Jouons adroitement la carte de la France
Notre monde multipolaire est en cours de formation.
La tectonique est en oeuvre qui aboutira, dans quelques décennies, à la stabilisation des
môles que constitueront l’Europe, les Etats-Unis, la Chine, l’Inde et le Brésil.
Les tendances lourdes qui guident ces mouvements ne dévieront pas –démographie,
puissance économique basée sur l’accès aux ressources de la terre, de l’eau, du sous-sol et
de la main-d’oeuvre, cependant il faudra encore du temps avant que les lignes
s’affermissent. Nous sommes justement, depuis quelques mois et pour encore un certain
temps, à l’un de ces moments charnières de l’histoire moderne où chacun des blocs travaille
encore à définir sa place et où, en conséquence, il reste un espace de manœuvre pour ceux
des Etats qui seront les plus entreprenants et les plus adroits.
Les Etats-Unis s’affairent à clarifier les hésitations nées des déclarations de repli sur soi de
M. Trump. La Chine balance entre la responsabilité mondiale que lui confère son pouvoir
économique désormais proéminent et la promotion de ses intérêts militaires, pour le moment
encore antagonistes. La Russie joue encore un rôle politique influent, appuyé par sa
puissance militaire et sa proactivité au Moyen-Orient. Le Brésil entame à peine son
redressement après la grave crise politique et la récession qui l’ont secoué. L’Inde continue
sur sa lancée qui la conduira – mais dans plusieurs décennies- à la première place
démographique et à l’un des premiers rangs économiques.
De nouveaux interstices se sont créés entre ces blocs qui ouvrent de formidables
opportunités à quelques Etats audacieux. Soyons de ceux-là !
L’Europe a elle aussi besoin de temps pour établir et consolider la gouvernance qui lui
permettra d’agir efficacement sur la scène internationale. Mais cela n’empêche pas la
France de prendre des initiatives et d’établir des positions diplomatiques, politiques,
économiques ou militaires qui constitueront autant d’espaces de gagnés pour notre capacité
d’influence et pour la sauvegarde de notre industrie et notre agriculture.
D’autres Etats – les Pays-Bas et l’Allemagne notamment - ont brillamment démontré ces
dernières années que de telles initiatives en cette matière ont eu des résultats spectaculaires
sur l’emploi dans leur industrie ou dans leur agriculture, et ont illustré en miroir combien la
passivité de la France avait été mortifère.
Au Moyen-Orient, au Maghreb, en Extrême-Orient, en Amérique latine, en Europe de l’Est,
en Asie Centrale, en Afrique, nombreux sont les pays où la France, en faisant valoir la voix
particulière de justice et de raison qui est la sienne, en déployant le style diplomatique qui
est le sien, peut contribuer à tracer un chemin de paix et de stabilisation régionales. Elle
rendra alors un grand service au monde.
Elle permettra également d’enrayer le déclin de notre industrie et de notre agriculture sur
les marchés internationaux, voire de les doter d’un second souffle afin que toutes deux se
préparent avec toute l’énergie nécessaire au choc qui accompagnera la finalisation des
positions des blocs.










