Privatisation des aéroports : quelle logique ?
Le débat public a récemment atteint une intensité inusitée au sujet du bien-fondé de la privatisation des aéroports.
Nous souhaitons, comme d’autres, apporter notre contribution au débat, qui revêt en Haute-Garonne une signification particulière, du fait de l’entrée d’un actionnaire chinois –porteuse de toute une symbolique nationale et internationale- lors de la récente privatisation dont l’aéroport y a fait l’objet, et du fait également de l’acuité des querelles entamées –y compris en justice- par les différentes parties prenantes à l’occasion de la sortie prématurée de cet actionnaire.
D’une manière générale, nous pensons que la mission première d’un aéroport, sa raison d’être en quelque sorte, est d’œuvrer à l’aménagement du territoire national en permettant de développer les transports aériens dans la région où il est implanté. Afin d’éviter tout confusion, nous précisons que nous ne faisons pas référence ici aux missions régaliennes que doit assurer un aéroport pour pouvoir accomplir sa mission première, que sont la sécurité des opérations terrestres et des opérations aériennes, la sécurité des passagers et la surveillance douanière, qui ne peuvent relever que de l’Etat, quel que soit l’actionnariat choisi pour l’aéroport.
Cette mission première de permettre de développer les transports aériens est à nos yeux une mission de service public. Elle relève de la collectivité car seule la collectivité est à même de poursuivre l’objectif de gérer une infrastructure de manière à avoir comme but prioritaire le développement d’une zone géographique donnée.
Nous constatons que l’aéroport a une deuxième mission, secondaire par rapport à la première mais loin d’être dénuée d’intérêt: générer des revenus. En effet, pour de nombreuses raisons, un aéroport est un lieu de consommation privilégié où de nombreux passagers passent un certain temps, et l’exploitation adroite de ce temps peut produire des revenus substantiels. Les revenus ainsi générés peuvent être utilisés à de nombreuses fins, et notamment celle de contribuer au financement de l’Etat, dont nous connaissons le besoin criant qu’il peut en avoir.
Il nous paraît clair que, pour ce qui concerne cette deuxième mission, et même s’il est légitime de débattre s’il s’agit ou non d’une mission de service public, la collectivité est loin d’être l’acteur le plus à même de l’assurer. Le secteur privé a depuis longtemps prouvé sa supériorité en la matière.
La meilleure solution nous paraît être un compromis qui associe la gestion de la mission de génération de revenues par le secteur privé à la maîtrise de la mission d’infrastructure de transport par le secteur public, selon une approche à développer au cas par cas mais qui peut englober soit un partage d’actionnariat –la collectivité en possédant la majorité- soit un actionnariat en grande partie public confiant un contrat d’exploitation à un acteur privé.
Pour ce qui concerne le cas particulier de l’aéroport de Roissy-Charles de Gaulle, nous considérons qu’il échappe dans une certaine mesure au contexte général des aéroports de province français, du fait d’abord qu’il s’inscrive dans une concurrence internationale – face à Londres et Francfort principalement, mais aussi Amsterdam, Bruxelles, Munich, Madrid et d’autres capitales européennes- pour ce qui concerne la porte d’entrée en Europe, ensuite qu’il n’est pas le seul aéroport à desservir Paris et l’Ile de France– prérogative qu’il partage avec Orly et Amiens. En ce sens il constitue un élément essentiel de l’attractivité de la France au niveau international, mais pas de l’aménagement du territoire en tant que tel.
Le débat est ouvert de savoir si un opérateur privé est plus à même que l’Etat de développer sur le long terme –plusieurs décennies- les missions commerciales et d’attractivité de l’aéroport, de manière à permettre à Roissy-Charles de Gaulle de se hisser enfin à des niveaux de satisfaction des passagers qui soient comparables à ceux des grands aéroports internationaux.
Dans tous les cas, nous sommes favorables à ce que l’Etat conserve la propriété des infrastructures et concède la gestion d’ADP à un actionnaire privé. Bien sûr il appartiendra à l’État d’obtenir des engagements forts, des contreparties intéressantes et une forte plus-value. Loin de l'angélisme, nous restons évidemment lucides car tout montre que bien souvent le politique raisonne trop sur le court terme, ce qui est incompatible avec le prérequis énoncé.
Le débat est ouvert : et vous, qu'en pensez-vous?










