Municipales Toulouse       « S’occuper aussi de ceux qui vont mal »  (Deuxième partie )

Natacha Gray • 10 décembre 2019

Ensemble, cela veut dire avec tout le monde, i.e. sans oublier personne !


Ensemble, cela veut dire avec tout le monde, i.e. sans oublier personne !


Si la mairie fait déjà beaucoup dans l’action sociale (cf la 1ère partie de cette tribune Municipales Toulouse S occuper aussi de ceux qui vont mal Part1), elle peut faire encore mieux. Ses partenaires associatifs aussi, et surtout ! Et notamment en direction de ceux qui vont souvent mal, eux aussi, résidents et commerçants, victimes par ricochet des politiques de relogement des populations migrantes portées par les associations, ou de leur installation spontanée sous forme de squats (avec ou sans la complicité desdites associations).


Nous partirons ici, parce que l’auteur de ces lignes ne le connaît que trop bien, de l’exemple de l’avenue de Muret (1ère et 2èmepartie), en particulier d’une opération de relogement de moyenne durée de 22 familles nombreuses du camp de Ginestous dans un immeuble sis aux 1, 3 et 5 de la rue d’Alès (dont une façade donne sur l’avenue), opération portée par la Mairie de Toulouse sur proposition de deux associations, Soleiha 31 et France Horizon. Ce provisoire est malheureusement devenu durable, certaines populations initiales étant aujourd’hui remplacées par d’autres populations migrantes alors que le reste, qui devait s’intégrer « en huit mois » ( !) est toujours dans les locaux, ayant très peu changé son mode de vie en presque trente mois de présence, faisant de la vie des riverains un véritable enfer quotidien, dans l’indifférence totale des associations partenaires dont l’une a, semble-t-il, complètement disparu de la circulation, indifférente aux conséquences d’un projet dont elle était pourtant co-initiatrice. Quant à l’autre, par la personne de son président pour la région Occitanie, la voilà désormais promue … colistière de Jean-Luc Moudenc sur la liste « Toulouse ensemble » !

Nous aimerions à cette occasion rappeler à ce militant humanitaire que « ensemble » veut dire « avec tout le monde » , sans mépris ni a priori, y compris envers les populations résidentes et les commerçants du quartier qui ne mordent pas et méritent sans doute, eux aussi, que l’on s’intéresse également à leur sort, surtout quand ils vont mal. Soulignons également que le chef de file de La République en marche, dont ce responsable associatif semble s’inspirer, a prétendu il y a quelques mois qu’il n’y avait rien de plus simple que de « traverser la rue ». Deux ans et demi après le lancement de ce projet et une brève apparition de ce responsable lors d’une réunion de quartier, nous attendons toujours qu’il le fasse (certes c’est une avenue, légèrement plus large qu’une rue) et vienne un jour aux nouvelles. Et qu’informe la Municipalité de façon impartiale.


Le lecteur pressé pourra directement se rendre à la troisième partie qui est une série de propositions pour pallier les erreurs passées et améliorer la politique d’aide sociale au logement. Désormais partenaires du Maire et de ses services, nous espérons que les associations auront désormais une politique globale et non hémiplégique et que, engageant maintenant toute une équipe au service du Bien commun, elles seront davantage dans la prise en compte des intérêts de tous et non plus de quelques-uns.



1. Reprenons pour commencer l’exemple de la rue d’Alès, symptomatique d’un manque criant d’information et d’un fiasco en termes de méthodologie du « vivre ensemble »


Premier épisode . En juillet 2017 les résidents assistent, incrédules, à l’installation de 22 familles (nombreuses !) de gens du voyage aux numéros 3 et 5 de la rue d’Alès (le n°1 étant occupé depuis l’hiver par des femmes avec enfants), dont une partie des fenêtres donne sur l’avenue de Muret. Il n’y a eu aucune information initiale ni postérieure à l’installation. Les résidents sont d’autant plus désemparés que les nuisances se multiplient aussitôt : vacarme diurne et nocturne, d’autant plus traumatisant qu’en plein été il n’est plus possible d’ouvrir ses fenêtres le soir, dépôts d’ordures en masse sur la voirie (encombrants mais aussi immondices), apparition de rats jusqu’alors inconnus dans le quartier, vols à l’arrachée et à la roulotte, occupation de l’espace public et de propriétés privées, y compris en forçant le portail, stationnement anarchique surtout le soir de camionnettes qui entravent la circulation, mendicité souvent agressive… Des dizaines d’enfants jouent jusque tard dans la rue ou sur la place de la Croix de Pierre, très bruyamment, traversent l’avenue et le giratoire, lieux à forte circulation, sans regarder. Les riverains automobilistes témoignent effrayés de dizaines d’accidents évités de justesse.


Second épisode . Ce n’est que début août, enfin, que l’adjoint au maire responsable du secteur fait déposer une lettre explicative dans les boîtes aux lettres des résidents et leur explique enfin ce qui se passe et qui sont ces nouveaux arrivants. Toulouse Habitat a acquis le bâtiment pour un projet de logement mais a accepté de le mettre à la disposition de la ville de Toulouse. Le fait qu’un adjoint au maire, élu du quartier, soit aussi le président du bailleur social a sans doute favorisé le montage de l’opération. Un lieu d’hébergement y est ainsi ouvert au n°1 depuis l’hiver 2016-2017 pour femmes isolées (25 places), géré par l’association Le Touril. Les numéros 3 et 5 ont été remis en état par la ville de Toulouse et 22 familles du camp de Ginestous, qui vient d’être démantelé, y sont donc accueillies depuis l’été. A l’initiative du projet se trouvent deux associations, Soleilha31 et France Horizon , chargées de l’accompagnement social. Ces familles en effet, explique-t-il dans son courrier, ont intégré un « dispositif d’insertion sociale et professionnelle » et signé un règlement intérieur et une convention qui les engage à la scolarisation des enfants, l’apprentissage du français, la recherche d’un emploi … Des travailleurs sociaux seront « présents sur le site tous les jours (sic !) afin de sensibiliser les occupants notamment sur le respect du voisinage et le traitement des ordures ménagères ». Le numéro d’Allo Toulouse est rappelé afin qu’en cas « d’incivilités » de « manquement au respect des règles d’occupation de l’espace public », une « équipe de la police municipale soit dépêchée sur place ». M. Biasotto ajoute qu’en accord avec Olivier Arsac, en charge de la Sécurité publique, les agents de la police municipale seront « davantage présentes sur le secteur, notamment en soirée, afin d’assurer la sécurité de tous ».

De toute évidence les nuisances prévisibles, et hélas effectives, étaient prévues. Malheureusement elles ne cessent pas pour autant et s’amplifient même au cœur de l’été. Le soir les familles installées rue d’Alès sont rejointes par des dizaines de personnes issues probablement du même camp, mais relogées ailleurs, qui occupent l’espace public avec leurs camionnettes où l’on charge et décharge du matériel de manière très animée en bloquant la circulation. Les travailleurs sociaux sont-ils vraiment sur le site ou absents parce que ce sont les vacances d’été ? On ne les voit pas et, s’ils sont là, leur parole porte peu puisque rien ne change. Les policiers municipaux sont souvent aperçus, tout comme la police nationale, pour le tapage nocturne et le stationnement anarchique (milieu d’avenue et de rue, places livraison, banque, handicap…) mais tout reprend dans la minute suivant leur départ. Les mails à l’élu de quartier, les appels à Allo Toulouse se multiplient.


Troisième épisode . Franck Biasotto, le responsable du Secteur Rive Gauche, réunit à la mi-septembre les habitants en colère qui se sont exprimés par mails, lettres et appels au numéro donné dans le courriel. La date de la réunion a circulé de bouche à oreille car seuls les habitants qui sont sur la liste de diffusion du secteur Rive Gauche en ont été normalement avertis. La salle est pleine comme elle ne l’a jamais été, à l’image des centaines de mails, SMS, lettres que l’élu dit avoir trouvé à son retour de vacances , témoignage de problèmes récurrents, dont il dit réellement prendre conscience, et d’un immense mécontentement. Il s’y attendait, reconnaît-il, mais pas dans une telle proportion. Résidents et commerçants exposent de vive voix les innombrables nuisances supportées depuis l’installation des familles qui continuent à vivre exactement comme elles le faisaient dans le camp de Ginestous, sans se soucier le moins du monde de leur environnement. Les témoignages affluent, rien que des faits et des constats, exempts de tout propos raciste. L’élu du quartier se dit très satisfait de la grande tenue de cette réunion, malgré la foule et la colère qui se manifeste.


Sont présents ce jour-là, pour la première et unique fois, les deux responsables des associations à l’origine du projet . Affirmant s’appuyer sur leur expérience, ils assurent l’assemblée qu’il suffit de patienter, qu’il faut un délai de « huit mois » avant que l’intégration se fasse (ce qui semble alors déjà très long aux riverains les plus proches). Le maire de quartier annonce une récupération du bâtiment pour réhabilitation et mise en place de logements sociaux pour la fin 2019 . Les représentants des associations s’engagent à intervenir et à rappeler aux familles qu’elles ont signé un contrat de bonne conduite et de respect du voisinage. Mais ils ne semblent pas prendre la mesure du problème : pas un mot de réconfort ce jour-là, pas un mea culpa, juste des certitudes et beaucoup de mépris. Des riverains proposent de les accueillir chez eux le soir après 19h, pour que les personnes qu’ils mandateront ou eux-mêmes jugent de visu et de façon auditive. En vain, une responsable rappelle qu’elle ne reçoit les populations aidées que dans les bureaux de l’association (quid des « travailleurs sociaux » présents sur place tous les jours dont parlait la lettre de l’élu municipal ?), et qu’à cette heure-là, ils sont fermés depuis longtemps. Ils ne travaillent pas le soir : c’est ballot, car c’est tous les soirs et la nuit que la situation devient insupportable. Quant à l’autre, très silencieux et manifestement un peu plus compatissant et ennuyé que sa collègue, le voilà parti bien avant la fin de la réunion. Au moins à la mairie promet-on de faire passer plus souvent les services de nettoyage pour nettoyer immondices et encombrants qui s’accumulent quotidiennement. Ce qui sera effectivement fait, résolvant partiellement le problème d’hygiène et de pollution visuelle. .


Quatrième épisode . Ce fut le seul moment dans cette histoire où les habitants pensèrent être entendus et respectés dans leurs droits. Les nuisances perdurent, s’amplifient et se diversifient de plus belle : territorialisation d’un espace qui dépasse la rue d’Alès (au point que, côté Garonne, on met en place une grille pour protéger la résidence de la Digue des trafics en tous genres, des agressions et autres incivilités récurrentes, transformant la rue d’Alès en impasse encore plus aisée à confisquer et communautariser), rejet des populations résidentes, insultes racistes, vols dans les magasins. Les plaintes aussi. Ainsi, deux mois plus tard les habitants sont-ils informés que face à la persistance de nuisances et au non-respect du contrat par une majorité de familles , la majorité d’entre elles ont été déplacées. Seules six restent désormais .

Est-ce la réduction du nombre ou les leçons de la fermeté envers les irrespectueux ? Un calme relatif revient avec les familles qui restent. Les habitants ont le sentiment d’avoir été entendus. Du moins par l’élu du quartier. Car côté associatif, c’est le silence absolu. Les initiateurs du projet viennent-ils au moins sur le terrain de temps à autre ? Mystère.


Cinquième épisode . Hélas, le répit n’est que provisoire. D’autres populations non francophones apparaissent dans le bâtiment courant 2019, plus nombreuses que les précédentes, encore plus irrespectueuses, bruyantes et bagarreuses (y compris avec les autres habitants de l’immeuble et avec les riverains), ne cherchant pas à communiquer, essentiellement des Roms albanais qui territorialisent la rue, entravent la circulation et empêchent les résidents de se rendre aux places de parking louées ou achetées à proximité. Le vacarme permanent jour et nuit reprend de plus belle, avec les vols et agressions directes (coups, arrachages de portables etc.). Le trafic en bas le soir aussi. Les résidents terrifiés n’osent même plus aller jusqu’à leur place de parking puisqu’il fait passer par la rue d’Alès.

Face à ce déferlement d’incivilités en tous genre, pas de nouvelles de la municipalité ou des associations. Les habitants en colère pensent logiquement que la mairie a modifié son projet et a réinstallé de nouvelles familles . Certains s’en émeuvent par courrier, sans réponse. Lors de la réunion de juin 2019 où l’élu du quartier et ses collaborateurs égrainent les différents volets de leur action municipale, la question des squats, repoussée à la fin à une heure fort tardive, ne leur apporte trop rapidement que des réponses vagues et partielles. Qui sont ces gens, où en est le projet, que fait la mairie ? Ont-ils été installés légalement comme les précédents? Ou illégalement, conseillés par les associations ? Rien n’est dit de clair. On apprend juste que le départ d’une des associations un weekend, sans prévenir la mairie, a provoqué (quelle étrange coïncidence !) l’installation immédiate de squatteurs bizarrement prévenus. Que fait la municipalité face au squat? Est-elle seulement au courant des nuisances ? Silence radio.



En conclusion, deux ans et demi plus tard, rien ne semble bouger . On est bien loin des « huit mois » d’intégration et de normalisation . Bien au contraire, la situation a considérablement empiré dans une indifférence générale . La police passe régulièrement pour des bagarres, du tapage nocturne, mais rien ne change sur la durée. La récupération du bâtiment par Toulouse Habitat n’a toujours pas lieu, la fin de 2019 approche dans un immobilisme désespérant. Les squats de l’avenue, le vacarme et les problèmes d’hygiène et de sécurité de la rue d’Alès sont devenus le premier sujet de conversation dans la rue, dans les commerces, entre voisins. On se raconte la dernière nuit blanche, le dernier réveil brutal, les rats dans les poubelles et les caves qui sont revenus, voire la dernière agression verbale ou physique, la dernière entrave agressive à la circulation.

Les habitants se sentent trahis par la municipalité et abandonnés et cela d’autant plus qu’à à partir du mois de mai 2019, à la rue d’Alès et au campement de Roms du carrefour Langlade s’est donc ajouté l’immense squat sur le site d’EDF , même si ce dernier ne pose pas autant de problèmes aux habitants, la majorité (hélas pas tous) des squatteurs tentant de vivre paisiblement et de s’intégrer. Seulement les habitants (à l’exception évidemment des militants du Comité de quartier qui a multiplié les recours pour retarder le projet) attendaient avec impatience les nouvelles constructions de standing prévues sur le site d’EDF et l’installation de services (Poste, commerces, services administratifs …) pour redonner un nouveau dynamisme et de la valeur au quartier, atténuer l’image désormais insécure, dégradée et paupérisée véhiculée par les squats et les populations installées depuis plus de deux ans par les associations. L’espoir a été, des mois durant, que cette opération de standing, ferait monter la valeur foncière (en panne par rapport à d’autres quartiers proches « à cause de l’environnement », comme le disent pudiquement les agences immobilières) et surtout aiderait à la résorption du problème de la rue d’Alès qui fait vivre un enfer à tous.




2. Il suffisait de demander…


C’est alors qu’une résidente rencontre Jean-Luc Moudenc et l’informe de l’ampleur du problème. Réellement inquiet face à ce qui lui est rapporté et dont il ignorait l’ampleur, le Maire diligente aussitôt une réunion d’information à l’intention des résidents et commerçants pour faire le point en face à face, bien que le bâtiment ne soit pas propriété de la Mairie mais de Toulouse Habitat.


Une délégation (deux résidents, un commerçant) participe ainsi à une réunion multipartite où sont présents la plupart des services concernés : Toulouse Habitat ; l’élu chargé des solidarités, Daniel Rougé ; des personnes chargées de la lutte contre l’exclusion et/ou du secteur Rive gauche travaillant avec Franck Biasotto.

Et les habitants apprennent et comprennent enfin de quoi il s’agit et ce qui se profile.


Primo, pourquoi il y a toujours des gens rue d’Alès en dépit des délais et projets annoncés initialement par l’élu de quartier. Profitant du relogement, comme prévu, d’une partie des gens du voyage et du départ avant terme d’une des associations qui « oublie » ( !) de prévenir la mairie, le bâtiment a été aussitôt squatté par des populations migrantes, essentiellement une colonie de Roms albanais, qui s’étoffe de jour en jour, soutenus par une autre association (dont on n’apprendra pas le nom) qui, elle, refuse de collaborer avec les services municipaux. On a donc changé de problématique : Toulouse Habitat et la Mairie sont victimes eux aussi , l’installation est donc illégale, le dialogue difficile et la procédure, car plainte a été déposée, suit son cours.

Par contre s’il reste encore deux familles parmi les 6 qui avaient été laissées sur place dans les premiers mois du projet, et si les services de la Mairie ont accepté d’en installer d’autres, c’est justement parce que « la nature a horreur du vide » et qu’il fallait éviter que le reste de l’immeuble ne soit squatté à son tour en attendant le début de l’opération immobilière. C’est une stratégie, du pragmatisme, et non une trahison par rapport à ce qui avait été annoncé en août 2017.


Deuxio, c’est la bonne nouvelle. Suite à la plainte déposée, la délégation apprend que la Justice a enfin tranché, que ces populations extra-européennes non éligibles au statut de réfugié, doivent être expulsées, qu’elles ont même reçu un commandement à quitter les lieux au premier juillet 2020 (prise en compte, malgré l’illégalité, de la trêve hivernale et scolaire, même s’il ne semble pas que les enfants, à une exception près récemment arrivée, fréquentent l’école) ; qu’en cas de refus, il y aura appel au Concours de la Force Publique , qui lui-même devra attendre en termes d’effectifs que le contexte soit favorable, et qui peut être contrarié par un appel de la part des squatteurs. Normalement, courant 2020, ce squat, comme celui d’EDF, devrait être évacué. Mais on comprend au moins que la Mairie sait, et qu’elle agit.


Tertio, les travaux prévus auront bien lieu , retardés par le squat du numéro 3 de l’immeuble : ils commenceront en 2020 sur les numéros 1 et 5 (permis de construire en l’ars, début des travaux en octobre, marquant la fin de la mise à disposition des locaux aux populations logées par Toulouse métropole Habitat) pour livraison en janvier 2022.


Ainsi, les habitants comprennent enfin ce qui se passe, sont informés de la procédure et ont enfin un horizon temporel en tête. Ils ne sont plus dans le fatalisme et se rendent compte que l’immobilisme n’est qu’apparent et que, contre toute attente, non seulement la mairie est consciente des nuisances (ses services ont en leur possession des photos d’un récent dépôt sauvage, ils ont connaissance des pratiques mafieuses et du trafic le soir, les statistiques des interventions police fréquentes, des plaintes …) mais qu’elle agit en amont. Mais en silence et de façon invisible pour les principaux concernés, et c’est bien là le problème.


Enfin, par la même occasion, la délégation est informée dans le détail de l’évolution de la procédure en cours pour le squat EDF, qui n’était pas l’objet de la réunion mais qui est évoqué régulièrement en réunions mensuelles bipartites avec la Préfecture , plus facile malgré le nombre car facilitée par le travail de France Horizon qui aide au recensement, aujourd’hui achevé. A cette occasion les habitants apprennent que 90 squats ont été évacués à Toulouse en 2019. En dépit des apparences, la Mairie agit donc bien dans l’ombre.


A l’issue de cette réunion où toutes les parties ont pu s’exprimer en toute confiance et sans procès d’intention, la délégation ressort rassurée et consciente qu’à la municipalité, on ne les oublie pas. Ils ont reçu la promesse de faire passer encore plus souvent les services chargés de l’enlèvement des encombrants et de multiplier le soir les interventions de la police municipale pour éviter agressions et tapage nocturne (et par la même occasion les deals et l’afflux de populations extérieures rue d’Alès). Ce qui a été fait, de toute évidence, car le calme revient dans les jours qui suivent, aidé en cela il est vrai par les intempéries qui n’incitent pas les squatteurs à rester dehors jusque tard dans la nuit.

Les résidents sont donc rassurés, mais perplexes. Pourquoi ne pas avoir les informés auparavant ? Ils ne demandaient pourtant pas que l’on rase gratis demain, ni une solution à court terme, ce sont des adultes responsables, non militants ni idéologues, qui voulaient simplement se savoir soutenus et comprendre ce qui se passait. Lors de cette réunion, on leur a simplement expliqué patiemment et avec force détail les procédures en cours, la lenteur de l’Etat de droit, les blocages juridiques, tout ce qui pourrait encore retarder la fin du cauchemar, leurs interlocuteurs ont exposé qui fait quoi entre la Préfecture, les bailleurs sociaux et la Mairie, les attributions des uns et des autres, les périmètres d’action respectifs et les espaces de collaboration. La confiance, et l’espoir, reviennent. Il suffisait de peu.

Presque rien en fait. Comment n’y a-t-on pas pensé auparavant ? Pourquoi avoir laissé monter à ce point l’inquiétude, le désespoir et la colère ? Dans un autre quartier que cette avenue de Muret très métissée ethniquement, une telle absence d’information et de considération aurait même pu faire monter de façon prodigieuse racisme et xénophobie, l’inverse de ce qui était recherché. Il y a donc des leçons à tirer de ce fiasco.




3. Les leçons de l’histoire. Il faudrait, pour le prochain mandat :



Primo, de la pédagogie : informer régulièrement sur les procédures en cours et les responsabilités,


Il s’agit déjà d’expliquer clairement, et régulièrement, qui fait quoi , en d’autres termes qui a la charge de quoi, ou dans le langage des administrés, qui est « responsable ». Tout le monde ne maîtrise pas nécessairement les procédures juridiques, et encore moins les compétences des uns et des autres. Nous sommes à Toulouse, c’est donc, pour la majeure partie de nos concitoyens, comme on l’entend dans les conversations de rue, la Mairie qui est responsable de tout, traduit en clair par « l’adjoint en charge du quartier qui s’en fiche » ou « Moudenc qui ne fait rien » ou pire, « qui ne veut rien faire ». Or il n’en est rien.


Car pourtant non, le squat de la rue d’Alès ne relève pas de la Mairie directement, même si celle-ci a été associée au projet initial et que l’adjoint responsable du secteur est aussi le président du bailleur social qui a fait l’acquisition du bâtiment. Et quand bien même : on n’expulse pas comme ça, par simple appel à la force publique, des gens illégalement installés sur sa propriété privée. C’est déjà au propriétaire de porter plainte, ce que Toulouse Habitat a bel et bien fait mais ce qu’ignoraient les riverains , tenus désinformés de ce qui se jouait sous leurs fenêtres et dont ils sont les victimes. C’est la Justice qui vient de trancher : à la date prévue ces squatteurs devront partir et, en cas de refus, ce sera à la Préfecture d’ordonner le Concours de la Force Publique pour les expulser, en supposant qu’entre-temps ces habitants illégaux (ou plus exactement l’association qui les a installés) n’aient pas introduit une nouvelle action en justice retardant de facto l’expulsion.


Non, le squat EDF sur l’îlot Oasis ne relève pas non plus de la mairie puisqu’il s’agit d’un propriétaire privé, en l’occurrence EDF, qui seul a été en mesure de porter plainte et de mener l’action en justice : c’est la Justice qui, pour des raisons humanitaires, a décidé initialement de ne pas expulser les squatteurs, la nécessité d’avoir un toit étant considérée comme prioritaire sur les intérêts privés du propriétaire, et c’est encore la Justice qui , dans un second temps, a décidé qu’il fallait prendre des mesures d’expulsion pour des raisons de sécurité (risques électriques). Et c’est la Préfecture qui décidera un jour quand et comment cela devra être fait avec le CFP.


Les procédures sont longues et difficiles , et cela d’autant plus que les cas se multiplient et que la Justice est débordée. En l’état actuel de la législation, on ne peut faire autrement. C’est le revers de l’Etat de droit . Sans doute, avec l’inflation des cas à traiter et l’habilité des personnes en infraction de jouer avec les textes de loi, de multiplier les appels, et de retarder leur expulsion, qui intervient de toutes manières tôt ou tard, un squat n’étant jamais appelé à rester, faudra-t-il revoir ces procédures, redonner aux propriétaires la faculté de retrouver plus rapidement le droit de jouir de leur bien. C’est exactement la même problématique que pour les expulsions du territoire national pour les personnes qui ont été jugée non habilitées à y rester, il y a souvent un fossé, notamment temporel, entre la décision de justice et son exécution, ou pire sa non-exécution. Mais c’est là un problème national. A l’électeur de voter pour les candidats qui proposent d’y remédier. La municipalité n’y est pour rien. Mais l’électeur lambda, qui ne sait pas grand-chose des attributions de chacun, des règles de droit et du partage des compétences, si on ne le lui explique pas, ne le sait pas. Et tourne logiquement sa colère vers l’élu de proximité, ou l’équipe dont il est membre.


La proposition qui s’impose est ainsi que résidents et commerçants soient régulièrement informés (réunions , lettres et mails, présence annoncée de l’élu de quartier dans l’avenue …) ; que pour chaque opération de ce genre ils aient aussi un référent unique ( un nom, un mail direct, un numéro de téléphone) pour faire remonter les informations et doléances et éviter l’actuelle dispersion des témoignages ou la résignation inévitable quand on ne sait pas à qui s’adresser exactement ; et que cet interlocuteur référent soit clairement indiqué sur des courriels réguliers qui tiendront les habitants informés de l’évolution du projet ou de ses éventuelles modifications.



Reconnaître les résidents et commerçants comme des co-acteurs


A contrario il faut que les personnes qui vivent et travaillent sur place et dont la vie quotidienne et professionnelle est impactée par les décisions municipales, ou dans lesquelles la Mairie est un partenaire essentiel, soient aussi reconnues comme co-acteurs : tout projet devrait avoir ainsi un ou plusieurs référents chez les résidents et commerçants , désigné(s) ou élu(s) lors de la première réunion d’information, chargé(s) de collecter les doléances et les remarques et de les faire remonter, clairement indiqué(s) sur les courriels ou courriers de la mairie. Si l’on n’est pas au courant des problèmes ou de leur aggravation, on ne risque pas de les corriger.


Il faut aussi faire en sorte que l’écoute offerte soit bienveillante, dans la confiance et sans procès d’intention . C’est-à-dire sans filtre de gauche (ou influencée par le gauchisme culturel du genre LREM ou centrisme) faisant voir tout migrant comme une victime intouchable et indemne de tout reproche et toute personne qui se plaint face aux incivilités commises par une personne étrangère comme un xénophobe ou raciste patenté . Les résidents gardent encore douloureusement le souvenir de leurs premiers appels à Allo Toulouse, comme l’avait pourtant proposé le maire de quartier dans son premier courrier. Dans le meilleur des cas on leur demandait d’un air docte d’être patients, comme s’ils étaient des empêcheurs de tourner en rond, et non des victimes, mais beaucoup ont eu la désagréable et humiliante expérience de se faire administrer des leçons d’humanité quand ce ne sont pas des accusations directes de racisme. Et l’inversion de culpabilité fait mal ! Ces malheureuses expériences ont été remontées vers l’élu du quartier qui a promis de revoir les conditions de l’accueil téléphonique, d’y expliquer la situation afin qu’on y montre davantage de compréhension et de respect de l’appelant. De toute évidence ce fut fait, mais trop tard. Car, peine perdue, la plupart des résidents, découragés, humiliés, avaient cessé de témoigner depuis longtemps. Du moins de considérer la municipalité comme un interlocuteur valable, se tournant alors dans leurs doléances vers d’autres partis d’opposition, jugés davantage à l’écoute.


Un numéro dédié, d’écoute et de collecte des informations (mieux adapté que le mail pour les personnes âgées) permettrait en outre aux services municipaux, et aux associations auxquelles les témoignages et plaintes seraient transmis, de mieux mesurer l’ampleur des problèmes et du mécontentement au-delà de statistiques nécessairement faussées . Lors de la réunion de septembre 2017 l’élu de quartier a mentionné avoir été surpris par l’avalanche de mails et sms reçus pendant l’été alors que les « statistiques de la police nationale ne montraient pas une hausse des incivilités » (sic). Et pour cause ! Les habitants et commerçants ont fait valoir que personne n’allait perdre une demi-journée (encore moins s’il faut la renouveler régulièrement) au poste de police pour porter plainte contre des gens difficilement identifiables, avec risques évidents de représailles, pour une serrure de voiture forcée, un portail dégondé, une boîte à lettre forcée, une insulte dans la rue, un dépôt d’ordures sauvage, un poulet volé dans une rôtisserie et la grivèlerie quotidienne dans les épiceries ! Surtout qu’il s’agit financièrement de petits délits dont le montant de la réparation ne dépasse pas la franchise, donc non couverts ou à peine par les assurances. Les commerçants les plus impactés se sont équipés et débrouillés seuls : caméras vidéo, batte de baseball derrière le comptoir pour tenter d’éviter les vols et les menaces.


En outre un numéro dédié, une personne référente, permettrait de « vider son sac » et de se sentir moins seul. Il ne s’agit pas de demander une intervention immédiate, une solution spontanée. Mais de savoir que l’on n’est pas considéré comme un citoyen de seconde zone, de se rassurer en se disant que désormais on sait ce qui se passe à la municipalité. Ce qui, jusqu’à ces derniers jours, n’était pas évident.



Obliger les associations partenaires à dialoguer avec les résidents


C’est sans doute là le manquement principal. Lorsqu’un projet est confié à une ou plusieurs associations, par exemple en termes d’aide aux migrants, elles « oublient » singulièrement de traverser la rue et de demander AUSSI aux commerçants et habitants quels sont les effets du projet, si cela se passe bien, s’il y a des choses à corriger ...

Les résidents n’ont rencontré les deux représentants de Soleilha31 et France Horizon qu’une seule fois en deux ans et demi, le jour de la réunion d’information de septembre 2017. L’un d’eux a été parfois aperçu de l’autre côté de la route avec les squatteurs (rue d’Alès et sur le squat EDF) et ce qu’il reste des populations initialement installées, mais personne parmi les commerçants et résidents interrogés ne l’ont jamais vu traverser la rue, s’enquérir auprès des gens qui vivent là de l’évolution de la cohabitation, de la résolution éventuelle des nuisances évoquées deux ans auparavant… Quant à l’autre …

On espère que la leçon sera entendue et que les responsables d’associations, dont le colistier de Jean-Luc Moudenc, n’hésiteront plus à consulter les résidents, rendre visite aux commerçants pour les tenir au courant de l’avancée des projets. Ou simplement leur demander comment ils vont. Car eux aussi peuvent aller très mal.



Apprendre de ses erreurs


Reconnaître que pour qu’une personne ou une famille s’intègre, adapte son mode de vie à l’environnement qu’elle rejoint, avec cette règle d’or que la liberté de chacun s’arrête là où commence celle des autres, il faut créer de la mixité sociale , l’isoler du groupe d’où elle sort. Mettre ensemble plusieurs dizaines de personnes habituées à vivre nuitamment bruyamment en plein air ne les incitera pas à abandonner ce mode de vie, bien au contraire. Comment avoir pu imaginer que loger en un même immeuble 22 familles nombreuses, rejointes le soir par d’autres personnes, par dizaines, du camp dont elles étaient originaires, les inciterait à s’intégrer « en huit mois ». Au contraire, on a assisté à un procédé de territorialisation communautaire et agressive, cherchant à exclure et décourager les résidents antérieurs dans un périmètre élargi.

S’occuper de « ceux qui ne vont pas bien » ne doit pas conduire à créer des nuisances chez d’autres qui, à leur tour, n’iront pas bien du tout. Surtout si c’est pour ensuite les oublier totalement et se désintéresser de leur sort. Le deux poids deux mesures est toujours vécu comme une injustice. Et provoque des votes contestataires. Mais il est vrai que lors des réunions de quartiers, quand le sujet a été abordé, il a été aisé de constater qu’AUCUN des défenseurs de ces populations qui refusent de s'intégrer et imposent leur mode de vie aux autres ne vivait dans le quartier où ils ont contribué à les installer et où ils favorisent leur maintien.


Il s’agit aussi de se préoccuper de tous ceux qui sont en situation de mal logement et pas simplement des migrants d’Afrique et des populations nomades venant d’Europe de l’Est ou, de plus en plus, des Balkans. L’avenue de Muret, par exemple, connaît un certain nombre de SDF français, connus et appréciés par les résidents depuis des années, et qui restent en situation de grande précarité, logés en caravane, en voiture ou en squat. Il est vrai que ces personnes ont toutes un ou plusieurs chiens, ce qui les exclut de nombreux foyers. Sans doute serait-il bon de penser aussi à eux et de leur proposer a minima des logements collectifs avec chenil ou chambres où les chiens sont admis , voire de vrais logements à eux aussi, comme aux populations migrantes. Le fait qu’ils soient Européens et souvent Français n’en fait pas pour autant des pauvres de seconde zone. Sinon on accentue le sentiment de deux poids de mesure et de préférence communautaire de la part des associations.


Ces populations installées doivent être obligées à se plier aux règles du droit au même titre que les autres résidents . Autant dire que furent et sont très mal vécus les inévitables contraventions des résidents, sur une zone devenue partiellement payante et avec de nombreuses places réservées, sanctions normales, fréquentes, quasi immédiates, alors que des camions et camionnettes, de grosses voitures squattaient tous les jours les places livraison, banques ou handicapés ou, stationnées en pleine rue, entravaient le passage en toute impunité. Aujourd’hui la circulation est encore empêchée impasse d’Alès, par des véhicules ou par des bandes, rendant aujourd’hui encore quasi impossible l’accès des automobilistes à un parking qu’ils louent ou ont acheté dont la seule entrée (pour ceux qui n’habitent pas la barre Beaulieu) passe par la grille fermant la rue d’Alès.


Enfin, le cas des gens du voyage sédentarisés, comme l’étaient les populations de Ginestous, a démontré que deux ans et demi plus tard, ils vivent encore majoritairement dehors , dans la rue, sur des parkings proches, en tribu, se retrouvant, parlant fort, se disputant bruyamment, mangeant ensemble la nuit à l’extérieur ou sur les balcons. De toute évidence la vie enfermée ne leur convient pas. Peut-être faut-il plutôt favoriser l’installation en camp et caravanes dotées de tout le confort moderne et mettre plutôt l’accent sur la scolarisation des enfants, l’apprentissage de la langue et sur l’acquisition des règles de droit, l’accès à l’emploi. Il n’est pas certain que de leur côté l’accès à un logement fermé et individuel ait été leur première priorité. Il ne faut pas juger de leurs besoins au travers de notre prisme culturel, dans une approche misérabiliste qui frise le néo-colonialisme et que l’on trouve dans trop d’associations dites humanitaires.



A défaut de quoi, nombre de résidents et commerçants, exaspérés par les nuisances persistantes et convaincus que rien ne se passe ni ne se passera, fatalistes et en colère face au silence de la Mairie et surtout à l’indifférence totale (le mépris ?) des associations responsables de ces projets, légaux ou non, perdent patience et menacent de diriger leurs votes vers des candidats qui, eux, semblent davantage à l’écoute de leurs problèmes.

Car le vivre-ensemble, c’est dans les deux sens que cela se passe . Et ceux à qui des élus et associations extérieurs imposent des résidents allogènes qui n’ont pas les mêmes façons de vivre, voire indélicats et qui occasionnent des nuisances, aimeraient aussi que lesdites associations aient la décence de leur demander aussi, de temps à autre, s’ils vont bien et comment cela se passe pour eux. Résidents et commerçants ne sont pas des citoyens de seconde zone, indignes de respect, ni des « racistes » lorsqu’ils exposent ce qu’ils endurent, juste des Toulousains qui tiennent à rappeler que le « vivre-ensemble » suppose un respect mutuel et une vision du monde moins hémiplégique et manichéenne que celle que véhiculent de nombreuses associations dites solidaires ou humanitaires.


par Alain Weber sur X 9 août 2026
Un post d’Alain Weber publié sur X, dont nous partageons pleinement l’analyse et les conclusions à propos de ce que nous considérons comme la lie du paysage politique actuel : Gabriel Attal et Dominique de Villepin : https://x.com/alainpaulweber/status/2084392385279041632 "Je ne supporte pas Gabriel Attal. Cette agitation perpétuelle, cette manie de confondre vitesse et profondeur, cette autorité sous tension qui tient plus du réflexe que de la pensée, tout sonne faux, forcé, surjoué. Mais voir Dominique de Villepin monter en chaire pour lui faire la morale relève du théâtre de grand Guignol. D’un côté, Attal : l’énergie sans cap, la fermeté d’affiche, le volontarisme d’apparat. Ça gesticule, ça simplifie, ça promet avec la vitesse et la force de quelqu’un qui sait qu’il ne tiendra pas ses engagements. Une politique à l’adrénaline, où l’effet remplace l’idée. De l’autre, Villepin : la voix grave, le verbe ample, la posture impeccable. Il parle comme on déclame, avec cette assurance tranquille de ceux qui se regardent penser. Mais à force de hauteur, il par perdre tout contact avec la réalité et finit par flotter dans son immensité intellectuelle… L’un s’excite, l’autre se contemple. L’un fait du bruit, l’autre fait de l’écho. Et puis il y a ce double jeu à peine dissimulé : Dominique de Villepin, devenu tribun d’une gauche immigrationiste, sur ordre du Qatar , et Gabriel Attal, socialiste pressé qui voudrait faire croire qu’il est de droite. Deux trajectoires, deux discours, un même parfum d’imposture. Bref, deux calamités. Deux profils qui devraient se tenir extrêmement loin du pouvoir si l’on veut laisser à ce pays une chance de s’en sortir." 
par Dominique Reynié dans FigaroVox 9 août 2026
"L’écologisme est en contradiction avec la marche d’un monde avide de croissance comme avec la volonté des Français de maintenir leur niveau de vie et de l’accroître si possible" Longue interview de Dominique Reynié par Alexandre Devecchio dans FigaroVox https://www.lefigaro.fr/politique/dominique-reynie-l-ete-2026-aura-montre-que-l-ecologisme-est-devenu-l-ennemi-de-l-ecologie-20260802 LE FIGARO. - Selon beaucoup d’observateurs, les incendies ne relèvent pas seulement de la catastrophe naturelle, ils sont aussi le résultat de choix politiques liés à une certaine écologie. Les militants écologistes ont ainsi lutté pendant des années contre le débroussaillement, la gestion forestière ou encore les retenues d’eau… Peut-on parler de catastrophe politique ? DOMINIQUE REYNIÉ. - Je le crois. Il faut que nous apprenions à distinguer entre, d’une part, l’écologie , qui désigne à la fois une science et une préoccupation pour l’environnement, pour le vivant, pour sa fragilité et, d’autre part, l’écologisme, qui est une idéologie construite et mobilisée pour servir un projet de conquête du pouvoir. On comprend aisément que le réchauffement climatique favorise la propagation des incendies . Mais la catastrophe que nous vivons est en effet le résultat d’une détermination politique particulière, celle de l’influence pernicieuse de l’écologisme sur l’action publique. Dès les premiers incendies, les chaînes d’information continue accueillaient des intervenants établissant explicitement une relation directe de cause à effet entre le réchauffement climatique et les incendies, comme si le feu avait pris spontanément, dans une atmosphère surchauffée. On a vu des représentants d’Oxfam - qui se définit comme « une association de solidarité internationale qui lutte contre la pauvreté, les inégalités et le changement climatique » - expliquant les incendies par le réchauffement climatique, et mettant aussitôt en cause nos modes de vie, la croissance économique, les entreprises, le « capitalisme », etc. Il aura fallu un peu de temps avant de commencer à discuter des défaillances des politiques publiques, des investissements insuffisants ou trop souvent différés, des causes des départs de feu. À lire aussi Climatisation, incendies, nucléaire… L’été dantesque consacre la défaite de l’écologisme politique Surveiller les forêts, perfectionner les outils pour les combattre, sanctionner les comportements imprudents, punir les actes coupables, etc., tout cela dépend d’une stratégie, d’une organisation, de moyens financiers, humains et techniques, c’est-à-dire d’une bonne politique, mais c’est celle à laquelle les écologistes n’ont cessé de s’opposer, aidés d’ailleurs en cela par LFI. Les tragiques incendies de l’été 2026 nous montrent, pour la première fois, qu’une catastrophe écologique n’est pas seulement l’effet du climat ou de la globalisation économique, mais aussi de l’influence de l’écologisme, qui abuse d’images évidemment impressionnantes sans laisser suffisamment de place à des argumentations rigoureuses. Le discours écologiste est tellement pesant et anxiogène qu’on en est arrivés à inventer le terme d’écoanxiété pour caractériser cette angoisse dont les dégâts produits sur l’opinion publique, en particulier sur les nouvelles générations, sont considérables. Ne leur répète-t-on pas, finalement, que vivre est un cauchemar, voire une faute et que la nature serait victime de l’humanité ? Depuis les années 1970, les écologistes ont gagné en notoriété grâce à une politisation extrême des problèmes environnementaux De l’affaiblissement de notre filière nucléaire aux incendies, en passant par notre retard en matière de climatisation dans un contexte de réchauffement climatique, sommes-nous en train de payer les conséquences de l’influence politique de cet écologisme ? Rappelons de quoi est fait cet écologisme. Il est hostile à la croissance économique, aux entreprises, à l’innovation, souvent aux progrès scientifiques, à ce qui est la source de la plupart des solutions politiques aux grands problèmes que rencontre le monde. Les écologistes ont avec l’écologie la même relation que le RN avec l’immigration : c’est un enjeu existentiel ; c’est leur raison d’être. Pour les écologistes comme pour le RN, un monde de solutions est un monde où ils n’ont plus leur place. Depuis les années 1970, les écologistes ont gagné en notoriété grâce à une politisation extrême des problèmes environnementaux, en imputant sans nuance aux États et à leurs dirigeants la responsabilité des phénomènes et des catastrophes climatiques. Les voici aujourd’hui à leur tour désignés parmi les responsables de cette catastrophe. L’été 2026 aura établi aux yeux de tous que, en fait, cet écologisme peut être l’ennemi de l’écologie. La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, s’est montrée hostile à l’extension de la climatisation avant de menacer de démissionner à la suite de l’adoption de la loi d’urgence agricole. Que cela révèle-t-il ? Les partis de centre gauche et de centre droit se laissent-ils trop souvent intimider par l’écologisme radical ? Assurément. Le principal problème posé par l’écologisme est politique et, plus précisément, démocratique. L’écologisme est parvenu à prendre le pouvoir sans avoir réussi à convaincre les électeurs. Ainsi, face au dérèglement climatique, qui aurait dû les avantager, les écologistes ont choisi de répondre non par le marché, la société civile, la créativité, l’initiative et l’innovation, mais par le projet démesuré de « sauver la planète » grâce à une « transition écologique » conçue et conduite depuis Bruxelles, pour l’Union européenne, et depuis Paris pour la France. Ces idées relèvent d’une conception suradministrée des affaires publiques. Le résultat est le déploiement d’un régime de réglementations, d’autorisations, de contrôles et de surveillances de plus en plus étroit, intrusif et sévère, sans égard pour les libertés individuelles, et d’ailleurs sans effet sur le réchauffement climatique. Cet écologisme par les normes, cet écologisme bureaucratique, s’est non seulement mis en place sans avoir eu besoin de l’assentiment des électeurs, mais aussi sans les en avoir informés, de même qu’ils ne furent pas informés, entre 1997 et 2017, du quasi-abandon de notre filière nucléaire, qui constitue pourtant notre plus grand atout industriel, ainsi que notre meilleure réponse aux défis de la souveraineté énergétique et du réchauffement climatique. En ce sens, on peut considérer le mouvement des « gilets jaunes » comme un premier coup d’arrêt populaire imposé à l’idéologie écologiste, un coup d’arrêt d’ailleurs opéré selon une méthode manifestante et non électorale, comme s’il s’agissait, pour les « gilets jaunes », de répondre à l’écologisme avec ses mêmes méthodes de blocages protestataires et de confrontations violentes. Je dirais que l’écologisme est en train de perdre la bataille législative et gouvernementale Le virage pronucléaire d’Emmanuel Macron a-t-il été un tournant ? L’écologisme radical est-il en train de perdre la bataille culturelle ? Je dirais que l’écologisme est en train de perdre la bataille législative et gouvernementale. Cependant, la récusation électorale de l’écologisme n’empêche pas sa domination culturelle. On le voit à travers l’extraordinaire bienveillance du monde médiatique, qui est l’un des grands privilèges concédés à cette idéologie. On le voit aussi dans l’omniprésence du discours écologiste partisan, de fait institutionnalisé. On songe à ce qu’Althusser appelait les « appareils idéologiques d’État » : l’école, et par l’école on atteint aussi les familles, les universités, le monde intellectuel, les médias, en particulier l’audiovisuel d’État, ou encore le monde culturel. On voit aussi de nouveaux appareils idéologiques à l’œuvre, avec les plateformes numériques, les moteurs de recherche, les IA, Wikipédia, etc., et à travers eux les métiers de la communication et du marketing, affectant le discours de nombre d’entreprises ; elles reprennent à leur compte l’écologisme en imaginant un effet bénéfique, sans toujours voir qu’elles alimentent un gauchisme culturel qui ne leur veut pas du bien. Les écologistes étaient tout de même les premiers défenseurs de l’euthanasie. Et la loi qui a été adoptée s’inscrit dans leur vision radicale. Comment expliquez-vous l’engagement des écologistes sur la question de l’euthanasie et leur victoire politique sur cette question ? C’est une autre dimension de l’impensé écologiste et une autre cause de leur déclin. Les écologistes ont insisté sur la fragilité du vivant et la vulnérabilité du monde - plus qu’aucune autre famille politique -, ils ont dénoncé les dangers du pouvoir médical, pour finalement prendre une part prépondérante à la légalisation de l’euthanasie. Au fond, l’écologisme n’a-t-il pas ainsi rompu avec ce qui est supposé être le cœur de sa doctrine, la protection du vivant, le souci de sa fragilité, la protection des plus faibles ? L’écologie et la protection de la nature demeurent des questions majeures. Le risque est-il que l’opinion publique en vienne à confondre ces enjeux avec l’écologisme radical et rejette en bloc toute forme d’écologie ? Comment réconcilier l’écologie avec la liberté, le progrès réel et la démocratie ? Il me semble que l’on ne s’y trompe pas. En effet, d’une part, les études d’opinion nous disent que les enjeux écologiques préoccupent très largement la population. D’autre part, les résultats électoraux montrent que les Français refusent fermement, et depuis toujours, d’accorder leur confiance aux écologistes. Cet écologisme dogmatique, assimilable à l’extrême gauche parce qu’il se présente comme l’ennemi juré de la croissance économique et du confort matériel, n’a jamais intéressé la majorité des électeurs. Le gauchisme est-il l’avenir de l’écologisme ? Les tenants de l’écologisme sont pris dans une relation conflictuelle, inextricable, avec la démocratie. La victoire électorale est une perspective qui leur semble inatteignable, à juste titre. Les élections ne leur seront pas favorables avant longtemps, peut-être jamais. C’est pourquoi on assiste, au sein de l’écologisme et à gauche en général, au retour d’un discours archaïque constitutif des premiers âges de la gauche, au milieu du XIX e siècle, et qui contestait la capacité de l’électeur, son indépendance, la valeur de l’élection, la représentativité des représentants élus. L’intérêt théorique bien réel de ces sujets n’interdit pas de relever que les partis qui parlent de plus en plus de « conventions citoyennes », de tirage au sort et de « démocratie participative » sont ceux auxquels les élections générales et les référendums - bref, la souveraineté électorale - ont peu de chance d’être favorables. L’écologisme est en contradiction avec la marche d’un monde avide de croissance comme avec la volonté des Français de maintenir leur niveau de vie et de l’accroître si possible Ce qui, hier, était magnifié, l’élection au suffrage universel, est aujourd’hui, à gauche, un sujet de suspicion. Si l’écologisme est parvenu à gouverner tout en étant la composante marginale de coalitions fragiles ou minoritaires, depuis une trentaine d’années jusqu’à aujourd’hui, il suscite maintenant une exaspération montante qui appelle un arbitrage démocratique. L’écologisme est en contradiction avec la marche d’un monde avide de croissance comme avec la volonté des Français de maintenir leur niveau de vie et de l’accroître si possible. Les écologistes devraient opérer un virage réformiste. Mais, différemment, ils semblent s’engager depuis quelques années sur le chemin d’une mutation de sens contraire, comme si, faute de pouvoir imaginer leur victoire électorale, ils cédaient à la tentation, en assumant leur conversion à une politique antisystème. C’est bien ce processus qui est à l’œuvre dans le rapprochement avec LFI. Il pourrait aboutir à une union lors des prochaines élections législatives de juin 2027. Mais le rapprochement avec LFI a un prix. Il implique notamment de se lier avec les mouvances antisémites et islamistes qui travaillent la gauche française et l’ensemble de la gauche européenne.
par Nicolas Pouvreau-Monti dans FigaroVox 4 août 2026
"Près de 60 000 migrants ont franchi en une seule journée la frontière qui sépare le royaume du Maroc du territoire espagnol. Cette crise révèle un enchevêtrement d’erreurs et de naïvetés cumulées, dont les leçons, comme les effets, valent pour l’Europe entière, analyse le directeur de l’Observatoire de l’immigration et de la démographie."  Une tribune très éclairante de Nicolas Pouvreau-Monti (co-fondateur et directeur de l’Observatoire de l’Immigration et de la Démographie) sur les récents évènements à la frontière entre le Maroc et l'Espagne à lire dans FigaroVox : https://www.lefigaro.fr/vox/politique/nicolas-pouvreau-monti-ceuta-n-est-pas-une-anomalie-c-est-un-avertissement-20260731 Nicolas Pouvreau-Monti : « Ceuta n’est pas une anomalie, c’est un avertissement » Il aura suffi de quelques heures pour qu’une enclave de 18 kilomètres carrés devienne l’épicentre d’une crise européenne. À Ceuta, près de 60 000 migrants – majoritairement des jeunes hommes marocains – ont franchi en une journée, de manière irrégulière, la frontière qui sépare le royaume du Maroc du territoire espagnol. La ruée vers cette ville autonome n’est pas seulement le visage d’un échec policier ou sécuritaire. Elle révèle un enchevêtrement d’erreurs et de naïvetés cumulées, dont les leçons (comme les effets) valent pour l’Europe entière. À découvrir Avec son plan de régularisation des clandestins annoncé en janvier 2026, l’exécutif espagnol pensait ouvrir un dispositif concernant 500 000 personnes environ. Au 30 juin dernier : 1,2 million de dossiers avaient été déposés. Les Marocains en constituaient la deuxième nationalité la plus nombreuse. Pedro Sanchez cherche, depuis plusieurs années, à se positionner comme l’un des derniers dirigeants du monde démocratique explicitement favorables à une immigration sans contrôle. En témoignent ses interventions dans la presse internationale – comme sa tribune parue dans le New York Times en février dernier, ainsi titrée : « Je suis le premier ministre espagnol. Voici pourquoi l’Occident a besoin des migrants. » Ce faisant, Sanchez a ignoré délibérément un phénomène dont l’existence est pourtant attestée au niveau mondial : celui de « l’appel d’air » généré par ce type de décision. Tandis que l’ensemble des passages irréguliers détectés par Frontex aux frontières extérieures de l’UE a reculé de 25% l’an dernier, la seule route migratoire qui a connu une hausse notable de ses franchissements est celle de la Méditerranée occidentale – qui va, précisément, du nord du Maroc au sud de l’Espagne. La perspective de cette régularisation massive était déjà évoquée publiquement par Madrid. Cette ruée vers Ceuta met à nouveau en lumière l’extraordinaire fragilité à laquelle nous expose l’état actuel de l’espace Schengen. Un seul pays, même radicalement isolé en Europe (l’adoption récente du « règlement Retour » par le Parlement européen en témoigne), est en mesure d’imposer les conséquences de ses décisions à l’ensemble des autres États membres de la zone. Des règles dérogatoires de contrôle s’appliquent, certes, au départ des enclaves de Ceuta et Melilla vers le continent. Mais quiconque posera le pied en Andalousie entrera dans un espace de 4 millions de kilomètres carrés, où l’absence de contrôle aux frontières – non seulement pour les citoyens de l’UE, mais aussi pour les ressortissants extraeuropéens – constitue un principe solidement garanti. Des modalités de rétablissement temporaire des contrôles sont certes prévues par le droit, comme l’a rappelé le ministre Laurent Nunez pour tenter d’apaiser les craintes. Mais celles-ci se trouvent très limitées dans leur mise en œuvre concrète. Dans la foulée d’une décision de la Cour de Justice de l’Union européenne en 2023 : les décisions rapides et souveraines de « non-admission » à la frontière française, qui étaient pratiquées largement à la frontière avec l’Italie depuis 2015 (et auraient pu l’être face à l’Espagne aujourd’hui), ont chuté de 80% en un an. L’apparent relâchement des contrôles marocains qui a accompagné la ruée vers Ceuta devrait aussi déciller les yeux de nos dirigeants devant une évidence stratégique : l’arme migratoire est devenue l’un des principaux leviers de déstabilisation contre les États européens. Le « gouvernement des juges » n’est pas innocent, non plus, dans la crise déclenchée à Ceuta. Au début du mois de juillet, le Tribunal suprême espagnol a publié un arrêt rendant impossible le recours aux « refoulements immédiats » pour les clandestins arrivant par la mer. Les migrants – et, plus encore, les réseaux criminels qui les accompagnent – sont des individus rationnels, qu’il importerait de considérer enfin comme tels. Ils réagissent aux signaux et aux contre-signaux, d’ouverture ou de fermeté. Ils pèsent les opportunités avec les risques qui leur sont associés. Les messages irresponsables envoyés par des gouvernements ou des juridictions engendrent des effets concrets sur la dynamique des flux. L’apparent relâchement des contrôles marocains qui a accompagné la ruée vers Ceuta devrait aussi déciller les yeux de nos dirigeants devant une évidence stratégique : l’arme migratoire est devenue l’un des principaux leviers de déstabilisation contre les États européens. De la même façon que l’Algérie a « fait payer » la France pour le virage pro-marocain opéré par notre diplomatie en 2024, rompant toute coopération dans le domaine migratoire et facilitant les départs, le régime de Rabat n’apprécie pas le rapprochement engagé entre Madrid et Alger – ni la position du gouvernement Sanchez sur la question du Sahara occidental. Ce genre de stratégie hostile n’est pas seulement déployé au sud. En 2021, la Biélorussie d’Alexandre Loukachenko a organisé l’acheminement de milliers de migrants du Moyen-Orient jusqu’aux frontières de la Pologne et de la Lituanie, afin d’exercer une pression politique sur l’Union européenne en représailles aux sanctions occidentales. La Turquie d’Erdogan l’a fait aussi. Cet instrument de guerre hybride est d’autant plus efficace que l’Europe entretient activement sa propre vulnérabilité, par un ordre juridique qui fait de notre continent le plus ouvert à l’immigration irrégulière dans le monde. L’instrumentalisation des migrations est aussi le moyen récurrent d’une « annexion par le bas » pour des gouvernements revendiquant leur souveraineté sur des territoires où ils ne l’exercent pas. Rabat considère Ceuta et Melilla comme des territoires marocains occupés par l’Espagne : l’afflux de ses ressortissants en masse et en force est un moyen d’affirmer cette position, tout comme de préparer un basculement démographique favorable au rattachement. Ce mode opératoire est le même que celui déployé par les Comores à Mayotte, dans un objectif identique. Les crises migratoires ne sont plus seulement des défis humanitaires ; elles sont devenues des terrains de confrontation stratégique. Ceuta n’est pas une anomalie. C’est un avertissement.
par Jean-Frédéric Poisson dans VA 29 juillet 2026
Une tribune de Jean-Frédéric Poisson sur le rôle du Conseil Constitutionnel et sur les réformes possibles pour garantir l’État de droit ! https://www.valeursactuelles.com/clubvaleurs/politique/jean-frederic-poisson-pour-une-reforme-du-conseil-constitutionnel Le sentiment de défiance à l'égard des « Sages » vient de ce qu'ils donnent trop souvent l'impression de faire de la politique au lieu de dire le droit, de réduire l'espace de débat au lieu de le protéger. Par Jean-Frédéric Poisson Publié le 22 juillet 2026 à 21h00 Le Conseil constitutionnel a-t-il progressivement excédé sa fonction ? Un sentiment s’installe dans le débat public français : celui d’un Conseil constitutionnel dont le pouvoir aurait progressivement excédé sa fonction. À chaque grande loi censurée ou partiellement amputée, revient la même interrogation : le Conseil dit-il le droit ou participe-t-il désormais à la décision politique, notamment sur des sujets sensibles comme l’immigration, les retraites, la sécurité ou la crise sanitaire ? L’État de droit contre la démocratie Cette question ne peut être écartée au nom de la défense abstraite de « l’État de droit ». Il faut distinguer l’état du droit, c’est-à-dire l’ensemble des normes en vigueur, de l’ État de droit , qui désigne un régime où le pouvoir est limité, séparé et contrôlé, et où les citoyens concourent librement à la formation de la loi. Le premier relève des politiques publiques ; le second des conditions de la liberté politique. Depuis la décision de 1971 sur la liberté d’association, le Conseil a progressivement étendu son contrôle en s’appuyant sur le « bloc de constitutionnalité » : Constitution de 1958, Déclaration de 1789, Préambule de 1946, Charte de l’environnement, principes fondamentaux reconnus par les lois de la République et diverses constructions jurisprudentielles. Ce mouvement peut être vu comme un progrès pour les droits fondamentaux. Mais plus ce bloc s’élargit, plus le juge dispose d’une marge d’interprétation susceptible de l’amener à arbitrer entre plusieurs conceptions également légitimes de la liberté, de l’égalité ou de la fraternité. Il ne protège alors plus seulement le cadre du débat démocratique : il en réduit parfois l’espace. Rétablir la confiance entre le peuple et les institutions La réforme du Conseil constitutionnel devrait donc devenir un chantier majeur du rétablissement de la confiance entre le peuple et les institutions. La défiance actuelle tient aussi à l’impression que certains choix collectifs échappent désormais au suffrage et au Parlement. Une démocratie constitutionnelle a besoin de limites à la majorité ; elle a aussi besoin que ces limites soient claires, lisibles et directement rattachées à la Constitution. Plusieurs réformes sont envisageables : renforcer la motivation des décisions, revoir les modalités de nomination, exiger une compétence juridique renforcée, supprimer les anciens présidents de la République comme membres de droit, développer les règles de déontologie, publier les votes et autoriser les opinions dissidentes. Ces mesures amélioreraient la transparence sans modifier l’équilibre institutionnel. Plus profondément, il conviendrait de recentrer le contrôle de constitutionnalité sur sa finalité première : garantir l’État de droit, non orienter l’état du droit. Une révision pourrait ainsi préciser que les principes déduits de la Constitution ne peuvent justifier une censure qu’en matière de séparation des pouvoirs, de souveraineté nationale, de liberté politique, d’égalité civique, de sûreté, de légalité pénale, de garantie des droits et de régularité du suffrage, sans permettre au Conseil de substituer son appréciation à celle du législateur sur les choix de politique publique. Il ne s’agit pas d’affaiblir la Constitution, mais de rappeler qu’elle n’est pas un programme politique. Elle est la règle commune qui permet au peuple de débattre, de choisir et d’alterner. Réformer le Conseil dans cet esprit, ce serait rendre au droit constitutionnel sa véritable fonction : garantir que nul ne puisse confisquer au peuple le pouvoir de se gouverner lui-même.
par Yves d'Amecourt 28 juillet 2026
" Les grands incendies que connaît aujourd’hui la France révèlent moins une crise de la forêt qu’une crise de l’État. Ils mettent à nu une administration qui excelle à produire des normes mais peine de plus en plus à accomplir sa mission première : protéger les Français et le patrimoine dont ils ont hérité." Et si les incendies qui ravagent nos forêts chaque été n'étaient pas une fatalité climatique, mais le symptôme d'un État devenu incapable d'agir ? C'est ce que nous suggère Yves d'Amecourt dans ce magnifique texte : https://nouvellerevuepolitique.fr/yves-damecourt-quand-la-foret-brule-cest-letat-qui-se-consume/
par Jean-Philippe Delsol dans Contrepoints (IREF) 25 juillet 2026
Peut-on programmer la justice sociale comme on programme une machine ? C'est le pari d'un rapport signé par 45 économistes, dont Thomas Piketty et Gabriel Zucman, qui promet l'égalité mondiale, la sobriété heureuse et un réchauffement contenu à 1,8°C — le tout d'ici 2100. Une utopie séduisante sur le papier — mais qui a déjà un nom dans l'Histoire. "Il se trouve toujours des naïfs pour faire confiance à ces idéologues et des institutions perverties pour en propager les théories dangereuses . Ne nous lassons pas de dénoncer ces prophètes de malheur et de répéter que l’ordre spontané d’un monde libre est toujours meilleur et plus efficace." Jean. Philippe Delsol dans Contrepoints nous partage une excellente analyse des biais idéologiques de toutes ces belles idées : https://contrepoints.org/rapport-sur-la-justice-pikettyrannie-et-zucmanipulation/
par Marc Rameaux dans Causeur 19 juillet 2026
"Le relativisme hérité de Mai 68 nous pollue encore. Nous devons balayer ce conformisme par une pensée authentique. Par exemple en nous appuyant sur Aron, Crozier, Lévi-Strauss ou Girard qui, en leur temps, avaient bien vu la supercherie de cette pseudo-révolution." Une analyse passionnante de Mai 68 en s'appuyant sur les penseurs qui à l'époque avaient osé s'opposer à ce mouvement mortifère ... A lire dans Causeur : https://www.causeur.fr/mai-68-sous-le-pave-le-vide-330048
par Vincent Trémolet de Villers 17 juillet 2026
"L’Histoire retiendra qu’un pouvoir épuisé, une Assemblée de fortune, un président plus impopulaire que jamais , le premier ministre « le plus faible » de la Ve République ont conjugué cynisme, lâcheté et idéologie pour, au milieu de l’été 2026, permettre à l’État d’administrer la mort." Un édito de Vincent Trémolet de Villers dans FigaroVox https://www.lefigaro.fr/vox/politique/l-editorial-de-vincent-tremolet-de-villers-loi-sur-l-euthanasie-et-le-suicide-assiste-simulacre-democratique-et-nihilisme-d-etat-20260715 Incapable en dix ans d’améliorer la vie quotidienne des Français, Emmanuel Macron se félicitera certainement d’avoir, quarante-cinq ans après l’abolition de la peine de mort, rendu à l’État le pouvoir d’abréger l’existence. L’Histoire retiendra qu’un pouvoir épuisé, une Assemblée de fortune, un président plus impopulaire que jamais , le premier ministre « le plus faible » de la Ve République ont conjugué cynisme, lâcheté et idéologie pour, au milieu de l’été 2026, permettre à l’État d’administrer la mort. Progressisme ? On cherche en vain le progrès moral dans cet oxymore assassin : « Tuer, c’est soigner. » Pas plus de progrès médical dans cette méthode irrémédiable d’abréviation des souffrances. Encore moins de progrès social dans cet abandon de l’État-providence au profit de ce que Dominique Reynié appelle un État « validiste ». Vieillards, grands malades, nerveux, désespérés savent désormais qu’ils sont « éligibles » au « droit à mourir ». On a beau tourner la chose dans tous les sens, on se cogne comme une mouche dans un bocal : comment faire cohabiter à l’hôpital des unités de suicidologie qui luttent héroïquement pour que des personnes ne mettent pas fin à leurs jours et des structures chargées d’assister le suicide ? Devant une telle contradiction, l’esprit est pris de vertige, et ce qui fait en l’homme l’humain s’insurge. Il fallait, nous dit-on, un trophée « sociétal » pour la « legacy » du président sortant. Preuve supplémentaire que l’impuissance publique peut s’accompagner d’une immense arrogance anthropologique. Le tout dans un mélange de lyrisme, de kitsch et de légèreté. C’est Créon, mais au pays des selfies…  Incapable en dix ans d’améliorer la vie quotidienne des Français, Emmanuel Macron se félicitera certainement d’avoir, quarante-cinq ans après l’abolition de la peine de mort, rendu à l’État le pouvoir d’abréger l’existence. Où est la victoire ? Depuis la convention citoyenne pipée jusqu’à la « célébration » ministérielle annoncée avant même le vote, ce parcours législatif aura été un simulacre de délibération, une singerie démocratique. Il projette sur la fin de ce quinquennat un nihilisme d’État. Cela ne suffira pas, pourtant, à décourager ceux qui, dans la prévenance des soins, l’apaisement des souffrances, la protection des plus faibles, le mystère intime du dernier souffle, savent que la politique a le pouvoir de changer la loi, mais pas celui de profaner le sanctuaire de la conscience.
par Institut Thomas More 27 juin 2026
Dans un rapport inédit, l’Institut Thomas More dresse l’inventaire des décisions politiques qui ont mis la France à genoux pendant ces 50 dernières années. Chute du niveau scolaire, 35 heures, système de retraite, chômage, déficits, dette, insécurité… Autant d'occasions ratées pour maintenir la France sur le chemin de la prospérité !  "Notre ambition, dans ce rapport, est d’identifier les cinquante décisions qui ont mis la France à genoux en cinquante ans, de les replacer dans leur contexte, d’expliquer les motivations de fond ou les choix opportunistes qui ont abouti à ce qu’elles soient prises, de décrire et chiffrer leur impact et leurs effets cumulatifs, les comparer aussi aux options prises par des pays semblables. Ce travail inédit n’a jamais été réalisé de cette manière : il constitue une somme considérable. Les données citées, les sources et les conséquences mesurées sont issues de statistiques et de rapports publics et parfois privés, incontestables. Il se veut et nous l’avons pensé ainsi, d’intérêt général. Car dans la perspective de 2027, il constitue un préalable à l’élaboration de tout programme crédible. Au regard de la gravité de sa situation, il est impossible de penser redresser le pays sans analyser objectivement les causes" https://institut-thomas-more.org/2026/06/25/rapport36/
par Jean-Marie Montali 10 juin 2026
"Emmanuel Razavi vit sous protection policière. Nora Bussigny est régulièrement la cible de menaces et de campagnes de haine. D’autres parmi nous vivent la même chose. Leur point commun ? Avoir enquêté sur l’islamisme, ses réseaux, l’antisémitisme contemporain ou encore les dérives de la dictature iranienne. Face aux intimidations, aux menaces de mort et aux tentatives de censure, le plus inquiétant n’est peut-être pas la violence des fanatiques. Le plus inquiétant est le silence. Celui d’une partie du monde médiatique, intellectuel et politique, qui semble avoir renoncé à défendre des principes qu’il prétend pourtant universels ." Jean-Marie Montali (né en 1962) est un journaliste français spécialisé en presse écrite , auteur de plusieurs ouvrages et réalisateur de documentaires pour la télévision . Grand reporter , il a occupé divers postes de direction, notamment rédacteur en chef , directeur adjoint et directeur exécutif de la rédaction au Figaro Magazine , directeur adjoint de la rédaction de France-Soir , et directeur adjoint des rédactions du Parisien – Aujourd'hui en France . Dans La Nouvelle Revue Politique, il s'insurge contre une étrange hiérarchie de l’indignation ... https://nouvellerevuepolitique.fr/journalistes-le-silence-qui-deshonore/