Les élections municipales à Toulouse : analyse rétrospective (suite)

Natacha Gray • 16 juillet 2020

Les élections municipales à Toulouse : analyse rétrospective (suite)

Seconde partie


La victoire de Jean-Luc Moudenc dans un contexte où la plupart de ses homologues ont été emportés par ce que les médias ont nommé la « vague verte » tient à plusieurs facteurs, les uns relevant de l’adhésion à un homme, un bilan, un programme, d’autres au rejet à la fois du programme et des alliances de son adversaire, et à la sociologie d’une ville qui a toujours été modérée dans ses choix et qui semble allergique aux extrêmes. Mais pour les partisans d’Antoine Maurice l’explication est plus simple, binaire, bien loin de l’écheveau de facteurs multiples et complexes que la première partie s’est attelée à démêler ( ici) si Archipel a perdu, c’est avant tout en raison d’une « campagne de caniveau ». Qu’en est-il exactement ?


II. Une « campagne de caniveau » ?

Aujourd’hui en effet, lorsque l’on rencontre un partisan de la liste perdante renvoyée à ses salades, on sait automatiquement que l’on va entendre ce leitmotiv dès les premiers arguments. Plus qu’un élément de langage, c’est le nouveau mantra des adversaires de Jean-Luc Moudenc, à prononcer d’un air grave, en hochant la tête d’un air consterné et exagérément indigné. Finis la planète, le verdissement, les trottinettes et le renouveau, dès les derniers jours de la campagne, histoire sans doute de rameuter les indécis par victimisation et diabolisation de l’adversaire, le nouvel argument électoral de la liste Maurice était tombé au niveau de la rigole qui borde les trottoirs sur les voiries urbaines. Psalmodiée à l’envi la formule s’est répandue comme une traînée de poudre chez les électeurs de la liste Archipel. Que chacun fasse l’expérience, évoquez devant l’un d’entre eux la victoire de Jean-Luc Moudenc ou a contrario la défaite d’Antoine Maurice, en quelques secondes vous aurez droit, de façon quasi pavlovienne, souvent avec une agressivité contenue, à la « campagne de caniveau », seule explication de leur échec. Alors qu’ont-ils bien pu trouver dans ce fameux caniveau qui minimise leur défaite et a pour objectif de salir la victoire de l’adversaire? On voit revenir quatre principaux griefs.


Le premier est que Jean-Luc Moudenc aurait appuyé sur les peurs pour mobiliser les électeurs. C’est vraiment là jouer sur les mots : le maire sortant n’a fait que rappeler à la fois la provenance politique des colistiers de Monsieur Maurice, leurs engagements passés, les propos tenus et les programmes annoncés. Des faits, rien que des faits. La peur que cela suscite, il ne la crée pas . Elle est omniprésente aujourd’hui, bien au-delà d’une extrême droite ou « fachosphère » fantasmées, constamment évoquées à la moindre critique, face à ceux qui, à gauche notamment, n’ont de cesse que de diviser par l’opposition systématique, les manifestations violentes qui dégénèrent, les procès d’intention, l’inversion des responsabilités, le soutien aux mouvements racialistes et/ou islamistes. Comme dans toute campagne électorale, le maire sortant a présenté son bilan, son programme mais également pointé les faiblesses ou les dangers de celui de l’adversaire en termes financiers, ou de sécurité, d’économie, d’emploi, de paix civile. Que ces réalités fassent peur, on le comprend, surtout dans le contexte actuel, à l’échelle de la France mais aussi d’une ville meurtrie depuis un an et demi par des manifestations destructrices dégénérant immanquablement.


Jean-Luc Moudenc n’a pas créé la peur. Il n’a pas inventé le tweet violent d’une colistière de Monsieur Maurice, ni la présence de nombreux militants LFI ou Gilets jaunes (devenus Ultrajaunes) ou du DAL sur sa liste, ni le programme visant à supprimer les arrêtés anti-bivouac, la remise en cause des caméras de surveillance, les positions contre l’aéronautique, les positions naïves et manifestement hors sols sur la réalité de l’insécurité … Fut fatale à la liste Maurice, dans une ville aussi modérée, la conjonction gênante et trop visible du soutien du parti islamiste, la venue en grande pompe des représentants de partis d’extrême-gauche que l’on venait de voir avec consternation, au premier plan de l’actualité, s’afficher fièrement auprès de mouvements racialistes, communautaristes, révisionnistes sur le plan historique, comme le Comité Adama Traoré et de tous ceux qui cherchent à fragiliser l’Etat français, en racolant sur des haines raciales artificiellement réveillées et importés d’ailleurs. Si les électeurs ont eu peur de la liste verte et rouge, c’est tout simplement qu’elle faisait peur par son programme, ses colistiers et ses prises de position.


Le maire de Toulouse a gagné en 2014 sur la question de l’insécurité qui est la priorité numéro un dans de nombreux quartiers toulousains, qui ne sont manifestement pas ceux où vivent Monsieur Maurice et ses colistiers. S’il n’a pas suffisamment mobilisé au premier tour, c’est de toute évidence parce que ce thème n’avait pas été mis en avant au cours de sa campagne. S’il a convaincu avant le second, c’est qu’il s’est souvenu de ce qu’attendaient les Toulousains et sur quoi portent une grande partie des plaintes qui remontent jusqu’à la municipalité. A contrario certaines propositions du candidat Maurice dénotaient un déni total de la réalité quant à la sécurité et au « vivre ensemble » toulousain, et annonçaient de toute évidence une aggravation des problèmes. Alors, entre un maire sortant à qui beaucoup reprochent de ne pas en avoir assez fait quant aux nuisances du quotidien et à l’insécurité et un candidat qui se propose d’en faire davantage pour les fauteurs de troubles (notamment les squats, les migrants illégaux…), tout en supprimant ou diminuant les garde-fous, même insuffisants, de son adversaire , on comprend que même l’électeur a priori défavorable à Jean-Luc Moudenc se soit abstenu en renonçant à voter « vert » ou soit allé voter pour le moins pire, en traînant les pieds.


Deuxièmement, dans le même ordre d’idées, la liste Maurice lui reproche d’avoir utilisé l’image de la pastèque pour décrire leur programme : la comparaison avec ce fruit d’été succulent décrit une apparence verte à l’extérieur mais rouge à l’intérieur. Où est le problème ? C’est une image classique, reprise fréquemment sur les plateaux de télévision, qui n’est aucunement méprisante et qui dit bien ce qu’elle veut dire. Elle est d’ailleurs souvent utilisée pour décrire le mouvement écologiste français dominant qui flirte bien souvent avec l’extrême gauche, dont on a vu les leaders récemment marcher dans des manifestations racialistes, islamistes (sous couvert d’une pseudo lutte contre l’islamophobie) ou s’afficher aux côtés du Comité Traoré. Seul Yannick Jadot avait quelque peu tiré EELV vers le centre au point de se mettre à dos la majorité de ses camarades qui le trouvent aujourd’hui bien pâle. C’est une image comme une autre, percutante, le miroir de la réalité, elle n’est en aucun cas mensongère ou dégradante. Sauf si les membres de cette liste avaient voulu dissimuler leur appartenance politique, ce qui n’est absolument pas le cas.


Troisième grief, et M. Maurice est revenu sur cette accusation lors du troisième tour pour l’élection du maire et la mise en place du conseil municipal, l’équipe Moudenc aurait utilisé l’homophobie comme un épouvantail pour faire fuir les électeurs. Car Antoine Maurice est homosexuel. Cet argument victimaire est insupportable et de mauvaise foi, comme tous ceux qui attribuent un échec ou une défaite dans le milieu professionnel, ou dans une élection, à un racisme, un antisémitisme, une islamophobie, une misogynie ou un exclusion sexuelle supposées, sans jamais se remettre en question.


Sur quoi s’appuient ces accusations ? D’une part sur un unique tweet homophobe, effectivement scandaleux et particulièrement stupide, d’un employé de la majorité municipale à quelques jours du second tour. D’autre part sur les marchés, des militants faisant campagne pour le maire actuel auraient évoqué l’homosexualité de son concurrent, notamment au travers d’une video émanant du candidat lui-même qui a toujours assumé son orientation sexuelle, ne s’en est jamais caché et, d’ailleurs, n’a aucune raison de le faire. Enfin certains brandissent comme preuve de l’homophobie de l’équipe municipale que M. Moudenc a soutenu la Manif pour tous .


Primo il faut savoir que l’employé indélicat a été aussitôt désavoué par le maire et ses colistiers, qu’il a été suspendu et se trouve sous la menace d’un licenciement même s’il a retiré son tweet et s’en est excusé.

Deuxio s’il s’avérait que l’homosexualité de Monsieur Maurice avait été effectivement mise en avant par des militants faisant campagne pour le maire actuel dans l’espoir de le discréditer, ce sont des incidents ponctuels et un argument stupide qu’il est très malhonnête de généraliser. Quoi qu’il en soit, on ne voit pas en quoi cela aurait pu jouer un rôle dans la défaite de Monsieur Maurice. Son homosexualité est connue, assumée, il en a parlé lui-même en se présentant. C’est loin d’être un scoop.

Tertio penser que ceci puisse avoir une quelconque influence sur la majorité des électeurs toulousains, c’est leur faire vraiment insulte . Comme la plupart des Français aujourd’hui, plus encore sur cette terre historique de tolérance et de respect mutuel qu’est l’Occitanie, franchement, les préférences sexuelles des uns et des autres, la majorité des électeurs s’en moque totalement. Et s’il y a quelques catégories dans lesquelles l’homophobie peut encore être présentée ou ressentie négativement, c’est essentiellement dans des milieux religieux traditionnalistes radicaux, qui n’auraient jamais voté pour la liste verte et rouge, à l’exception de la mouvance islamiste, puisque le parti communautariste UDMF a appelé à faire barrage à Jean-Luc Moudenc. On voit donc mal aujourd’hui l’intérêt d’un tel argument de campagne qui n’intéresse pas grand monde et ne peut avoir une quelconque influence dans une ville civilisée.

Quatro, il est difficile de qualifier la liste de Jean-Luc Moudenc d’homophobe en raison de la présence sur sa liste de colistiers qui, dans le cas contraire, n’y figureraient pas. Mais nous n’allons pas ici commencer à compter le nombre d’homosexuels, ou de blancs, de noirs, de musulmans, de juifs, ou de jeunes, de vieux, ou que sais-je encore pour voir quelle est celle des deux listes qui, en termes de diversité, a la plus grosse collection de « spécimens » à présenter, du genre « totems d’immunité », preuves de « bien-pensance » et « d’inclusivité » pour éviter d’être accusé de ceci- ou de cela-phobie? Ce serait entrer dans le jeu nuisible de tous les spécistes et autres racialistes qui empoisonnent la vie politique et sociale d’aujourd’hui.

Quinto, tordons le cou définitivement au reproche éculé du soutien passé de JL.Moudenc à la Manif pour tous (argument spécieux lui aussi ressorti malhonnêtement à la faveur de cette campagne, brandi très souvent par les soutiens d’Antoine Maurice pour faire passer – à leurs yeux- le maire actuel pour un réac caricatural voire un homophobe). Il y aurait déjà beaucoup à dire sur la vision caricaturale que la gauche et les médias ont véhiculée à dessein de ce qui fut, aussi, une occasion pour la droite de se retrouver, mais ce n’est pas l’objet ici. Jean-Luc Moudenc a mainte fois expliqué ultérieurement que son opposition tenait avant tout à la méthode employée et non au contenu de la réforme lui-même. Et quand bien même se serait-il opposé sur le fond ? Où serait le problème ? On peut souligner le caractère obsessionnel et réducteur comme l’indigence pitoyable d’un « argument » qui, sans relâche, va reprocher à un individu sa participation à un mouvement polymorphe (irréductible donc à l’interprétation unique qu’en fait une certaine gauche) qui a eu lieu … plus de 7 ans auparavant, ainsi que la conception étroite que ces pseudo-démocrates font de la liberté d’expression et de conscience, qui n’est reconnue que lorsqu’elle est conforme à leur doxa. Ainsi, rappeler en permanence, pendant la campagne, le soutien du maire actuel à la Manif pour tous en 2013 sans évoquer aussi, au cours des six ans de mandat, son rapprochement et sa réconciliation avec les associations LGBT et les engagements de sa municipalité contre les discriminations sexuelles, c’est sans nul doute au moins là que les Toulousains peuvent ramasser un argument de campagne dans le fameux « caniveau » .


Quatrième grief enfin, certains laissent entendre que la municipalité aurait récupéré un grand nombre de procurations , notamment dans les maisons de retraite (sous-entendu sournois, comprendre : en faisant voter des personnes âgées qui ne savent pas ce qu’elles font). Quel prodigieux mépris pour ces électeurs-là ! Une personne, même âgé qui confie son vote, sait ce qu’elle fait. Et remplir son devoir citoyen, pour les anciennes générations, c’était et cela reste sacré. Que cette personne ait été demandeuse ou qu’on soit allé lui proposer d’accomplir son devoir civique à sa place, cela n’a rien d’illégal ni de scandaleux, surtout dans le contexte Covid-19, et cela s’est fait, ici comme ailleurs, dans tous les camps, pour toutes les listes , chacun essayant de convaincre au maximum les indécis ou de permettre aux personnes empêchées de voter quand même. A contrario beaucoup racontent avoir vu venir voter dans les bureaux des électeurs au look, comportement et propos ne laissant guère de doute sur le candidat qu’ils allaient soutenir, beaucoup de jeunes, en trottinette ou en vélo, du genre que l’on ne voit quasiment jamais dans ces bureaux de vote que les assesseurs ou scrutateurs connaissent bien et observent depuis des années ! Utiliser ce genre d’argument avec tous les sous-entendus qu’il véhicule ne vole pas bien haut non plus, disons que cela reste, pour reprendre une image à la mode, au niveau de certains équipements qui permettent à l’eau de s’écouler dans les rues !


Ainsi, « la campagne de caniveau » étant devenue un élément de langage récurrent, un élément de dénigrement du maire actuel, il semblerait utile d’y répondre systématiquement point par point, en enfermant celui qui a balancé cet argument de manière quasi pavlovienne dans l’impossibilité de démontrer quoi que ce soit. Ou bien de lui renvoyer le compliment en mettant en évidence les mensonges, les procédés, mais également le racolage de certains soutiens de la liste Maurice, les propos et engagements de certains colistiers qui ne font pas honneur à Archipel et qui ont contribué, seuls ou effectivement rappelés par l’équipe adverse, à la discréditer aux yeux de certains électeurs qui étaient initialement peut-être prêts à voter pour un programme qu’ils croyaient purement écologique et de renouveau.

Il ne faut pas laisser passer la calomnie, la combattre pied à pied, au risque, sinon, de l’entendre bien souvent et de la retrouver dans six ans. Selon la formule de Goebbels, ministre de la propagande nazie, « un mensonge répété 10 fois reste un mensonge ; répété 10 000 fois il devient une vérité ». Et l’on sait à quel point les nouveaux fascistes d’aujourd’hui ont largement retenu cette leçon, l’opinion publique finissant par être convaincue de ce qu’elle entend répéter à l’envi. Il est vrai que la plupart de ces reproches sont tellement ridicules que l’on comprend qu’il soit tentant de laisser courir la calomnie, mais l’on sait ce que cela a coûté, par exemple, à un certain Alain Juppé lors de la campagne présidentielle de ne pas rebondir sur le stupide « Ali Juppé », autre slogan sans grand fondement qui, pour beaucoup, jamais démenti, a été pris comme une réalité occasionnant un vote de défiance. Il ne faudrait jamais laisser perdurer ce genre d’accusation gratuite qui ne relève que de la déception de mauvais perdants mais qui devient vite, le recul du temps aidant et la mémoire se faisant défaillante, un postulat non négociable.


Natacha GRAY

par Alain Weber sur X 9 août 2026
Un post d’Alain Weber publié sur X, dont nous partageons pleinement l’analyse et les conclusions à propos de ce que nous considérons comme la lie du paysage politique actuel : Gabriel Attal et Dominique de Villepin : https://x.com/alainpaulweber/status/2084392385279041632 "Je ne supporte pas Gabriel Attal. Cette agitation perpétuelle, cette manie de confondre vitesse et profondeur, cette autorité sous tension qui tient plus du réflexe que de la pensée, tout sonne faux, forcé, surjoué. Mais voir Dominique de Villepin monter en chaire pour lui faire la morale relève du théâtre de grand Guignol. D’un côté, Attal : l’énergie sans cap, la fermeté d’affiche, le volontarisme d’apparat. Ça gesticule, ça simplifie, ça promet avec la vitesse et la force de quelqu’un qui sait qu’il ne tiendra pas ses engagements. Une politique à l’adrénaline, où l’effet remplace l’idée. De l’autre, Villepin : la voix grave, le verbe ample, la posture impeccable. Il parle comme on déclame, avec cette assurance tranquille de ceux qui se regardent penser. Mais à force de hauteur, il par perdre tout contact avec la réalité et finit par flotter dans son immensité intellectuelle… L’un s’excite, l’autre se contemple. L’un fait du bruit, l’autre fait de l’écho. Et puis il y a ce double jeu à peine dissimulé : Dominique de Villepin, devenu tribun d’une gauche immigrationiste, sur ordre du Qatar , et Gabriel Attal, socialiste pressé qui voudrait faire croire qu’il est de droite. Deux trajectoires, deux discours, un même parfum d’imposture. Bref, deux calamités. Deux profils qui devraient se tenir extrêmement loin du pouvoir si l’on veut laisser à ce pays une chance de s’en sortir." 
par Dominique Reynié dans FigaroVox 9 août 2026
"L’écologisme est en contradiction avec la marche d’un monde avide de croissance comme avec la volonté des Français de maintenir leur niveau de vie et de l’accroître si possible" Longue interview de Dominique Reynié par Alexandre Devecchio dans FigaroVox https://www.lefigaro.fr/politique/dominique-reynie-l-ete-2026-aura-montre-que-l-ecologisme-est-devenu-l-ennemi-de-l-ecologie-20260802 LE FIGARO. - Selon beaucoup d’observateurs, les incendies ne relèvent pas seulement de la catastrophe naturelle, ils sont aussi le résultat de choix politiques liés à une certaine écologie. Les militants écologistes ont ainsi lutté pendant des années contre le débroussaillement, la gestion forestière ou encore les retenues d’eau… Peut-on parler de catastrophe politique ? DOMINIQUE REYNIÉ. - Je le crois. Il faut que nous apprenions à distinguer entre, d’une part, l’écologie , qui désigne à la fois une science et une préoccupation pour l’environnement, pour le vivant, pour sa fragilité et, d’autre part, l’écologisme, qui est une idéologie construite et mobilisée pour servir un projet de conquête du pouvoir. On comprend aisément que le réchauffement climatique favorise la propagation des incendies . Mais la catastrophe que nous vivons est en effet le résultat d’une détermination politique particulière, celle de l’influence pernicieuse de l’écologisme sur l’action publique. Dès les premiers incendies, les chaînes d’information continue accueillaient des intervenants établissant explicitement une relation directe de cause à effet entre le réchauffement climatique et les incendies, comme si le feu avait pris spontanément, dans une atmosphère surchauffée. On a vu des représentants d’Oxfam - qui se définit comme « une association de solidarité internationale qui lutte contre la pauvreté, les inégalités et le changement climatique » - expliquant les incendies par le réchauffement climatique, et mettant aussitôt en cause nos modes de vie, la croissance économique, les entreprises, le « capitalisme », etc. Il aura fallu un peu de temps avant de commencer à discuter des défaillances des politiques publiques, des investissements insuffisants ou trop souvent différés, des causes des départs de feu. À lire aussi Climatisation, incendies, nucléaire… L’été dantesque consacre la défaite de l’écologisme politique Surveiller les forêts, perfectionner les outils pour les combattre, sanctionner les comportements imprudents, punir les actes coupables, etc., tout cela dépend d’une stratégie, d’une organisation, de moyens financiers, humains et techniques, c’est-à-dire d’une bonne politique, mais c’est celle à laquelle les écologistes n’ont cessé de s’opposer, aidés d’ailleurs en cela par LFI. Les tragiques incendies de l’été 2026 nous montrent, pour la première fois, qu’une catastrophe écologique n’est pas seulement l’effet du climat ou de la globalisation économique, mais aussi de l’influence de l’écologisme, qui abuse d’images évidemment impressionnantes sans laisser suffisamment de place à des argumentations rigoureuses. Le discours écologiste est tellement pesant et anxiogène qu’on en est arrivés à inventer le terme d’écoanxiété pour caractériser cette angoisse dont les dégâts produits sur l’opinion publique, en particulier sur les nouvelles générations, sont considérables. Ne leur répète-t-on pas, finalement, que vivre est un cauchemar, voire une faute et que la nature serait victime de l’humanité ? Depuis les années 1970, les écologistes ont gagné en notoriété grâce à une politisation extrême des problèmes environnementaux De l’affaiblissement de notre filière nucléaire aux incendies, en passant par notre retard en matière de climatisation dans un contexte de réchauffement climatique, sommes-nous en train de payer les conséquences de l’influence politique de cet écologisme ? Rappelons de quoi est fait cet écologisme. Il est hostile à la croissance économique, aux entreprises, à l’innovation, souvent aux progrès scientifiques, à ce qui est la source de la plupart des solutions politiques aux grands problèmes que rencontre le monde. Les écologistes ont avec l’écologie la même relation que le RN avec l’immigration : c’est un enjeu existentiel ; c’est leur raison d’être. Pour les écologistes comme pour le RN, un monde de solutions est un monde où ils n’ont plus leur place. Depuis les années 1970, les écologistes ont gagné en notoriété grâce à une politisation extrême des problèmes environnementaux, en imputant sans nuance aux États et à leurs dirigeants la responsabilité des phénomènes et des catastrophes climatiques. Les voici aujourd’hui à leur tour désignés parmi les responsables de cette catastrophe. L’été 2026 aura établi aux yeux de tous que, en fait, cet écologisme peut être l’ennemi de l’écologie. La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, s’est montrée hostile à l’extension de la climatisation avant de menacer de démissionner à la suite de l’adoption de la loi d’urgence agricole. Que cela révèle-t-il ? Les partis de centre gauche et de centre droit se laissent-ils trop souvent intimider par l’écologisme radical ? Assurément. Le principal problème posé par l’écologisme est politique et, plus précisément, démocratique. L’écologisme est parvenu à prendre le pouvoir sans avoir réussi à convaincre les électeurs. Ainsi, face au dérèglement climatique, qui aurait dû les avantager, les écologistes ont choisi de répondre non par le marché, la société civile, la créativité, l’initiative et l’innovation, mais par le projet démesuré de « sauver la planète » grâce à une « transition écologique » conçue et conduite depuis Bruxelles, pour l’Union européenne, et depuis Paris pour la France. Ces idées relèvent d’une conception suradministrée des affaires publiques. Le résultat est le déploiement d’un régime de réglementations, d’autorisations, de contrôles et de surveillances de plus en plus étroit, intrusif et sévère, sans égard pour les libertés individuelles, et d’ailleurs sans effet sur le réchauffement climatique. Cet écologisme par les normes, cet écologisme bureaucratique, s’est non seulement mis en place sans avoir eu besoin de l’assentiment des électeurs, mais aussi sans les en avoir informés, de même qu’ils ne furent pas informés, entre 1997 et 2017, du quasi-abandon de notre filière nucléaire, qui constitue pourtant notre plus grand atout industriel, ainsi que notre meilleure réponse aux défis de la souveraineté énergétique et du réchauffement climatique. En ce sens, on peut considérer le mouvement des « gilets jaunes » comme un premier coup d’arrêt populaire imposé à l’idéologie écologiste, un coup d’arrêt d’ailleurs opéré selon une méthode manifestante et non électorale, comme s’il s’agissait, pour les « gilets jaunes », de répondre à l’écologisme avec ses mêmes méthodes de blocages protestataires et de confrontations violentes. Je dirais que l’écologisme est en train de perdre la bataille législative et gouvernementale Le virage pronucléaire d’Emmanuel Macron a-t-il été un tournant ? L’écologisme radical est-il en train de perdre la bataille culturelle ? Je dirais que l’écologisme est en train de perdre la bataille législative et gouvernementale. Cependant, la récusation électorale de l’écologisme n’empêche pas sa domination culturelle. On le voit à travers l’extraordinaire bienveillance du monde médiatique, qui est l’un des grands privilèges concédés à cette idéologie. On le voit aussi dans l’omniprésence du discours écologiste partisan, de fait institutionnalisé. On songe à ce qu’Althusser appelait les « appareils idéologiques d’État » : l’école, et par l’école on atteint aussi les familles, les universités, le monde intellectuel, les médias, en particulier l’audiovisuel d’État, ou encore le monde culturel. On voit aussi de nouveaux appareils idéologiques à l’œuvre, avec les plateformes numériques, les moteurs de recherche, les IA, Wikipédia, etc., et à travers eux les métiers de la communication et du marketing, affectant le discours de nombre d’entreprises ; elles reprennent à leur compte l’écologisme en imaginant un effet bénéfique, sans toujours voir qu’elles alimentent un gauchisme culturel qui ne leur veut pas du bien. Les écologistes étaient tout de même les premiers défenseurs de l’euthanasie. Et la loi qui a été adoptée s’inscrit dans leur vision radicale. Comment expliquez-vous l’engagement des écologistes sur la question de l’euthanasie et leur victoire politique sur cette question ? C’est une autre dimension de l’impensé écologiste et une autre cause de leur déclin. Les écologistes ont insisté sur la fragilité du vivant et la vulnérabilité du monde - plus qu’aucune autre famille politique -, ils ont dénoncé les dangers du pouvoir médical, pour finalement prendre une part prépondérante à la légalisation de l’euthanasie. Au fond, l’écologisme n’a-t-il pas ainsi rompu avec ce qui est supposé être le cœur de sa doctrine, la protection du vivant, le souci de sa fragilité, la protection des plus faibles ? L’écologie et la protection de la nature demeurent des questions majeures. Le risque est-il que l’opinion publique en vienne à confondre ces enjeux avec l’écologisme radical et rejette en bloc toute forme d’écologie ? Comment réconcilier l’écologie avec la liberté, le progrès réel et la démocratie ? Il me semble que l’on ne s’y trompe pas. En effet, d’une part, les études d’opinion nous disent que les enjeux écologiques préoccupent très largement la population. D’autre part, les résultats électoraux montrent que les Français refusent fermement, et depuis toujours, d’accorder leur confiance aux écologistes. Cet écologisme dogmatique, assimilable à l’extrême gauche parce qu’il se présente comme l’ennemi juré de la croissance économique et du confort matériel, n’a jamais intéressé la majorité des électeurs. Le gauchisme est-il l’avenir de l’écologisme ? Les tenants de l’écologisme sont pris dans une relation conflictuelle, inextricable, avec la démocratie. La victoire électorale est une perspective qui leur semble inatteignable, à juste titre. Les élections ne leur seront pas favorables avant longtemps, peut-être jamais. C’est pourquoi on assiste, au sein de l’écologisme et à gauche en général, au retour d’un discours archaïque constitutif des premiers âges de la gauche, au milieu du XIX e siècle, et qui contestait la capacité de l’électeur, son indépendance, la valeur de l’élection, la représentativité des représentants élus. L’intérêt théorique bien réel de ces sujets n’interdit pas de relever que les partis qui parlent de plus en plus de « conventions citoyennes », de tirage au sort et de « démocratie participative » sont ceux auxquels les élections générales et les référendums - bref, la souveraineté électorale - ont peu de chance d’être favorables. L’écologisme est en contradiction avec la marche d’un monde avide de croissance comme avec la volonté des Français de maintenir leur niveau de vie et de l’accroître si possible Ce qui, hier, était magnifié, l’élection au suffrage universel, est aujourd’hui, à gauche, un sujet de suspicion. Si l’écologisme est parvenu à gouverner tout en étant la composante marginale de coalitions fragiles ou minoritaires, depuis une trentaine d’années jusqu’à aujourd’hui, il suscite maintenant une exaspération montante qui appelle un arbitrage démocratique. L’écologisme est en contradiction avec la marche d’un monde avide de croissance comme avec la volonté des Français de maintenir leur niveau de vie et de l’accroître si possible. Les écologistes devraient opérer un virage réformiste. Mais, différemment, ils semblent s’engager depuis quelques années sur le chemin d’une mutation de sens contraire, comme si, faute de pouvoir imaginer leur victoire électorale, ils cédaient à la tentation, en assumant leur conversion à une politique antisystème. C’est bien ce processus qui est à l’œuvre dans le rapprochement avec LFI. Il pourrait aboutir à une union lors des prochaines élections législatives de juin 2027. Mais le rapprochement avec LFI a un prix. Il implique notamment de se lier avec les mouvances antisémites et islamistes qui travaillent la gauche française et l’ensemble de la gauche européenne.
par Nicolas Pouvreau-Monti dans FigaroVox 4 août 2026
"Près de 60 000 migrants ont franchi en une seule journée la frontière qui sépare le royaume du Maroc du territoire espagnol. Cette crise révèle un enchevêtrement d’erreurs et de naïvetés cumulées, dont les leçons, comme les effets, valent pour l’Europe entière, analyse le directeur de l’Observatoire de l’immigration et de la démographie."  Une tribune très éclairante de Nicolas Pouvreau-Monti (co-fondateur et directeur de l’Observatoire de l’Immigration et de la Démographie) sur les récents évènements à la frontière entre le Maroc et l'Espagne à lire dans FigaroVox : https://www.lefigaro.fr/vox/politique/nicolas-pouvreau-monti-ceuta-n-est-pas-une-anomalie-c-est-un-avertissement-20260731 Nicolas Pouvreau-Monti : « Ceuta n’est pas une anomalie, c’est un avertissement » Il aura suffi de quelques heures pour qu’une enclave de 18 kilomètres carrés devienne l’épicentre d’une crise européenne. À Ceuta, près de 60 000 migrants – majoritairement des jeunes hommes marocains – ont franchi en une journée, de manière irrégulière, la frontière qui sépare le royaume du Maroc du territoire espagnol. La ruée vers cette ville autonome n’est pas seulement le visage d’un échec policier ou sécuritaire. Elle révèle un enchevêtrement d’erreurs et de naïvetés cumulées, dont les leçons (comme les effets) valent pour l’Europe entière. À découvrir Avec son plan de régularisation des clandestins annoncé en janvier 2026, l’exécutif espagnol pensait ouvrir un dispositif concernant 500 000 personnes environ. Au 30 juin dernier : 1,2 million de dossiers avaient été déposés. Les Marocains en constituaient la deuxième nationalité la plus nombreuse. Pedro Sanchez cherche, depuis plusieurs années, à se positionner comme l’un des derniers dirigeants du monde démocratique explicitement favorables à une immigration sans contrôle. En témoignent ses interventions dans la presse internationale – comme sa tribune parue dans le New York Times en février dernier, ainsi titrée : « Je suis le premier ministre espagnol. Voici pourquoi l’Occident a besoin des migrants. » Ce faisant, Sanchez a ignoré délibérément un phénomène dont l’existence est pourtant attestée au niveau mondial : celui de « l’appel d’air » généré par ce type de décision. Tandis que l’ensemble des passages irréguliers détectés par Frontex aux frontières extérieures de l’UE a reculé de 25% l’an dernier, la seule route migratoire qui a connu une hausse notable de ses franchissements est celle de la Méditerranée occidentale – qui va, précisément, du nord du Maroc au sud de l’Espagne. La perspective de cette régularisation massive était déjà évoquée publiquement par Madrid. Cette ruée vers Ceuta met à nouveau en lumière l’extraordinaire fragilité à laquelle nous expose l’état actuel de l’espace Schengen. Un seul pays, même radicalement isolé en Europe (l’adoption récente du « règlement Retour » par le Parlement européen en témoigne), est en mesure d’imposer les conséquences de ses décisions à l’ensemble des autres États membres de la zone. Des règles dérogatoires de contrôle s’appliquent, certes, au départ des enclaves de Ceuta et Melilla vers le continent. Mais quiconque posera le pied en Andalousie entrera dans un espace de 4 millions de kilomètres carrés, où l’absence de contrôle aux frontières – non seulement pour les citoyens de l’UE, mais aussi pour les ressortissants extraeuropéens – constitue un principe solidement garanti. Des modalités de rétablissement temporaire des contrôles sont certes prévues par le droit, comme l’a rappelé le ministre Laurent Nunez pour tenter d’apaiser les craintes. Mais celles-ci se trouvent très limitées dans leur mise en œuvre concrète. Dans la foulée d’une décision de la Cour de Justice de l’Union européenne en 2023 : les décisions rapides et souveraines de « non-admission » à la frontière française, qui étaient pratiquées largement à la frontière avec l’Italie depuis 2015 (et auraient pu l’être face à l’Espagne aujourd’hui), ont chuté de 80% en un an. L’apparent relâchement des contrôles marocains qui a accompagné la ruée vers Ceuta devrait aussi déciller les yeux de nos dirigeants devant une évidence stratégique : l’arme migratoire est devenue l’un des principaux leviers de déstabilisation contre les États européens. Le « gouvernement des juges » n’est pas innocent, non plus, dans la crise déclenchée à Ceuta. Au début du mois de juillet, le Tribunal suprême espagnol a publié un arrêt rendant impossible le recours aux « refoulements immédiats » pour les clandestins arrivant par la mer. Les migrants – et, plus encore, les réseaux criminels qui les accompagnent – sont des individus rationnels, qu’il importerait de considérer enfin comme tels. Ils réagissent aux signaux et aux contre-signaux, d’ouverture ou de fermeté. Ils pèsent les opportunités avec les risques qui leur sont associés. Les messages irresponsables envoyés par des gouvernements ou des juridictions engendrent des effets concrets sur la dynamique des flux. L’apparent relâchement des contrôles marocains qui a accompagné la ruée vers Ceuta devrait aussi déciller les yeux de nos dirigeants devant une évidence stratégique : l’arme migratoire est devenue l’un des principaux leviers de déstabilisation contre les États européens. De la même façon que l’Algérie a « fait payer » la France pour le virage pro-marocain opéré par notre diplomatie en 2024, rompant toute coopération dans le domaine migratoire et facilitant les départs, le régime de Rabat n’apprécie pas le rapprochement engagé entre Madrid et Alger – ni la position du gouvernement Sanchez sur la question du Sahara occidental. Ce genre de stratégie hostile n’est pas seulement déployé au sud. En 2021, la Biélorussie d’Alexandre Loukachenko a organisé l’acheminement de milliers de migrants du Moyen-Orient jusqu’aux frontières de la Pologne et de la Lituanie, afin d’exercer une pression politique sur l’Union européenne en représailles aux sanctions occidentales. La Turquie d’Erdogan l’a fait aussi. Cet instrument de guerre hybride est d’autant plus efficace que l’Europe entretient activement sa propre vulnérabilité, par un ordre juridique qui fait de notre continent le plus ouvert à l’immigration irrégulière dans le monde. L’instrumentalisation des migrations est aussi le moyen récurrent d’une « annexion par le bas » pour des gouvernements revendiquant leur souveraineté sur des territoires où ils ne l’exercent pas. Rabat considère Ceuta et Melilla comme des territoires marocains occupés par l’Espagne : l’afflux de ses ressortissants en masse et en force est un moyen d’affirmer cette position, tout comme de préparer un basculement démographique favorable au rattachement. Ce mode opératoire est le même que celui déployé par les Comores à Mayotte, dans un objectif identique. Les crises migratoires ne sont plus seulement des défis humanitaires ; elles sont devenues des terrains de confrontation stratégique. Ceuta n’est pas une anomalie. C’est un avertissement.
par Jean-Frédéric Poisson dans VA 29 juillet 2026
Une tribune de Jean-Frédéric Poisson sur le rôle du Conseil Constitutionnel et sur les réformes possibles pour garantir l’État de droit ! https://www.valeursactuelles.com/clubvaleurs/politique/jean-frederic-poisson-pour-une-reforme-du-conseil-constitutionnel Le sentiment de défiance à l'égard des « Sages » vient de ce qu'ils donnent trop souvent l'impression de faire de la politique au lieu de dire le droit, de réduire l'espace de débat au lieu de le protéger. Par Jean-Frédéric Poisson Publié le 22 juillet 2026 à 21h00 Le Conseil constitutionnel a-t-il progressivement excédé sa fonction ? Un sentiment s’installe dans le débat public français : celui d’un Conseil constitutionnel dont le pouvoir aurait progressivement excédé sa fonction. À chaque grande loi censurée ou partiellement amputée, revient la même interrogation : le Conseil dit-il le droit ou participe-t-il désormais à la décision politique, notamment sur des sujets sensibles comme l’immigration, les retraites, la sécurité ou la crise sanitaire ? L’État de droit contre la démocratie Cette question ne peut être écartée au nom de la défense abstraite de « l’État de droit ». Il faut distinguer l’état du droit, c’est-à-dire l’ensemble des normes en vigueur, de l’ État de droit , qui désigne un régime où le pouvoir est limité, séparé et contrôlé, et où les citoyens concourent librement à la formation de la loi. Le premier relève des politiques publiques ; le second des conditions de la liberté politique. Depuis la décision de 1971 sur la liberté d’association, le Conseil a progressivement étendu son contrôle en s’appuyant sur le « bloc de constitutionnalité » : Constitution de 1958, Déclaration de 1789, Préambule de 1946, Charte de l’environnement, principes fondamentaux reconnus par les lois de la République et diverses constructions jurisprudentielles. Ce mouvement peut être vu comme un progrès pour les droits fondamentaux. Mais plus ce bloc s’élargit, plus le juge dispose d’une marge d’interprétation susceptible de l’amener à arbitrer entre plusieurs conceptions également légitimes de la liberté, de l’égalité ou de la fraternité. Il ne protège alors plus seulement le cadre du débat démocratique : il en réduit parfois l’espace. Rétablir la confiance entre le peuple et les institutions La réforme du Conseil constitutionnel devrait donc devenir un chantier majeur du rétablissement de la confiance entre le peuple et les institutions. La défiance actuelle tient aussi à l’impression que certains choix collectifs échappent désormais au suffrage et au Parlement. Une démocratie constitutionnelle a besoin de limites à la majorité ; elle a aussi besoin que ces limites soient claires, lisibles et directement rattachées à la Constitution. Plusieurs réformes sont envisageables : renforcer la motivation des décisions, revoir les modalités de nomination, exiger une compétence juridique renforcée, supprimer les anciens présidents de la République comme membres de droit, développer les règles de déontologie, publier les votes et autoriser les opinions dissidentes. Ces mesures amélioreraient la transparence sans modifier l’équilibre institutionnel. Plus profondément, il conviendrait de recentrer le contrôle de constitutionnalité sur sa finalité première : garantir l’État de droit, non orienter l’état du droit. Une révision pourrait ainsi préciser que les principes déduits de la Constitution ne peuvent justifier une censure qu’en matière de séparation des pouvoirs, de souveraineté nationale, de liberté politique, d’égalité civique, de sûreté, de légalité pénale, de garantie des droits et de régularité du suffrage, sans permettre au Conseil de substituer son appréciation à celle du législateur sur les choix de politique publique. Il ne s’agit pas d’affaiblir la Constitution, mais de rappeler qu’elle n’est pas un programme politique. Elle est la règle commune qui permet au peuple de débattre, de choisir et d’alterner. Réformer le Conseil dans cet esprit, ce serait rendre au droit constitutionnel sa véritable fonction : garantir que nul ne puisse confisquer au peuple le pouvoir de se gouverner lui-même.
par Yves d'Amecourt 28 juillet 2026
" Les grands incendies que connaît aujourd’hui la France révèlent moins une crise de la forêt qu’une crise de l’État. Ils mettent à nu une administration qui excelle à produire des normes mais peine de plus en plus à accomplir sa mission première : protéger les Français et le patrimoine dont ils ont hérité." Et si les incendies qui ravagent nos forêts chaque été n'étaient pas une fatalité climatique, mais le symptôme d'un État devenu incapable d'agir ? C'est ce que nous suggère Yves d'Amecourt dans ce magnifique texte : https://nouvellerevuepolitique.fr/yves-damecourt-quand-la-foret-brule-cest-letat-qui-se-consume/
par Jean-Philippe Delsol dans Contrepoints (IREF) 25 juillet 2026
Peut-on programmer la justice sociale comme on programme une machine ? C'est le pari d'un rapport signé par 45 économistes, dont Thomas Piketty et Gabriel Zucman, qui promet l'égalité mondiale, la sobriété heureuse et un réchauffement contenu à 1,8°C — le tout d'ici 2100. Une utopie séduisante sur le papier — mais qui a déjà un nom dans l'Histoire. "Il se trouve toujours des naïfs pour faire confiance à ces idéologues et des institutions perverties pour en propager les théories dangereuses . Ne nous lassons pas de dénoncer ces prophètes de malheur et de répéter que l’ordre spontané d’un monde libre est toujours meilleur et plus efficace." Jean. Philippe Delsol dans Contrepoints nous partage une excellente analyse des biais idéologiques de toutes ces belles idées : https://contrepoints.org/rapport-sur-la-justice-pikettyrannie-et-zucmanipulation/
par Marc Rameaux dans Causeur 19 juillet 2026
"Le relativisme hérité de Mai 68 nous pollue encore. Nous devons balayer ce conformisme par une pensée authentique. Par exemple en nous appuyant sur Aron, Crozier, Lévi-Strauss ou Girard qui, en leur temps, avaient bien vu la supercherie de cette pseudo-révolution." Une analyse passionnante de Mai 68 en s'appuyant sur les penseurs qui à l'époque avaient osé s'opposer à ce mouvement mortifère ... A lire dans Causeur : https://www.causeur.fr/mai-68-sous-le-pave-le-vide-330048
par Vincent Trémolet de Villers 17 juillet 2026
"L’Histoire retiendra qu’un pouvoir épuisé, une Assemblée de fortune, un président plus impopulaire que jamais , le premier ministre « le plus faible » de la Ve République ont conjugué cynisme, lâcheté et idéologie pour, au milieu de l’été 2026, permettre à l’État d’administrer la mort." Un édito de Vincent Trémolet de Villers dans FigaroVox https://www.lefigaro.fr/vox/politique/l-editorial-de-vincent-tremolet-de-villers-loi-sur-l-euthanasie-et-le-suicide-assiste-simulacre-democratique-et-nihilisme-d-etat-20260715 Incapable en dix ans d’améliorer la vie quotidienne des Français, Emmanuel Macron se félicitera certainement d’avoir, quarante-cinq ans après l’abolition de la peine de mort, rendu à l’État le pouvoir d’abréger l’existence. L’Histoire retiendra qu’un pouvoir épuisé, une Assemblée de fortune, un président plus impopulaire que jamais , le premier ministre « le plus faible » de la Ve République ont conjugué cynisme, lâcheté et idéologie pour, au milieu de l’été 2026, permettre à l’État d’administrer la mort. Progressisme ? On cherche en vain le progrès moral dans cet oxymore assassin : « Tuer, c’est soigner. » Pas plus de progrès médical dans cette méthode irrémédiable d’abréviation des souffrances. Encore moins de progrès social dans cet abandon de l’État-providence au profit de ce que Dominique Reynié appelle un État « validiste ». Vieillards, grands malades, nerveux, désespérés savent désormais qu’ils sont « éligibles » au « droit à mourir ». On a beau tourner la chose dans tous les sens, on se cogne comme une mouche dans un bocal : comment faire cohabiter à l’hôpital des unités de suicidologie qui luttent héroïquement pour que des personnes ne mettent pas fin à leurs jours et des structures chargées d’assister le suicide ? Devant une telle contradiction, l’esprit est pris de vertige, et ce qui fait en l’homme l’humain s’insurge. Il fallait, nous dit-on, un trophée « sociétal » pour la « legacy » du président sortant. Preuve supplémentaire que l’impuissance publique peut s’accompagner d’une immense arrogance anthropologique. Le tout dans un mélange de lyrisme, de kitsch et de légèreté. C’est Créon, mais au pays des selfies…  Incapable en dix ans d’améliorer la vie quotidienne des Français, Emmanuel Macron se félicitera certainement d’avoir, quarante-cinq ans après l’abolition de la peine de mort, rendu à l’État le pouvoir d’abréger l’existence. Où est la victoire ? Depuis la convention citoyenne pipée jusqu’à la « célébration » ministérielle annoncée avant même le vote, ce parcours législatif aura été un simulacre de délibération, une singerie démocratique. Il projette sur la fin de ce quinquennat un nihilisme d’État. Cela ne suffira pas, pourtant, à décourager ceux qui, dans la prévenance des soins, l’apaisement des souffrances, la protection des plus faibles, le mystère intime du dernier souffle, savent que la politique a le pouvoir de changer la loi, mais pas celui de profaner le sanctuaire de la conscience.
par Institut Thomas More 27 juin 2026
Dans un rapport inédit, l’Institut Thomas More dresse l’inventaire des décisions politiques qui ont mis la France à genoux pendant ces 50 dernières années. Chute du niveau scolaire, 35 heures, système de retraite, chômage, déficits, dette, insécurité… Autant d'occasions ratées pour maintenir la France sur le chemin de la prospérité !  "Notre ambition, dans ce rapport, est d’identifier les cinquante décisions qui ont mis la France à genoux en cinquante ans, de les replacer dans leur contexte, d’expliquer les motivations de fond ou les choix opportunistes qui ont abouti à ce qu’elles soient prises, de décrire et chiffrer leur impact et leurs effets cumulatifs, les comparer aussi aux options prises par des pays semblables. Ce travail inédit n’a jamais été réalisé de cette manière : il constitue une somme considérable. Les données citées, les sources et les conséquences mesurées sont issues de statistiques et de rapports publics et parfois privés, incontestables. Il se veut et nous l’avons pensé ainsi, d’intérêt général. Car dans la perspective de 2027, il constitue un préalable à l’élaboration de tout programme crédible. Au regard de la gravité de sa situation, il est impossible de penser redresser le pays sans analyser objectivement les causes" https://institut-thomas-more.org/2026/06/25/rapport36/
par Jean-Marie Montali 10 juin 2026
"Emmanuel Razavi vit sous protection policière. Nora Bussigny est régulièrement la cible de menaces et de campagnes de haine. D’autres parmi nous vivent la même chose. Leur point commun ? Avoir enquêté sur l’islamisme, ses réseaux, l’antisémitisme contemporain ou encore les dérives de la dictature iranienne. Face aux intimidations, aux menaces de mort et aux tentatives de censure, le plus inquiétant n’est peut-être pas la violence des fanatiques. Le plus inquiétant est le silence. Celui d’une partie du monde médiatique, intellectuel et politique, qui semble avoir renoncé à défendre des principes qu’il prétend pourtant universels ." Jean-Marie Montali (né en 1962) est un journaliste français spécialisé en presse écrite , auteur de plusieurs ouvrages et réalisateur de documentaires pour la télévision . Grand reporter , il a occupé divers postes de direction, notamment rédacteur en chef , directeur adjoint et directeur exécutif de la rédaction au Figaro Magazine , directeur adjoint de la rédaction de France-Soir , et directeur adjoint des rédactions du Parisien – Aujourd'hui en France . Dans La Nouvelle Revue Politique, il s'insurge contre une étrange hiérarchie de l’indignation ... https://nouvellerevuepolitique.fr/journalistes-le-silence-qui-deshonore/