture littérale du Coran, se prétend prioritaire pour le croyant sur les lois en vigueur, n’est pas sans poser de problème, car cette autre identité entre en conflit, parfois violent, avec notre identité nationale. Le risque est d’autant plus grand que la propagande islamiste, moins celle de Daesh que celle, plus subtile et sur le long terme, des Frères musulmans, finit par toucher une fraction non négligeable des populations musulmanes présentes sur le sol français, parfaitement intégrées pour la plupart, s’accommodant jusqu’alors sans problème des lois et comportements en usage dans le pays d’accueil, pratiquant un islam moderne, méditerranéen, bien loin des littéralistes du Coran. Mais voilà que certains, parmi ces populations intégrées, changent à leur tour leur comportement, leur façon de s’habiller, leurs relations entre les sexes ou avec les autres communautés, prônent la charia, exigent des exceptions (menus hallal, mise à égalité dans les fêtes religieuses…) qui ne leur avaient jamais semblé importantes auparavant. Perdant foi en la République, parce qu’elle les a déçues ou parce que des propagandistes affirment qu’elle ne peut que les décevoir, certaines populations issues de l’immigration ont adopté des réflexes communautaristes qui leur étaient parfaitement étrangers. À ceci s’ajoutent les rancœurs coloniales soudain réactivées par les nouveaux arrivants et le discours des propagandistes dont les médias mainstream , malheureusement, amplifient imprudemment l’écho.


Car l’affirmation des revendications identitaires de la part des Français (de naissance, par acquisition ou simplement de cœur) est aussi et avant tout une forme d’autodéfense de ce que nous sommes et représentons face à ceux qui ont fait profession de détruire la France dans ses valeurs, la République dans son système et de substituer leur modèle de société liberticide et quasi théocratique aux droits de l’homme et du citoyen qui ont inspiré notre démocratie libérale. Les Français constatent avec effroi que certains d’entre eux, ou de ceux qu’ils ont accueillis, sont capables de se retourner contre eux, jusqu'à commettre des crimes barbares sur le territoire ou à l’étranger, au côté des pires ennemis de notre pays. Le sentiment de ne plus être « chez soi » se développe chez les Français confrontés aux « camps décoloniaux », « stages en non-mixité » organisés par des personnes issues de l’immigration qui se présentent elles-mêmes comme « racisées » (tout en répétant que les races n’existent pas), propageant un racisme antiblanc ou anti-français totalement décomplexé et que l’on tente de justifier comme une revanche prise sur le colonialisme d’autrefois.


L’actualité conforte ce sentiment de dépossession et de danger face à des communautés qui rejettent les codes et les lois de la République. Même s’il n’est pas possible de lier délinquance et immigration, puisque la France refuse les statistiques ethniques, il est indéniable que l’actualité met en lumière dans le sentiment d’insécurité (qui ne leur est pas évidemment réductible) le rôle de populations issues de ladite immigration, accentuant le sentiment d’envahissement et surtout d’impuissance de l’État (impunité de multirécidivistes en raison de l’âge, policiers attaqués ...) face à ce que l’on nomme pudiquement des « incivilités », mot bien faible pour des actes qui relèvent de la délinquance, petite ou grande (attaque contre les forces de l’ordre, l’institution scolaire, les pompiers, trafics en tous genres, harcèlement de rue jusqu’au viol). Les faits divers (agressions, harcèlement, vandalisme…), essentiellement véhiculés par les réseaux dans un jeu malsain avec les médias mainstream (les uns cachent pour ne pas « stigmatiser », les autres amplifient et font tourner en boucle, alimentant les théories complotistes) traduisent clairement le choc de plusieurs cultures, notamment deux : la culture française face au modèle de la charia véhiculé par l’islamisme radical. Tout cela alimente des peurs face à ces minorités devenues plus visibles et la tentation de repli identitaire pour défendre le patrimoine commun ainsi attaqué.

Ces inquiétudes se trouvent amplifiées par les migrations massives, mal contrôlées, de populations de culture différente, de toute évidence mal intégrées faute de moyens suffisants, omniprésentes dans l’actualité. Les médias en font trop, cherchant à convaincre sur l’émotion, mais renforçant en retour le sentiment que l’on cherche à imposer aux Français un changement de société, donc d’identité, sur lequel ils n’ont pas été consultés.

Ces comportements sont heureusement loin d’être dominants parmi les musulmans de France, mais ce sont ceux qui s’expriment le plus fortement, le plus violemment et avec le plus de moyens. C’est donc ceux qui sont vus et entendus : racisme anti-français (jusqu’à l’invention du terme de « souchien », entendu sous-chien, aux connotations péjoratives pour désigner les Français de souche), antiblanc, christianophobie, antisémitisme, djihad, attaques contre les civilisations et les mœurs françaises, contre la liberté (qui passe par la tenue vestimentaire) des femmes, remise en cause des sapins et fêtes de Noël en entreprise, des crèches dans les régions de tradition chrétienne, des croix sur des espaces publics, drapeaux brûlés, symboles de l’autorité attaqués…


En outre l’exaspération est à son comble, car de nombreux Français ont le sentiment d’un deux poids deux mesures dans la façon qu’ont les pouvoirs publics et les médias de gérer la question identitaire. La fierté d’être ce que l’on est ne serait acceptable que dans la bouche de certains (Africains, Arabe, Latinos …). L’Africain peut se dire légitimement fier d’être noir et le Maghrébin d’être arabe et très attaché à une riche culture millénaire. Et c’est heureux, on ne se construit que sur des racines et dans l’estime de soi, pas dans le mépris, la honte et la culpabilité. L’un et l’autre peuvent afficher leurs appartenances ethniques ou religieuses par des pratiques que l’on accepte au nom du multiculturalisme et du légitime attachement de chaque individu à ce qui le constitue. Mais le Français qui se dit fier d’être français est suspecté de xénophobie, sa fierté d’être occidental en fait un raciste , celui qui affirme en plus sa foi chrétienne est suspecté d’extrémisme religieux, par nature prosélyte, et on le trouve d’emblée trop voyant. Les élus se rendent aux fêtes religieuses de communautés non chrétiennes diverses, mais pourchassent les symboles du christianisme dans l’espace public. Pire, ceux que Lénine aurait appelés des « idiots utiles », souvent parmi les laïcards mono-obsessionnels qui ne voient le danger que venant de l’Église catholique, devancent de supposées revendications pour exiger à la place de communautés religieuses musulmanes qui n’ont absolument rien demandé (et ne l’auraient probablement jamais fait) la disparition ici d’une crèche, là d’un sapin de Noël, ici encore d’une croix, renforçant chez certains la certitude d’un complot contre la France et son identité, toutes deux affaiblies par les attaques sournoises d’une sorte de cinquième colonne qui les menacerait de l’intérieur. Dans ce multiculturalisme qui devrait devenir la norme, une seule culture serait exclue : la culture occidentale.


7. Identité, altérité et les risques de « l’autruisme ».

Chez les individus les « troubles de l’identité » sont du ressort des psychiatres. L’individu va mieux lorsqu’il se « retrouve », qu’il définit ses valeurs, ses aspirations, ses talents et qu’il s’accepte enfin tel qu’il est. Mais dans les territoires, qui soignera les identités blessées ? La responsabilité des élus est grande, des médias aussi , qui participent presque tous, depuis des années, à cette grande braderie des valeurs et à ce relativisme culturel où tout se vaut et tout s’accepte.

Définir clairement l’identité nationale, c’est-à-dire les valeurs sur lesquelles s’est bâtie une nation, permet d’intégrer l’autre, de le décentrer , de lui donner envie de rejoindre cette nouvelle communauté. Ce qui ne l’empêche nullement de rester fidèle et fier de sa culture d’origine, et l’on sait la richesse des doubles cultures et leur apport à la stratigraphie des influences qui a forgé l’esprit si particulier de la nation France. L’école autrefois aidait à se décentrer par rapport à la culture transmise à la maison, donc à s’intégrer et à s’élever par la méritocratie républicaine (qui suppose effort et apprentissage), laquelle passe par la maîtrise de la langue et des codes. Or les programmes scolaires actuels et le relativisme ambiant, pire le déclinisme français qui peut aller jusqu’à la culpabilisation et la remise en cause du modèle véhiculé, accentuent le centrage de l’autre sur lui-même tout en lui faisant détester la nation d’accueil. Ce n’est pas ainsi qu’on lui donnera envie de nous rejoindre. « Comment apprendre à ceux qui viennent chez nous d'aimer la France quand nous-mêmes ne l'aimons plus." (Laurent Wauquiez en décembre dernier dans un entretien à Causeur). Car « c'est notre regard qui enferme souvent les autres dans leurs plus étroites appartenances, et c'est notre regard qui peut les libérer » (Amin Maalouf).

Intégrer suppose une dialectique entre soi et un autre, mettant en jeu l’ altérité : bienveillance, écoute, prise en compte de l’autre pour ce qu’il est, et réciproquement. On s’affirme tel qu’on est en face de celui qui arrive et on lui présente le modèle qu’on lui propose d’adopter. L’autre se situe par rapport à ce que nous affirmons constituer notre identité et notre modèle et décide, ou non, de rejoindre notre communauté et d’en adopter les codes. Il sait au moins ce à quoi il devra un jour parvenir s’il décide de s’intégrer.


Mais aujourd’hui c’est une altérité dévoyée, ce que la philosophe Françoise Bonardel appelle l’ autruisme , qui malheureusement domine dans les discours de la bien-pensance politico-médiatique. On fait passer l’autre avant soi-même, on s’efface devant lui. Soit cet autre, l’étranger, n’a plus rien à quoi se confronter puisqu’on le renvoie constamment vers lui-même, soit on lui présente des valeurs aux définitions changeantes et constamment remises en cause de l’intérieur même de la communauté nationale (laïcité, mixité, libertés, droits et devoirs …), soit, et c’est bien pire, on lui présente la communauté qui l’accueille comme inférieure à sa propre civilisation, honteuse, coupable et devant expier ses fautes ad vitam aeternam . L’identité de la France, nous l’avons dit, a toujours été d’intégrer sur des ressemblances. Que devient-elle à partir du moment où elle se cache, honteuse, laissant celui qui arrive face à lui-même, sans modèle qu’il décidera ou non d’adopter.



À suivre : 8. La solution ? Vers des identités multiples et emboîtées ?

par Alain Weber sur X 9 août 2026
Un post d’Alain Weber publié sur X, dont nous partageons pleinement l’analyse et les conclusions à propos de ce que nous considérons comme la lie du paysage politique actuel : Gabriel Attal et Dominique de Villepin : https://x.com/alainpaulweber/status/2084392385279041632 "Je ne supporte pas Gabriel Attal. Cette agitation perpétuelle, cette manie de confondre vitesse et profondeur, cette autorité sous tension qui tient plus du réflexe que de la pensée, tout sonne faux, forcé, surjoué. Mais voir Dominique de Villepin monter en chaire pour lui faire la morale relève du théâtre de grand Guignol. D’un côté, Attal : l’énergie sans cap, la fermeté d’affiche, le volontarisme d’apparat. Ça gesticule, ça simplifie, ça promet avec la vitesse et la force de quelqu’un qui sait qu’il ne tiendra pas ses engagements. Une politique à l’adrénaline, où l’effet remplace l’idée. De l’autre, Villepin : la voix grave, le verbe ample, la posture impeccable. Il parle comme on déclame, avec cette assurance tranquille de ceux qui se regardent penser. Mais à force de hauteur, il par perdre tout contact avec la réalité et finit par flotter dans son immensité intellectuelle… L’un s’excite, l’autre se contemple. L’un fait du bruit, l’autre fait de l’écho. Et puis il y a ce double jeu à peine dissimulé : Dominique de Villepin, devenu tribun d’une gauche immigrationiste, sur ordre du Qatar , et Gabriel Attal, socialiste pressé qui voudrait faire croire qu’il est de droite. Deux trajectoires, deux discours, un même parfum d’imposture. Bref, deux calamités. Deux profils qui devraient se tenir extrêmement loin du pouvoir si l’on veut laisser à ce pays une chance de s’en sortir." 
par Dominique Reynié dans FigaroVox 9 août 2026
"L’écologisme est en contradiction avec la marche d’un monde avide de croissance comme avec la volonté des Français de maintenir leur niveau de vie et de l’accroître si possible" Longue interview de Dominique Reynié par Alexandre Devecchio dans FigaroVox https://www.lefigaro.fr/politique/dominique-reynie-l-ete-2026-aura-montre-que-l-ecologisme-est-devenu-l-ennemi-de-l-ecologie-20260802 LE FIGARO. - Selon beaucoup d’observateurs, les incendies ne relèvent pas seulement de la catastrophe naturelle, ils sont aussi le résultat de choix politiques liés à une certaine écologie. Les militants écologistes ont ainsi lutté pendant des années contre le débroussaillement, la gestion forestière ou encore les retenues d’eau… Peut-on parler de catastrophe politique ? DOMINIQUE REYNIÉ. - Je le crois. Il faut que nous apprenions à distinguer entre, d’une part, l’écologie , qui désigne à la fois une science et une préoccupation pour l’environnement, pour le vivant, pour sa fragilité et, d’autre part, l’écologisme, qui est une idéologie construite et mobilisée pour servir un projet de conquête du pouvoir. On comprend aisément que le réchauffement climatique favorise la propagation des incendies . Mais la catastrophe que nous vivons est en effet le résultat d’une détermination politique particulière, celle de l’influence pernicieuse de l’écologisme sur l’action publique. Dès les premiers incendies, les chaînes d’information continue accueillaient des intervenants établissant explicitement une relation directe de cause à effet entre le réchauffement climatique et les incendies, comme si le feu avait pris spontanément, dans une atmosphère surchauffée. On a vu des représentants d’Oxfam - qui se définit comme « une association de solidarité internationale qui lutte contre la pauvreté, les inégalités et le changement climatique » - expliquant les incendies par le réchauffement climatique, et mettant aussitôt en cause nos modes de vie, la croissance économique, les entreprises, le « capitalisme », etc. Il aura fallu un peu de temps avant de commencer à discuter des défaillances des politiques publiques, des investissements insuffisants ou trop souvent différés, des causes des départs de feu. À lire aussi Climatisation, incendies, nucléaire… L’été dantesque consacre la défaite de l’écologisme politique Surveiller les forêts, perfectionner les outils pour les combattre, sanctionner les comportements imprudents, punir les actes coupables, etc., tout cela dépend d’une stratégie, d’une organisation, de moyens financiers, humains et techniques, c’est-à-dire d’une bonne politique, mais c’est celle à laquelle les écologistes n’ont cessé de s’opposer, aidés d’ailleurs en cela par LFI. Les tragiques incendies de l’été 2026 nous montrent, pour la première fois, qu’une catastrophe écologique n’est pas seulement l’effet du climat ou de la globalisation économique, mais aussi de l’influence de l’écologisme, qui abuse d’images évidemment impressionnantes sans laisser suffisamment de place à des argumentations rigoureuses. Le discours écologiste est tellement pesant et anxiogène qu’on en est arrivés à inventer le terme d’écoanxiété pour caractériser cette angoisse dont les dégâts produits sur l’opinion publique, en particulier sur les nouvelles générations, sont considérables. Ne leur répète-t-on pas, finalement, que vivre est un cauchemar, voire une faute et que la nature serait victime de l’humanité ? Depuis les années 1970, les écologistes ont gagné en notoriété grâce à une politisation extrême des problèmes environnementaux De l’affaiblissement de notre filière nucléaire aux incendies, en passant par notre retard en matière de climatisation dans un contexte de réchauffement climatique, sommes-nous en train de payer les conséquences de l’influence politique de cet écologisme ? Rappelons de quoi est fait cet écologisme. Il est hostile à la croissance économique, aux entreprises, à l’innovation, souvent aux progrès scientifiques, à ce qui est la source de la plupart des solutions politiques aux grands problèmes que rencontre le monde. Les écologistes ont avec l’écologie la même relation que le RN avec l’immigration : c’est un enjeu existentiel ; c’est leur raison d’être. Pour les écologistes comme pour le RN, un monde de solutions est un monde où ils n’ont plus leur place. Depuis les années 1970, les écologistes ont gagné en notoriété grâce à une politisation extrême des problèmes environnementaux, en imputant sans nuance aux États et à leurs dirigeants la responsabilité des phénomènes et des catastrophes climatiques. Les voici aujourd’hui à leur tour désignés parmi les responsables de cette catastrophe. L’été 2026 aura établi aux yeux de tous que, en fait, cet écologisme peut être l’ennemi de l’écologie. La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, s’est montrée hostile à l’extension de la climatisation avant de menacer de démissionner à la suite de l’adoption de la loi d’urgence agricole. Que cela révèle-t-il ? Les partis de centre gauche et de centre droit se laissent-ils trop souvent intimider par l’écologisme radical ? Assurément. Le principal problème posé par l’écologisme est politique et, plus précisément, démocratique. L’écologisme est parvenu à prendre le pouvoir sans avoir réussi à convaincre les électeurs. Ainsi, face au dérèglement climatique, qui aurait dû les avantager, les écologistes ont choisi de répondre non par le marché, la société civile, la créativité, l’initiative et l’innovation, mais par le projet démesuré de « sauver la planète » grâce à une « transition écologique » conçue et conduite depuis Bruxelles, pour l’Union européenne, et depuis Paris pour la France. Ces idées relèvent d’une conception suradministrée des affaires publiques. Le résultat est le déploiement d’un régime de réglementations, d’autorisations, de contrôles et de surveillances de plus en plus étroit, intrusif et sévère, sans égard pour les libertés individuelles, et d’ailleurs sans effet sur le réchauffement climatique. Cet écologisme par les normes, cet écologisme bureaucratique, s’est non seulement mis en place sans avoir eu besoin de l’assentiment des électeurs, mais aussi sans les en avoir informés, de même qu’ils ne furent pas informés, entre 1997 et 2017, du quasi-abandon de notre filière nucléaire, qui constitue pourtant notre plus grand atout industriel, ainsi que notre meilleure réponse aux défis de la souveraineté énergétique et du réchauffement climatique. En ce sens, on peut considérer le mouvement des « gilets jaunes » comme un premier coup d’arrêt populaire imposé à l’idéologie écologiste, un coup d’arrêt d’ailleurs opéré selon une méthode manifestante et non électorale, comme s’il s’agissait, pour les « gilets jaunes », de répondre à l’écologisme avec ses mêmes méthodes de blocages protestataires et de confrontations violentes. Je dirais que l’écologisme est en train de perdre la bataille législative et gouvernementale Le virage pronucléaire d’Emmanuel Macron a-t-il été un tournant ? L’écologisme radical est-il en train de perdre la bataille culturelle ? Je dirais que l’écologisme est en train de perdre la bataille législative et gouvernementale. Cependant, la récusation électorale de l’écologisme n’empêche pas sa domination culturelle. On le voit à travers l’extraordinaire bienveillance du monde médiatique, qui est l’un des grands privilèges concédés à cette idéologie. On le voit aussi dans l’omniprésence du discours écologiste partisan, de fait institutionnalisé. On songe à ce qu’Althusser appelait les « appareils idéologiques d’État » : l’école, et par l’école on atteint aussi les familles, les universités, le monde intellectuel, les médias, en particulier l’audiovisuel d’État, ou encore le monde culturel. On voit aussi de nouveaux appareils idéologiques à l’œuvre, avec les plateformes numériques, les moteurs de recherche, les IA, Wikipédia, etc., et à travers eux les métiers de la communication et du marketing, affectant le discours de nombre d’entreprises ; elles reprennent à leur compte l’écologisme en imaginant un effet bénéfique, sans toujours voir qu’elles alimentent un gauchisme culturel qui ne leur veut pas du bien. Les écologistes étaient tout de même les premiers défenseurs de l’euthanasie. Et la loi qui a été adoptée s’inscrit dans leur vision radicale. Comment expliquez-vous l’engagement des écologistes sur la question de l’euthanasie et leur victoire politique sur cette question ? C’est une autre dimension de l’impensé écologiste et une autre cause de leur déclin. Les écologistes ont insisté sur la fragilité du vivant et la vulnérabilité du monde - plus qu’aucune autre famille politique -, ils ont dénoncé les dangers du pouvoir médical, pour finalement prendre une part prépondérante à la légalisation de l’euthanasie. Au fond, l’écologisme n’a-t-il pas ainsi rompu avec ce qui est supposé être le cœur de sa doctrine, la protection du vivant, le souci de sa fragilité, la protection des plus faibles ? L’écologie et la protection de la nature demeurent des questions majeures. Le risque est-il que l’opinion publique en vienne à confondre ces enjeux avec l’écologisme radical et rejette en bloc toute forme d’écologie ? Comment réconcilier l’écologie avec la liberté, le progrès réel et la démocratie ? Il me semble que l’on ne s’y trompe pas. En effet, d’une part, les études d’opinion nous disent que les enjeux écologiques préoccupent très largement la population. D’autre part, les résultats électoraux montrent que les Français refusent fermement, et depuis toujours, d’accorder leur confiance aux écologistes. Cet écologisme dogmatique, assimilable à l’extrême gauche parce qu’il se présente comme l’ennemi juré de la croissance économique et du confort matériel, n’a jamais intéressé la majorité des électeurs. Le gauchisme est-il l’avenir de l’écologisme ? Les tenants de l’écologisme sont pris dans une relation conflictuelle, inextricable, avec la démocratie. La victoire électorale est une perspective qui leur semble inatteignable, à juste titre. Les élections ne leur seront pas favorables avant longtemps, peut-être jamais. C’est pourquoi on assiste, au sein de l’écologisme et à gauche en général, au retour d’un discours archaïque constitutif des premiers âges de la gauche, au milieu du XIX e siècle, et qui contestait la capacité de l’électeur, son indépendance, la valeur de l’élection, la représentativité des représentants élus. L’intérêt théorique bien réel de ces sujets n’interdit pas de relever que les partis qui parlent de plus en plus de « conventions citoyennes », de tirage au sort et de « démocratie participative » sont ceux auxquels les élections générales et les référendums - bref, la souveraineté électorale - ont peu de chance d’être favorables. L’écologisme est en contradiction avec la marche d’un monde avide de croissance comme avec la volonté des Français de maintenir leur niveau de vie et de l’accroître si possible Ce qui, hier, était magnifié, l’élection au suffrage universel, est aujourd’hui, à gauche, un sujet de suspicion. Si l’écologisme est parvenu à gouverner tout en étant la composante marginale de coalitions fragiles ou minoritaires, depuis une trentaine d’années jusqu’à aujourd’hui, il suscite maintenant une exaspération montante qui appelle un arbitrage démocratique. L’écologisme est en contradiction avec la marche d’un monde avide de croissance comme avec la volonté des Français de maintenir leur niveau de vie et de l’accroître si possible. Les écologistes devraient opérer un virage réformiste. Mais, différemment, ils semblent s’engager depuis quelques années sur le chemin d’une mutation de sens contraire, comme si, faute de pouvoir imaginer leur victoire électorale, ils cédaient à la tentation, en assumant leur conversion à une politique antisystème. C’est bien ce processus qui est à l’œuvre dans le rapprochement avec LFI. Il pourrait aboutir à une union lors des prochaines élections législatives de juin 2027. Mais le rapprochement avec LFI a un prix. Il implique notamment de se lier avec les mouvances antisémites et islamistes qui travaillent la gauche française et l’ensemble de la gauche européenne.
par Nicolas Pouvreau-Monti dans FigaroVox 4 août 2026
"Près de 60 000 migrants ont franchi en une seule journée la frontière qui sépare le royaume du Maroc du territoire espagnol. Cette crise révèle un enchevêtrement d’erreurs et de naïvetés cumulées, dont les leçons, comme les effets, valent pour l’Europe entière, analyse le directeur de l’Observatoire de l’immigration et de la démographie."  Une tribune très éclairante de Nicolas Pouvreau-Monti (co-fondateur et directeur de l’Observatoire de l’Immigration et de la Démographie) sur les récents évènements à la frontière entre le Maroc et l'Espagne à lire dans FigaroVox : https://www.lefigaro.fr/vox/politique/nicolas-pouvreau-monti-ceuta-n-est-pas-une-anomalie-c-est-un-avertissement-20260731 Nicolas Pouvreau-Monti : « Ceuta n’est pas une anomalie, c’est un avertissement » Il aura suffi de quelques heures pour qu’une enclave de 18 kilomètres carrés devienne l’épicentre d’une crise européenne. À Ceuta, près de 60 000 migrants – majoritairement des jeunes hommes marocains – ont franchi en une journée, de manière irrégulière, la frontière qui sépare le royaume du Maroc du territoire espagnol. La ruée vers cette ville autonome n’est pas seulement le visage d’un échec policier ou sécuritaire. Elle révèle un enchevêtrement d’erreurs et de naïvetés cumulées, dont les leçons (comme les effets) valent pour l’Europe entière. À découvrir Avec son plan de régularisation des clandestins annoncé en janvier 2026, l’exécutif espagnol pensait ouvrir un dispositif concernant 500 000 personnes environ. Au 30 juin dernier : 1,2 million de dossiers avaient été déposés. Les Marocains en constituaient la deuxième nationalité la plus nombreuse. Pedro Sanchez cherche, depuis plusieurs années, à se positionner comme l’un des derniers dirigeants du monde démocratique explicitement favorables à une immigration sans contrôle. En témoignent ses interventions dans la presse internationale – comme sa tribune parue dans le New York Times en février dernier, ainsi titrée : « Je suis le premier ministre espagnol. Voici pourquoi l’Occident a besoin des migrants. » Ce faisant, Sanchez a ignoré délibérément un phénomène dont l’existence est pourtant attestée au niveau mondial : celui de « l’appel d’air » généré par ce type de décision. Tandis que l’ensemble des passages irréguliers détectés par Frontex aux frontières extérieures de l’UE a reculé de 25% l’an dernier, la seule route migratoire qui a connu une hausse notable de ses franchissements est celle de la Méditerranée occidentale – qui va, précisément, du nord du Maroc au sud de l’Espagne. La perspective de cette régularisation massive était déjà évoquée publiquement par Madrid. Cette ruée vers Ceuta met à nouveau en lumière l’extraordinaire fragilité à laquelle nous expose l’état actuel de l’espace Schengen. Un seul pays, même radicalement isolé en Europe (l’adoption récente du « règlement Retour » par le Parlement européen en témoigne), est en mesure d’imposer les conséquences de ses décisions à l’ensemble des autres États membres de la zone. Des règles dérogatoires de contrôle s’appliquent, certes, au départ des enclaves de Ceuta et Melilla vers le continent. Mais quiconque posera le pied en Andalousie entrera dans un espace de 4 millions de kilomètres carrés, où l’absence de contrôle aux frontières – non seulement pour les citoyens de l’UE, mais aussi pour les ressortissants extraeuropéens – constitue un principe solidement garanti. Des modalités de rétablissement temporaire des contrôles sont certes prévues par le droit, comme l’a rappelé le ministre Laurent Nunez pour tenter d’apaiser les craintes. Mais celles-ci se trouvent très limitées dans leur mise en œuvre concrète. Dans la foulée d’une décision de la Cour de Justice de l’Union européenne en 2023 : les décisions rapides et souveraines de « non-admission » à la frontière française, qui étaient pratiquées largement à la frontière avec l’Italie depuis 2015 (et auraient pu l’être face à l’Espagne aujourd’hui), ont chuté de 80% en un an. L’apparent relâchement des contrôles marocains qui a accompagné la ruée vers Ceuta devrait aussi déciller les yeux de nos dirigeants devant une évidence stratégique : l’arme migratoire est devenue l’un des principaux leviers de déstabilisation contre les États européens. Le « gouvernement des juges » n’est pas innocent, non plus, dans la crise déclenchée à Ceuta. Au début du mois de juillet, le Tribunal suprême espagnol a publié un arrêt rendant impossible le recours aux « refoulements immédiats » pour les clandestins arrivant par la mer. Les migrants – et, plus encore, les réseaux criminels qui les accompagnent – sont des individus rationnels, qu’il importerait de considérer enfin comme tels. Ils réagissent aux signaux et aux contre-signaux, d’ouverture ou de fermeté. Ils pèsent les opportunités avec les risques qui leur sont associés. Les messages irresponsables envoyés par des gouvernements ou des juridictions engendrent des effets concrets sur la dynamique des flux. L’apparent relâchement des contrôles marocains qui a accompagné la ruée vers Ceuta devrait aussi déciller les yeux de nos dirigeants devant une évidence stratégique : l’arme migratoire est devenue l’un des principaux leviers de déstabilisation contre les États européens. De la même façon que l’Algérie a « fait payer » la France pour le virage pro-marocain opéré par notre diplomatie en 2024, rompant toute coopération dans le domaine migratoire et facilitant les départs, le régime de Rabat n’apprécie pas le rapprochement engagé entre Madrid et Alger – ni la position du gouvernement Sanchez sur la question du Sahara occidental. Ce genre de stratégie hostile n’est pas seulement déployé au sud. En 2021, la Biélorussie d’Alexandre Loukachenko a organisé l’acheminement de milliers de migrants du Moyen-Orient jusqu’aux frontières de la Pologne et de la Lituanie, afin d’exercer une pression politique sur l’Union européenne en représailles aux sanctions occidentales. La Turquie d’Erdogan l’a fait aussi. Cet instrument de guerre hybride est d’autant plus efficace que l’Europe entretient activement sa propre vulnérabilité, par un ordre juridique qui fait de notre continent le plus ouvert à l’immigration irrégulière dans le monde. L’instrumentalisation des migrations est aussi le moyen récurrent d’une « annexion par le bas » pour des gouvernements revendiquant leur souveraineté sur des territoires où ils ne l’exercent pas. Rabat considère Ceuta et Melilla comme des territoires marocains occupés par l’Espagne : l’afflux de ses ressortissants en masse et en force est un moyen d’affirmer cette position, tout comme de préparer un basculement démographique favorable au rattachement. Ce mode opératoire est le même que celui déployé par les Comores à Mayotte, dans un objectif identique. Les crises migratoires ne sont plus seulement des défis humanitaires ; elles sont devenues des terrains de confrontation stratégique. Ceuta n’est pas une anomalie. C’est un avertissement.
par Jean-Frédéric Poisson dans VA 29 juillet 2026
Une tribune de Jean-Frédéric Poisson sur le rôle du Conseil Constitutionnel et sur les réformes possibles pour garantir l’État de droit ! https://www.valeursactuelles.com/clubvaleurs/politique/jean-frederic-poisson-pour-une-reforme-du-conseil-constitutionnel Le sentiment de défiance à l'égard des « Sages » vient de ce qu'ils donnent trop souvent l'impression de faire de la politique au lieu de dire le droit, de réduire l'espace de débat au lieu de le protéger. Par Jean-Frédéric Poisson Publié le 22 juillet 2026 à 21h00 Le Conseil constitutionnel a-t-il progressivement excédé sa fonction ? Un sentiment s’installe dans le débat public français : celui d’un Conseil constitutionnel dont le pouvoir aurait progressivement excédé sa fonction. À chaque grande loi censurée ou partiellement amputée, revient la même interrogation : le Conseil dit-il le droit ou participe-t-il désormais à la décision politique, notamment sur des sujets sensibles comme l’immigration, les retraites, la sécurité ou la crise sanitaire ? L’État de droit contre la démocratie Cette question ne peut être écartée au nom de la défense abstraite de « l’État de droit ». Il faut distinguer l’état du droit, c’est-à-dire l’ensemble des normes en vigueur, de l’ État de droit , qui désigne un régime où le pouvoir est limité, séparé et contrôlé, et où les citoyens concourent librement à la formation de la loi. Le premier relève des politiques publiques ; le second des conditions de la liberté politique. Depuis la décision de 1971 sur la liberté d’association, le Conseil a progressivement étendu son contrôle en s’appuyant sur le « bloc de constitutionnalité » : Constitution de 1958, Déclaration de 1789, Préambule de 1946, Charte de l’environnement, principes fondamentaux reconnus par les lois de la République et diverses constructions jurisprudentielles. Ce mouvement peut être vu comme un progrès pour les droits fondamentaux. Mais plus ce bloc s’élargit, plus le juge dispose d’une marge d’interprétation susceptible de l’amener à arbitrer entre plusieurs conceptions également légitimes de la liberté, de l’égalité ou de la fraternité. Il ne protège alors plus seulement le cadre du débat démocratique : il en réduit parfois l’espace. Rétablir la confiance entre le peuple et les institutions La réforme du Conseil constitutionnel devrait donc devenir un chantier majeur du rétablissement de la confiance entre le peuple et les institutions. La défiance actuelle tient aussi à l’impression que certains choix collectifs échappent désormais au suffrage et au Parlement. Une démocratie constitutionnelle a besoin de limites à la majorité ; elle a aussi besoin que ces limites soient claires, lisibles et directement rattachées à la Constitution. Plusieurs réformes sont envisageables : renforcer la motivation des décisions, revoir les modalités de nomination, exiger une compétence juridique renforcée, supprimer les anciens présidents de la République comme membres de droit, développer les règles de déontologie, publier les votes et autoriser les opinions dissidentes. Ces mesures amélioreraient la transparence sans modifier l’équilibre institutionnel. Plus profondément, il conviendrait de recentrer le contrôle de constitutionnalité sur sa finalité première : garantir l’État de droit, non orienter l’état du droit. Une révision pourrait ainsi préciser que les principes déduits de la Constitution ne peuvent justifier une censure qu’en matière de séparation des pouvoirs, de souveraineté nationale, de liberté politique, d’égalité civique, de sûreté, de légalité pénale, de garantie des droits et de régularité du suffrage, sans permettre au Conseil de substituer son appréciation à celle du législateur sur les choix de politique publique. Il ne s’agit pas d’affaiblir la Constitution, mais de rappeler qu’elle n’est pas un programme politique. Elle est la règle commune qui permet au peuple de débattre, de choisir et d’alterner. Réformer le Conseil dans cet esprit, ce serait rendre au droit constitutionnel sa véritable fonction : garantir que nul ne puisse confisquer au peuple le pouvoir de se gouverner lui-même.
par Yves d'Amecourt 28 juillet 2026
" Les grands incendies que connaît aujourd’hui la France révèlent moins une crise de la forêt qu’une crise de l’État. Ils mettent à nu une administration qui excelle à produire des normes mais peine de plus en plus à accomplir sa mission première : protéger les Français et le patrimoine dont ils ont hérité." Et si les incendies qui ravagent nos forêts chaque été n'étaient pas une fatalité climatique, mais le symptôme d'un État devenu incapable d'agir ? C'est ce que nous suggère Yves d'Amecourt dans ce magnifique texte : https://nouvellerevuepolitique.fr/yves-damecourt-quand-la-foret-brule-cest-letat-qui-se-consume/
par Jean-Philippe Delsol dans Contrepoints (IREF) 25 juillet 2026
Peut-on programmer la justice sociale comme on programme une machine ? C'est le pari d'un rapport signé par 45 économistes, dont Thomas Piketty et Gabriel Zucman, qui promet l'égalité mondiale, la sobriété heureuse et un réchauffement contenu à 1,8°C — le tout d'ici 2100. Une utopie séduisante sur le papier — mais qui a déjà un nom dans l'Histoire. "Il se trouve toujours des naïfs pour faire confiance à ces idéologues et des institutions perverties pour en propager les théories dangereuses . Ne nous lassons pas de dénoncer ces prophètes de malheur et de répéter que l’ordre spontané d’un monde libre est toujours meilleur et plus efficace." Jean. Philippe Delsol dans Contrepoints nous partage une excellente analyse des biais idéologiques de toutes ces belles idées : https://contrepoints.org/rapport-sur-la-justice-pikettyrannie-et-zucmanipulation/
par Marc Rameaux dans Causeur 19 juillet 2026
"Le relativisme hérité de Mai 68 nous pollue encore. Nous devons balayer ce conformisme par une pensée authentique. Par exemple en nous appuyant sur Aron, Crozier, Lévi-Strauss ou Girard qui, en leur temps, avaient bien vu la supercherie de cette pseudo-révolution." Une analyse passionnante de Mai 68 en s'appuyant sur les penseurs qui à l'époque avaient osé s'opposer à ce mouvement mortifère ... A lire dans Causeur : https://www.causeur.fr/mai-68-sous-le-pave-le-vide-330048
par Vincent Trémolet de Villers 17 juillet 2026
"L’Histoire retiendra qu’un pouvoir épuisé, une Assemblée de fortune, un président plus impopulaire que jamais , le premier ministre « le plus faible » de la Ve République ont conjugué cynisme, lâcheté et idéologie pour, au milieu de l’été 2026, permettre à l’État d’administrer la mort." Un édito de Vincent Trémolet de Villers dans FigaroVox https://www.lefigaro.fr/vox/politique/l-editorial-de-vincent-tremolet-de-villers-loi-sur-l-euthanasie-et-le-suicide-assiste-simulacre-democratique-et-nihilisme-d-etat-20260715 Incapable en dix ans d’améliorer la vie quotidienne des Français, Emmanuel Macron se félicitera certainement d’avoir, quarante-cinq ans après l’abolition de la peine de mort, rendu à l’État le pouvoir d’abréger l’existence. L’Histoire retiendra qu’un pouvoir épuisé, une Assemblée de fortune, un président plus impopulaire que jamais , le premier ministre « le plus faible » de la Ve République ont conjugué cynisme, lâcheté et idéologie pour, au milieu de l’été 2026, permettre à l’État d’administrer la mort. Progressisme ? On cherche en vain le progrès moral dans cet oxymore assassin : « Tuer, c’est soigner. » Pas plus de progrès médical dans cette méthode irrémédiable d’abréviation des souffrances. Encore moins de progrès social dans cet abandon de l’État-providence au profit de ce que Dominique Reynié appelle un État « validiste ». Vieillards, grands malades, nerveux, désespérés savent désormais qu’ils sont « éligibles » au « droit à mourir ». On a beau tourner la chose dans tous les sens, on se cogne comme une mouche dans un bocal : comment faire cohabiter à l’hôpital des unités de suicidologie qui luttent héroïquement pour que des personnes ne mettent pas fin à leurs jours et des structures chargées d’assister le suicide ? Devant une telle contradiction, l’esprit est pris de vertige, et ce qui fait en l’homme l’humain s’insurge. Il fallait, nous dit-on, un trophée « sociétal » pour la « legacy » du président sortant. Preuve supplémentaire que l’impuissance publique peut s’accompagner d’une immense arrogance anthropologique. Le tout dans un mélange de lyrisme, de kitsch et de légèreté. C’est Créon, mais au pays des selfies…  Incapable en dix ans d’améliorer la vie quotidienne des Français, Emmanuel Macron se félicitera certainement d’avoir, quarante-cinq ans après l’abolition de la peine de mort, rendu à l’État le pouvoir d’abréger l’existence. Où est la victoire ? Depuis la convention citoyenne pipée jusqu’à la « célébration » ministérielle annoncée avant même le vote, ce parcours législatif aura été un simulacre de délibération, une singerie démocratique. Il projette sur la fin de ce quinquennat un nihilisme d’État. Cela ne suffira pas, pourtant, à décourager ceux qui, dans la prévenance des soins, l’apaisement des souffrances, la protection des plus faibles, le mystère intime du dernier souffle, savent que la politique a le pouvoir de changer la loi, mais pas celui de profaner le sanctuaire de la conscience.
par Institut Thomas More 27 juin 2026
Dans un rapport inédit, l’Institut Thomas More dresse l’inventaire des décisions politiques qui ont mis la France à genoux pendant ces 50 dernières années. Chute du niveau scolaire, 35 heures, système de retraite, chômage, déficits, dette, insécurité… Autant d'occasions ratées pour maintenir la France sur le chemin de la prospérité !  "Notre ambition, dans ce rapport, est d’identifier les cinquante décisions qui ont mis la France à genoux en cinquante ans, de les replacer dans leur contexte, d’expliquer les motivations de fond ou les choix opportunistes qui ont abouti à ce qu’elles soient prises, de décrire et chiffrer leur impact et leurs effets cumulatifs, les comparer aussi aux options prises par des pays semblables. Ce travail inédit n’a jamais été réalisé de cette manière : il constitue une somme considérable. Les données citées, les sources et les conséquences mesurées sont issues de statistiques et de rapports publics et parfois privés, incontestables. Il se veut et nous l’avons pensé ainsi, d’intérêt général. Car dans la perspective de 2027, il constitue un préalable à l’élaboration de tout programme crédible. Au regard de la gravité de sa situation, il est impossible de penser redresser le pays sans analyser objectivement les causes" https://institut-thomas-more.org/2026/06/25/rapport36/
par Jean-Marie Montali 10 juin 2026
"Emmanuel Razavi vit sous protection policière. Nora Bussigny est régulièrement la cible de menaces et de campagnes de haine. D’autres parmi nous vivent la même chose. Leur point commun ? Avoir enquêté sur l’islamisme, ses réseaux, l’antisémitisme contemporain ou encore les dérives de la dictature iranienne. Face aux intimidations, aux menaces de mort et aux tentatives de censure, le plus inquiétant n’est peut-être pas la violence des fanatiques. Le plus inquiétant est le silence. Celui d’une partie du monde médiatique, intellectuel et politique, qui semble avoir renoncé à défendre des principes qu’il prétend pourtant universels ." Jean-Marie Montali (né en 1962) est un journaliste français spécialisé en presse écrite , auteur de plusieurs ouvrages et réalisateur de documentaires pour la télévision . Grand reporter , il a occupé divers postes de direction, notamment rédacteur en chef , directeur adjoint et directeur exécutif de la rédaction au Figaro Magazine , directeur adjoint de la rédaction de France-Soir , et directeur adjoint des rédactions du Parisien – Aujourd'hui en France . Dans La Nouvelle Revue Politique, il s'insurge contre une étrange hiérarchie de l’indignation ... https://nouvellerevuepolitique.fr/journalistes-le-silence-qui-deshonore/