La grande panne de la droite

Atlantico.fr • 22 août 2020

Entre les Gilets jaunes, l’insécurité, la gestion de la crise du Covid, etc., les opposants de droite à Emmanuel Macron devraient caracoler dans les sondages. Mais il n'en est rien, malgré un contexte qui a tout pour les porter.

Atlantico : Comment expliquer l'absence d'impact politique du Rassemblement national (RN) et des Républicains (LR) depuis l'élection d'Emmanuel Macron, et en particulier depuis le début du mouvement des Gilets jaunes, malgré un contexte politique favorable ?

Edouard Husson : Lorsque vous voulez battre un adversaire, c'est à vous de lui imposer une stratégie, qui l'oblige à sortir de ses habitudes. Or le Rassemblement National et les Républicains ne contestent pas la stratégie d'Emmanuel Macron; au contraire, ils l'acceptent. Le RN accepte le "ni droite ni gauche" du président; ce faisant, ils se condamne d'emblée à perdre puisqu'il est beaucoup plus difficile de rassembler droite et gauche dans les catégories populaires que dans les classes supérieures. Emmanuel Macron réussit le grand écart, pour l'instant, d'avoir à la fois des bobos et des cathos, des strauss-kahniens et des fillonistes, des mitterrandiens et des gaullistes. C'est encore praticable parce que nous parlons de groupes qui, sociologiquement se rassemblent beaucoup. Pour un ancien électeur filloniste, à moins d'être un catholique pratiquant et articulé, la question de la "PMA sans père" est très abstraite et ne détourne pas de voter LREM; pour un "bobo" du centre de Paris,la peur sociale, révélée par les Gilets Jaunes, est un puissant incitatif à voter avec le bourgeois de droite. En revanche, plus vous allez descendre dans l'échelle sociale et plus vous allez voir s'affirmer un clivage droite/gauche. Les "Gilets Jaunes" ont une composante de gauche et une composante de droite très affirmées. Dans les banlieues, la question du racisme et de l'antiracisme fait que la polarisation Mélenchon/Marine Le Pen est très forte quand le vote se radicalise. Vous aurez beau dire, il reste une droite et une gauche et l'escamotage du clivage par Emmanuel Macron est très fragile: une partie de son électorat de 2017 s'est abstenu ou a voté Vert lors des municipales. Vous voyez d'ailleurs la fragilité du "macronisme" au fait qu'aucun candidat LR n'est crédité de plus de 12% dans les sondages: le macronisme avec Macron est difficile; le macronisme sans Macron est impossible. Baroin, Bertrand ou Valérie Pécresse n'ont aucune chance sans un ancrage beaucoup plus à droite que ce qu'ils recherchent actuellement. Quant à Wauquiez, il démontre qu'on ne peut plus faire simplement du "Sarkozy 2007": il ne sera plus possible de faire simplement un holdup sur l'électorat RN. Il faudra assumer pleinement ce que l'on fait.

Chloé Morin : Je ne dirais pas qu'ils n'ont pas d'impact politique. En effet, dans la configuration actuelle du pouvoir, où l'exécutif se réclame plutôt du "centre", et chasse tantôt à droite tantôt à gauche en fonction des évolutions du centre de gravité de l'opinion, l'impact politique d'un parti ne se détermine pas uniquement sur les scores électoraux. Depuis 3 ans, la perception de nombreux Français est qu'Emmanuel Macron s'est "droitisé". Il recrute l'essentiel de ses soutiens actuels au centre droit, ou à droite de l'échiquier politique. Aux yeux de nombre d'électeurs de gauche, il est même perçu comme clairement "de droite". Les mesures ou signaux symboliques envoyés à cet électorat sont donc des preuves directes de l'influence idéologique de la droite dans le pays, même si les gouvernants n'en portent ni n'en revendiquent pas l'étiquette. A l'inverse, c'est sans doute parce que la gauche est idéologiquement plus faible dans le pays qu'elle peine à avoir une influence plus grande sur la politique menée, par exemple en matière sociale ou écologique.

Structurellement, le RN peut-il être un parti crédible d'opposition ? Qu'en est-il des LR ?

Edouard Husson : Sur le papier, le RN aurait tout pour réussir. Le contraste entre son électorat du Nord et celui du Midi est déjà une excellente école de la synthèse politique. La crise des Gilets Jaunes donnait l'occasion de prendre pied dans la France de l'Ouest, qui elle aussi commence à se déstructurer socialement. Mais tout ceci ne serait viable qu'à condition d'avoir une vision approfondie de l'économie et un dialogue structuré avec le monde patronal, des chambres de commerce au CAC40. Or c'est très loin d'être le cas. A l'inverse, LR se contente de cultiver la "droite d'en haut" et d'espérer séduire les macronistes. Il faut insister sur le fait que le RN est tenu d'une main de fer par sa présidente mais sans objectif de gouvernement: si la décomposition politique du pays était telle que Marine Le Pen gagnait malgré tout la présidence, elle n'est pas plus en état d'exercer le pouvoir qu'en 2017: ses réseaux dans la haute fonction publique et dans les milieux patronaux restent insuffisants pour pourvoir mettre en oeuvre sa politique. Et le fait de repeindre un étage de la maison aux couleurs macroniennes (discours sur les valeurs républicaines, absence des élus RN lors du vote à l'Assemblée sur la "PMA sans père") ne mènera pas très loin. Par contraste, les LR entretiennent un refus des thèmes qui mobilisent l'électorat RN qui relèvent de la pathologie politique. Depuis François Fillon, aucun candidat potentiel n'a un discours structuré sur l'islamisme; le discours sur la sécurité est, sauf exception, pathétiquement creux. L'absence totale d'empathie envers le mouvement des Gilets Jaunes dans sa première version, "poujadiste" est dramatique: LR se contente de gérer son réseau, encore assez dense, d'élus locaux. Mais on ne voit dans le parti quasiment aucune tentative de sortir de l'antagonisme "France des métropoles"/"France périphérique". Au fond, quand il faut choisir, LR finit toujours par dénoncer le "populisme"; exactement comme la direction du RN refuse toujours pour finir, une composante "élitiste" dans son programme.

Chloé Morin : Le Rassemblement National est aujourd'hui en tête des "partis incarnant le mieux l'opposition" dans le baromètre Paris Match (alors qu'en tout début de quinquennat, c'était La France Insoumise). Mais il faut savoir ce que l'on entend pas "incarner l'opposition" : il y a une vision protestataire de l'opposition, celle dont on attend qu'elle établisse des rapports de force, bouscule certaines idées reçues, refuse le statut quo, au risque d'être trop radicale et excessive. Et puis il y a une vision de l'opposition "de gouvernement", celle à qui l'on pourrait donner les clefs du pays sans trop s'inquiéter de ce qu'elle en fasse n'importe quoi. A ce jour, LFI et le RN sont clairement dans la première catégorie - les électeurs les jugent utiles pour faire émerger des sujets, bousculer l'ordre établi, pas forcément pour gouverner, même si le FN tente depuis une dizaine d'année d'entrer dans la catégorie des "crédibles". Ce que l'on constate partout dans le monde, néanmoins, c'est que la frontière entre "protestataires" et "oppositions de gouvernement" est de plus en plus poreuse, et que les électeurs, las que "rien ne change" pour eux, sont de plus en plus nombreux à faire le pari du risque de la radicalité ou de l’extrémisme.

Le RN est-il en état d'assumer le match final de la présidentielle 2022 prédit par les sondages ?

Edouard Husson : Les sondages mettent Marine Le Pen et le RN au niveau de 2015: 25/27% au premier tour. Il faut se rappeler qu'elle a fini à 21%. Au second tout, elle est créditée de 53/55%. Mais toutes ces projections sont faites dans l'idée qu'Emmanuel Macron sera en mesure de se présenter. Que se passerait-il si nous assistions à une "hollandisation" d'Emmanuel Macron, qu'il soit dans l'incapacité de se représenter? Marine Le Pen perdrait beaucoup de sa raison d'être? La progression apparente de la présidente du Rassemblement National au second tour vient de l'usure d'Emmanuel Macron. Contre tout autre candidat, elle apparaîtra, elle aussi, comme une candidate de l'ancien monde.

Chloé Morin : Il reste très haut dans les sondages, même si cela ne veut à ce stade pas dire grand chose. Il est indéniablement en bonne forme sur le plan idéologique, au sens où il a obtenu des victoires symboliques importantes ces dernières années - sur le rôle des frontières face au coronavirus, par exemple, qui semble relever du bon sens pour la plupart des gens, et que le RN a été le premier à affirmer... Mais au delà, le RN peine à se renouveler, à investir de nouveaux sujets, à se sortir des querelles de chapelle qui sont le lot des partis marginaux mais n'honorent pas des partis "de masse". Il a su faire émerger des profils intéressants depuis quelques années - Bardela, Alliot... - mais en a encore trop peu pour un parti dit "de gouvernement". Si bien que l'on se demande toujours comment il surmonterait son immense problème de ressources humaines s'il devait parvenir au pouvoir. Même LREM a des problèmes de ce genre, alors qu'ils disposent de beaucoup d'élus (certes, initialement recrutés dans le "vieux monde") et de soutiens dans le monde économique ou l'appareil d'Etat . Quels seraient les renforts d'un RN au second tour de la Présidentielle? Ses réserves de voix? Si la porosité avec la droite traditionnelle s'est accentuée, il n'est pas certain que cela suffise...

Comment Les Républicains peuvent-ils trouver un moyen d'existence avant la présidentielle ?

Edouard Husson : LR représente de plus en plus une coquille vide. C'est bien ce que sentent, d'ailleurs, Xavier Bertrand et Valérie Pécresse, qui se préparent en dehors de leur ancien parti. Cependant, ni l'un ni l'autre ne semblent aller au bout de l'analyse de ce qui s'est passé depuis 2012. Nicolas Sarkozy a manqué la réélection parce qu'il n'avait pas tenu ses engagements en matière de sécurité et d'immigration. Sur ces sujets, aujourd'hui, tous les candidats de la mouvance LR font du Macron: il y a des bouffées de discours fermes; comme Sarkozy, l'actuel président nomme aux postes clé du Ministère de l'Intérieur des individus qui ont les idées claires. Mais cela ne suffit pas pour faire une politique cohérente: est-on prêt à affronter l'hostilité des juges, qui s'empressent de défaire les mesures prises? Est-on prêt à suspendre Schengen pour forcer nos partenaires à des politiques plus fermes ? Est-on prêt à définitivement assécher les flux financiers avec les pays musulmans, à commencer par le financement étranger des mosquées? Est-on prêt à faire une chasse à la fraude sociale, à punir la polygamie etc...? A-t-on entendu LR lorsque, sous prétexte de confinement, Madame Belloubet a vidé les prisons d'individus dangereux? On ajoutera que sur beaucoup d'autres sujets, LR est inexistant. La coopération franco-allemande comme nous en avions l'habitude, c'est fini: quelles politiques alternatives le parti propose-t-il au sein de l'UE ? Donald Trump est un bon président, qui permet de rebattre les cartes sur beaucoup de sujet, à commencer la politique vis-à-vis de la Chine, la politique vis-à-vis de l'Iran ou, sur le plan intérieur, la défense des libertés fondamentales, en particulier face aux GAFA: a-t-on entendu LR sur tous ces sujets? Sur l'écologie, nous sommes en train de tomber entre les mains d"idéologues, par exemple à la tête des grandes villes: la droite LR ne semble pas se rendre compte que la sortie du nucléaire, le refus de la 5G ou des politiques urbaines sans rapport avec la réalité sont autant de coups portés à l'attractivité de la France, autant de pertes d'emploi à venir; eh bien, on n'entend aucune proposition nouvelle dans ce domaine. De quelque côté qu'on se tourne, on n'entend aucune voix originale à LR ou dans la mouvance. Si LR ne cherche pas à se différencier, le parti signe sa fin politique.

Chloé Morin : Leur stratégie et l'espace qu'ils pourront acquérir dépend en grande partie du succès de la stratégie déployée aujourd'hui par Emmanuel Macron. Tant qu'il occupe leur espace, et adopte une partie de leurs propositions en matière régalienne et économique, ils restent asphyxiés, condamnés à se radicaliser pour exister - donc à se marginaliser, ou à singer un RN qui campe très bien dans son propre espace. Mais on peut très bien imaginer qu'à l'heure du bilan, fin 2021, l'électorat de droite en vienne à considérer que le compte n'y est pas, et faute de résultats suffisants à ses yeux, délaisse la copie et revienne vers "l'original". A ce moment là, il faudra que la droite soit à la fois solide sur le plan programmatique, et organisée sur le plan humain, pour s'imposer comme le parti "refuge" de la droite (et du centre, potentiellement). Ce qui signifie aussi que d'ici là, elle devra trouver une incarnation adéquate... qui ne soit pas simplement un "plus petit dénominateur commun" à la droite de gouvernement, mais sache porter une vraie vision, et se distinguer sur quelques axes symboliques majeurs de ce qu'aura pu incarner Emmanuel Macron.


https://www.atlantico.fr/decryptage/3591763/la-grande-panne-de-la-droite-et-du-rn-edouard-husson-chloe-morin

par Institut Thomas More 27 juin 2026
Dans un rapport inédit, l’Institut Thomas More dresse l’inventaire des décisions politiques qui ont mis la France à genoux pendant ces 50 dernières années. Chute du niveau scolaire, 35 heures, système de retraite, chômage, déficits, dette, insécurité… Autant d'occasions ratées pour maintenir la France sur le chemin de la prospérité !  "Notre ambition, dans ce rapport, est d’identifier les cinquante décisions qui ont mis la France à genoux en cinquante ans, de les replacer dans leur contexte, d’expliquer les motivations de fond ou les choix opportunistes qui ont abouti à ce qu’elles soient prises, de décrire et chiffrer leur impact et leurs effets cumulatifs, les comparer aussi aux options prises par des pays semblables. Ce travail inédit n’a jamais été réalisé de cette manière : il constitue une somme considérable. Les données citées, les sources et les conséquences mesurées sont issues de statistiques et de rapports publics et parfois privés, incontestables. Il se veut et nous l’avons pensé ainsi, d’intérêt général. Car dans la perspective de 2027, il constitue un préalable à l’élaboration de tout programme crédible. Au regard de la gravité de sa situation, il est impossible de penser redresser le pays sans analyser objectivement les causes" https://institut-thomas-more.org/2026/06/25/rapport36/
par Jean-Marie Montali 10 juin 2026
"Emmanuel Razavi vit sous protection policière. Nora Bussigny est régulièrement la cible de menaces et de campagnes de haine. D’autres parmi nous vivent la même chose. Leur point commun ? Avoir enquêté sur l’islamisme, ses réseaux, l’antisémitisme contemporain ou encore les dérives de la dictature iranienne. Face aux intimidations, aux menaces de mort et aux tentatives de censure, le plus inquiétant n’est peut-être pas la violence des fanatiques. Le plus inquiétant est le silence. Celui d’une partie du monde médiatique, intellectuel et politique, qui semble avoir renoncé à défendre des principes qu’il prétend pourtant universels ." Jean-Marie Montali (né en 1962) est un journaliste français spécialisé en presse écrite , auteur de plusieurs ouvrages et réalisateur de documentaires pour la télévision . Grand reporter , il a occupé divers postes de direction, notamment rédacteur en chef , directeur adjoint et directeur exécutif de la rédaction au Figaro Magazine , directeur adjoint de la rédaction de France-Soir , et directeur adjoint des rédactions du Parisien – Aujourd'hui en France . Dans La Nouvelle Revue Politique, il s'insurge contre une étrange hiérarchie de l’indignation ... https://nouvellerevuepolitique.fr/journalistes-le-silence-qui-deshonore/
par Nicolas Baverez dans FigaroVox 9 juin 2026
"Choose France" est souvent présenté comme un énorme succès de l'économie française. Nicolas Baverez remet les choses en perspective ... "La véritable mesure de l’attractivité de la France reste fournie par la balance des paiements : or elle fait apparaître au 30 juin 2025, sur douze mois, des entrées nettes d’investissements directs de 29,5 milliards, mais des sorties nettes des investissements de portefeuille à hauteur de 136,6 milliards. La France est en réalité confrontée à une fuite massive de capitaux, mais surtout de talents" https://www.lefigaro.fr/vox/economie/nicolas-baverez-de-choose-france-a-loose-france-20260606 CHRONIQUE - La stratégie de restauration de l’attractivité de la France, mise en scène par Choose France sous les ors de Versailles, se trouve en réalité minée par le bilan calamiteux des présidences d’Emmanuel Macron. Passer la publicité La 9 e édition du sommet Choose France , qui s’est déroulée le 1 er juin au château de Versailles, s’est achevée sur un record de promesses d’investissement dans l’Hexagone : 93 milliards d’euros contre 87 milliards cumulés de 2018 à 2025. Et ce en raison de la décision du conglomérat japonais SoftBank, présidé par Masayoshi Son, de mobiliser 75 milliards pour la construction de data centers dans notre pays. Ces annonces, effectuées alors que la guerre d’Iran et le blocage du détroit d’Ormuz font basculer l’économie mondiale dans la stagflation, sont d’autant plus positives qu’elles favoriseront le rattrapage du retard que la France a accumulé dans la révolution de l’IA, avec une capacité de calcul limitée à 1,5 GW fin 2025, loin derrière l’Allemagne et le Royaume-Uni. Elles soulignent l’intérêt des investisseurs internationaux pour notre pays, en raison des atouts que constituent son énergie nucléaire décarbonée, ses infrastructures et sa situation géographique au cœur du grand marché européen. Elles confirment le succès de la promotion de l’attractivité de la France vis-à-vis des entreprises étrangères, qui demeure l’unique réussite de la politique économique conduite par Emmanuel Macron depuis 2017. Passer la publicité Mais, pour cette raison même, les résultats de Choose France et l’amélioration de l’image de la France demeurent à la fois partiels et fragiles. Tous les projets annoncés ne sont pas réalisés, comme l’a montré l’abandon de plusieurs gigafactories, spécialisées notamment dans la construction de batteries et les semi-conducteurs. Les emplois effectivement créés sont très inférieurs à ceux affichés. Par ailleurs, les opérations annoncées en 2026 concernent en quasi-totalité des data centers, très consommateurs d’électricité, d’eau et d’espace. Avec pour corollaire un risque de dépendance aux géants de la Big Tech américaine qui poursuivent la vassalisation numérique de l’Europe et de monopolisation de l’électricité décarbonée par l’IA au détriment des autres entreprises et des ménages. Les filiales de groupes étrangers n’entrent par ailleurs que pour 15 % de la valeur ajoutée dans notre pays contre 18 % en Allemagne et en Italie et 22 % en Espagne, ce qui témoigne d’un déficit persistant d’attractivité dont la première cause se trouve dans le niveau excessif du coût du travail, de la fiscalité et de la réglementation. La véritable mesure de l’attractivité de la France reste fournie par la balance des paiements : or elle fait apparaître au 30 juin 2025, sur douze mois, des entrées nettes d’investissements directs de 29,5 milliards, mais des sorties nettes des investissements de portefeuille à hauteur de 136,6 milliards. La France est en réalité confrontée à une fuite massive de capitaux, mais surtout de talents (elle a été ravalée au 19 e rang pour l’accueil des entrepreneurs et des cerveaux) et d’entreprises, avec pour symboles le déménagement de Criteo et la cotation à succès de TotalEnergies aux États-Unis. La stratégie de restauration de l’attractivité de la France, mise en scène par Choose France sous les ors de Versailles, se trouve en réalité minée par le bilan calamiteux des présidences d’Emmanuel Macron en termes de déstabilisation des institutions de la V e République, de paralysie et de faillite de l’État, d’explosion des violences et de disparition de la paix civile. La production, l’investissement et l’innovation ne peuvent se développer dans un environnement d’incertitude radicale et d’hostilité à l’entreprise. Or la dissolution de 2024 a ouvert un cycle d’instabilité politique qui risque fort d’être amplifié et non pas refermé par l’élection présidentielle de 2027. L’ordre public a disparu et l’ultraviolence gagne l’ensemble du territoire et de la population, comme le montrent la montée en puissance du narcotrafic ou les émeutes qui ont à nouveau accompagné la victoire du PSG en finale de la Ligue des champions. L’attractivité de la France est ruinée par la schizophrénie d’une politique économique qui prétend encourager les investissements étrangers tout en poursuivant l’euthanasie des entreprises françaises, créant une paradoxale préférence économique pour l’étrangerSimultanément, l’économie française a basculé dans la stagflation sous l’effet d’un triple choc fiscal, financier et énergétique. L’activité est en récession depuis le premier trimestre 2026 ; l’inflation est passée de 0,9 % à 2,4 % et dépassera 3 % cette année ; le chômage a augmenté de 0,7 % sur un an et tendra vers 9 % de la population active ; le déficit se situera autour de 5,5 % du PIB, portant la dette à près de 120 % du PIB. Ce surendettement est devenu insoutenable, dès lors que le seul service de la dette représentera bientôt 3,5 % du PIB, ce qui exigera un équilibre strict pour toutes les autres dépenses de l’État, des collectivités locales et de la protection sociale. La France, l’homme malade de l’Europe L’attractivité de la France est ainsi ruinée par la schizophrénie d’une politique économique qui prétend encourager les investissements étrangers tout en poursuivant l’euthanasie des entreprises françaises, créant une paradoxale préférence économique pour l’étranger. Au moment même où l’État déroule le tapis rouge et se mobilise pour accueillir géants américains et capitaux japonais, le nombre de faillites atteint un record et les destructions d’emplois se multiplient, notamment dans l’industrie, entraînant une floraison de plans sociaux. Tandis que les oligarques de la Silicon Valley, les promoteurs des Lumières sombres et du transhumanisme, les princes de Wall Street et les as de la gestion de fortune banquettent dans la galerie des Batailles, les entreprises françaises, touchées de plein fouet par le troisième choc pétrolier, sont accablées de hausses d’impôts (23 milliards en 2025 et 21 milliards en 2026), de prélèvements sociaux (2 milliards en plus de la hausse du smic de 2,4 %) et de réglementations kafkaïennes (avec pour dernier avatar la transposition de la directive européenne de 2023 sur la transparence des rémunérations). La France est ainsi devenue un pays de non-droit pour les entreprises, où l’imprévisibilité du cadre réglementaire et fiscal compromet tout investissement de long terme. Keynes, interrogé dans les années 1930 sur la meilleure manière de sortir du trou, avait répondu : « Il faut d’abord cesser de le creuser. » Emmanuel Macon a choisi de creuser le trou des finances publiques de plus en plus vite et de plus en plus profondément, jusqu’à faire de la France l’homme malade de l’Europe. En accumulant 1 500 milliards d’euros de dettes publiques supplémentaires en dix ans, il a fait exploser le modèle français reposant, d’un côté, sur une croissance tirée par la seule consommation alimentée par des aides sociales financées à crédit et, de l’autre, sur la chute de la production, de l’emploi, de l’investissement et des exportations. Le naufrage de la France n’a rien de fatal. Son redressement dépend effectivement de son attractivité économique, qui est indissociable de sa compétitivité, de sa souveraineté et de sa sécurité. Et notre pays dispose d’atouts majeurs qui sont reconnus au-delà de nos frontières, qu’il s’agisse des entrepreneurs et des chercheurs, de l’épargne, de l’énergie décarbonée, des infrastructures, des grandes entreprises internationalisées, de sa culture et de sa civilisation. Mais ces points forts sont annihilés par l’improductivité et la faillite de l’État, incapable d’assurer les services de base alors qu’il accapare 57,2 % du PIB, ainsi que par la détestation et la prédation des entreprises par la classe politique. Et ce alors même qu’elles ne sont pas seulement le lieu de la création des richesses marchandes, dont dépendent le financement des services publics et celui de la solidarité, mais celui où se tissent en grande partie le lien social et la citoyenneté. Attirer les entreprises étrangères, c’est bien ; cesser de tuer les entreprises françaises, c’est mieux !
par Bérénice Levet, philosophe et essayiste, membre du Conseil d’orientation de l’Institut Thomas More 31 mai 2026
"Si ôter la vie n’est plus considéré comme substantiellement contraire à la notion d’humanité, avec la légalisation de l’euthanasie, notre société risque de perdre ses repères moraux, pourtant nécessaires pour affronter la montée de la violence, s’inquiète la philosophe." Un très beau texte sur un sujet qui dépasse largement les clivages politiques et dont les enjeux sont fondamentaux pour notre société ! https://institut-thomas-more.org/2026/05/12/legaliser-leuthanasie-cest-briser-a-jamais-lequation-de-lhumanite-et-du-non-possumus/
par Maxime Duclos 30 mai 2026
Un billet d'humeur de notre ami Maxime Duclos Il est temps de mettre sur la table un sujet dont peu osent réellement parler. Tout le monde le pressent. Beaucoup s’y préparent déjà. Pourtant, rares sont ceux qui acceptent d’aborder publiquement cette réalité : l’élection présidentielle de 2027 risque de provoquer en France une fracture politique et sociale d’une ampleur inédite, y compris au sein même des familles. Car derrière l’échéance électorale qui approche, une autre réalité se dessine progressivement : celle d’un affrontement idéologique devenu profondément émotionnel. À titre personnel, je suis convaincu que 2027 verra une dynamique puissante en faveur du camp national et souverainiste. Et avec elle, très probablement, une majorité parlementaire capable de remettre au cœur du débat les intérêts de la Nation, la souveraineté, l’autorité de l’État, la stabilité et la défense des intérêts français. Mais ce billet n’a pas pour objectif d’analyser les sondages ou les rapports de force électoraux. Le sujet ici est plus humain. Depuis plusieurs années, la politique ne divise plus seulement les électeurs : elle fragmente désormais les cercles privés, les groupes d’amis, les couples et parfois même les familles. Beaucoup de Français le vivent déjà sans forcément l’exprimer : certains évitent volontairement les sujets politiques lors des repas de famille ; d’autres préfèrent se taire plutôt que d’assumer certaines convictions ; d’autres encore constatent qu’un simple désaccord politique suffit désormais à déclencher tensions, jugements moraux ou ruptures relationnelles. Et cette situation risque de s’intensifier fortement à mesure que la campagne présidentielle approchera. Car l’élection de 2027 ne sera pas une élection classique. Elle opposera des visions du monde profondément différentes. D’un côté, une vision souverainiste, attachée à la Nation, à l’autorité, à la maîtrise des frontières, à la stabilité et à une approche pragmatique des politiques publiques. De l’autre, une vision davantage mondialisée, progressiste et idéologique, souvent portée par une lecture morale des débats politiques plutôt que par une logique d’efficacité concrète. Car il faut rappeler une chose simple : une loi ne devrait jamais être votée parce qu’elle est “bien-pensante”, médiatiquement valorisée ou moralement à la mode. Une loi devrait être votée parce qu’elle est utile, applicable, efficace et finançable. Or, depuis plusieurs années, le débat public s’est progressivement transformé en affrontement moral permanent. Celui qui pense différemment n’est plus simplement contredit : il est parfois immédiatement caricaturé, disqualifié ou assimilé à une menace politique ou sociale. Et c’est précisément ce climat qui peut devenir dangereux dans les sphères familiales. Car beaucoup de personnes engagées politiquement — ou simplement attachées à certaines valeurs traditionnelles, souverainistes ou patriotiques — vont probablement faire face, dans les prochains mois, à des réactions parfois très virulentes de la part de proches influencés par un climat médiatique extrêmement polarisé. Il faut être lucide : une partie importante du débat public reposera moins sur l’analyse des programmes que sur une stratégie de diabolisation du camp national. Nous assisterons probablement à une campagne où certains médias, certaines figures militantes et certains relais politiques chercheront avant tout à faire peur, à hystériser le débat et à présenter toute alternative souverainiste comme une menace pour la démocratie. Dans ce contexte, il sera essentiel de garder son calme. Car le véritable piège serait de répondre à la radicalité par la radicalité. Il faudra faire preuve de patience, de retenue et parfois même de distance émotionnelle face à certains débats devenus impossibles. Tout le monde ne réagit pas de manière rationnelle à la politique, surtout dans un climat de tension médiatique permanente. Les réseaux sociaux, les bulles algorithmiques et les logiques de confirmation idéologique ont profondément transformé la manière dont beaucoup de citoyens perçoivent la réalité politique. Il faut donc accepter que certaines personnes proches puissent réagir avec émotion, inquiétude ou hostilité à l’idée d’une victoire du camp national. Mais cela ne doit pas conduire à la haine, à la rupture familiale ou à l’animosité permanente. Car la stabilité, le calme et le pragmatisme doivent précisément rester les qualités de ceux qui prétendent vouloir redresser le pays. Ne tombons pas dans le piège de la colère permanente ou de la conflictualisation absolue des relations humaines. La politique passe. Les élections passent. Les familles, elles, doivent continuer d’exister après les campagnes électorales. Et si 2027 doit être une année de rupture politique, elle ne doit pas devenir une année de rupture humaine.
par Élodie Messéant dans Contrepoints 29 mai 2026
"Engagements de 87 milliards d’euros, prix déconnectés du marché, cas de sur-rémunération, fraude non sanctionnée… La Cour des comptes a publié un rapport qui évalue le coût réel du soutien étatique aux énergies renouvelables (EnR) : un scandale bien étouffé." Une tribune passionnante sur le coût exorbitant de développement coute que coute des ENR en France à lire dans Contrepoints : https://contrepoints.org/soutien-aux-energies-renouvelables-ou-comment-le-contribuable-se-fait-plumer/
par Maxime Duclos 27 mai 2026
Au printemps 2026, l'Assemblée nationale se trouve confrontée à l'un des défis majeurs de son histoire contemporaine : l’effondrement de la natalité française. Ce phénomène ne constitue pas l'unique crise nationale, mais il s'impose comme un défi vital que le gouvernement actuel, et plus encore l'exécutif futur, devra relever d'une main ferme et résolue. Le dépôt d'un nouveau texte législatif à la Présidence ravive un débat nécessaire, mais met en lumière l'écart abyssal entre la froideur des solutions bureaucratiques et la réalité sociologique du pays.  La proposition de loi n° 2679 intitulé : “ faciliter l’accès au logement des familles par la création d’un prêt à taux zéro” pose un constat démographique initial indiscutable lorsqu’elle rappelle pertinemment qu'« en 2025, 651 000 décès ont été enregistrés [...] tandis que 645 000 naissances ont été recensées » et qu'elle admet judicieusement que « le logement et son accession demeurent l'un des plus marquants » freins au projet parental , mais l'examen rigoureux du texte révèle un manque de fond flagrant dès lors que l'exposé des motifs affirme de manière simpliste que « le prêt à taux zéro constitue un instrument indispensable pour notre société » et qu'« il a pour vocation de proposer une aide concrète aux familles » , limitant ainsi la relance de la natalité au seul dispositif de l'article 1er destiné à « financer [...] l'acquisition, la construction ou l'agrandissement de la résidence principale » dans la limite d'un « plafond de 100 000 euros par opération ». Cette posture, bien qu'appuyée sur la réalité statistique rappelant qu'« un jeune sur cinq doit renoncer à avoir un bébé à cause de son logement », mérite d'être abordée avec une plus grande nuance psychologique. S'il est crucial de reconnaître la sincérité de ces difficultés matérielles sans poser de jugement sur les couples actuels, il apparaît tout aussi impératif de constater l'influence profonde du modèle de surconsommation et d'ultra libéralisme dans lequel évolue la jeunesse. L'hésitation face à la parentalité ne saurait être réduite à une simple impasse immobilière ; elle traduit également la nécessité d'accompagner et de guider les consciences vers la valeur fondamentale de la cellule familiale. Face aux injonctions d'un individualisme ambiant qui privilégie parfois le confort personnel et les plaisirs immédiats, le rôle de la puissance publique n'est pas de blâmer, mais d'offrir un cheminement rassurant, capable de réorienter les priorités loin des dérives matérialistes pour redonner le goût de l'engagement durable. Enfin, l'analyse se positionne foncièrement contre la dérive légistique et budgétaire de l'Article 2, lequel énonce de manière automatique que « la perte de recettes pour l'État est compensée à due concurrence par la création d'une taxe additionnelle à l'accise sur les tabacs ». Ce recours systématique à la fiscalité punitive, devenu une clause de style interchangeable pour satisfaire formellement aux exigences de l'article 40 de la Constitution, trahit une paresse méthodologique. Le financement du réarmement démographique de la Nation ne peut pas dépendre d'une taxe comportementale instable, mais doit être compensé de manière économiquement viable par une baisse ciblée et rigoureuse des dépenses de fonctionnement superflues de l'État. En définitive, bien que cette proposition de loi soit, dans la forme, en partie recevable, le fond du problème n'y est pas pleinement discuté. L'urgence démographique exige de travailler sur plusieurs paliers essentiels afin de rassurer et d'accompagner les jeunes couples. Des mesures fiscales protectrices, des aménagements ambitieux du temps familial et un accompagnement moral vers un modèle centré sur la famille sont indispensables pour relancer la natalité. Stop aux demi-mesures unilatérales et technocratiques : il est temps d'ouvrir le champ des possibles et de guider la société, car la chute de la natalité en France ne représente pas un simple défi comptable, elle signe une lente extinction culturelle.
par Gabrielle Cluzel (dans Boulevard Voltaire) 11 mai 2026
Quand les fervents défenseurs du "vivre ensemble" se heurte au réel ... Un édito de Gabrielle Cluzel dans Boulevard Voltaire : https://www.bvoltaire.fr/edito-allegorie-a-la-concorde-le-vrai-vivre-ensemble-a-detruit-le-fantasme/
par Le bureau LD31 8 mai 2026
Une conférence de Thibault de Montbrial qui promet d'être passionnante sur le thème "France le choc ou la chute" ! Salle Barcelone mercredi 20 mai à 18h30 Thibault de Montbrial est un avocat français , président du Centre de Réflexion sur la Sécurité Intérieure (CRSI), un think thank ayant pour objectif de « permettre aux différents professionnels concernés ainsi plus généralement qu’à toutes les personnes intéressées, de se rencontrer et d’échanger ». Il souhaite aussi « permettre de contribuer au débat public et politique sur les questions de sécurité intérieure en proposant des analyses et en apportant des propositions opérationnelles concrètes » [
par Maxime Duclos 30 avril 2026
La France a fait le choix de la puissance. L'actualisation de la Loi de Programmation Militaire (LPM) 2024-2030, adoptée en commission le 23 avril 2026, confirme une trajectoire de réarmement : le budget des armées aura doublé entre 2017 et 2027. En injectant 36 milliards d’euros de ressources nouvelles pour la période 2026-2030, portant le budget total à 435,7 milliards d’euros, la Nation assume son rang. L’objectif est clair : porter l’effort de défense à 2,5 % du PIB d’ici 2030. Cette démarche n'est pas qu'une question de chiffres, c'est une stratégie de survie industrielle. La France impose désormais une « économie de guerre » où l’État peut exiger des industriels la constitution de stocks stratégiques couvrant jusqu’à 6 mois d’activité. Nos fleurons de la Base Industrielle et Technologique de Défense (BITD) sont les piliers de cette souveraineté : l'accélération des livraisons de munitions, avec une hausse vertigineuse de +400 % pour les munitions téléopérées et +190 % pour l'artillerie de 155 mm, prouve que nous passons d'une logique de flux à une logique de masse. Soutenir nos industries, c'est garantir que nos Rafale, nos frégates et nos blindés ne soient jamais à court d'effecteurs dans un conflit de haute intensité. Réinvestir dans notre défense, c'est aussi refuser la dépendance technologique. En finançant des ruptures dans le spatial, l'IA et le combat ollaboratif, la France s'assure de rester maîtresse de son destin face aux pressions hégémoniques mondiales. à suivre... Maxime Duclos