Municipales Toulouse       « S’occuper aussi de ceux qui vont mal »

Natacha Gray • 9 décembre 2019

Première partie : Un bilan déjà fort satisfaisant dans l’action sociale et solidaire


Première partie : Un bilan déjà fort satisfaisant dans l’action sociale et solidaire



En présentant, le 11 novembre dernier, deux recrues « sociales » [1], appelées à figurer sur le quota « société civile » de sa liste pour les prochaines municipales, Jean-Luc Moudenc expliquait son choix par le fait que ce volet, qui comprend en particulier l’aide aux migrants et au logement pour les plus fragiles, avait pris une importance croissante au cours de son mandat municipal et qu’une de ses nouvelles priorités serait ainsi de s’occuper davantage encore de « ceux qui vont mal ». Ces besoins nouveaux, appelés de toute évidence à s’accroître encore au cours des années à venir, supposent donc des élus plus nombreux et compétents, amenés à se mobiliser davantage sur le sujet de l’exclusion et de l’intégration, ce qui explique la proposition faite à ces deux responsables d’associations. Ce faisant, le maire répondait également par anticipation à la gauche qui l’attaque régulièrement sur le sujet, lui reprochant de ne parler que de « ceux qui vont bien ».


À tort, car l’équipe municipale actuelle fait déjà beaucoup, c’est ce que nous rappellerons aujourd’hui dans une première partie, qui dresse un bilan globalement positif de l’action accomplie .


Mais elle pourrait faire encore mieux, et éviter certaines maladresses de ses représentants en termes de communication, et surtout corriger les erreurs et injustices commises par les associations partenaires. Ce sera l’objet demain de la seconde partie de cet article .


Première partie : Un bilan déjà fort satisfaisant dans l’action sociale et solidaire


La solidarité recoupe un grand nombre d’actions. Nous insisterons dans cet article sur la question centrale du logement, et prioritairement sur l’accueil des populations dites « migrantes » (demandeurs d‘asile, immigrés économiques…). Préoccupation essentielle car tout le reste (scolarisation, formation, apprentissage de la langue, accompagnement vers l’emploi, aides sociales diverses) n’a de sens qu’à partir du moment où la personne ou la famille aidées bénéficient d’un toit et d’une relative stabilité.


Le constat est évident

Le constat de besoins croissants en termes de logement est évident . Il n’est pas besoin de statistiques pour constater, depuis quelque années, l’afflux croissant de personnes d’origine étrangère sans revenus , originaires d’Afrique noire, du Maghreb et de plus en plus d’Europe de l’Est et des Balkans, notamment au travers de leurs stratégies de logement qui impactent de manière visible des portions croissantes de la ville: campements de tentes visibles dans les rues, caravanes de « gens du voyage » (dans chaque espace laissé disponible, à l’intérieur de l’espace urbain (exemple : avenue de Fronton sur le parking de l’ancien Point Vert) et hors des limites de la ville (exemple : route d’Espagne entre la rocade et le Cancéropole), squats multiples là où des bâtiments en voie de requalification restent inoccupés trop longtemps et sans surveillance. A noter qu’un squat démantelé (ou en voie de l’être) provoque, par transfert, quasiment systématiquement la création d’un autre squat : ainsi en est-il du squat Russel, dans le quartier du Busca, dont les membres sur le point d’être expulsés sont partis en mai dernier occuper l’immense îlot Oasis avenue de Muret, alors qu’EDF était sur le point d’en conclure la vente à l’entreprise Kauffman & Broad [2] qui y projette la construction de logements et d’un centre de services à la population. De même le campement sauvage de Roms du Carrefour Langlade a-t-il migré à la fin de l’été quelques centaines de mètres plus loin juste avant l’expulsion de ses habitants autorisée par la Préfecture, obligeant désormais les services à recommencer la procédure. Et il est tout aussi évident que ce phénomène va croissant : pour reprendre l’exemple ci-dessus, alors que les squatteurs du site EDF comptaient en mai 2019, de leurs propres dires, un peu plus de 300 personnes, les habitants eux-mêmes et des associations avancent aujourd’hui, six mois plus tard, des chiffres allant de 800 et 1200, même si un nombre inférieur aurait été comptabilisé après recensement par les services compétents.



La mairie, contrairement à ce qui se dit à gauche, agit déjà beaucoup.

La Mairie de Toulouse ne reste pas sans réaction , contrairement à ce que prétend la gauche toulousaine . Les services municipaux concernés sont déjà très actifs pour ce qui relève de leur compétence en matière d’aide à ces gens « qui vont mal »: le troisième adjoint au maire, Daniel Rougé, est notamment chargé de la Coordination des politiques de solidarité et des affaires sociales ainsi que des politiques de prévention et de la lutte contre l’exclusion. Comme les maires de quartiers concernés par les squats et logements insalubres, ses services, très actifs, travaillent en concertation avec les associations comme par exemple Terre Horizon, dont le directeur rejoint la liste municipale (cf. note 1) ou le Touril, chargées d’accueillir et de trouver un hébergement pour des familles ou personnes dans le besoin.


La « méthode toulousaine » , qui a inspiré d’autres métropoles comme Strasbourg, se traduit par un accompagnement social (dialogue via une association référente, intégration par l’apprentissage de langue car la plupart des nouveaux arrivants ne parle pas, ou mal, le français, la scolarisation des enfants, la recherche d’emploi…) et bien sûr un recensement afin de déterminer les urgences, établir qui peut prétendre à rester sur le territoire français, voire accéder au statut de réfugié…, avant tout démantèlement des occupations illégales. C’est ainsi par exemple que les services de la ville, en partenariat avec Toulouse Habitat, ont relogé en juillet 2017 vingt-deux familles de gens du voyage du camp de Ginestous dans un immeuble dont une partie donne sur l’avenue de Muret, sis aux numéros 1, 3 et 5 de la rue d’Alès, (devenue impasse depuis) : les familles, accompagnées par deux associations, Terre Horizon et Soleilha 31 à l’origine de la proposition, ont signé un contrat les engageant en retour à un certain nombre d’obligations, entre autre le respect du voisinage et à la scolarisation des enfants. Le relogement devait être provisoire car la réhabilitation/transformation du bâtiment, abritant autrefois des officiers de l’armée de l’air, était prévu pour fin 2019 afin d’offrir des logements sociaux et étudiants, fortement déficitaires comme dans toutes les grandes métropoles.


Ajoutons néanmoins que cette méthode, qui se refuse à une expulsion immédiate par la force publique des habitants illégaux quand il s’agit de squats, présente par ricochet l’inconvénient d’imposer aux populations résidentes et aux commerçants , de façon plus durable, des populations qui n’ont pas toujours les « codes culturels », comme disent les tribunaux, ni le même mode de vie (par exemple, pour les gens du voyage, la gestion des déchets, une vie nocturne à l’extérieur bruyante), quand il ne s’agit pas d’une hausse des incivilités, des bagarres, des agressions, voire des conflits communautaires et de territorialisation. Cela suppose évidemment d’être à l’écoute de ces populations résidentes, ce qui n’est pas toujours le cas comme nous le verrons en deuxième partie. C’est l’envers (l’enfer ?) du décor d’une politique qui présente des réussites indéniables pour ce qui est des populations, essentiellement migrantes, qui ne vont pas bien. Mais qui, retour du balancier, se fait généralement au détriment d’autres populations qui, par contre-coup, vont nettement moins bien et que les associations à l’origine de ces transferts ou maintien dans les lieux ignorent totalement.


La gauche soulève souvent la question des logements vacants que la ville, selon eux, ne mobiliserait pas suffisamment. Là encore il faut dépasser les postures idéologiques, les « il n’y a qu’à » et les procès d’intention. Il y aurait 40 000 demandes de logements sociaux et la moitié environ, selon les associations luttant pour le droit au logement, pourrait être satisfaite en réquisitionnant 23 000 logements vides. De la même façon, toujours selon les associations et la gauche, 240 000 m2 de bureaux inoccupés pourraient être utilisés. Or ce qui est vacant n’est pas nécessairement habitable . Beaucoup de logements, qui ne sont pas aux normes, ne répondent pas aux conditions d’habitabilité et nombre de petits propriétaires n’ont pas les moyens d’y remédier, malgré un dispositif [3] existant (« louer sans souci ») permettant aux personnes possédant un bien vacant depuis plus d’un an et qui s’engagent à le louer à des ménages aux revenus modestes d’avoir accès à des avances sur travaux. Selon Franck Biasotto, adjoint au maire en charge du logement et président de Toulouse Métropole Habitat [4], ce dispositif pourra encore être amélioré afin de mettre davantage de logements vacants sur le marché (par exemple en augmentant le plafond maximum des avances). Quant aux bureaux vides, comme à Langlade, ils se situent souvent, l’immobilier de bureau échappant aux contraintes des logements, soit dans des zones concernées par les PPRI ou les PPRT [5], soit soumis au Plan d’exposition au bruit (avions). Donc même si la ville le voulait, elle ne pourrait pas les transformer en espaces d’habitation.


En outre, l’objectif de mixité sociale (économique, ethnique et culturelle, par âges variés…) est une ligne directrice dans la politique de logement de l’actuelle municipalité. Dès qu’un espace de plus de 2000 m2 [6] se libère dans un espace urbain, la ville applique systématiquement la règle des 30% de logements sociaux . Quand la parcelle est trop petite pour atteindre cette proportion, on l’augmente ailleurs dans le même secteur, dans la mesure du possible, la mairie visant avant tout la mixité sociale sur l’ensemble de la métropole, l’objectif étant d’éviter les erreurs du passé, c’est-à-dire la concentration de populations fragiles sur quelques quartiers ghettos, comme le Mirail. Ceci dit la dispersion de populations non pas fragiles mais « difficiles » (deals, propagande religieuse vols, racket) que l’on éloigne des quartiers ghettos pour les installer dans des logements sociaux dans des quartiers tranquilles peut également totalement dénaturer la qualité de vie d’un quartier (exemple Sept-Deniers) si elles ne sont pas suivies comme elles le devraient par les travailleurs sociaux à l’origine de cette opération.


Enfin une politique de construction massive à Toulouse et sur l’ensemble de la métropole, que critique également souvent la gauche en dénonçant une frénésie immobilière de la municipalité (et le fait que ces constructions, favorisant la mixité sociale, ne sont pas seulement des logements sociaux) permet, en augmentant l’offre de contenir l’augmentation des loyers.



Mais la solidarité n’empêche pas la fermeté, ce que la gauche peine à comprendre.


Les nouveaux droits s’accompagnent évidemment de devoirs et d’engagements , qu’il n’est pas toujours aisé de faire respecter. C’est ainsi que, sur les plaintes multiples des résidents et des commerçants de l’avenue de Muret exaspérés par des nuisances diurnes et nocturnes persistantes (vacarme de la part de populations habituées à vivre en plein air, parlant très fort, criant souvent et passant plus de temps dehors qu’à l’intérieur des logements attribués, notamment jusqu’à très tard en soirée), bagarres, petites incivilités en hausse inquiétante (vols à l’étalage, à l’arrachée ou à la roulotte, effractions de boîtes aux lettres, portails forcés, agressions) et même, dans les premiers temps, exhibitionnisme et harcèlement sexuel, entraves à la circulation, graves problèmes d’hygiène et de dépôts sauvages, mendicité agressive, insultes racistes…, face aussi à de nombreuses ruptures de contrat (non-scolarisation des enfants ou scolarisation en « pointillés »), la mairie et Toulouse Habitat ont rompu le contrat les liant à certaines familles, irrespectueuses des engagements pris, et n’ont autorisé finalement que 6 d’entre elles(sur 22) à rester fin 2017 et à bénéficier de ce processus d’accompagnement fort avantageux, l’objectif étant, à terme, de reloger ces populations et de leur permettre une autonomie par l’emploi. Cette intervention et cette fermeté ont permis une meilleure acceptation et intégration des familles respectant les engagements pris, le retour à un calme très relatif (suffisant néanmoins après la période trouble précédente à ramener le calme et la confiance chez résidents et commerçants) : la preuve en est qu’à ce jour il ne reste que deux familles de ces populations initiales, en voie d’intégration, et dont les enfants sont sérieusement scolarisés. Les autres, ayant « progressé » un peu plus vite, ont été relogées et se trouvent engagées dans un processus d’autonomie par l’accès à l’emploi. Malheureusement les espaces libérés ont été, entre temps, la nature ayant horreur du vide et certaines associations ne jouant pas le jeu du dialogue et de la confiance, squattés par d’autres populations migrantes, comme nous le verrons ultérieurement.


Car la solidarité n’exclut pas la fermeté : bien au contraire, les deux sont les deux faces d’une même politique qui suppose la confiance, le respect d’autrui et des engagements pris. C’est ainsi que lors de la présentation par mail (a posteriori) du projet (qui n’en était plus un puisque les populations avaient déjà été installées), le maire de quartier Franck Biasotto en mentionnait les initiateurs (les deux associations d’aides aux migrants : Soleiha31, Terre Horizon), les partenaires (Toulouse Habitat propriétaire des lieux et la mairie de Toulouse via le maire du secteur Rive Gauche) mais annonçait en même temps, preuve que les responsables de l’opération étaient parfaitement conscients, à l’avance, qu’en raison du fossé culturel l’intégration de ces nouvelles populations ne se ferait pas sans heurts ni problèmes , travailler en étroite concertation avec l’adjoint au maire chargé de la sécurité, Olivier Arsac. Le numéro d’Allo Toulouse était même rappelé aux habitants pour faire remonter les doléances et permettre aux services de la police municipale, ou nationale si elle était appelée, d’intervenir si nécessaire pour des questions d’hygiène, de nuisances sonores, d’atteintes aux biens ou aux personnes ou de maintien de l’ordre.

Car les droits s’accompagnent toujours de devoirs, un engagement suppose le respect bilatéral du contrat signé, la solidarité n’exclut pas la sécurité et il est évident à tous (sauf, cela va sans dire, aux idéologues de la Bien-pensance, aux partis de gauche désertés par leur électorat traditionnel qui racolent de nouveaux soutiens chez ceux qu’ils voudraient ériger en nouveaux damnés de la terre, et à certaines associations qui justifient ainsi la raison d’être de leurs financements par l’Etat et les collectivités) que l’injection de très fortes minorités allogènes (qui deviennent même une majorité visible comme entre la rue d’Alès et le squat d’EDF, ainsi qu’il est aisé de le constater tous les soirs après 19h), de cultures et de modes de vie différents, ne va pas sans fortement perturber l’équilibre des populations résidentes, modifiant la sociologie de certains quartiers et mettant en péril la tranquillité et la sécurité des habitants à qui l’on impose d’un seul coup des façons de vivre difficilement compatibles avec leurs habitudes.


Il s’agit également de veiller à la sécurité de ces populations fragiles. La politique de fermeté prend en effet en considération la sécurité non seulement des riverains mais aussi des populations concernées : par exemple des problèmes de risques électriques majeurs dans les squats ou, dans le cas des Roms de la rue d’Alès ou du Carrefour Langlade, enfants livrés à eux-mêmes, traversant en jouant des voies à forte circulation sans regarder, ou proies faciles pour des dealers et autres trafiquants que l’installation de ces populations démunies attire, ce à quoi les résidents assistent souvent, impuissants, nuitamment, du haut de leurs balcons. C’est un des aspects du problème que plusieurs dizaines de riverains, après plusieurs accidents évités de justesse, ont présenté avec inquiétude au maire de quartier, lors de la première réunion faisant le point sur les problèmes de la rue d’Alès il y a un peu plus de deux ans. Ils ont témoigné de la crainte de blesser ces enfants jouant dans l’avenue ou sur des carrefours très fréquentés mais également de la peur des représailles en cas d’accrochage, dans une assemblée très métissée, à l’image de ce quartier où la mixité n’est pas un vain mot et qu’il serait difficile de taxer de xénophobie ou de racisme.


Parallèlement, la mairie lutte contre les campements illégaux lorsqu’ils concernent du moins des espaces dont elle a la responsabilité. Il en est ainsi de l’installation illégale de campements au cœur de la ville en prenant aujourd’hui des arrêtés de rue (ou d’avenue) , dans leur entier et nommément citées, pour empêcher que les habitants expulsés ne réinstallent leur tente deux numéros plus loin comme ils le faisaient hier, habilement conseillés par des associations pro-migrants, ce qui rendait quasiment invisible cette action municipale de lutte contre les campements sauvages en centre-ville, chaque expulsion s’accompagnant d’une réinstallation à deux pas. Une fois délogées, ces personnes, aujourd’hui originaires d’Europe de l’Est et des Balkans (une majorité de Roms albanais) atterrissent généralement soit dans un centre d’accueil solidaire, surtout s’ils ont accepté d’être recensés, ou dans les squats, notamment celui de la rue d’Alès où ils ont remplacé en grande partie, mais de façon illégale les gens du voyage de l’ancien camp de Ginestous, empêchant de facto la poursuite du projet de Toulouse Habitat de réhabilitation du bâti.

C’est ainsi également que la Mairie a mené avec les associations et les services de la Préfecture le très long recensement du camp qui occupait les terrains jouxtant le carrefour Langlade : contrairement à ce qui se dit à gauche, rien ne se fait sans avoir préalablement examiné minutieusement chaque cas , afin de voir qui est éligible à une aide et à rester sur le territoire français : dans le cas de Langlade, il s’agissait de population extra-communautaires, dont, après examen des dossiers au cas par cas, aucun membre n’avait vocation à obtenir le statut de réfugié, donc expulsables. Ce qu’a entériné une décision de justice en novembre 2018. Il a fallu ensuite presque un an pour qu’elle soit matériellement applicable (forces de l’ordre en nombre suffisant) mais, manifestement prévenus, ces migrants ont déménagé deux jours avant l’expulsion, de l’autre côté de la rocade, donc à deux pas, sur des terrains non concernés par la décision de justice, ce qui oblige à remettre en place une nouvelle procédure, nécessairement longue.


Or c’est sur ce genre d’action, qui relève pourtant de la « simple » application du droit et qui n’intervient qu’à l’issue de très longues procédures (expulsion, plainte lorsque les squats ont lieu dans des immeubles ou sur des terrains relevant de la responsabilité de la mairie car lorsqu’il s’agit d’un espace privé, seul le propriétaire peut se pourvoir en justice, arrêté anti-campements de rue…) que la gauche se focalise pour accuser l’actuelle équipe de ne pas se préoccuper de ces populations fragiles, passant sous silence tout ce qui se fait en matière de relogement, d’intégration, d’accompagnement social solidaire au quotidien .




Pour conclure provisoirement …


Pour autant la municipalité peut-elle faire davantage : assurément oui. C’est ce que nous verrons dans une deuxième partie.

D’abord mieux informer, et cela sur la durée, les populations résidentes sur les actions menées, les blocages résiduels, les règles de droit ;

Deuxièmement montrer par sa présence et de plus fréquentes sollicitations à s’exprimer qu’elle ne les voit pas comme des citoyens sacrifiés au nom de la solidarité ;

Troisièmement, et c’est là le plus important, s’assurer que les acteurs locaux que sont les associations, lorsqu’elles sont partenaires de la mairie dans un projet, ne considèrent pas résidents et commerçants comme des paramètres négligeables , des « gens qui vont bien » par définition, sur le prétexte qu’ils auraient bénéficié d’un toit avant leurs protégés, ni comme des citoyens de seconde zone indignes de témoigner ou d’être entendus ou, lorsqu’ils font part de leur désarroi et que des doléances fondées s’expriment, suspectés au mieux d’impatience et d’intolérance, au pire de racisme ou de xénophobie. Car ces associations mènent leurs projets dans l’unique souci du mieux-être des populations dont elles s’occupent, et dans l’indifférence totale des effets durables de leurs décisions sur les autres populations résidentes A l’origine de la plupart des projets, supposées présentes sur le terrain (accompagnement, recensement, vérification du respect des règlements intérieurs et des engagements pris …), l’expérience montrent qu’elles ne cherchent pas à (re)connaître ni atténuer les conséquences de leurs décisions.


La municipalité décide donc d’amplifier son partenariat avec les associations au point d’en intégrer certains membres dans l’équipe municipale.

C’est une bonne chose s’il s’agit de rappeler à ses traditionnels partenaires devenus colistiers que l’amélioration de la situation de quelques-uns ne doit pas se traduire par une détérioration rapide des conditions de vie et de la sécurité de la majorité des autres.

C’est une bonne chose si ces associations, désormais engagées au service du Bien Commun, acceptent de se préoccuper enfin de l’ensemble des citoyens d’un quartier, comme le doit tout élu municipal qui est au service non d’une communauté ou d’un groupe social, et s’engagent à ne plus agir exclusivement dans l’intérêt de quelques-uns (la clientèle habituelle des idéologues de gauche) au détriment des autres.

C’est une bonne chose si ces associations montrent qu’elles ont appris de leurs erreurs passées (cf. le fiasco sur le quartier de l’opération de la rue d’Alès portée par Soleilha31 et France Horizon), notamment que pour permettre à des gens de s’intégrer, il est contre-productif de les laisser entre eux, jusqu’à devenir majoritaires et conquérants en un lieu donné, au mieux dans un mépris total des populations résidentes, au pire dans un processus de territorialisation agressive.

C’est une bonne chose si ces responsables associatifs apprennent, en étant davantage sur le terrain et non en recevant les populations suivies dans leurs bureaux [7], sur tous les terrains (ce qui suppose de savoir traverser la rue pour échanger avec résidents et commerçants), et le pragmatisme et l’écoute, qui sont deux des principales qualités d’un élu local, et la prise en compte de la complexité, loin des « il n’y a qu’à » et de la pensée hémiplégique qui caractérise trop d’acteurs de la gauche bien-pensante, droitdelhommiste, idéologue et donneuse de leçons.


Ajoutons enfin que l’équipe municipale y trouverait un intérêt électoral évident car le mécontentement monte, chez ceux qui, résidents et commerçants, devant un immobilisme apparent et le silence assourdissant des initiateurs du projet, se sentent totalement abandonnés et sacrifiés. Comme l’a fort bien fait remarquer le président de la République le mois dernier, ce ne sont pas généralement ceux qui défendent les migrants qui vivent là où ils les installent.


Il suffirait pourtant de presque rien… (à suivre)




[1] Fella ALLAL pour la SA Patrimoine Languedocienne et Gaétan Cognard pour France Horizon


[2] Projet retardé pendant plusieurs années par les recours successifs présentés par le Comité de quartier, dont le dernier venait d’être à son tour rejeté par la Justice. Le Maire de quartier, Franck Biasotto, avait pourtant maintes fois averti qu’un espace inoccupé aussi vaste attirerait nécessairement l’attention de squatteurs et des associations qui les soutiennent, et cela d’autant plus que le propriétaire, EDF, ne pourrait éternellement en payer à perte le gardiennage par chiens et vigiles. C’est ce qui s’est passé à quelques jours de la signature de la vente avec le promoteur immobilier.


[4] Et maire, entre autres, de quartiers où se concentrent des populations en difficulté : quartiers Bagatelle, Mirail-Université, Reynerie et Fontaine-Lestang


[5] PPRI : plan de prévention du risque inondation et PPRT : plan de prévention des risques technologiques.


[6] Seuil fixé par la mairie pour l’obligation de construire des logements sociaux, avant tout parce que les petites surfaces qui se libèrent comme celles que l’on trouve au centre-ville ne s’y prêtent pas, le bailleur social gérant plus facilement (suivi du locataire fragile) et avec des coûts moindres des logements regroupés et non épars à l’échelle de la métropole.


[7] Interpellée par l’assemblée, invitée à venir sur le terrain après 19h, et même à rester une soirée chez un résident, la représentante d’une des deux associations à l’origine de fiasco de la rie d’Alès, a époustouflé la salle comble en répondant qu’elle recevait ces populations (Roms) en ses bureaux, que là-bas tout se passait très bien, mais que ces bureaux fermaient dans l’après-midi donc que le soir il était impossible d’être là. Quant à l’autre, il était déjà … parti !

par Alain Weber sur X 9 août 2026
Un post d’Alain Weber publié sur X, dont nous partageons pleinement l’analyse et les conclusions à propos de ce que nous considérons comme la lie du paysage politique actuel : Gabriel Attal et Dominique de Villepin : https://x.com/alainpaulweber/status/2084392385279041632 "Je ne supporte pas Gabriel Attal. Cette agitation perpétuelle, cette manie de confondre vitesse et profondeur, cette autorité sous tension qui tient plus du réflexe que de la pensée, tout sonne faux, forcé, surjoué. Mais voir Dominique de Villepin monter en chaire pour lui faire la morale relève du théâtre de grand Guignol. D’un côté, Attal : l’énergie sans cap, la fermeté d’affiche, le volontarisme d’apparat. Ça gesticule, ça simplifie, ça promet avec la vitesse et la force de quelqu’un qui sait qu’il ne tiendra pas ses engagements. Une politique à l’adrénaline, où l’effet remplace l’idée. De l’autre, Villepin : la voix grave, le verbe ample, la posture impeccable. Il parle comme on déclame, avec cette assurance tranquille de ceux qui se regardent penser. Mais à force de hauteur, il par perdre tout contact avec la réalité et finit par flotter dans son immensité intellectuelle… L’un s’excite, l’autre se contemple. L’un fait du bruit, l’autre fait de l’écho. Et puis il y a ce double jeu à peine dissimulé : Dominique de Villepin, devenu tribun d’une gauche immigrationiste, sur ordre du Qatar , et Gabriel Attal, socialiste pressé qui voudrait faire croire qu’il est de droite. Deux trajectoires, deux discours, un même parfum d’imposture. Bref, deux calamités. Deux profils qui devraient se tenir extrêmement loin du pouvoir si l’on veut laisser à ce pays une chance de s’en sortir." 
par Dominique Reynié dans FigaroVox 9 août 2026
"L’écologisme est en contradiction avec la marche d’un monde avide de croissance comme avec la volonté des Français de maintenir leur niveau de vie et de l’accroître si possible" Longue interview de Dominique Reynié par Alexandre Devecchio dans FigaroVox https://www.lefigaro.fr/politique/dominique-reynie-l-ete-2026-aura-montre-que-l-ecologisme-est-devenu-l-ennemi-de-l-ecologie-20260802 LE FIGARO. - Selon beaucoup d’observateurs, les incendies ne relèvent pas seulement de la catastrophe naturelle, ils sont aussi le résultat de choix politiques liés à une certaine écologie. Les militants écologistes ont ainsi lutté pendant des années contre le débroussaillement, la gestion forestière ou encore les retenues d’eau… Peut-on parler de catastrophe politique ? DOMINIQUE REYNIÉ. - Je le crois. Il faut que nous apprenions à distinguer entre, d’une part, l’écologie , qui désigne à la fois une science et une préoccupation pour l’environnement, pour le vivant, pour sa fragilité et, d’autre part, l’écologisme, qui est une idéologie construite et mobilisée pour servir un projet de conquête du pouvoir. On comprend aisément que le réchauffement climatique favorise la propagation des incendies . Mais la catastrophe que nous vivons est en effet le résultat d’une détermination politique particulière, celle de l’influence pernicieuse de l’écologisme sur l’action publique. Dès les premiers incendies, les chaînes d’information continue accueillaient des intervenants établissant explicitement une relation directe de cause à effet entre le réchauffement climatique et les incendies, comme si le feu avait pris spontanément, dans une atmosphère surchauffée. On a vu des représentants d’Oxfam - qui se définit comme « une association de solidarité internationale qui lutte contre la pauvreté, les inégalités et le changement climatique » - expliquant les incendies par le réchauffement climatique, et mettant aussitôt en cause nos modes de vie, la croissance économique, les entreprises, le « capitalisme », etc. Il aura fallu un peu de temps avant de commencer à discuter des défaillances des politiques publiques, des investissements insuffisants ou trop souvent différés, des causes des départs de feu. À lire aussi Climatisation, incendies, nucléaire… L’été dantesque consacre la défaite de l’écologisme politique Surveiller les forêts, perfectionner les outils pour les combattre, sanctionner les comportements imprudents, punir les actes coupables, etc., tout cela dépend d’une stratégie, d’une organisation, de moyens financiers, humains et techniques, c’est-à-dire d’une bonne politique, mais c’est celle à laquelle les écologistes n’ont cessé de s’opposer, aidés d’ailleurs en cela par LFI. Les tragiques incendies de l’été 2026 nous montrent, pour la première fois, qu’une catastrophe écologique n’est pas seulement l’effet du climat ou de la globalisation économique, mais aussi de l’influence de l’écologisme, qui abuse d’images évidemment impressionnantes sans laisser suffisamment de place à des argumentations rigoureuses. Le discours écologiste est tellement pesant et anxiogène qu’on en est arrivés à inventer le terme d’écoanxiété pour caractériser cette angoisse dont les dégâts produits sur l’opinion publique, en particulier sur les nouvelles générations, sont considérables. Ne leur répète-t-on pas, finalement, que vivre est un cauchemar, voire une faute et que la nature serait victime de l’humanité ? Depuis les années 1970, les écologistes ont gagné en notoriété grâce à une politisation extrême des problèmes environnementaux De l’affaiblissement de notre filière nucléaire aux incendies, en passant par notre retard en matière de climatisation dans un contexte de réchauffement climatique, sommes-nous en train de payer les conséquences de l’influence politique de cet écologisme ? Rappelons de quoi est fait cet écologisme. Il est hostile à la croissance économique, aux entreprises, à l’innovation, souvent aux progrès scientifiques, à ce qui est la source de la plupart des solutions politiques aux grands problèmes que rencontre le monde. Les écologistes ont avec l’écologie la même relation que le RN avec l’immigration : c’est un enjeu existentiel ; c’est leur raison d’être. Pour les écologistes comme pour le RN, un monde de solutions est un monde où ils n’ont plus leur place. Depuis les années 1970, les écologistes ont gagné en notoriété grâce à une politisation extrême des problèmes environnementaux, en imputant sans nuance aux États et à leurs dirigeants la responsabilité des phénomènes et des catastrophes climatiques. Les voici aujourd’hui à leur tour désignés parmi les responsables de cette catastrophe. L’été 2026 aura établi aux yeux de tous que, en fait, cet écologisme peut être l’ennemi de l’écologie. La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, s’est montrée hostile à l’extension de la climatisation avant de menacer de démissionner à la suite de l’adoption de la loi d’urgence agricole. Que cela révèle-t-il ? Les partis de centre gauche et de centre droit se laissent-ils trop souvent intimider par l’écologisme radical ? Assurément. Le principal problème posé par l’écologisme est politique et, plus précisément, démocratique. L’écologisme est parvenu à prendre le pouvoir sans avoir réussi à convaincre les électeurs. Ainsi, face au dérèglement climatique, qui aurait dû les avantager, les écologistes ont choisi de répondre non par le marché, la société civile, la créativité, l’initiative et l’innovation, mais par le projet démesuré de « sauver la planète » grâce à une « transition écologique » conçue et conduite depuis Bruxelles, pour l’Union européenne, et depuis Paris pour la France. Ces idées relèvent d’une conception suradministrée des affaires publiques. Le résultat est le déploiement d’un régime de réglementations, d’autorisations, de contrôles et de surveillances de plus en plus étroit, intrusif et sévère, sans égard pour les libertés individuelles, et d’ailleurs sans effet sur le réchauffement climatique. Cet écologisme par les normes, cet écologisme bureaucratique, s’est non seulement mis en place sans avoir eu besoin de l’assentiment des électeurs, mais aussi sans les en avoir informés, de même qu’ils ne furent pas informés, entre 1997 et 2017, du quasi-abandon de notre filière nucléaire, qui constitue pourtant notre plus grand atout industriel, ainsi que notre meilleure réponse aux défis de la souveraineté énergétique et du réchauffement climatique. En ce sens, on peut considérer le mouvement des « gilets jaunes » comme un premier coup d’arrêt populaire imposé à l’idéologie écologiste, un coup d’arrêt d’ailleurs opéré selon une méthode manifestante et non électorale, comme s’il s’agissait, pour les « gilets jaunes », de répondre à l’écologisme avec ses mêmes méthodes de blocages protestataires et de confrontations violentes. Je dirais que l’écologisme est en train de perdre la bataille législative et gouvernementale Le virage pronucléaire d’Emmanuel Macron a-t-il été un tournant ? L’écologisme radical est-il en train de perdre la bataille culturelle ? Je dirais que l’écologisme est en train de perdre la bataille législative et gouvernementale. Cependant, la récusation électorale de l’écologisme n’empêche pas sa domination culturelle. On le voit à travers l’extraordinaire bienveillance du monde médiatique, qui est l’un des grands privilèges concédés à cette idéologie. On le voit aussi dans l’omniprésence du discours écologiste partisan, de fait institutionnalisé. On songe à ce qu’Althusser appelait les « appareils idéologiques d’État » : l’école, et par l’école on atteint aussi les familles, les universités, le monde intellectuel, les médias, en particulier l’audiovisuel d’État, ou encore le monde culturel. On voit aussi de nouveaux appareils idéologiques à l’œuvre, avec les plateformes numériques, les moteurs de recherche, les IA, Wikipédia, etc., et à travers eux les métiers de la communication et du marketing, affectant le discours de nombre d’entreprises ; elles reprennent à leur compte l’écologisme en imaginant un effet bénéfique, sans toujours voir qu’elles alimentent un gauchisme culturel qui ne leur veut pas du bien. Les écologistes étaient tout de même les premiers défenseurs de l’euthanasie. Et la loi qui a été adoptée s’inscrit dans leur vision radicale. Comment expliquez-vous l’engagement des écologistes sur la question de l’euthanasie et leur victoire politique sur cette question ? C’est une autre dimension de l’impensé écologiste et une autre cause de leur déclin. Les écologistes ont insisté sur la fragilité du vivant et la vulnérabilité du monde - plus qu’aucune autre famille politique -, ils ont dénoncé les dangers du pouvoir médical, pour finalement prendre une part prépondérante à la légalisation de l’euthanasie. Au fond, l’écologisme n’a-t-il pas ainsi rompu avec ce qui est supposé être le cœur de sa doctrine, la protection du vivant, le souci de sa fragilité, la protection des plus faibles ? L’écologie et la protection de la nature demeurent des questions majeures. Le risque est-il que l’opinion publique en vienne à confondre ces enjeux avec l’écologisme radical et rejette en bloc toute forme d’écologie ? Comment réconcilier l’écologie avec la liberté, le progrès réel et la démocratie ? Il me semble que l’on ne s’y trompe pas. En effet, d’une part, les études d’opinion nous disent que les enjeux écologiques préoccupent très largement la population. D’autre part, les résultats électoraux montrent que les Français refusent fermement, et depuis toujours, d’accorder leur confiance aux écologistes. Cet écologisme dogmatique, assimilable à l’extrême gauche parce qu’il se présente comme l’ennemi juré de la croissance économique et du confort matériel, n’a jamais intéressé la majorité des électeurs. Le gauchisme est-il l’avenir de l’écologisme ? Les tenants de l’écologisme sont pris dans une relation conflictuelle, inextricable, avec la démocratie. La victoire électorale est une perspective qui leur semble inatteignable, à juste titre. Les élections ne leur seront pas favorables avant longtemps, peut-être jamais. C’est pourquoi on assiste, au sein de l’écologisme et à gauche en général, au retour d’un discours archaïque constitutif des premiers âges de la gauche, au milieu du XIX e siècle, et qui contestait la capacité de l’électeur, son indépendance, la valeur de l’élection, la représentativité des représentants élus. L’intérêt théorique bien réel de ces sujets n’interdit pas de relever que les partis qui parlent de plus en plus de « conventions citoyennes », de tirage au sort et de « démocratie participative » sont ceux auxquels les élections générales et les référendums - bref, la souveraineté électorale - ont peu de chance d’être favorables. L’écologisme est en contradiction avec la marche d’un monde avide de croissance comme avec la volonté des Français de maintenir leur niveau de vie et de l’accroître si possible Ce qui, hier, était magnifié, l’élection au suffrage universel, est aujourd’hui, à gauche, un sujet de suspicion. Si l’écologisme est parvenu à gouverner tout en étant la composante marginale de coalitions fragiles ou minoritaires, depuis une trentaine d’années jusqu’à aujourd’hui, il suscite maintenant une exaspération montante qui appelle un arbitrage démocratique. L’écologisme est en contradiction avec la marche d’un monde avide de croissance comme avec la volonté des Français de maintenir leur niveau de vie et de l’accroître si possible. Les écologistes devraient opérer un virage réformiste. Mais, différemment, ils semblent s’engager depuis quelques années sur le chemin d’une mutation de sens contraire, comme si, faute de pouvoir imaginer leur victoire électorale, ils cédaient à la tentation, en assumant leur conversion à une politique antisystème. C’est bien ce processus qui est à l’œuvre dans le rapprochement avec LFI. Il pourrait aboutir à une union lors des prochaines élections législatives de juin 2027. Mais le rapprochement avec LFI a un prix. Il implique notamment de se lier avec les mouvances antisémites et islamistes qui travaillent la gauche française et l’ensemble de la gauche européenne.
par Nicolas Pouvreau-Monti dans FigaroVox 4 août 2026
"Près de 60 000 migrants ont franchi en une seule journée la frontière qui sépare le royaume du Maroc du territoire espagnol. Cette crise révèle un enchevêtrement d’erreurs et de naïvetés cumulées, dont les leçons, comme les effets, valent pour l’Europe entière, analyse le directeur de l’Observatoire de l’immigration et de la démographie."  Une tribune très éclairante de Nicolas Pouvreau-Monti (co-fondateur et directeur de l’Observatoire de l’Immigration et de la Démographie) sur les récents évènements à la frontière entre le Maroc et l'Espagne à lire dans FigaroVox : https://www.lefigaro.fr/vox/politique/nicolas-pouvreau-monti-ceuta-n-est-pas-une-anomalie-c-est-un-avertissement-20260731 Nicolas Pouvreau-Monti : « Ceuta n’est pas une anomalie, c’est un avertissement » Il aura suffi de quelques heures pour qu’une enclave de 18 kilomètres carrés devienne l’épicentre d’une crise européenne. À Ceuta, près de 60 000 migrants – majoritairement des jeunes hommes marocains – ont franchi en une journée, de manière irrégulière, la frontière qui sépare le royaume du Maroc du territoire espagnol. La ruée vers cette ville autonome n’est pas seulement le visage d’un échec policier ou sécuritaire. Elle révèle un enchevêtrement d’erreurs et de naïvetés cumulées, dont les leçons (comme les effets) valent pour l’Europe entière. À découvrir Avec son plan de régularisation des clandestins annoncé en janvier 2026, l’exécutif espagnol pensait ouvrir un dispositif concernant 500 000 personnes environ. Au 30 juin dernier : 1,2 million de dossiers avaient été déposés. Les Marocains en constituaient la deuxième nationalité la plus nombreuse. Pedro Sanchez cherche, depuis plusieurs années, à se positionner comme l’un des derniers dirigeants du monde démocratique explicitement favorables à une immigration sans contrôle. En témoignent ses interventions dans la presse internationale – comme sa tribune parue dans le New York Times en février dernier, ainsi titrée : « Je suis le premier ministre espagnol. Voici pourquoi l’Occident a besoin des migrants. » Ce faisant, Sanchez a ignoré délibérément un phénomène dont l’existence est pourtant attestée au niveau mondial : celui de « l’appel d’air » généré par ce type de décision. Tandis que l’ensemble des passages irréguliers détectés par Frontex aux frontières extérieures de l’UE a reculé de 25% l’an dernier, la seule route migratoire qui a connu une hausse notable de ses franchissements est celle de la Méditerranée occidentale – qui va, précisément, du nord du Maroc au sud de l’Espagne. La perspective de cette régularisation massive était déjà évoquée publiquement par Madrid. Cette ruée vers Ceuta met à nouveau en lumière l’extraordinaire fragilité à laquelle nous expose l’état actuel de l’espace Schengen. Un seul pays, même radicalement isolé en Europe (l’adoption récente du « règlement Retour » par le Parlement européen en témoigne), est en mesure d’imposer les conséquences de ses décisions à l’ensemble des autres États membres de la zone. Des règles dérogatoires de contrôle s’appliquent, certes, au départ des enclaves de Ceuta et Melilla vers le continent. Mais quiconque posera le pied en Andalousie entrera dans un espace de 4 millions de kilomètres carrés, où l’absence de contrôle aux frontières – non seulement pour les citoyens de l’UE, mais aussi pour les ressortissants extraeuropéens – constitue un principe solidement garanti. Des modalités de rétablissement temporaire des contrôles sont certes prévues par le droit, comme l’a rappelé le ministre Laurent Nunez pour tenter d’apaiser les craintes. Mais celles-ci se trouvent très limitées dans leur mise en œuvre concrète. Dans la foulée d’une décision de la Cour de Justice de l’Union européenne en 2023 : les décisions rapides et souveraines de « non-admission » à la frontière française, qui étaient pratiquées largement à la frontière avec l’Italie depuis 2015 (et auraient pu l’être face à l’Espagne aujourd’hui), ont chuté de 80% en un an. L’apparent relâchement des contrôles marocains qui a accompagné la ruée vers Ceuta devrait aussi déciller les yeux de nos dirigeants devant une évidence stratégique : l’arme migratoire est devenue l’un des principaux leviers de déstabilisation contre les États européens. Le « gouvernement des juges » n’est pas innocent, non plus, dans la crise déclenchée à Ceuta. Au début du mois de juillet, le Tribunal suprême espagnol a publié un arrêt rendant impossible le recours aux « refoulements immédiats » pour les clandestins arrivant par la mer. Les migrants – et, plus encore, les réseaux criminels qui les accompagnent – sont des individus rationnels, qu’il importerait de considérer enfin comme tels. Ils réagissent aux signaux et aux contre-signaux, d’ouverture ou de fermeté. Ils pèsent les opportunités avec les risques qui leur sont associés. Les messages irresponsables envoyés par des gouvernements ou des juridictions engendrent des effets concrets sur la dynamique des flux. L’apparent relâchement des contrôles marocains qui a accompagné la ruée vers Ceuta devrait aussi déciller les yeux de nos dirigeants devant une évidence stratégique : l’arme migratoire est devenue l’un des principaux leviers de déstabilisation contre les États européens. De la même façon que l’Algérie a « fait payer » la France pour le virage pro-marocain opéré par notre diplomatie en 2024, rompant toute coopération dans le domaine migratoire et facilitant les départs, le régime de Rabat n’apprécie pas le rapprochement engagé entre Madrid et Alger – ni la position du gouvernement Sanchez sur la question du Sahara occidental. Ce genre de stratégie hostile n’est pas seulement déployé au sud. En 2021, la Biélorussie d’Alexandre Loukachenko a organisé l’acheminement de milliers de migrants du Moyen-Orient jusqu’aux frontières de la Pologne et de la Lituanie, afin d’exercer une pression politique sur l’Union européenne en représailles aux sanctions occidentales. La Turquie d’Erdogan l’a fait aussi. Cet instrument de guerre hybride est d’autant plus efficace que l’Europe entretient activement sa propre vulnérabilité, par un ordre juridique qui fait de notre continent le plus ouvert à l’immigration irrégulière dans le monde. L’instrumentalisation des migrations est aussi le moyen récurrent d’une « annexion par le bas » pour des gouvernements revendiquant leur souveraineté sur des territoires où ils ne l’exercent pas. Rabat considère Ceuta et Melilla comme des territoires marocains occupés par l’Espagne : l’afflux de ses ressortissants en masse et en force est un moyen d’affirmer cette position, tout comme de préparer un basculement démographique favorable au rattachement. Ce mode opératoire est le même que celui déployé par les Comores à Mayotte, dans un objectif identique. Les crises migratoires ne sont plus seulement des défis humanitaires ; elles sont devenues des terrains de confrontation stratégique. Ceuta n’est pas une anomalie. C’est un avertissement.
par Jean-Frédéric Poisson dans VA 29 juillet 2026
Une tribune de Jean-Frédéric Poisson sur le rôle du Conseil Constitutionnel et sur les réformes possibles pour garantir l’État de droit ! https://www.valeursactuelles.com/clubvaleurs/politique/jean-frederic-poisson-pour-une-reforme-du-conseil-constitutionnel Le sentiment de défiance à l'égard des « Sages » vient de ce qu'ils donnent trop souvent l'impression de faire de la politique au lieu de dire le droit, de réduire l'espace de débat au lieu de le protéger. Par Jean-Frédéric Poisson Publié le 22 juillet 2026 à 21h00 Le Conseil constitutionnel a-t-il progressivement excédé sa fonction ? Un sentiment s’installe dans le débat public français : celui d’un Conseil constitutionnel dont le pouvoir aurait progressivement excédé sa fonction. À chaque grande loi censurée ou partiellement amputée, revient la même interrogation : le Conseil dit-il le droit ou participe-t-il désormais à la décision politique, notamment sur des sujets sensibles comme l’immigration, les retraites, la sécurité ou la crise sanitaire ? L’État de droit contre la démocratie Cette question ne peut être écartée au nom de la défense abstraite de « l’État de droit ». Il faut distinguer l’état du droit, c’est-à-dire l’ensemble des normes en vigueur, de l’ État de droit , qui désigne un régime où le pouvoir est limité, séparé et contrôlé, et où les citoyens concourent librement à la formation de la loi. Le premier relève des politiques publiques ; le second des conditions de la liberté politique. Depuis la décision de 1971 sur la liberté d’association, le Conseil a progressivement étendu son contrôle en s’appuyant sur le « bloc de constitutionnalité » : Constitution de 1958, Déclaration de 1789, Préambule de 1946, Charte de l’environnement, principes fondamentaux reconnus par les lois de la République et diverses constructions jurisprudentielles. Ce mouvement peut être vu comme un progrès pour les droits fondamentaux. Mais plus ce bloc s’élargit, plus le juge dispose d’une marge d’interprétation susceptible de l’amener à arbitrer entre plusieurs conceptions également légitimes de la liberté, de l’égalité ou de la fraternité. Il ne protège alors plus seulement le cadre du débat démocratique : il en réduit parfois l’espace. Rétablir la confiance entre le peuple et les institutions La réforme du Conseil constitutionnel devrait donc devenir un chantier majeur du rétablissement de la confiance entre le peuple et les institutions. La défiance actuelle tient aussi à l’impression que certains choix collectifs échappent désormais au suffrage et au Parlement. Une démocratie constitutionnelle a besoin de limites à la majorité ; elle a aussi besoin que ces limites soient claires, lisibles et directement rattachées à la Constitution. Plusieurs réformes sont envisageables : renforcer la motivation des décisions, revoir les modalités de nomination, exiger une compétence juridique renforcée, supprimer les anciens présidents de la République comme membres de droit, développer les règles de déontologie, publier les votes et autoriser les opinions dissidentes. Ces mesures amélioreraient la transparence sans modifier l’équilibre institutionnel. Plus profondément, il conviendrait de recentrer le contrôle de constitutionnalité sur sa finalité première : garantir l’État de droit, non orienter l’état du droit. Une révision pourrait ainsi préciser que les principes déduits de la Constitution ne peuvent justifier une censure qu’en matière de séparation des pouvoirs, de souveraineté nationale, de liberté politique, d’égalité civique, de sûreté, de légalité pénale, de garantie des droits et de régularité du suffrage, sans permettre au Conseil de substituer son appréciation à celle du législateur sur les choix de politique publique. Il ne s’agit pas d’affaiblir la Constitution, mais de rappeler qu’elle n’est pas un programme politique. Elle est la règle commune qui permet au peuple de débattre, de choisir et d’alterner. Réformer le Conseil dans cet esprit, ce serait rendre au droit constitutionnel sa véritable fonction : garantir que nul ne puisse confisquer au peuple le pouvoir de se gouverner lui-même.
par Yves d'Amecourt 28 juillet 2026
" Les grands incendies que connaît aujourd’hui la France révèlent moins une crise de la forêt qu’une crise de l’État. Ils mettent à nu une administration qui excelle à produire des normes mais peine de plus en plus à accomplir sa mission première : protéger les Français et le patrimoine dont ils ont hérité." Et si les incendies qui ravagent nos forêts chaque été n'étaient pas une fatalité climatique, mais le symptôme d'un État devenu incapable d'agir ? C'est ce que nous suggère Yves d'Amecourt dans ce magnifique texte : https://nouvellerevuepolitique.fr/yves-damecourt-quand-la-foret-brule-cest-letat-qui-se-consume/
par Jean-Philippe Delsol dans Contrepoints (IREF) 25 juillet 2026
Peut-on programmer la justice sociale comme on programme une machine ? C'est le pari d'un rapport signé par 45 économistes, dont Thomas Piketty et Gabriel Zucman, qui promet l'égalité mondiale, la sobriété heureuse et un réchauffement contenu à 1,8°C — le tout d'ici 2100. Une utopie séduisante sur le papier — mais qui a déjà un nom dans l'Histoire. "Il se trouve toujours des naïfs pour faire confiance à ces idéologues et des institutions perverties pour en propager les théories dangereuses . Ne nous lassons pas de dénoncer ces prophètes de malheur et de répéter que l’ordre spontané d’un monde libre est toujours meilleur et plus efficace." Jean. Philippe Delsol dans Contrepoints nous partage une excellente analyse des biais idéologiques de toutes ces belles idées : https://contrepoints.org/rapport-sur-la-justice-pikettyrannie-et-zucmanipulation/
par Marc Rameaux dans Causeur 19 juillet 2026
"Le relativisme hérité de Mai 68 nous pollue encore. Nous devons balayer ce conformisme par une pensée authentique. Par exemple en nous appuyant sur Aron, Crozier, Lévi-Strauss ou Girard qui, en leur temps, avaient bien vu la supercherie de cette pseudo-révolution." Une analyse passionnante de Mai 68 en s'appuyant sur les penseurs qui à l'époque avaient osé s'opposer à ce mouvement mortifère ... A lire dans Causeur : https://www.causeur.fr/mai-68-sous-le-pave-le-vide-330048
par Vincent Trémolet de Villers 17 juillet 2026
"L’Histoire retiendra qu’un pouvoir épuisé, une Assemblée de fortune, un président plus impopulaire que jamais , le premier ministre « le plus faible » de la Ve République ont conjugué cynisme, lâcheté et idéologie pour, au milieu de l’été 2026, permettre à l’État d’administrer la mort." Un édito de Vincent Trémolet de Villers dans FigaroVox https://www.lefigaro.fr/vox/politique/l-editorial-de-vincent-tremolet-de-villers-loi-sur-l-euthanasie-et-le-suicide-assiste-simulacre-democratique-et-nihilisme-d-etat-20260715 Incapable en dix ans d’améliorer la vie quotidienne des Français, Emmanuel Macron se félicitera certainement d’avoir, quarante-cinq ans après l’abolition de la peine de mort, rendu à l’État le pouvoir d’abréger l’existence. L’Histoire retiendra qu’un pouvoir épuisé, une Assemblée de fortune, un président plus impopulaire que jamais , le premier ministre « le plus faible » de la Ve République ont conjugué cynisme, lâcheté et idéologie pour, au milieu de l’été 2026, permettre à l’État d’administrer la mort. Progressisme ? On cherche en vain le progrès moral dans cet oxymore assassin : « Tuer, c’est soigner. » Pas plus de progrès médical dans cette méthode irrémédiable d’abréviation des souffrances. Encore moins de progrès social dans cet abandon de l’État-providence au profit de ce que Dominique Reynié appelle un État « validiste ». Vieillards, grands malades, nerveux, désespérés savent désormais qu’ils sont « éligibles » au « droit à mourir ». On a beau tourner la chose dans tous les sens, on se cogne comme une mouche dans un bocal : comment faire cohabiter à l’hôpital des unités de suicidologie qui luttent héroïquement pour que des personnes ne mettent pas fin à leurs jours et des structures chargées d’assister le suicide ? Devant une telle contradiction, l’esprit est pris de vertige, et ce qui fait en l’homme l’humain s’insurge. Il fallait, nous dit-on, un trophée « sociétal » pour la « legacy » du président sortant. Preuve supplémentaire que l’impuissance publique peut s’accompagner d’une immense arrogance anthropologique. Le tout dans un mélange de lyrisme, de kitsch et de légèreté. C’est Créon, mais au pays des selfies…  Incapable en dix ans d’améliorer la vie quotidienne des Français, Emmanuel Macron se félicitera certainement d’avoir, quarante-cinq ans après l’abolition de la peine de mort, rendu à l’État le pouvoir d’abréger l’existence. Où est la victoire ? Depuis la convention citoyenne pipée jusqu’à la « célébration » ministérielle annoncée avant même le vote, ce parcours législatif aura été un simulacre de délibération, une singerie démocratique. Il projette sur la fin de ce quinquennat un nihilisme d’État. Cela ne suffira pas, pourtant, à décourager ceux qui, dans la prévenance des soins, l’apaisement des souffrances, la protection des plus faibles, le mystère intime du dernier souffle, savent que la politique a le pouvoir de changer la loi, mais pas celui de profaner le sanctuaire de la conscience.
par Institut Thomas More 27 juin 2026
Dans un rapport inédit, l’Institut Thomas More dresse l’inventaire des décisions politiques qui ont mis la France à genoux pendant ces 50 dernières années. Chute du niveau scolaire, 35 heures, système de retraite, chômage, déficits, dette, insécurité… Autant d'occasions ratées pour maintenir la France sur le chemin de la prospérité !  "Notre ambition, dans ce rapport, est d’identifier les cinquante décisions qui ont mis la France à genoux en cinquante ans, de les replacer dans leur contexte, d’expliquer les motivations de fond ou les choix opportunistes qui ont abouti à ce qu’elles soient prises, de décrire et chiffrer leur impact et leurs effets cumulatifs, les comparer aussi aux options prises par des pays semblables. Ce travail inédit n’a jamais été réalisé de cette manière : il constitue une somme considérable. Les données citées, les sources et les conséquences mesurées sont issues de statistiques et de rapports publics et parfois privés, incontestables. Il se veut et nous l’avons pensé ainsi, d’intérêt général. Car dans la perspective de 2027, il constitue un préalable à l’élaboration de tout programme crédible. Au regard de la gravité de sa situation, il est impossible de penser redresser le pays sans analyser objectivement les causes" https://institut-thomas-more.org/2026/06/25/rapport36/
par Jean-Marie Montali 10 juin 2026
"Emmanuel Razavi vit sous protection policière. Nora Bussigny est régulièrement la cible de menaces et de campagnes de haine. D’autres parmi nous vivent la même chose. Leur point commun ? Avoir enquêté sur l’islamisme, ses réseaux, l’antisémitisme contemporain ou encore les dérives de la dictature iranienne. Face aux intimidations, aux menaces de mort et aux tentatives de censure, le plus inquiétant n’est peut-être pas la violence des fanatiques. Le plus inquiétant est le silence. Celui d’une partie du monde médiatique, intellectuel et politique, qui semble avoir renoncé à défendre des principes qu’il prétend pourtant universels ." Jean-Marie Montali (né en 1962) est un journaliste français spécialisé en presse écrite , auteur de plusieurs ouvrages et réalisateur de documentaires pour la télévision . Grand reporter , il a occupé divers postes de direction, notamment rédacteur en chef , directeur adjoint et directeur exécutif de la rédaction au Figaro Magazine , directeur adjoint de la rédaction de France-Soir , et directeur adjoint des rédactions du Parisien – Aujourd'hui en France . Dans La Nouvelle Revue Politique, il s'insurge contre une étrange hiérarchie de l’indignation ... https://nouvellerevuepolitique.fr/journalistes-le-silence-qui-deshonore/