Le « général courage » à Ramonville : pragmatisme et force de proposition

Natacha Gray • 8 juillet 2018

Insécurité, radicalisation, Justice, République, gouverner, servir, valeurs, courage, task force , zone de contrôle renforcé … Ces mots ont résonné pendant deux heures, ce mardi 26 juin dans la salle Paul Labal à Ramonville Saint-Agne qui accueillait en soirée le général Bertrand Soubelet, invité par trois associations, Objectif-France(dont il est le vice-président), Lignes Droites 31 et Ramonville Autrement. L’ancien numéro 3 de la Gendarmerie Nationale, y présentait, entre autres, les enjeux sécuritaires dont il est un expert de terrain reconnu, face à une salle comble mais également comblée, tant ce qui était dit avec clarté et sans langue de bois, avec une rigueur et une franchise toute militaires, venait mettre des faits, des propositions et des arguments sur le ressenti, voire l’expérience de chacun. “ En vous écoutant ce soir, on se sent soudain moins seul” , déclara un des participants, fortement impliqué dans la sécurité et la prévention de la radicalisation, résumant en quelques mots le sentiment d’une salle où ne manquaient pas les acteurs de terrain, dont certains opérant dans le domaine de la prévention et de la sécurité, découragés de ne pas être entendus ni même compris par les élus locaux.

Après la présentation du conférencier puis des associations invitantes, par Jean-Marie Belin, pour Objectif France et Nicolas Bonleux pour Lignes Droites 31 (et O.F.), la soirée prit la forme interactive d’un passionnant échange de près de deux heures, poursuivi ensuite à bâtons rompus hors micro, alternant des questions posées par la salle ou l’un des deux modérateurs et les réponses du général, toujours très argumentées et illustrées.

Si nous pouvons aujourd’hui, plus fréquemment qu’autrefois, entendre des experts, souvent liés au monde la Défense et de la Sécurité, généralement (mais pas toujours !) libérés du devoir de réserve, dresser un constat sans concession ni détour sur l’état de notre société, notamment sur le plan sécuritaire pour dénoncer l’aveuglement des élus et leur manque de réactivité face à la prolifération des zones de non-droit, des trafics en tout genre et de l’islamisme radical, il est en revanche beaucoup plus rare d’entendre exposer ainsi des propositions concrètes , une véritable méthodologie pour l’action, reposant à la fois sur le pragmatisme, le bon sens mais aussi la connaissance du terrain de celui qui accumule près de 40 ans de vie militaire au service de la France, dont 30 à la Gendarmerie nationale.

C’est pourquoi il nous a semblé intéressant de rendre compte, de la façon la plus exhaustive possible, de l’essentiel de cette soirée débat avec Bertrand Soubelet. Les lignes qui suivent s’y efforcent avec le maximum de fidélité. Toutes les questions abordées sont inextricablement liées les unes aux autres, et ce sont ces interrelations et priorités que le général s’est efforcé de mettre en évidence et d’expliquer. Néanmoins, pour la clarté de l’analyse, nous les avons dissociées ici.

Une situation sécuritaire inquiétante

Très logiquement, la soirée commence par les questions sécuritaires concernant les zones de non-droit que les médias s’enhardissent parfois à qualifier de territoires perdus de la République, quartiers pour lesquels le plan Borloo avait pronostiqué pour 60 d’entre eux des “ risques de fracture” et pour 15 autres “ des risques de rupture” , doux euphémismes pour notre intervenant pour qui fractures comme ruptures sont déjà des états de fait. Nicolas Bonleux évoque alors une des tribunes récentes du Général Soubelet dans le Figaro, faisant suite à la présentation des propositions Borloo (lire ici: Face à la menace l’urgence est de réapprendre à penser ).

Le constat

Nous ne nous attarderons pas longuement sur le constat que chacun connaît et que l’actualité nous rappelle tristement régulièrement. Notons néanmoins que le général, qui a commandé la gendarmerie de Midi-Pyrénées de 2008 à 2010, répercute sa grande inquiétude face à l’évolution de la situation depuis son départ. Ayant en effet passé la journée en rencontres successives avec des responsables de la sécurité et de la lutte contre la radicalisation, des élus de terrain à l’échelle de la Métropole, il avait découvert la situation explosive de certains quartiers toulousains, révélant une dégradation nette par rapport à ce qu’il avait connu quelques années auparavant. Sans révéler le détail de ce que ses interlocuteurs lui avaient appris, le conférencier fait comprendre à la salle que la situation est particulièrement inquiétante, évolutive dans le sens d’une dégradation rapide.

À plusieurs reprises, Bertrand Soubelet évoque la situation dans ces quartiers où police, gendarmerie, et même pompiers et soignants ne peuvent plus pénétrer après certaines heures. Il précise aussi qu’en ces zones de non-droit, il ne faut aucunement dissocier les économies souterraines des trafics illicites, d’armes ou de stupéfiants, et la radicalisation islamiste, et que ceux qui prétendent qu’il s’agit de filières distinctes, ce que démentent tous les acteurs de terrain, le font par incompétence, dogmatisme ou parce qu’ils ont eux-mêmes ce qu’il nommera pudiquement des “ objectifs pas très clairs” .

Ceci dit, il précise qu’il s’agit à chaque fois de quelques dizaines à une centaine d’individus, parfaitement identifiés par les bailleurs sociaux, les enquêteurs de terrain, les associations. On sait donc exactement qui perturbe et empoisonne la vie de ces quartiers.


Les facteurs aggravants

Les facteurs aggravants sont multiples, et nous reviendrons par la suite sur deux points essentiels : le manque de volonté et de courage des élus d’une part, l’inadaptation des moyens donnés à la Justice d’autre part.

Pour commencer Bertrand Soubelet insiste sur des responsabilités déjà anciennes :“ Nous n’avons pas su accueillir ceux qui sont venus , ce qui explique dans un certain nombre de quartiers nous en somment arrivés à une communautarisation qui n’est pas rampante, comme le disent certains, mais parfaitement acquise”. C’est pour lui une “ certitude . Nous le payons cher aujourd’hui” . Le général regrette que nous n’ayons pas “ été clairs avec ceux qui arrivaient il y a 25 ou 30 ans”, et que nous (il précise que ce nous désigne ceux qui ont en charge les responsabilités de l’État) ayons laissé faire, ce que plus tard il qualifiera d’ attitude “ laxiste puisque nous accordons tous les droits à ceux dont nous n’exigeons aucun devoir .”

“Quand on arrive dans un pays, ajoute-t-il , c’est pour partager le destin de ses habitants et fuir ce que l’on avait dans son propre pays . Or ceux qui arrivent aujourd’hui, quelles que soient les raisons pour lesquelles ils viennent, ne viennent plus en France pour partager le destin des Français, mais pour rejoindre leur communauté qui est installée en France. Ils la rejoignent parce qu’ils savent parfaitement qu’il y a ici des choses très intéressantes qui les attirent et qu’ils ne trouveront pas ailleurs”.

“Être clair” avec ces nouveaux arrivants, pour Bertrand Soubelet, c’eût donc été de “ poser des règles et de les faire respecter” et il cite, entre autres, l’apprentissage du français, l’obligation de mettre ses enfants dans les écoles de la République, d’arrêter de se vêtir comme dans son pays d’origine, bref de faire en sorte de devenir de vrais Français selon le modèle d’intégration qui avait fonctionné jusqu’à présent. Car, rappelle-t-il, la France a toujours été et reste un pays d’accueil, qui l’a largement prouvé depuis des dizaines et des dizaines d’années, une nation généreuse qui demande simplement à ses membres, quels qu’ils soient, de respecter les règles et “ que ceux qui arrivent aient envie de partager notre destin, acceptent les lois de la République et fassent preuve d’un comportement respectueux et citoyen”. Ce qui ne relève, ajoute-t-il que “du pragmatisme et du bon sens” , bien loin des idéologies ou des théories élaborées par des technocrates hors-sol. Car ce discours clair, qui se serait évidemment transcrit en actes en cas de non-respect du contrat, “ n’est pas un discours de facho ou de méchant” comme certains voudraient le qualifier.

Sur ce point le général conclut, précisant qu’il n’est “ pas extrémiste” et ajoutant avec humour qu’il se sent même à certains moments “ un peu gaucho” : “ Je suis respectueux de tout le monde mais je ne respecte pas ceux et celles qui ne respectent pas lois de la République. S’ils veulent en instaurer d’autres, alors qu’ils aillent ailleurs pour le faire. Notre pays est encore une démocratie, « à ce stade », et ceux qui ne respectent pas lois de la République n’ont rien à faire en liberté et parfois même chez nous s’ils sont étrangers .”

C’est alors l’occasion pour le Général de s’en prendre à “ une espèce de bien-pensance sur fond de droitsdelhommisme mal compris et de libertés publiques complètement dévoyées qui intoxiquent le pays depuis bien longtemps” , en particulier pour toutes les questions liées à l’immigration. Il dénonce ainsi la criminalisation face à chaque proposition destinée à avancer dans la résolution et, déjà, l’identification des problèmes, sur le prétexte que quiconque ose évoquer une difficulté posée par une personne issue de l’immigration ne serait pas humaniste ou n’aimerait pas les étrangers. Ce laxisme qui reconnaît à l’autre seulement des droits et non des devoirs, qui encourage la victimisation véhiculée par certains propagandistes du communautarisme, est “ en train de détruire les fondements mêmes de notre société et ce que sont les valeurs de notre pays” . Cet effacement de l’identité de l’accueillant devant celle de l’autre, l’accueilli, que la philosophe Françoise Bonnardel a qualifié d’ autruism e, a déjà été développé par Lignes Droites ici dans notre trilogie sur l’identité nationale.

Les propositions

Le général fait alors un certain nombre de propositions que l’on peut retrouver également dans une tribune du Figaro du 20 avril dernier (à lire ici) au titre significatif : Il faut agir et reprendre l'initiative sur notre propre sol . C’était également l’objet de sa critique des propositions Borloo, proposant des mesures déjà anciennes, souvent testées et dont la pertinence n'est pas toujours avérée, car “ elles ne pourront jamais être réellement mises en œuvre si la sécurité n'est pas assurée au quotidien dans ces quartiers” . La restauration de l’ordre et de la sécurité de manière totale et pérenne est donc un préalable incontournable . Il s’agit donc de reprendre le contrôle selon trois axes principaux qui sont d’une part de “ lutter contre l’économie souterraine et les trafics qui gangrènent le tissu social” , d’autre part de “ combattre le communautarisme, les propos et les comportements des islamistes” , et enfin de “ prendre des mesures concrètes pour éloigner durablement de ces quartiers les individus dangereux”.

Bertrand Soubelet propose alors une solution , qui pourrait être cette méthode dont manquent cruellement les élus, pour traiter ces quartiers. En effet certains intervenants dans la salle confirment que les élus locaux sont démunis face à leurs responsabilités croissantes en termes de sécurité et qu’il y a presque autant de politiques mises en place que de communes ! Il s’agirait donc d’identifier les quartiers à traiter, puis d’en choisir quelques-uns : “ trois ou quatre suffiraient probablement” . Cela commencerait par une concertation avec les élus, qui restent incontournables puisqu’eux seuls peuvent décider d’agir ou non, et qui rassemblerait tous ceux qui sont concernés par ces problèmes sécuritaires (magistrats, policiers, gendarmes, bailleurs sociaux …). Ces discussions permettraient de faire un diagnostic précis sur les difficultés du quartier, de fixer des objectifs clairement définis et la méthode à mettre en œuvre. Ensuite on déclarerait ce quartier zone de contrôle renforcé, ce qui suppose un régime juridique à inventer pour cette action ponctuelle. Cette mission serait dirigée par un chef désigné par le gouvernement pour régler les problèmes dans le quartier en question. Ce chef devrait être un expert de terrain, par exemple un grand patron de la police de la gendarmerie.

Le chef de mission, entouré d’un petit état-major, serait secondé par une task force de 800 à 1000 personnes composées de policiers, de gendarmes, de magistrats, de militaires si besoin était, d’éducateurs, de psychologues, brefs tous les intervenants habituels. Pendant trois mois on traiterait le sujet. Il ne s’agirait pas d’état de siège ni de mettre tout le monde en prison, tout se ferait dans le respect de la démocratie, mais cette fois avec fermeté, en fonction d’objectifs précis et dans la durée. Il faudrait probablement deux régimes judiciaires, celui qui traiterait de jour des questions habituelles (car la vie ne s’arrêterait pas pour autant et, les tribunaux étant déjà débordés, il ne s’agirait pas de leur faire prendre davantage de retard et de leur créer une surcharge de travail) et un régime de nuit, avec d’autres magistrats pour traiter les arrestations effectuées par la task force pendant la journée, en comparution immédiate.

Les peines pourraient être de prison, mais également des amendes et des saisies de biens (voir ci-après dans la partie Justice), mais également des éloignements. Le général Soubelet est persuadé qu’après avoir traité un quartier puis un autre, au bout de trois ou quatre quartiers emblématiques, un signal fort serait passé auprès des autres zones où les lois de la République sont bafouées. Et tout ceci ne relève encore une fois que du bon sens et ne serait finalement pas très coûteux (surtout au regard des politiques sociales mises en œuvre jusqu’à présent, sans résultat tangible et même contre-productives) mais le bon sens, comme le pragmatisme, “ n’a malheureusement plus beaucoup droit de cité dans la pensée publique” .

Un manque de volonté politique évident

Ces signaux, ce sont ceux que l’Etat doit donner à la fois à ces quartiers et aux Français qui désespèrent. Or aujourd’hui, le général dit ne déceler malheureusement dans le pouvoir en place que des opérations de communication mais aucune action, aucun signal significatifs. L’absence de volonté politique est, d’ailleurs, un leitmotiv qui traverse toute la conférence-débat, que ce soit dans les propos du général ou dans les témoignages des acteurs de terrain dans la salle.

Or il y a urgence . “ Pour arriver à inverser la tendance, cela risque d’être compliqué, de demander beaucoup de courage et de volonté politique et il y aura probablement du dégât. C’est le prix à payer pour que cette spirale dans laquelle nous sommes s’arrête enfin. Nous aurons du mal mais nous le pouvons encore. Le problème est que je ne vois pas à l’horizon suffisamment de volonté ni de courage pour que cela prenne cette direction-là.”

Aveuglement et surdité des élus

“Ceux qui représente l’État et l’autorité, c’est-à-dire ceux pour qui nous votons et qui sont seuls en mesure de donner des ordres à ceux qui sont chargés de mettre de l’ordre et de rétablir la sécurité dans ces quartiers, c’est-à-dire la police, la gendarmerie et l’armée, ne montrent pas leur volonté d’agir durablement et fermement”. Cela fut manifeste dans le plan Borloo, applaudi par beaucoup, et qui n’était pourtant qu’un recyclage de mesures coûteuses (que Bertrand Soubelet estime à environ 50 milliards pour ces dernières années) et qui n’avaient rien réglé jusqu’à présent, si ce n’est de garantir, en l’achetant, la paix sociale.

Le général, comme d’autres personnes dans la salle le feront plus tard, évoque les difficultés que l’on rencontre lorsque l’on tient ce genre de discours face aux hommes et femmes politiques : certains ne sont pas intéressés et n’écoutent pas, d’autres n’ont pas pris la mesure du problème et répondent immanquablement à leur interlocuteur qu’il “ exagère la situation” . Pour beaucoup, si on ne parle pas du problème, si on ne le leur donne pas à voir, il n’existe pas. C’est une forme de nominalisme (n’existe que ce que l’on nomme) qui a permis à beaucoup de responsables politiques de s’enfermer et d’enfermer la société dans des dénis de réalité depuis des années. Car pour éviter d’entendre nommer les choses, la bien-pensance dont on parlait précédemment, s’est efforcée de criminaliser quiconque évoquait les réalités de ces quartiers, que ce soit la délinquance ou la radicalisation islamiste. Comme il s’agit majoritairement de personnes issues de l’immigration, tout constat est aussitôt taxé de réactionnaire, fasciste, raciste, faisant le jeu des extrémistes, ce qui a longtemps permis d’étouffer la voix et les avertissements des acteurs de terrain. “ Cela nous a détérioré notre cohésion sociale dans un certain nombre de quartiers depuis 20 à 25 ans, avec la complicité de certains élus locaux” .

Rappelons au passage le prix que Bertrand Soubelet a payé pour sa franchise, qu’il évoquera pudiquement, en vitesse et avec humour, à la fin de cette rencontre, en rappelant qu’à chaque fois qu’il a voulu dire ce qui était, il s’est “ fait sortir” du jeu.

En décembre 2013 il fut auditionné à l’Assemblée nationale par la mission parlementaire de « lutte contre l’insécurité », après avoir prêté serment de dire la vérité, dans une audition où le devoir de réserve est évidemment levé. Lors de cette audience, il avait soulevé sans tabou les difficultés rencontrées par la Gendarmerie dans sa lutte contre la délinquance, que ce soit au niveau des moyens ou des procédures mais aussi de la Justice, avec des “ délinquants relâchés dans la nature” et des “coupables mieux traités que les victimes” . S’attirant les foudres du gouvernement pour cette liberté de ton inhabituelle, relevé de ses fonctions de numéro trois de la Gendarmerie nationale, il fut alors muté en Outre-mer, ce qui constitua une forme de rétrogradation et une mise au placard. À la suite de cela, celui que les gendarmes surnommaient désormais le “général Courage” publia un ouvrage en mars 2016, Tout ce qu’il ne faut pas dire , ce qui marqua cette fois la fin de sa carrière, suscitant un débat en France sur la liberté d’expression des militaires et le devoir de réserve pour un haut gradé encore en exercice. Cela n’est d’ailleurs pas sans évoquer plusieurs cas ultérieurs de militaires accusés de manquer à leur devoir de réserve, le dernier en date étant celui du CEMA Pierre de Villiers, présentant à huis clos devant une commission ad hoc de l’Assemblée Nationale et à la demande de celle-ci, des réalités militaires difficiles, avec la même franchise et liberté de ton, ce qui eut pour effet de mettre également un terme à sa carrière militaire.

Un intervenant, engagé dans les CLSPD et les CISPD (Conseil local ou communal de Sécurité et de Prévention de la Délinquance) ainsi que dans les CMER (Cellule municipale d’échange sur la radicalisation), rappelle que l’on a désormais de nombreux outils en France pour soutenir des actions efficaces, et corrobore les dires du conférencier en témoignant des difficultés, voire de l’impossibilité ,de faire prendre en compte, encore une fois, à des élus dépassés et sans méthodologie pour l’action, la mesure concrète des situations constatées sur le terrain. En supposant, toutefois, que ceux-ci répondent aux sollicitations, car beaucoup, y compris dans des zones ou villes touchées par la radicalisation, n’accusent même pas réception de la demande de contact ou des documents envoyés, ou oublient totalement en avoir déjà discuté, illustrant l’idée ci-dessus exprimée que lorsqu’on ne nomme pas, lorsqu’on ne voit pas, cela n’existe pas.

Néanmoins, petite note d’espoir, le général note l’accession aux responsabilités d’une nouvelle génération d’élus locaux , aux pratiques différentes, et il cite le cas du jeune maire de Rilleux-la-Pape (Alexandre Vincendet), en banlieue lyonnaise, qui a serré la vis depuis son élection. La délinquance y a baissé considérablement, prouvant un lien incontestable de cause à effet entre fermeté et courage d’une part, baisse de la délinquance et amélioration de la sécurité publique d’autre part.

Aucun contrôle des dépenses et subventions

Le général témoigne ensuite de réalités constatées lorsqu’il a exercé, pendant des années, des responsabilités de terrain. Un certain nombre d’associations, même s’il reconnaît qu’il en est de formidables et d’utiles, sont largement subventionnées par l’Etat et par les élus locaux qui y déversent de l’argent qui n’est jamais contrôlé. Ce système qu’il qualifie de “ pompes à fric” bénéficie avant tout à des “ individus dont le comportement n’est pas celui qu’on devrait attendre” , bien loin de l’objet de l’association pour laquelle ils reçoivent cet argent sans aucun contrôle de l’Etat ou des collectivités. Le résultat c’est que non seulement rien ne change et que l’on ne remet pas les choses en ordre, mais que l’on l’aggrave souvent la situation par cette manne financière.

Il en est de même pour tout ce qui concerne les dépenses sociales qui ne sont jamais contrôlées.

Une France administrée mais non gouvernée

Cet aveuglement est à la fois le fait d’un système technocratique où des décisions sont prises par des hauts fonctionnaires très éloignés des réalités du terrain, du dogmatisme d’un grand nombre d’élus qui ne fondent pas leurs convictions sur les faits mais s’efforcent de modifier ceux-ci jusqu’à ce qu’ils épousent leurs convictions, et enfin d’un manque de courage évident.

La grande difficulté de notre pays, ajoute le général, “ c’est que notre France n’est pas gouvernée, elle est administrée (distinction qu’il reprendra dès le lendemain dans un article du Figaro ici). Administrer c’est gérer, essayer de faire au mieux. Gouverner, c’est prendre ses responsabilités, fixer un cap, se donner les moyens de l’atteindre, donner des ordres et savoir se faire obéir” . Le général en profite, sur une question de la salle, pour remarquer que le terme “ gouvernance ”, un néologisme qui s’est imposé depuis quelques années, est surtout employé par des gens qui précisément … ne savent pas gouverner et qui noient leurs responsabilités dans le collectif que suggère la notion. Gouverner par contre est un “ mot noble” qui suppose de savoir commander, donc diriger, ce qui évidemment ne pose aucun problème à l’officier général ! De la même manière ce dernier exprime son horreur du mot “ management ”, trop proche à une lettre près du mot “ ménager ”, lequel évoque un peu trop la chèvre le chou entre lesquels on ne sait pas choisir et que l’on essaierait de concilier. En bon militaire, il faut pour lui que les choses soient claires, à mille lieues du “ en même temps” qui guide l’action gouvernementale d’aujourd’hui.

La collaboration avec Emmanuel Macron

Or ce n’est pas avec le président de la République que nous avons et la majorité parlementaire qui a été élue que l’on va y parvenir” ajoute Bertrand Soubelet. Devançant, comme il le dit lui-même, l’inévitable question à venir et provoquant quelques sourires entendus dans la salle, il ajoute malicieusement : “ car il n’a pas échappé à certains qu’à un moment donné j’ai collaboré avec Emmanuel Macron” .

L’histoire de leur rencontre est riche d’enseignements pour comprendre l’homme qu’est le général, mais aussi le fonctionnement de l’entourage du Président. Bertrand Soubelet affirme tout de go qu’il ne s’agit “ ni d’une trahison ni d’une forfaiture”. Il rappelle le contexte de l’automne 2016, il venait de quitter la gendarmerie et se trouvait désormais totalement disponible. Dans le contexte de la campagne électorale, il proposa alors ses services, à plusieurs reprises, aux équipes de François Fillon, y compris par l’intermédiaire de ministres et d’anciens ministres, sans recevoir la moindre réponse. C’est à ce moment-là que les collaborateurs d’Emmanuel Macron l’invitent à un petit-déjeuner, où on lui fait valoir que son expertise nationale et sa crédibilité en matière de sécurité et de défense leur serait fort utile car personne dans l’équipe n’avait de compétences sur ces questions. On lui proposait alors de relire les parties du programme en rédaction, de faire des propositions.

Le général affirme avoir longuement réfléchi, beaucoup hésité mais finalement s’être dit qu’il ne pouvait pas changer de cap par rapport à ses engagements et pratiques de longue date. Dès l’âge de huit ans en effet, il avait affirmé à ses parents qu’il voulait être gendarme pour “ servir son pays” . Depuis son entrée dans la Gendarmerie, à toutes les échelles d’action successives qu’il a rencontrées, du local au national, et à chaque niveau de responsabilité, de capitaine à général, il avait pris l’habitude de rédiger des notes et d’alerter ses interlocuteurs, élus locaux puis parlementaires et ministres. À l’époque, Emmanuel Macron n’était qu’un candidat parmi d’autres dont très peu prédisaient qu’il puisse se retrouver au second tour de l’élection présidentielle, mais Bertrand Soubelet était persuadé qu’un candidat aussi talentueux jouerait certainement un rôle plus tard et qu’il était préférable que ce soient ses idées qui l’inspirent à ce moment-là plutôt que des gens qui n’y connaîtraient rien et qui iraient raconter n’importe quoi.

S’ensuit une collaboration au cours de laquelle le général affirme ne pas avoir fait de cadeau à l’équipe d’Emmanuel Macron avec lequel il était en contact direct, ce qui a fini par déranger l’entourage immédiat du candidat. Il a ainsi largement contribué au programme de sécurité défense, notamment, à l’issue d’une heure d’entretien en tête-à-tête avec Emmanuel Macron, où il l’a convaincu de réinstaurer un service national universel (le fameux SNU qui revient dans les questions d’actualité) auquel le candidat n’était pas du tout favorable initialement. Il ne s’agissait pas, a-t-il expliqué au futur président, de restaurer un service militaire à l’ancienne mais de réussir à faire partager des valeurs communes à une classe d’âge, le respect des codes républicains, la signification du drapeau, de l’hymne national … Certes, ce qui ressort aujourd’hui “ n’a plus grand-chose à voir avec ce qu’il avait proposé ”, reconnaît-il, mais le mouvement est lancé. Pour le reste il considère avoir ramené la réflexion sur la Défense “ là où il fallait, mais pas complètement” . De même, il fut sollicité, 48 heures avant la parution du programme, sur la question de l’Outremer, qui avait été négligée et dont il est responsable à 50 % du rendu final.

Le général affirme avoir la conscience d’autant plus tranquille qu’il est parti au moment où se profilait avec une quasi-certitude l’élection d’Emmanuel Macron dont l’équipe cherchait à l’éloigner. Un certain nombre de “ scuds” dans la presse, dont il a parfaitement identifié la provenance, l’ont convaincu qu’il n’avait véritablement “ rien à faire avec ces gens-là. Je suis parti au moment où j’estimais que je devais partir. Si c’était à refaire, je referais exactement la même chose” , conclut-il, déclenchant une salve d’applaudissements dans la salle.


Une Justice inadaptée

Indissociable de la question au de la sécurité, celle de la Justice s’est également imposée tout au long de la rencontre. Bertrand Soubelet y a même consacré un long développement, très loin des caricatures de gauche comme de droite que l’on peut entendre sur le sujet. Il dit d’ailleurs préparer en ce moment une communication à ce sujet. Pour rendre la justice efficace, il est impératif de revoir les schémas de pensée anachroniques datant du XXe et même parfois du XIXe siècle.

Construire des prisons

Pour lui le modèle de la prison à l’ancienne, avec des grilles, des cellules, un certain isolement ne convient plus qu’à un certain type de détenus. On pourrait imaginer un système de prison allégé, par réutilisation d’anciennes casernes ou en montant des algecos modulaires qui coûtent dix fois moins cher qu’une prison et seraient démontables, réutilisables et qui s’adresseraient à des gens qui ont des petites peines ou des libérables en fin de peine.

Quoi qu’il en soit les besoins estimés aujourd’hui sont environ de 30 000 places. Le dernier Garde des Sceaux sous la présidence de François Hollande, Jean-Jacques Urvoas, pour lequel le général affirme avoir la plus haute estime, avait fait préparer le budget 2018 en mettant de côté des crédits budgétaires en autorisation d’engagement de dépenses pour acheter 12 terrains destinés à la construction de prisons. Il s’agissait dans l’urgence de permettre à son successeur de construire déjà 15 000 places. Le nouveau gouvernement a pris cet argent et l’a mis ailleurs. C’est un choix délibéré. Prétendre que l’on n’a pas les moyens c’est totalement faux, tout est question de priorité. Ne pas construire les prisons prévues au budget 2018, ne prévoir que 7000 places sur les 15 000 annoncés est bel et bien un choix politique que le général n’hésite pas à qualifier d’“ irresponsable” et de “ véritable scandale” .

Il ne s’agit pas de mettre tout le monde en prison, encore moins de construire des prisons quatre-étoiles mais, comme Bertrand Soubelet l’explique un peu plus tard, de faire face à la surpopulation carcérale et au délabrement avancé des bâtiments, à l’origine d’une promiscuité indigne d’une démocratie. Lorsque la société décide de mettre en prison, dit-il, elle a le devoir de traiter les prisonniers correctement et “ surtout de faire en sorte qu’ils ne soient pas plus pourris en sortant qu’en y entrant. Or aujourd’hui dans un grand nombre d’établissements pénitentiaires, c’est hélas le cas”.

Changer la conception des peines

La question des peines est abordée à partir d’une interrogation venant de la salle sur la dépénalisation du cannabis. Bertrand Soubelet ne s’y déclare pas favorable (et souligne que les Pays-Bas, face à des résultats très contestables, commencent à se demander s’ils n’ont pas fait une erreur en la matière) mais considère que les infractions à la législation sur les stupéfiants doivent être contraventionnalisées plutôt que d’infliger au contrevenant à une peine de prison qui ne sera jamais exécutée. “ Toucher les gens au portefeuille” , est une idée sur laquelle il reviendra souvent.

Le général se déclare hostile au “tout prison” car l’effet dissuasif sur un certain nombre de délinquants est très discutable et peut même se révéler contre-productif. Dans certains quartiers, explique-t-il, quand on met quelqu’un en prison pour un mois, trois mois, un an, il devient un véritable caïd à sa sortie. “ La GAV c’est le bac et la prison, c’est carrément la licence ou la maîtrise qu’il vient de décrocher. Il rentre en héros” . En clair, non seulement la prison n’obtient pas l’effet dissuasif attendu sur les trafics mais cela produit l’effet contraire.

Alors que faire envers tous ceux qui se rendent coupables de délits, parfois même de crime d’appropriation, en particulier ceux qui trempent dans l’économie souterraine ? Tous les acteurs de terrain l’affirment, de même que certains juges d’instruction, la seule chose qui vaille, “ c’est de saisir tous les biens dont ils ne peuvent justifier de la provenance, de les leur confisquer et de les mettre sur la paille”. Les lois existent, précise le général Soubelet, mais elles ne sont pas appliquées. Et pourquoi ne le sont-elles pas ? Parce que c’est un dogme chez certains magistrats qui considèrent qu’ils “ sont juges et non pas percepteurs” et le revendiquent clairement.

Or ce serait la peine “ qui pénaliserait le plus ceux qui se sont rendus coupables d’infractions et qui permettrait de surcroît à l’Etat de récupérer des subsides intéressants pour réduire les déficits publics et financer ce que l’on n’est plus en mesure de financer”.

Le continuum sécurité justice ne fonctionne pas correctement

Et il ne fonctionne pas “ parce que la justice est maltraitée” . Bertrand Soubelet souligne qu’il y a autant de magistrats qu’en 1874 alors que le contentieux a été multiplié par 20 ou 30, rapporté à la population. Le budget de la Justice (magistrats et administration pénitentiaire) est dérisoire par rapport aux besoins, autour de 9 milliards d’euros, soit à peine 1 milliard de plus que la seule Gendarmerie. Jusqu’à il y a deux ans les moyens baissaient, aujourd’hui ils n’augmentent pas alors que le contentieux progresse à la hausse, lui, de manière inquiétante. C’est pourquoi le général juge prioritaire, s’il faut choisir, de destiner les moyens avant tout à la Justice, avant même la Sécurité, ce qui ne fut pas compris par un de ses précédents ministres de tutelle. “ C’est pourtant une question de bon sens, à quoi sert de traquer les délinquants et de les remettre à la justice si les tribunaux ne sont pas capables de les gérer comme c’est hélas trop souvent le cas actuellement ?” La situation actuelle, rappelle-t-il, c’est que ces délinquants sont soit remis en liberté immédiatement, sans poursuites, avec les effets désastreux et les risques que l’on peut imaginer sur les victimes, soit sont convoqués six mois à un an plus tard, quand parfois ils ne se souviennent même plus du délit, tellement ils en ont commis d’autres entre-temps ! Ainsi certains, de bonne foi, prétendent-ils qu’ils ne sont pas concernés et n’ en acceptent-ils qu’encore plus difficilement la sentence.

C’est pourquoi le général propose que la règle devienne le TTR, le traitement en temps réel. Le prévenu arrive, son avocat prend connaissance de la situation et l’auteur des faits est jugé en comparaison immédiate. Encore faut-il dit-il que les avocats ne jouent pas la montre comme c’est le cas trop souvent pour freiner la procédure.

En tout cas Bertrand Soubelet dénonce les choix terribles effectués depuis 25 à 30 ans par les gouvernements successifs, qu’ils soient de droite de gauche. Il rappelle que la gauche favorise la prévention et s’est, jusqu’à présent, presque totalement désintéressée de la répression, considérant les auteurs des faits comme de pauvres victimes de la société qui serait seule responsable. À droite, il s’agit également d’en faire le strict minimum, pour ne pas donner de moyens à la Justice que l’on dit “gauchiste”. Ajoutons à cela, glisse le conférencier, avec l’air de celui qui sait parfaitement de quoi il parle, “ qu’un certain nombre d’hommes et de femmes politiques ont des raisons factuelles d’être prudents avec la Justice car leur comportement personnel est à la limite du pénalement répréhensible” . Dans un cas comme dans l’autre, rien n’avance et la dégradation de la situation se poursuit. Or les deux, prévention et répression, sont indissociables. Le résultat est que les Français ne croient plus à la Justice et que la fracture se creuse.

Pendant longtemps il est vrai, rappelle-t-il, le système a été “ verrouillé par le Syndicat de la magistrature” . Quand de nombreux magistrats rendent leur jugement en fonction de leurs propres opinions politiques, “ c’est insupportable : quand on est investi d’une mission d’autorité noble comme celle de rendre la justice, on doit mettre ses convictions de côté. La loi, rien que la loi”. C’est la raison pour laquelle de nombreux Français ont l’impression que l’on se préoccupe davantage des auteurs, qui savent fort bien se victimiser, que des victimes véritables, idée que le général avait soutenue devant l’Assemblée nationale et qui lui valut, entre autres, d’être sanctionné. Mais là encore, comme pour les élus locaux, le général remarque que c’est en train de changer, et qu’il y a un certain nombre de jeunes magistrats qui échappent à cette règle.

Mais, hélas, “ il est compliqué de mettre un terme à 40 années de laisser-aller !” Il va falloir réapprendre aux délinquants “ ce qu’est la règle, ce que l’on fait, ce que l’on ne fait pas, en fonction des lois de la République” . Et il reste beaucoup à faire, notamment dans le traitement de la délinquance des mineurs qui commence de plus en plus tôt. Or il n’y a rien de clairement prévu dans notre pays pour la prendre réellement en compte, que ce soit dans la législation ou l’assistance éducative. Le général en prend pour preuve les centres d’éducation renforcée et les centres d’éducation fermée qui, tout cumulé, offrent 1000 places, ce qui est évidemment notoirement insuffisant par rapport aux besoins. En outre, un autre problème est que 80 % des établissements ne sont pas tenus par l’État mais par des associations qui, elles non plus, ne sont pas contrôlées.

Enfin, si sur les questions de défense, de sécurité et d’immigration, la concertation entre pays européens semble indispensable (mais “ également avec l’Union africaine dont on ne parle pas suffisamment et qui pourrait avoir un rôle à jouer là-dedans” ), pour les questions de justice, cela doit rester une mission régalienne propre à chaque État.


Servir, toujours, mais autrement

Finalement le général revient avec humour sur son parcours récent et ses intentions actuelles, des modes d’action différents mais qui relèvent tous d’une volonté de servir son pays en lui restant utile. Comme il le rappelle, il est resté constamment fidèle à sa mission qui était d’observer, d’agir et d’avertir, en tant qu’officier de gendarmerie où il est rentré capitaine et sorti général quatre étoiles, puis après sa mise à la retraite militaire. “ J’ai ouvert ma gueule devant l’Assemblée nationale, et je me suis fait sortir. Puis j’ai écrit un livre et je me suis fait sortir une deuxième fois. Alors j’écris un second livre, qui était une manière de rester dans l’action. Mais après l’écriture, que me restait-il ?” Comme rappelé plus haut, il propose alors ses services en tant qu’expert à un candidat, qui ne donne pas de réponse. L’équipe d’un autre vient le chercher, la collaboration tient le temps nécessaire pour orienter dans le sens du souhaitable et du pragmatisme le programme Sécurité Défense et Outremer, mais là encore il faut partir, cette fois de son plein gré, une fois constaté que l’on n’a rien en commun avec l’équipe en place.

C’est alors que Bertrand Soubelet se lance dans l’arène politique, en se présentant aux élections législatives dans la 10e circonscription des Hauts-de-Seine en 2017, remportée par un candidat LREM. Même si le général précise dans un sourire qu’il est cependant arrivé devant le parti socialiste, les résultats sont décevants en ce sens que, pendant la campagne, il dit avoir rencontré des centaines de personnes qui l’ont félicité pour son franc-parler, son action et lui ont montré leur intérêt, l’ont encouragé à persévérer mais qui, une fois dans l’isoloir, ne sont pas allée jusqu’au bout des intentions formulées et ont retrouvé leurs réflexes traditionnels.

On a les élus qu’on mérite” , ajoute-t-il.

Son engagement dans le mouvement Objectif France traduit à présent une volonté de pratiquer la politique autrement, hors de “ cette classe politique qui n’a rien fait depuis 35 ans et vous explique que c’est par elle que tout va changer” et des partis traditionnels, qui ont essayé de le récupérer, et qui sont en train de s’autodétruire, en raison des rivalités personnelles. Mais l’objectif du mouvement n’est pas simplement de travailler comme un think tank sur les questions essentielles et de dire les choses, de faire des propositions concrètes et motivées, mais bien d’arriver au pouvoir, ce qui passe par l’élection, seul moyen de faire rentrer les discours dans les faits. Raison pour laquelle le général a accepté la vice-présidence d’Objectif France et qu’il a pris son bâton de pèlerin pour parcourir le pays et multiplier les conférences et les rencontres de terrain, afin de mobiliser le maximum de gens autour d’actions concrètes et des projets novateurs.

Mais si les Français ne votent pas pour ceux qui ont envie de faire bouger les choses, se contentent de critiquer sans participer eux-mêmes à l’action, ce que ce genre de mouvement rend pourtant possible, s’il ne trouvait pas suffisamment de bonnes volontés prêtes à s’engager autour de lui dans l’objectif de faire aboutir ces projets, le général affirme qu’il se retirera sans regret dans son cher Pays basque pour cultiver des tomates et marcher dans la montagne, car il n’a pas de motivation personnelle et n’a pas besoin de la politique pour vivre !

Après une telle profession de foi, cette soirée interactive, riche en échanges et en informations de qualité, faisant consensus autour d’un général dont la crédibilité et l’expertise sont unanimement reconnus, ne pouvait que se terminer sur une élégante passe d’armes complice entre celui qui, à la tribune, croyait encore aux partis traditionnels (Nicolas Bonleux, membre d’Objectif France mais également membre fondateur de Lignes Droites31, et qui vient d’annoncer sa candidature à la présidence de la fédération de Haute-Garonne des Républicains) et celui qui n’y croyait pas.

par Alain Weber sur X 9 août 2026
Un post d’Alain Weber publié sur X, dont nous partageons pleinement l’analyse et les conclusions à propos de ce que nous considérons comme la lie du paysage politique actuel : Gabriel Attal et Dominique de Villepin : https://x.com/alainpaulweber/status/2084392385279041632 "Je ne supporte pas Gabriel Attal. Cette agitation perpétuelle, cette manie de confondre vitesse et profondeur, cette autorité sous tension qui tient plus du réflexe que de la pensée, tout sonne faux, forcé, surjoué. Mais voir Dominique de Villepin monter en chaire pour lui faire la morale relève du théâtre de grand Guignol. D’un côté, Attal : l’énergie sans cap, la fermeté d’affiche, le volontarisme d’apparat. Ça gesticule, ça simplifie, ça promet avec la vitesse et la force de quelqu’un qui sait qu’il ne tiendra pas ses engagements. Une politique à l’adrénaline, où l’effet remplace l’idée. De l’autre, Villepin : la voix grave, le verbe ample, la posture impeccable. Il parle comme on déclame, avec cette assurance tranquille de ceux qui se regardent penser. Mais à force de hauteur, il par perdre tout contact avec la réalité et finit par flotter dans son immensité intellectuelle… L’un s’excite, l’autre se contemple. L’un fait du bruit, l’autre fait de l’écho. Et puis il y a ce double jeu à peine dissimulé : Dominique de Villepin, devenu tribun d’une gauche immigrationiste, sur ordre du Qatar , et Gabriel Attal, socialiste pressé qui voudrait faire croire qu’il est de droite. Deux trajectoires, deux discours, un même parfum d’imposture. Bref, deux calamités. Deux profils qui devraient se tenir extrêmement loin du pouvoir si l’on veut laisser à ce pays une chance de s’en sortir." 
par Dominique Reynié dans FigaroVox 9 août 2026
"L’écologisme est en contradiction avec la marche d’un monde avide de croissance comme avec la volonté des Français de maintenir leur niveau de vie et de l’accroître si possible" Longue interview de Dominique Reynié par Alexandre Devecchio dans FigaroVox https://www.lefigaro.fr/politique/dominique-reynie-l-ete-2026-aura-montre-que-l-ecologisme-est-devenu-l-ennemi-de-l-ecologie-20260802 LE FIGARO. - Selon beaucoup d’observateurs, les incendies ne relèvent pas seulement de la catastrophe naturelle, ils sont aussi le résultat de choix politiques liés à une certaine écologie. Les militants écologistes ont ainsi lutté pendant des années contre le débroussaillement, la gestion forestière ou encore les retenues d’eau… Peut-on parler de catastrophe politique ? DOMINIQUE REYNIÉ. - Je le crois. Il faut que nous apprenions à distinguer entre, d’une part, l’écologie , qui désigne à la fois une science et une préoccupation pour l’environnement, pour le vivant, pour sa fragilité et, d’autre part, l’écologisme, qui est une idéologie construite et mobilisée pour servir un projet de conquête du pouvoir. On comprend aisément que le réchauffement climatique favorise la propagation des incendies . Mais la catastrophe que nous vivons est en effet le résultat d’une détermination politique particulière, celle de l’influence pernicieuse de l’écologisme sur l’action publique. Dès les premiers incendies, les chaînes d’information continue accueillaient des intervenants établissant explicitement une relation directe de cause à effet entre le réchauffement climatique et les incendies, comme si le feu avait pris spontanément, dans une atmosphère surchauffée. On a vu des représentants d’Oxfam - qui se définit comme « une association de solidarité internationale qui lutte contre la pauvreté, les inégalités et le changement climatique » - expliquant les incendies par le réchauffement climatique, et mettant aussitôt en cause nos modes de vie, la croissance économique, les entreprises, le « capitalisme », etc. Il aura fallu un peu de temps avant de commencer à discuter des défaillances des politiques publiques, des investissements insuffisants ou trop souvent différés, des causes des départs de feu. À lire aussi Climatisation, incendies, nucléaire… L’été dantesque consacre la défaite de l’écologisme politique Surveiller les forêts, perfectionner les outils pour les combattre, sanctionner les comportements imprudents, punir les actes coupables, etc., tout cela dépend d’une stratégie, d’une organisation, de moyens financiers, humains et techniques, c’est-à-dire d’une bonne politique, mais c’est celle à laquelle les écologistes n’ont cessé de s’opposer, aidés d’ailleurs en cela par LFI. Les tragiques incendies de l’été 2026 nous montrent, pour la première fois, qu’une catastrophe écologique n’est pas seulement l’effet du climat ou de la globalisation économique, mais aussi de l’influence de l’écologisme, qui abuse d’images évidemment impressionnantes sans laisser suffisamment de place à des argumentations rigoureuses. Le discours écologiste est tellement pesant et anxiogène qu’on en est arrivés à inventer le terme d’écoanxiété pour caractériser cette angoisse dont les dégâts produits sur l’opinion publique, en particulier sur les nouvelles générations, sont considérables. Ne leur répète-t-on pas, finalement, que vivre est un cauchemar, voire une faute et que la nature serait victime de l’humanité ? Depuis les années 1970, les écologistes ont gagné en notoriété grâce à une politisation extrême des problèmes environnementaux De l’affaiblissement de notre filière nucléaire aux incendies, en passant par notre retard en matière de climatisation dans un contexte de réchauffement climatique, sommes-nous en train de payer les conséquences de l’influence politique de cet écologisme ? Rappelons de quoi est fait cet écologisme. Il est hostile à la croissance économique, aux entreprises, à l’innovation, souvent aux progrès scientifiques, à ce qui est la source de la plupart des solutions politiques aux grands problèmes que rencontre le monde. Les écologistes ont avec l’écologie la même relation que le RN avec l’immigration : c’est un enjeu existentiel ; c’est leur raison d’être. Pour les écologistes comme pour le RN, un monde de solutions est un monde où ils n’ont plus leur place. Depuis les années 1970, les écologistes ont gagné en notoriété grâce à une politisation extrême des problèmes environnementaux, en imputant sans nuance aux États et à leurs dirigeants la responsabilité des phénomènes et des catastrophes climatiques. Les voici aujourd’hui à leur tour désignés parmi les responsables de cette catastrophe. L’été 2026 aura établi aux yeux de tous que, en fait, cet écologisme peut être l’ennemi de l’écologie. La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, s’est montrée hostile à l’extension de la climatisation avant de menacer de démissionner à la suite de l’adoption de la loi d’urgence agricole. Que cela révèle-t-il ? Les partis de centre gauche et de centre droit se laissent-ils trop souvent intimider par l’écologisme radical ? Assurément. Le principal problème posé par l’écologisme est politique et, plus précisément, démocratique. L’écologisme est parvenu à prendre le pouvoir sans avoir réussi à convaincre les électeurs. Ainsi, face au dérèglement climatique, qui aurait dû les avantager, les écologistes ont choisi de répondre non par le marché, la société civile, la créativité, l’initiative et l’innovation, mais par le projet démesuré de « sauver la planète » grâce à une « transition écologique » conçue et conduite depuis Bruxelles, pour l’Union européenne, et depuis Paris pour la France. Ces idées relèvent d’une conception suradministrée des affaires publiques. Le résultat est le déploiement d’un régime de réglementations, d’autorisations, de contrôles et de surveillances de plus en plus étroit, intrusif et sévère, sans égard pour les libertés individuelles, et d’ailleurs sans effet sur le réchauffement climatique. Cet écologisme par les normes, cet écologisme bureaucratique, s’est non seulement mis en place sans avoir eu besoin de l’assentiment des électeurs, mais aussi sans les en avoir informés, de même qu’ils ne furent pas informés, entre 1997 et 2017, du quasi-abandon de notre filière nucléaire, qui constitue pourtant notre plus grand atout industriel, ainsi que notre meilleure réponse aux défis de la souveraineté énergétique et du réchauffement climatique. En ce sens, on peut considérer le mouvement des « gilets jaunes » comme un premier coup d’arrêt populaire imposé à l’idéologie écologiste, un coup d’arrêt d’ailleurs opéré selon une méthode manifestante et non électorale, comme s’il s’agissait, pour les « gilets jaunes », de répondre à l’écologisme avec ses mêmes méthodes de blocages protestataires et de confrontations violentes. Je dirais que l’écologisme est en train de perdre la bataille législative et gouvernementale Le virage pronucléaire d’Emmanuel Macron a-t-il été un tournant ? L’écologisme radical est-il en train de perdre la bataille culturelle ? Je dirais que l’écologisme est en train de perdre la bataille législative et gouvernementale. Cependant, la récusation électorale de l’écologisme n’empêche pas sa domination culturelle. On le voit à travers l’extraordinaire bienveillance du monde médiatique, qui est l’un des grands privilèges concédés à cette idéologie. On le voit aussi dans l’omniprésence du discours écologiste partisan, de fait institutionnalisé. On songe à ce qu’Althusser appelait les « appareils idéologiques d’État » : l’école, et par l’école on atteint aussi les familles, les universités, le monde intellectuel, les médias, en particulier l’audiovisuel d’État, ou encore le monde culturel. On voit aussi de nouveaux appareils idéologiques à l’œuvre, avec les plateformes numériques, les moteurs de recherche, les IA, Wikipédia, etc., et à travers eux les métiers de la communication et du marketing, affectant le discours de nombre d’entreprises ; elles reprennent à leur compte l’écologisme en imaginant un effet bénéfique, sans toujours voir qu’elles alimentent un gauchisme culturel qui ne leur veut pas du bien. Les écologistes étaient tout de même les premiers défenseurs de l’euthanasie. Et la loi qui a été adoptée s’inscrit dans leur vision radicale. Comment expliquez-vous l’engagement des écologistes sur la question de l’euthanasie et leur victoire politique sur cette question ? C’est une autre dimension de l’impensé écologiste et une autre cause de leur déclin. Les écologistes ont insisté sur la fragilité du vivant et la vulnérabilité du monde - plus qu’aucune autre famille politique -, ils ont dénoncé les dangers du pouvoir médical, pour finalement prendre une part prépondérante à la légalisation de l’euthanasie. Au fond, l’écologisme n’a-t-il pas ainsi rompu avec ce qui est supposé être le cœur de sa doctrine, la protection du vivant, le souci de sa fragilité, la protection des plus faibles ? L’écologie et la protection de la nature demeurent des questions majeures. Le risque est-il que l’opinion publique en vienne à confondre ces enjeux avec l’écologisme radical et rejette en bloc toute forme d’écologie ? Comment réconcilier l’écologie avec la liberté, le progrès réel et la démocratie ? Il me semble que l’on ne s’y trompe pas. En effet, d’une part, les études d’opinion nous disent que les enjeux écologiques préoccupent très largement la population. D’autre part, les résultats électoraux montrent que les Français refusent fermement, et depuis toujours, d’accorder leur confiance aux écologistes. Cet écologisme dogmatique, assimilable à l’extrême gauche parce qu’il se présente comme l’ennemi juré de la croissance économique et du confort matériel, n’a jamais intéressé la majorité des électeurs. Le gauchisme est-il l’avenir de l’écologisme ? Les tenants de l’écologisme sont pris dans une relation conflictuelle, inextricable, avec la démocratie. La victoire électorale est une perspective qui leur semble inatteignable, à juste titre. Les élections ne leur seront pas favorables avant longtemps, peut-être jamais. C’est pourquoi on assiste, au sein de l’écologisme et à gauche en général, au retour d’un discours archaïque constitutif des premiers âges de la gauche, au milieu du XIX e siècle, et qui contestait la capacité de l’électeur, son indépendance, la valeur de l’élection, la représentativité des représentants élus. L’intérêt théorique bien réel de ces sujets n’interdit pas de relever que les partis qui parlent de plus en plus de « conventions citoyennes », de tirage au sort et de « démocratie participative » sont ceux auxquels les élections générales et les référendums - bref, la souveraineté électorale - ont peu de chance d’être favorables. L’écologisme est en contradiction avec la marche d’un monde avide de croissance comme avec la volonté des Français de maintenir leur niveau de vie et de l’accroître si possible Ce qui, hier, était magnifié, l’élection au suffrage universel, est aujourd’hui, à gauche, un sujet de suspicion. Si l’écologisme est parvenu à gouverner tout en étant la composante marginale de coalitions fragiles ou minoritaires, depuis une trentaine d’années jusqu’à aujourd’hui, il suscite maintenant une exaspération montante qui appelle un arbitrage démocratique. L’écologisme est en contradiction avec la marche d’un monde avide de croissance comme avec la volonté des Français de maintenir leur niveau de vie et de l’accroître si possible. Les écologistes devraient opérer un virage réformiste. Mais, différemment, ils semblent s’engager depuis quelques années sur le chemin d’une mutation de sens contraire, comme si, faute de pouvoir imaginer leur victoire électorale, ils cédaient à la tentation, en assumant leur conversion à une politique antisystème. C’est bien ce processus qui est à l’œuvre dans le rapprochement avec LFI. Il pourrait aboutir à une union lors des prochaines élections législatives de juin 2027. Mais le rapprochement avec LFI a un prix. Il implique notamment de se lier avec les mouvances antisémites et islamistes qui travaillent la gauche française et l’ensemble de la gauche européenne.
par Nicolas Pouvreau-Monti dans FigaroVox 4 août 2026
"Près de 60 000 migrants ont franchi en une seule journée la frontière qui sépare le royaume du Maroc du territoire espagnol. Cette crise révèle un enchevêtrement d’erreurs et de naïvetés cumulées, dont les leçons, comme les effets, valent pour l’Europe entière, analyse le directeur de l’Observatoire de l’immigration et de la démographie."  Une tribune très éclairante de Nicolas Pouvreau-Monti (co-fondateur et directeur de l’Observatoire de l’Immigration et de la Démographie) sur les récents évènements à la frontière entre le Maroc et l'Espagne à lire dans FigaroVox : https://www.lefigaro.fr/vox/politique/nicolas-pouvreau-monti-ceuta-n-est-pas-une-anomalie-c-est-un-avertissement-20260731 Nicolas Pouvreau-Monti : « Ceuta n’est pas une anomalie, c’est un avertissement » Il aura suffi de quelques heures pour qu’une enclave de 18 kilomètres carrés devienne l’épicentre d’une crise européenne. À Ceuta, près de 60 000 migrants – majoritairement des jeunes hommes marocains – ont franchi en une journée, de manière irrégulière, la frontière qui sépare le royaume du Maroc du territoire espagnol. La ruée vers cette ville autonome n’est pas seulement le visage d’un échec policier ou sécuritaire. Elle révèle un enchevêtrement d’erreurs et de naïvetés cumulées, dont les leçons (comme les effets) valent pour l’Europe entière. À découvrir Avec son plan de régularisation des clandestins annoncé en janvier 2026, l’exécutif espagnol pensait ouvrir un dispositif concernant 500 000 personnes environ. Au 30 juin dernier : 1,2 million de dossiers avaient été déposés. Les Marocains en constituaient la deuxième nationalité la plus nombreuse. Pedro Sanchez cherche, depuis plusieurs années, à se positionner comme l’un des derniers dirigeants du monde démocratique explicitement favorables à une immigration sans contrôle. En témoignent ses interventions dans la presse internationale – comme sa tribune parue dans le New York Times en février dernier, ainsi titrée : « Je suis le premier ministre espagnol. Voici pourquoi l’Occident a besoin des migrants. » Ce faisant, Sanchez a ignoré délibérément un phénomène dont l’existence est pourtant attestée au niveau mondial : celui de « l’appel d’air » généré par ce type de décision. Tandis que l’ensemble des passages irréguliers détectés par Frontex aux frontières extérieures de l’UE a reculé de 25% l’an dernier, la seule route migratoire qui a connu une hausse notable de ses franchissements est celle de la Méditerranée occidentale – qui va, précisément, du nord du Maroc au sud de l’Espagne. La perspective de cette régularisation massive était déjà évoquée publiquement par Madrid. Cette ruée vers Ceuta met à nouveau en lumière l’extraordinaire fragilité à laquelle nous expose l’état actuel de l’espace Schengen. Un seul pays, même radicalement isolé en Europe (l’adoption récente du « règlement Retour » par le Parlement européen en témoigne), est en mesure d’imposer les conséquences de ses décisions à l’ensemble des autres États membres de la zone. Des règles dérogatoires de contrôle s’appliquent, certes, au départ des enclaves de Ceuta et Melilla vers le continent. Mais quiconque posera le pied en Andalousie entrera dans un espace de 4 millions de kilomètres carrés, où l’absence de contrôle aux frontières – non seulement pour les citoyens de l’UE, mais aussi pour les ressortissants extraeuropéens – constitue un principe solidement garanti. Des modalités de rétablissement temporaire des contrôles sont certes prévues par le droit, comme l’a rappelé le ministre Laurent Nunez pour tenter d’apaiser les craintes. Mais celles-ci se trouvent très limitées dans leur mise en œuvre concrète. Dans la foulée d’une décision de la Cour de Justice de l’Union européenne en 2023 : les décisions rapides et souveraines de « non-admission » à la frontière française, qui étaient pratiquées largement à la frontière avec l’Italie depuis 2015 (et auraient pu l’être face à l’Espagne aujourd’hui), ont chuté de 80% en un an. L’apparent relâchement des contrôles marocains qui a accompagné la ruée vers Ceuta devrait aussi déciller les yeux de nos dirigeants devant une évidence stratégique : l’arme migratoire est devenue l’un des principaux leviers de déstabilisation contre les États européens. Le « gouvernement des juges » n’est pas innocent, non plus, dans la crise déclenchée à Ceuta. Au début du mois de juillet, le Tribunal suprême espagnol a publié un arrêt rendant impossible le recours aux « refoulements immédiats » pour les clandestins arrivant par la mer. Les migrants – et, plus encore, les réseaux criminels qui les accompagnent – sont des individus rationnels, qu’il importerait de considérer enfin comme tels. Ils réagissent aux signaux et aux contre-signaux, d’ouverture ou de fermeté. Ils pèsent les opportunités avec les risques qui leur sont associés. Les messages irresponsables envoyés par des gouvernements ou des juridictions engendrent des effets concrets sur la dynamique des flux. L’apparent relâchement des contrôles marocains qui a accompagné la ruée vers Ceuta devrait aussi déciller les yeux de nos dirigeants devant une évidence stratégique : l’arme migratoire est devenue l’un des principaux leviers de déstabilisation contre les États européens. De la même façon que l’Algérie a « fait payer » la France pour le virage pro-marocain opéré par notre diplomatie en 2024, rompant toute coopération dans le domaine migratoire et facilitant les départs, le régime de Rabat n’apprécie pas le rapprochement engagé entre Madrid et Alger – ni la position du gouvernement Sanchez sur la question du Sahara occidental. Ce genre de stratégie hostile n’est pas seulement déployé au sud. En 2021, la Biélorussie d’Alexandre Loukachenko a organisé l’acheminement de milliers de migrants du Moyen-Orient jusqu’aux frontières de la Pologne et de la Lituanie, afin d’exercer une pression politique sur l’Union européenne en représailles aux sanctions occidentales. La Turquie d’Erdogan l’a fait aussi. Cet instrument de guerre hybride est d’autant plus efficace que l’Europe entretient activement sa propre vulnérabilité, par un ordre juridique qui fait de notre continent le plus ouvert à l’immigration irrégulière dans le monde. L’instrumentalisation des migrations est aussi le moyen récurrent d’une « annexion par le bas » pour des gouvernements revendiquant leur souveraineté sur des territoires où ils ne l’exercent pas. Rabat considère Ceuta et Melilla comme des territoires marocains occupés par l’Espagne : l’afflux de ses ressortissants en masse et en force est un moyen d’affirmer cette position, tout comme de préparer un basculement démographique favorable au rattachement. Ce mode opératoire est le même que celui déployé par les Comores à Mayotte, dans un objectif identique. Les crises migratoires ne sont plus seulement des défis humanitaires ; elles sont devenues des terrains de confrontation stratégique. Ceuta n’est pas une anomalie. C’est un avertissement.
par Jean-Frédéric Poisson dans VA 29 juillet 2026
Une tribune de Jean-Frédéric Poisson sur le rôle du Conseil Constitutionnel et sur les réformes possibles pour garantir l’État de droit ! https://www.valeursactuelles.com/clubvaleurs/politique/jean-frederic-poisson-pour-une-reforme-du-conseil-constitutionnel Le sentiment de défiance à l'égard des « Sages » vient de ce qu'ils donnent trop souvent l'impression de faire de la politique au lieu de dire le droit, de réduire l'espace de débat au lieu de le protéger. Par Jean-Frédéric Poisson Publié le 22 juillet 2026 à 21h00 Le Conseil constitutionnel a-t-il progressivement excédé sa fonction ? Un sentiment s’installe dans le débat public français : celui d’un Conseil constitutionnel dont le pouvoir aurait progressivement excédé sa fonction. À chaque grande loi censurée ou partiellement amputée, revient la même interrogation : le Conseil dit-il le droit ou participe-t-il désormais à la décision politique, notamment sur des sujets sensibles comme l’immigration, les retraites, la sécurité ou la crise sanitaire ? L’État de droit contre la démocratie Cette question ne peut être écartée au nom de la défense abstraite de « l’État de droit ». Il faut distinguer l’état du droit, c’est-à-dire l’ensemble des normes en vigueur, de l’ État de droit , qui désigne un régime où le pouvoir est limité, séparé et contrôlé, et où les citoyens concourent librement à la formation de la loi. Le premier relève des politiques publiques ; le second des conditions de la liberté politique. Depuis la décision de 1971 sur la liberté d’association, le Conseil a progressivement étendu son contrôle en s’appuyant sur le « bloc de constitutionnalité » : Constitution de 1958, Déclaration de 1789, Préambule de 1946, Charte de l’environnement, principes fondamentaux reconnus par les lois de la République et diverses constructions jurisprudentielles. Ce mouvement peut être vu comme un progrès pour les droits fondamentaux. Mais plus ce bloc s’élargit, plus le juge dispose d’une marge d’interprétation susceptible de l’amener à arbitrer entre plusieurs conceptions également légitimes de la liberté, de l’égalité ou de la fraternité. Il ne protège alors plus seulement le cadre du débat démocratique : il en réduit parfois l’espace. Rétablir la confiance entre le peuple et les institutions La réforme du Conseil constitutionnel devrait donc devenir un chantier majeur du rétablissement de la confiance entre le peuple et les institutions. La défiance actuelle tient aussi à l’impression que certains choix collectifs échappent désormais au suffrage et au Parlement. Une démocratie constitutionnelle a besoin de limites à la majorité ; elle a aussi besoin que ces limites soient claires, lisibles et directement rattachées à la Constitution. Plusieurs réformes sont envisageables : renforcer la motivation des décisions, revoir les modalités de nomination, exiger une compétence juridique renforcée, supprimer les anciens présidents de la République comme membres de droit, développer les règles de déontologie, publier les votes et autoriser les opinions dissidentes. Ces mesures amélioreraient la transparence sans modifier l’équilibre institutionnel. Plus profondément, il conviendrait de recentrer le contrôle de constitutionnalité sur sa finalité première : garantir l’État de droit, non orienter l’état du droit. Une révision pourrait ainsi préciser que les principes déduits de la Constitution ne peuvent justifier une censure qu’en matière de séparation des pouvoirs, de souveraineté nationale, de liberté politique, d’égalité civique, de sûreté, de légalité pénale, de garantie des droits et de régularité du suffrage, sans permettre au Conseil de substituer son appréciation à celle du législateur sur les choix de politique publique. Il ne s’agit pas d’affaiblir la Constitution, mais de rappeler qu’elle n’est pas un programme politique. Elle est la règle commune qui permet au peuple de débattre, de choisir et d’alterner. Réformer le Conseil dans cet esprit, ce serait rendre au droit constitutionnel sa véritable fonction : garantir que nul ne puisse confisquer au peuple le pouvoir de se gouverner lui-même.
par Yves d'Amecourt 28 juillet 2026
" Les grands incendies que connaît aujourd’hui la France révèlent moins une crise de la forêt qu’une crise de l’État. Ils mettent à nu une administration qui excelle à produire des normes mais peine de plus en plus à accomplir sa mission première : protéger les Français et le patrimoine dont ils ont hérité." Et si les incendies qui ravagent nos forêts chaque été n'étaient pas une fatalité climatique, mais le symptôme d'un État devenu incapable d'agir ? C'est ce que nous suggère Yves d'Amecourt dans ce magnifique texte : https://nouvellerevuepolitique.fr/yves-damecourt-quand-la-foret-brule-cest-letat-qui-se-consume/
par Jean-Philippe Delsol dans Contrepoints (IREF) 25 juillet 2026
Peut-on programmer la justice sociale comme on programme une machine ? C'est le pari d'un rapport signé par 45 économistes, dont Thomas Piketty et Gabriel Zucman, qui promet l'égalité mondiale, la sobriété heureuse et un réchauffement contenu à 1,8°C — le tout d'ici 2100. Une utopie séduisante sur le papier — mais qui a déjà un nom dans l'Histoire. "Il se trouve toujours des naïfs pour faire confiance à ces idéologues et des institutions perverties pour en propager les théories dangereuses . Ne nous lassons pas de dénoncer ces prophètes de malheur et de répéter que l’ordre spontané d’un monde libre est toujours meilleur et plus efficace." Jean. Philippe Delsol dans Contrepoints nous partage une excellente analyse des biais idéologiques de toutes ces belles idées : https://contrepoints.org/rapport-sur-la-justice-pikettyrannie-et-zucmanipulation/
par Marc Rameaux dans Causeur 19 juillet 2026
"Le relativisme hérité de Mai 68 nous pollue encore. Nous devons balayer ce conformisme par une pensée authentique. Par exemple en nous appuyant sur Aron, Crozier, Lévi-Strauss ou Girard qui, en leur temps, avaient bien vu la supercherie de cette pseudo-révolution." Une analyse passionnante de Mai 68 en s'appuyant sur les penseurs qui à l'époque avaient osé s'opposer à ce mouvement mortifère ... A lire dans Causeur : https://www.causeur.fr/mai-68-sous-le-pave-le-vide-330048
par Vincent Trémolet de Villers 17 juillet 2026
"L’Histoire retiendra qu’un pouvoir épuisé, une Assemblée de fortune, un président plus impopulaire que jamais , le premier ministre « le plus faible » de la Ve République ont conjugué cynisme, lâcheté et idéologie pour, au milieu de l’été 2026, permettre à l’État d’administrer la mort." Un édito de Vincent Trémolet de Villers dans FigaroVox https://www.lefigaro.fr/vox/politique/l-editorial-de-vincent-tremolet-de-villers-loi-sur-l-euthanasie-et-le-suicide-assiste-simulacre-democratique-et-nihilisme-d-etat-20260715 Incapable en dix ans d’améliorer la vie quotidienne des Français, Emmanuel Macron se félicitera certainement d’avoir, quarante-cinq ans après l’abolition de la peine de mort, rendu à l’État le pouvoir d’abréger l’existence. L’Histoire retiendra qu’un pouvoir épuisé, une Assemblée de fortune, un président plus impopulaire que jamais , le premier ministre « le plus faible » de la Ve République ont conjugué cynisme, lâcheté et idéologie pour, au milieu de l’été 2026, permettre à l’État d’administrer la mort. Progressisme ? On cherche en vain le progrès moral dans cet oxymore assassin : « Tuer, c’est soigner. » Pas plus de progrès médical dans cette méthode irrémédiable d’abréviation des souffrances. Encore moins de progrès social dans cet abandon de l’État-providence au profit de ce que Dominique Reynié appelle un État « validiste ». Vieillards, grands malades, nerveux, désespérés savent désormais qu’ils sont « éligibles » au « droit à mourir ». On a beau tourner la chose dans tous les sens, on se cogne comme une mouche dans un bocal : comment faire cohabiter à l’hôpital des unités de suicidologie qui luttent héroïquement pour que des personnes ne mettent pas fin à leurs jours et des structures chargées d’assister le suicide ? Devant une telle contradiction, l’esprit est pris de vertige, et ce qui fait en l’homme l’humain s’insurge. Il fallait, nous dit-on, un trophée « sociétal » pour la « legacy » du président sortant. Preuve supplémentaire que l’impuissance publique peut s’accompagner d’une immense arrogance anthropologique. Le tout dans un mélange de lyrisme, de kitsch et de légèreté. C’est Créon, mais au pays des selfies…  Incapable en dix ans d’améliorer la vie quotidienne des Français, Emmanuel Macron se félicitera certainement d’avoir, quarante-cinq ans après l’abolition de la peine de mort, rendu à l’État le pouvoir d’abréger l’existence. Où est la victoire ? Depuis la convention citoyenne pipée jusqu’à la « célébration » ministérielle annoncée avant même le vote, ce parcours législatif aura été un simulacre de délibération, une singerie démocratique. Il projette sur la fin de ce quinquennat un nihilisme d’État. Cela ne suffira pas, pourtant, à décourager ceux qui, dans la prévenance des soins, l’apaisement des souffrances, la protection des plus faibles, le mystère intime du dernier souffle, savent que la politique a le pouvoir de changer la loi, mais pas celui de profaner le sanctuaire de la conscience.
par Institut Thomas More 27 juin 2026
Dans un rapport inédit, l’Institut Thomas More dresse l’inventaire des décisions politiques qui ont mis la France à genoux pendant ces 50 dernières années. Chute du niveau scolaire, 35 heures, système de retraite, chômage, déficits, dette, insécurité… Autant d'occasions ratées pour maintenir la France sur le chemin de la prospérité !  "Notre ambition, dans ce rapport, est d’identifier les cinquante décisions qui ont mis la France à genoux en cinquante ans, de les replacer dans leur contexte, d’expliquer les motivations de fond ou les choix opportunistes qui ont abouti à ce qu’elles soient prises, de décrire et chiffrer leur impact et leurs effets cumulatifs, les comparer aussi aux options prises par des pays semblables. Ce travail inédit n’a jamais été réalisé de cette manière : il constitue une somme considérable. Les données citées, les sources et les conséquences mesurées sont issues de statistiques et de rapports publics et parfois privés, incontestables. Il se veut et nous l’avons pensé ainsi, d’intérêt général. Car dans la perspective de 2027, il constitue un préalable à l’élaboration de tout programme crédible. Au regard de la gravité de sa situation, il est impossible de penser redresser le pays sans analyser objectivement les causes" https://institut-thomas-more.org/2026/06/25/rapport36/
par Jean-Marie Montali 10 juin 2026
"Emmanuel Razavi vit sous protection policière. Nora Bussigny est régulièrement la cible de menaces et de campagnes de haine. D’autres parmi nous vivent la même chose. Leur point commun ? Avoir enquêté sur l’islamisme, ses réseaux, l’antisémitisme contemporain ou encore les dérives de la dictature iranienne. Face aux intimidations, aux menaces de mort et aux tentatives de censure, le plus inquiétant n’est peut-être pas la violence des fanatiques. Le plus inquiétant est le silence. Celui d’une partie du monde médiatique, intellectuel et politique, qui semble avoir renoncé à défendre des principes qu’il prétend pourtant universels ." Jean-Marie Montali (né en 1962) est un journaliste français spécialisé en presse écrite , auteur de plusieurs ouvrages et réalisateur de documentaires pour la télévision . Grand reporter , il a occupé divers postes de direction, notamment rédacteur en chef , directeur adjoint et directeur exécutif de la rédaction au Figaro Magazine , directeur adjoint de la rédaction de France-Soir , et directeur adjoint des rédactions du Parisien – Aujourd'hui en France . Dans La Nouvelle Revue Politique, il s'insurge contre une étrange hiérarchie de l’indignation ... https://nouvellerevuepolitique.fr/journalistes-le-silence-qui-deshonore/