Je suis de droite parce que ...

Natacha Gray • 18 août 2019

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1 - Je ne suis plus de gauche

Longtemps je me suis crue de gauche.

Parce que mes parents l’étaient, et mes grands-parents aussi, et mes arrière-grands-parents, et qu’à gauche, à l’époque, c’était comme pour les professeurs, on l’était de génération en génération. Ou alors c’est que nos parents avaient raté quelque chose dans notre éducation militante, qu’ils pensaient citoyenne, et qu’ils avaient engendré un traître, un jaune, un nanti…

De gauche, je devais l’être aussi par conformité au groupe, puisqu’apparemment tous mes collègues, comme ceux de mes parents autrefois, étaient aussi dans le camp du Bien, vent debout contre celui du Mal, les exploiteurs, les capitalistes, les riches, les possédants, bref tout ce que nous n’étions pas, à l’exception de quelques originaux ou vieux grognons marginalisés. Du moins est-ce ainsi que, dans mon milieu professionnel, la majorité non silencieuse décrivait ceux ou celles qui sortaient de la norme et s’excluaient de facto du groupe. J’ai en effet travaillé comme enseignante dans une autre vie. Autant dire que, chez ces gens-là, monsieur, on n’était pas vraiment de droite !

De gauche, je l’étais aussi nécessairement, puisque j’avais bon cœur, bien qu’un président de droite eût prétendu, quand je n’avais pas encore le droit de vote, lors d’un débat avec notre champion d’alors, que nous n’en avions pas le monopole. Je maîtrisais en effet les éléments de langage qui vont bien, je prônais la solidarité avec les plus faibles, le partage avec les plus démunis, j’étais pour la paix, l’amour, contre la guerre et le racisme, pour l’immigration sans contrôle et l’accueil sans conditions, je n’étais donc pas du côté des égoïstes, mais des généreux, héritière des idéaux des héros et martyres qui donnèrent jadis leur sang pour nos libertés et nos acquis sociaux. La gauche, nous le savions tous, de manière innée, sans même avoir besoin de le démontrer, c’était le camp des gentils, d’ailleurs je l’avais appris à l’école, puis plus tard dans mes études d’Histoire dans le supérieur, et cela m’était même désormais confirmé par les médias soudain devenus très critiques envers la droite après l’avènement d’une alternance tant attendue.

Et puis surtout, il n’était pas possible d’être dans le camp d’en face, puisqu’a contrario la droite c’était méchant, égoïste, rempli de vilains patrons nécessairement exploiteurs, d’infames capitalistes comme ceux qui, un siècle auparavant, faisaient trimer les ouvriers sans droit au repos et demandaient à la maréchaussée de tirer sur la foule quand les exploités osaient se regrouper et demander de meilleures conditions de travail. D’ailleurs la droite c’était si terrible qu’on ne pouvait pas dire son nom dans une conversation sans une moue de dégoût ou d’appréhension : il faut dire que ces gens-là, dans le camp d’en face, étaient fort puissants, car vous pensez bien, ils avaient entre leurs griffes les commandes des finances du monde et magouillaient entre eux pour trouver le moyen de soutirer au travailleur honteusement exploité le plus de pognon possible gagné à la sueur de son front. La droite, bien assise sur ses rentes et faisant trimer les autres, ne transpirait pas, elle, ni du front, ni d’ailleurs. Les sonorités-même du mot disaient bien ce qu’elles voulaient dire : les deux premières consonnes, si dures, suivies d’une sonorité rauque et traînante : la drrrroâte, rien qu’à prononcer son nom, c’était quasiment « le vol noir des corbeaux sur nos plaines ». Pour certain c’était l’infâmie suprême, le noyau de la cerise qui reste sur le gâteau pourri (« c’est vraiment une sale personne. En plus, elle est de droite »), ou au contraire la vilaine tâche sur le joli costume, la précision que l’on ajoutait en baissant la voix, gêné de reconnaître que l’on trouvait quelque qualité à l’un ou l’autre de ces exploiteurs (« je m’entends bien avec lui, pourtant on m’a dit qu’il est de droite »).



La preuve que nous ne nous trompions pas (quoiqu’à l’époque, confortablement installée dans mes certitudes - car à gauche, on ne doute pas - je n’avais donc nul besoin de la moindre confirmation), c’est que la droite elle-même semblait avoir honte d’être ce qu’elle était.

Quasiment personne dans notre entourage ne disait voter à droite, alors que les résultats des élections prouvaient que le camp d’en face avait autant de sympathisants que nous, parfois un peu plus, parfois un peu moins, même dans nos quartiers ou villages où nous nous connaissions tous. Cette droite, à l’exception de ses porte-parole médiatiques qui représentaient les appareils de parti, était donc sans visage. S’il est vrai qu’à gauche on évolue beaucoup dans l’entre-soi, ce qui donne peu d’occasions de se frotter à la contradiction, aux différences réelles, et encore moins à l’adversaire politique perçu comme l’ennemi traditionnel dans une éternelle lutte des classes, il n’en reste pas moins que les électeurs de droite paraissaient se terrer, comme conscients d’être ce qu’ils étaient : des méchants, des égoïstes, des riches qui ne voulaient pas qu’on sache qu’ils étaient riches. Ah les riches, autre qualificatif maudit, ils étaient nécessairement méchants, donc de droite, et vice-versa. Nous on travaillait dur et pourtant on peinait à boucler les fins de mois, donc eux, comme il n’était pas possible de travailler davantage que la plupart d’entre nous ou que nos parents que l’on avait vu revenir exténués, c’est qu’ils le volaient , leur pognon. Dans nos poches qu’ils le prenaient, ces infâmes rentiers ! Pas étonnant qu’ils soient tous de drrrrroâte.

Et puis leurs élus, quand ils sont revenus au pouvoir, avaient tellement honte et peur qu’on leur mette le nez dans leur infâmie, qu’ils se sont mis à faire une politique de gauche, ou en tous cas à ménager la chèvre et le chou, et qu’ils ont renoncé à tous ces trucs de droite qu’ils promettaient auparavant à leur électeurs, passant leur temps à donner à l’opinion publique sur le plan national, à leurs administrés sur le plan local, des gages prouvant qu’ils n’étaient ni racistes, ni sécuritaires, ni islamophobes, ni contre l’immigration même illégale, ni trop liés à l’Église catholique et à des mœurs que la Bien-pensance du temps présent jugeait rétrogrades, ni trop attachés au passé (car les valeurs, l’Histoire, c’était déjà « réac »), ni anti-service public, ni contre l’impôt redistributif évidemment dont il n’était donc plus question de desserrer l’étreinte .

Toute cette droite qui n’osait plus prononcer son propre nom (on y était « plutôt conservateur », « pas vraiment à gauche ») s’était mise, comme la gauche avant elle, à oublier de parler France, grand récit national, valeurs, fierté, frontières, laïcité, Marseillaise, élitisme républicain, langue et littérature françaises, drapeau puisqu’en face on disait que c’était « réac » puis plus tard « facho », voire « raciste » (puisque cela « stigmatisait » ceux qui n’étaient pas nés français). Pour la petite histoire, c’est d’ailleurs à ce moment-là qu’un parti encore un peu maigrichon, qui vivait alors une seconde naissance et que l’on disait à l’époque à l’extrême droite de la droite, ramassa par terre tout ce bazar abandonné et ces symboles oubliés dont personne ne voulait plus (le drapeau, l’hymne national, l’Histoire, la patrie, les frontières…) et les fit utilement fructifier à son profit. Plus tard, les négligents de droite et de gauche prétendirent qu’il les avait confisqués. Que nenni, la gauche les abandonna et les méprisa, la droite alors à la remorque de son ennemie jurée à qui elle s’efforçait néanmoins de ressembler lui emboîta le pas en se pinçant le nez. Le FN recueillit donc et adopta ces orphelins. Bien lui en prit. Il connût dès lors une progression régulière car si les « élites » des différents partis et de la sphère médiatique s’en étaient totalement désintéressés, une portion croissante du corps électoral français regrettait ces valeurs qui fondaient l’identité collective de la Nation et un certain art de vivre « à la française ». Le parti qui avait ramassé les symboles et les valeurs perdus commençait à parler d’un système UMPS où c’était bonnet blanc et blanc bonnet, puisque l’une donnait le tempo et que l’autre dansait sur la même musique. Et les électeurs, de fait, ne voyaient plus très bien la différence entre les deux. Mais c’est là une autre histoire.

Bref, fut un temps, un temps long, où la gauche était fière et la droite honteuse. En aucun cas, même si je m’étais alors interrogée sur mon engagement, je n’aurais été parmi les perdants sans honneur qui faisaient tout pour montrer à la gauche, dominante culturellement, qu’ils n’étaient pas ce que l’on prétendait qu’ils étaient. La droite me faisait penser à ces enfants mal aimés, qui restent des adultes toujours aussi mal aimés, et qui font des pieds et des mains toute leur vie pour se faire accepter de parents peu aimants, quémandant servilement un peu d’attention et de reconnaissance : peine perdue, quoi qu’ils fassent, ils resteront toujours les vilains petits canards de la famille. Pour moi l’honneur était de proposer, et il fut un temps où la gauche le faisait (ce qui est loin de sous-entendre que les idées furent bonnes, encore moins qu’elles n’eurent pas, à moyen et long terme, des conséquences fâcheuses, mais au moins on osa et on tenta). Or la droite, pardon je veux dire les libéraux, les conservateurs, les « pas de gauche « , les « réalistes », les « pragmatiques » …, ceux qui n’osaient même plus prononcer le nom de leur camp politique, se contentaient de singer la gauche sur le plan sociétal ou de réagir au coup par coup en passant le temps à se justifier d’un air péteux, voire à s’excuser… C’est bien qu’elle avait quelque chose à se reprocher…



Mais, progressivement, il me fut de plus en plus impossible de me dire de gauche. Et je finis par admettre que, si j’étais quelque part, ce serait « plutôt à droite ».

La gauche en effet m’avait déçue, entre les effets à court et moyen termes des politiques entreprises et la politique de l’autruche, l’incapacité de reconnaître ses erreurs, jusqu’aux dénis de réalité. Et j’étais loin d’être la seule. Comme les militants, sympathisants et électeurs désertaient, on allait racoler ailleurs, dans les cités, chez une nouvelle clientèle, les personnes issues de l’immigration, en adaptant le discours à ces nouvelles cibles, ou en y laissant en toute impunité des propagandistes allogènes récrire l’Histoire, diffuser la haine et les récriminations, quitte à jeter aux oubliettes la laïcité (incapable de s’accommoder d’un multiculturalisme ayant sombré dans le communautarisme revanchard et victimaire). Pour ne pas « stigmatiser » les électeurs de remplacement, on transformait l’égalité des droits, et son corollaire l’élitisme républicain (apte depuis toujours à tirer vers le haut les plus défavorisés grâce à l’effort, au travail, à la persévérance et à l’École républicaine exigeante), en égalitarisme nivelant vers le bas, soucieux de ne voir dépasser aucune tête pour préserver la paix sociale. On transformait ainsi l’École pour qu’elle se mette au niveau des plus faibles (ou des plus fainéants), on sapait toutes les bases de l’autorité. À l’humanisme des Lumières se substituaient à la fois une Bien-pensance donneuse de leçons et un paternalisme quelque peu méprisant envers une clientèle issue de l’immigration suspectée à tort de ne pas être capable du même effort et de la même capacité d’adaptation que ses prédécesseurs. Le pire à mes yeux était de voir cette gauche, où le débat fut vif en interne dans les années 1980 et le début des années 1990, refuser toute remise en cause, tout échange, toute discussion, toute énonciation d’une opposition, et s’enfoncer dans les procès d’intention, la criminalisation de l’adversaire, le terrorisme intellectuel dont le seul objectif était de donner mauvaise conscience au contradicteur et le faire taire dans une forme d’autocensure quasi-automatique.
Cette hystérisation volontaire de l’échange politique, cette criminalisation de la divergence d’opinion, tiennent de l’absence d’arguments et, probablement, de la prise de conscience par certains à gauche que les faits (crise économique, chômage et désindustrialisation, effondrement de l’École républicaine, mise en cause tous azimuts de l’autorité, problèmes sécuritaires, éclatement de la société française sous les coups de boutoirs des minorités et des revendications individuelles, montée de l’islamisme, perte de souveraineté, euroscepticisme croissant) remettaient ostensiblement en cause tout ce à quoi on avait cru depuis des décennies. La doxa socialiste et communiste prenait l’eau de toutes parts. Plutôt que de risquer la contradiction, on choisissait donc de criminaliser toute opinion divergente et de répandre cette terreur intellectuelle qui faisait taire l’adversaire avant tout débat de peur de se faire à son tour stigmatiser et traiter de « facho » par les nouveaux fascistes qui osaient encore parler de liberté de conscience et d’expression. Liberté, il est vrai à usage exclusif de leur nouvelle clientèle électorale. Et voilà la gauche, en position dominante dans les médias, tombant dans le deux poids deux mesures et devenant la championne du déni de réalité et du terrorisme intellectuel dans des dénonciations et mises au pilori d’intellectuels dissidents, renouant avec la tradition, mais cette fois par voie médiatique, des grands procès de Moscou. Pour elle, désormais, il s’agissait moins de débattre, de convaincre, mais d’éliminer toute contradiction, y compris par l’image, en attaquant l’adversaire, présenté comme un ennemi de classe (souvent de manière préventive, par procès d’intention) via l’insulte et la chasse à l’homme sur les réseaux, l’épuration numérique devenant la forme civilisée de l’épuration politique ou ethnique des dictatures d’autrefois.

Et moi, pendant ce temps-là, comme tant d’autres, je restais accrochée à mes valeurs : la liberté avant tout, dont celle de penser et d’exprimer mes opinions, qu’on ne m’accordait plus ou que l’on refusait à d’autres, si je refusais de bêler avec le troupeau, celle qui s’arrête où commence celle de l’autre, ce qui introduit la notion de contrat social et de respect des lois, donc des autorités chargées de les faire respecter; la responsabilité, qui suppose que l’on sache reconnaître ses erreurs et que l’on tente de les réparer, de s’attaquer de front aux problèmes au lieu de les nier ou de les contourner ; le pragmatisme, qui depuis toujours me faisait fuir tout idéologie et me rendait déjà critique au sein de mon parti, démarche qui oblige à partir des faits à partir desquels on élabore ou adapte une doctrine et non d’une doxa immuable dans laquelle on fait rentrer les faits de force, quitte à les mettre en pièces ; la fraternité, synonyme à mes yeux de solidarité et non d’un droitdelhommisme bêlant qui relativise tout et tombe dans l’ « autruisme », cette disposition masochiste qui mêle détestation de soi et survalorisation de l’autre, jusqu’au reniement, jusqu’à parfois inverser les responsabilités et transformer des bourreaux en victimes, et vice-versa. ; le patriotisme, c’est-à-dire l’attachement à mon pays, l’acceptation de son Histoire, la fierté d’y appartenir, très loin du déclinisme et d’une culpabilisation constante quasi-maladive ; la conviction que tout droit s’accompagne d’un devoir, comme on nous l’apprenait à l’École d’autrefois, que l’on n’a rien sans rien, que le mérite peut permettre de dépasser la naissance et que l’ascenseur social suppose des structures mais aussi un effort individuel, bien loin de l’assistanat ; la certitude que dans un État de droit, il faut des forces de l’ordre dépositaires de l’autorité, pour que s’applique le droit, seules autorisées à ce que certains appellent la violence légitime de l’État mais qui n’est que la réaction légitime à une violence illégitime ; l’égalité des droits, qui n’a rien à voir avec l’égalitarisme coupeur de tête et destructeur de l’effort et du mérite : bien au contraire, par le travail, le talent, parfois la chance, et grâce aux infrastructures offertes par la France, l’objectif est de se hisser toujours plus haut et non de faire descendre tout le monde au niveau le plus bas, dans une sorte de médiocratie contagieuse et facile ; la défense de la libre entreprise, ou de l’entreprise tout simplement, qui n’est pas l’ennemie du salarié ni de l’ouvrier, bien au contraire puisqu’elle crée la richesse, l’emploi, la prospérité ; la démocratie représentative, que je défends faute de mieux, la dictature des masses me semblant tenir davantage du sens commun que du bon sens car, faute de connaissances ou de temps pour s’informer, on tombe vite dans le slogan, la caricature, le manichéisme malsain et réducteur (l’ennemi de l’hygiène intellectuelle), la violence de la meute, la manipulation par plus malin que soi. L’ensauvagement progressif puis accéléré d’une société française irréfléchie, manipulable par le slogan et l’émotion, où certains vont jusqu’à prétendre que « sans la violence on n’obtient rien », a achevé cette année de m’en convaincre.

Ces valeurs, ce sont conjointement celles que mon éducation parentale, l’École de la République et mes expériences personnelles ont ancrées en moi. Avaient-elles été un jour de gauche ? Autrefois, pour certaines je le crois, mais pas exclusivement. L’Histoire montre bien que les idées et valeurs changent souvent de camp : il exista bien une époque où la gauche défendait frontières, nation et laïcité face à une droite mondialiste et championne d’un catholicisme qui ne s’était pas encore sécularisé. Quoi qu’il en soit, la gauche des années 2000 les avaient bel et bien abandonnées. Pire, elle en rejetait certaines comme « réac », « facho », « de droite ». Et la droite, elle, commençait à dire à haute voix que ces valeurs étaient siennes.

Alors fut un temps, au départ, où je prétendis que la gauche n’était plus à gauche, qu’elle avait trahi, mais que j’étais toujours là où elle n’était plus. Puis, face à la persistance de mon « camp » dans les erreurs et les dénis de réalité (pour moi le symbole-même de la crasse intellectuelle), je me mis à dire « je ne suis plus de gauche, je suis ailleurs », moins par honte d’avouer où j’étais que parce que je ne le savais plus moi-même, entre une gauche empêtrée dans ses erreurs qui ne cessait de casser le thermomètre pour éviter d’avoir à trouver un remède contre des troubles qu’elle avait largement contribué à générer et une droite honteuse qui ne semblait plus savoir elle-même où elle habitait.
Un jour, je me surpris à oser reconnaître que j’étais, finalement, « plutôt de droite ». Car au tournant du XXIe siècle je commençais à entendre clairement mon discours, la défense de mes valeurs … dans le camp d’en face. C’est que dans les années 1990.2000, la droite avait repris du poil de la bête grâce à certains intellectuels à la tête bien faite, comme Alain Madelin, ou certains politiques « grandes gueules » comme Charles Pasqua, et elle ne se reniait plus. Les théoriciens proposaient, et je reconnaissais derrière leurs mots, et malgré ma répulsion pour ces « fachos » que mes anciens camarades désignaient comme tels, tout ce en quoi je croyais : notamment la liberté, le refus de l’égalitarisme, l’assimilation par ressemblance et non par l’exacerbation des différences, le retour au respect de l’autorité, une volonté de revenir, via l’Éducation Nationale (abandonnée par la gauche qui la transforma en terrain de propagande idéologique), au mérite et à l’ascenseur (ou élitisme) républicain.
Enfin, à partir des quinquennats Sarkozy et (surtout) Hollande, certains à droite, électeurs comme élus (plus exactement les électeurs avant les élus), commencèrent à s’exprimer de plus en plus fort. Cette droite n’avait plus honte car les faits, désormais, parlaient pour elle. Pire, la réalité vociférait : sans doute au départ grâce aux réseaux sociaux mais également parce que les problèmes dénoncés (insécurité, perte d’autorité, effondrement de l’école, racisme inversé, communautarisme clivant) avaient débordé des quartiers d’où les premières voix s’élevaient autrefois et devenaient le vécu de compatriotes de plus en plus nombreux. À l‘exception toutefois de ce que l’on commença à nommer la « bobosphère », cette France urbaine hyperprotégée et fonctionnant en vase-clos, évoluant et se congratulant dans l’entre-soi dans un gauchisme culturel déculpabilisant, incapable d’admettre qu’ailleurs, à côté même, on pouvait, malheureusement vivre autrement, et terriblement plus mal. Parallèlement, à chaque fois que quelqu’un dénonçait le laxisme ambiant et ses effets délétères, le communautarisme, les atteintes à la laïcité ou à l’autorité, l’assistanat aveugle, les complaintes victimaires, les discours anti-sécuritaires (dont la sempiternelle, injuste mais ô combien dangereuse rengaine gauchiste des « violences policières ») ou qu’il parlait au contraire de mérite, d’effort, de travail, d’attachement à la nation, on entendait hurler à gauche que « c’était bien là un discours de droite » (ou d’extrême droite), espérant faire taire le prétendu « facho » ou « réac » en le désignant à la vindicte populaire. Ce qui, au fil des ans, fonctionnait de moins en moins bien. D’où, sans doute, à gauche, un affolement qui se traduisit par une augmentation de la violence verbale et une hystérisation (volontaire) des échanges.

Alors , puisque d’un côté comme de l’autre, ici pour les proclamer, là pour les dénoncer, mes valeurs étaient présentées comme étant droitières, il fallait me rendre à l’évidence : j’étais donc de droite. Depuis des années, je tenais un discours de droite, comme Monsieur Jourdain faisait de la prose, sans le savoir. Plus sérieusement, un syllogisme imparable me plaçait devant cette évidence: mes valeurs font ce que je suis, or la gauche et la droite me disent toutes deux que lesdites valeurs sont aujourd’hui de droite, je suis donc désormais de droite. Peu importe, d’ailleurs, le nom que l’on donne à ceux qui portent les idées qui me sont chères. Là où elles sont, je suis. Là où elles iront, j’irai. Sauf si je change ou évolue, ce qui est toujours de l’ordre du possible car la première des hygiènes intellectuelles est de savoir penser contre soi-même. Mais sur les fondamentaux, sincèrement, je ne pense pas un jour modifier ma pensée, au risque d’y perdre mon identité.

Évidemment ceci ne veut pas dire que, dans l’action, la droite au pouvoir ne se renia pas. Loin s’en faut ! Sinon elle ne serait pas dans l’état de déliquescence où elle est aujourd’hui. Mais, au moins, la bataille culturelle était gagnée. Car aujourd’hui je suis convaincue que nombreux Français sont « de droite » sans même le savoir, en ce sens que leurs valeurs et leurs espérances, identiques à celles que je listais plus haut, sont aujourd’hui explicitement défendues par la droite (plus timidement et par d’encore trop rares rénovateurs pragmatiques à gauche, souvent exclus de leur parti ou privés de responsabilités). Mais le problème, c’est que, comme moi autrefois, ils ne le savent pas. Et si personne ne le leur dit en les plaçant devant les évidences, ils resteront persuadés qu’ils sont là où les médias mainstream leur répètent qu’ils sont : ailleurs, nulle part ou dans le camp du Bien autoproclamé dont ils ne partagent plus, pourtant, les idées essentielles. D’autant plus que la supercherie du macronisme, grand fourre-tout des valeurs et projets défendus à droite et à gauche, a brouillé les limites et a rassemblé pour l’instant une grande partie des déçus. Dans l’action, il reste néanmoins, par son obsession de la taxe, sa bien-pensance aveugle sur le plan sociétal, sa collaboration avec le communautarisme et l’islam politique (sans doute en espérant le contrôler ainsi) plutôt de gauche.

Il est donc plus que temps de tendre un miroir à la société française où une majorité de compatriotes se reconnaîtront sans peine, de recoller les morceaux de verre pour faire apparaître à nouveau clairement le projet de la droite, ce qui suppose de rappeler haut et fort, chaque fois que nécessaire, les valeurs défendues, sans gêne ni honte, ni surtout crainte de la stigmatisation en face par les Khmers verts, rouges, roses ou noirs, et désormais souvent jaunes aussi. À force de crier au loup, ils ne sont plus si audibles, et les faits reviennent comme un boomerang défigurer leur belle doxa qui ne fonctionne que dans leur monde idéal, sur le papier. À la droite, ou aux droites, de grandir enfin et de s’affirmer à nouveau pour ce qu’elles sont.

(à suivre : « Je suis de droite parce que j’ai choisi la liberté »)

par Alain Weber sur X 9 août 2026
Un post d’Alain Weber publié sur X, dont nous partageons pleinement l’analyse et les conclusions à propos de ce que nous considérons comme la lie du paysage politique actuel : Gabriel Attal et Dominique de Villepin : https://x.com/alainpaulweber/status/2084392385279041632 "Je ne supporte pas Gabriel Attal. Cette agitation perpétuelle, cette manie de confondre vitesse et profondeur, cette autorité sous tension qui tient plus du réflexe que de la pensée, tout sonne faux, forcé, surjoué. Mais voir Dominique de Villepin monter en chaire pour lui faire la morale relève du théâtre de grand Guignol. D’un côté, Attal : l’énergie sans cap, la fermeté d’affiche, le volontarisme d’apparat. Ça gesticule, ça simplifie, ça promet avec la vitesse et la force de quelqu’un qui sait qu’il ne tiendra pas ses engagements. Une politique à l’adrénaline, où l’effet remplace l’idée. De l’autre, Villepin : la voix grave, le verbe ample, la posture impeccable. Il parle comme on déclame, avec cette assurance tranquille de ceux qui se regardent penser. Mais à force de hauteur, il par perdre tout contact avec la réalité et finit par flotter dans son immensité intellectuelle… L’un s’excite, l’autre se contemple. L’un fait du bruit, l’autre fait de l’écho. Et puis il y a ce double jeu à peine dissimulé : Dominique de Villepin, devenu tribun d’une gauche immigrationiste, sur ordre du Qatar , et Gabriel Attal, socialiste pressé qui voudrait faire croire qu’il est de droite. Deux trajectoires, deux discours, un même parfum d’imposture. Bref, deux calamités. Deux profils qui devraient se tenir extrêmement loin du pouvoir si l’on veut laisser à ce pays une chance de s’en sortir." 
par Dominique Reynié dans FigaroVox 9 août 2026
"L’écologisme est en contradiction avec la marche d’un monde avide de croissance comme avec la volonté des Français de maintenir leur niveau de vie et de l’accroître si possible" Longue interview de Dominique Reynié par Alexandre Devecchio dans FigaroVox https://www.lefigaro.fr/politique/dominique-reynie-l-ete-2026-aura-montre-que-l-ecologisme-est-devenu-l-ennemi-de-l-ecologie-20260802 LE FIGARO. - Selon beaucoup d’observateurs, les incendies ne relèvent pas seulement de la catastrophe naturelle, ils sont aussi le résultat de choix politiques liés à une certaine écologie. Les militants écologistes ont ainsi lutté pendant des années contre le débroussaillement, la gestion forestière ou encore les retenues d’eau… Peut-on parler de catastrophe politique ? DOMINIQUE REYNIÉ. - Je le crois. Il faut que nous apprenions à distinguer entre, d’une part, l’écologie , qui désigne à la fois une science et une préoccupation pour l’environnement, pour le vivant, pour sa fragilité et, d’autre part, l’écologisme, qui est une idéologie construite et mobilisée pour servir un projet de conquête du pouvoir. On comprend aisément que le réchauffement climatique favorise la propagation des incendies . Mais la catastrophe que nous vivons est en effet le résultat d’une détermination politique particulière, celle de l’influence pernicieuse de l’écologisme sur l’action publique. Dès les premiers incendies, les chaînes d’information continue accueillaient des intervenants établissant explicitement une relation directe de cause à effet entre le réchauffement climatique et les incendies, comme si le feu avait pris spontanément, dans une atmosphère surchauffée. On a vu des représentants d’Oxfam - qui se définit comme « une association de solidarité internationale qui lutte contre la pauvreté, les inégalités et le changement climatique » - expliquant les incendies par le réchauffement climatique, et mettant aussitôt en cause nos modes de vie, la croissance économique, les entreprises, le « capitalisme », etc. Il aura fallu un peu de temps avant de commencer à discuter des défaillances des politiques publiques, des investissements insuffisants ou trop souvent différés, des causes des départs de feu. À lire aussi Climatisation, incendies, nucléaire… L’été dantesque consacre la défaite de l’écologisme politique Surveiller les forêts, perfectionner les outils pour les combattre, sanctionner les comportements imprudents, punir les actes coupables, etc., tout cela dépend d’une stratégie, d’une organisation, de moyens financiers, humains et techniques, c’est-à-dire d’une bonne politique, mais c’est celle à laquelle les écologistes n’ont cessé de s’opposer, aidés d’ailleurs en cela par LFI. Les tragiques incendies de l’été 2026 nous montrent, pour la première fois, qu’une catastrophe écologique n’est pas seulement l’effet du climat ou de la globalisation économique, mais aussi de l’influence de l’écologisme, qui abuse d’images évidemment impressionnantes sans laisser suffisamment de place à des argumentations rigoureuses. Le discours écologiste est tellement pesant et anxiogène qu’on en est arrivés à inventer le terme d’écoanxiété pour caractériser cette angoisse dont les dégâts produits sur l’opinion publique, en particulier sur les nouvelles générations, sont considérables. Ne leur répète-t-on pas, finalement, que vivre est un cauchemar, voire une faute et que la nature serait victime de l’humanité ? Depuis les années 1970, les écologistes ont gagné en notoriété grâce à une politisation extrême des problèmes environnementaux De l’affaiblissement de notre filière nucléaire aux incendies, en passant par notre retard en matière de climatisation dans un contexte de réchauffement climatique, sommes-nous en train de payer les conséquences de l’influence politique de cet écologisme ? Rappelons de quoi est fait cet écologisme. Il est hostile à la croissance économique, aux entreprises, à l’innovation, souvent aux progrès scientifiques, à ce qui est la source de la plupart des solutions politiques aux grands problèmes que rencontre le monde. Les écologistes ont avec l’écologie la même relation que le RN avec l’immigration : c’est un enjeu existentiel ; c’est leur raison d’être. Pour les écologistes comme pour le RN, un monde de solutions est un monde où ils n’ont plus leur place. Depuis les années 1970, les écologistes ont gagné en notoriété grâce à une politisation extrême des problèmes environnementaux, en imputant sans nuance aux États et à leurs dirigeants la responsabilité des phénomènes et des catastrophes climatiques. Les voici aujourd’hui à leur tour désignés parmi les responsables de cette catastrophe. L’été 2026 aura établi aux yeux de tous que, en fait, cet écologisme peut être l’ennemi de l’écologie. La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, s’est montrée hostile à l’extension de la climatisation avant de menacer de démissionner à la suite de l’adoption de la loi d’urgence agricole. Que cela révèle-t-il ? Les partis de centre gauche et de centre droit se laissent-ils trop souvent intimider par l’écologisme radical ? Assurément. Le principal problème posé par l’écologisme est politique et, plus précisément, démocratique. L’écologisme est parvenu à prendre le pouvoir sans avoir réussi à convaincre les électeurs. Ainsi, face au dérèglement climatique, qui aurait dû les avantager, les écologistes ont choisi de répondre non par le marché, la société civile, la créativité, l’initiative et l’innovation, mais par le projet démesuré de « sauver la planète » grâce à une « transition écologique » conçue et conduite depuis Bruxelles, pour l’Union européenne, et depuis Paris pour la France. Ces idées relèvent d’une conception suradministrée des affaires publiques. Le résultat est le déploiement d’un régime de réglementations, d’autorisations, de contrôles et de surveillances de plus en plus étroit, intrusif et sévère, sans égard pour les libertés individuelles, et d’ailleurs sans effet sur le réchauffement climatique. Cet écologisme par les normes, cet écologisme bureaucratique, s’est non seulement mis en place sans avoir eu besoin de l’assentiment des électeurs, mais aussi sans les en avoir informés, de même qu’ils ne furent pas informés, entre 1997 et 2017, du quasi-abandon de notre filière nucléaire, qui constitue pourtant notre plus grand atout industriel, ainsi que notre meilleure réponse aux défis de la souveraineté énergétique et du réchauffement climatique. En ce sens, on peut considérer le mouvement des « gilets jaunes » comme un premier coup d’arrêt populaire imposé à l’idéologie écologiste, un coup d’arrêt d’ailleurs opéré selon une méthode manifestante et non électorale, comme s’il s’agissait, pour les « gilets jaunes », de répondre à l’écologisme avec ses mêmes méthodes de blocages protestataires et de confrontations violentes. Je dirais que l’écologisme est en train de perdre la bataille législative et gouvernementale Le virage pronucléaire d’Emmanuel Macron a-t-il été un tournant ? L’écologisme radical est-il en train de perdre la bataille culturelle ? Je dirais que l’écologisme est en train de perdre la bataille législative et gouvernementale. Cependant, la récusation électorale de l’écologisme n’empêche pas sa domination culturelle. On le voit à travers l’extraordinaire bienveillance du monde médiatique, qui est l’un des grands privilèges concédés à cette idéologie. On le voit aussi dans l’omniprésence du discours écologiste partisan, de fait institutionnalisé. On songe à ce qu’Althusser appelait les « appareils idéologiques d’État » : l’école, et par l’école on atteint aussi les familles, les universités, le monde intellectuel, les médias, en particulier l’audiovisuel d’État, ou encore le monde culturel. On voit aussi de nouveaux appareils idéologiques à l’œuvre, avec les plateformes numériques, les moteurs de recherche, les IA, Wikipédia, etc., et à travers eux les métiers de la communication et du marketing, affectant le discours de nombre d’entreprises ; elles reprennent à leur compte l’écologisme en imaginant un effet bénéfique, sans toujours voir qu’elles alimentent un gauchisme culturel qui ne leur veut pas du bien. Les écologistes étaient tout de même les premiers défenseurs de l’euthanasie. Et la loi qui a été adoptée s’inscrit dans leur vision radicale. Comment expliquez-vous l’engagement des écologistes sur la question de l’euthanasie et leur victoire politique sur cette question ? C’est une autre dimension de l’impensé écologiste et une autre cause de leur déclin. Les écologistes ont insisté sur la fragilité du vivant et la vulnérabilité du monde - plus qu’aucune autre famille politique -, ils ont dénoncé les dangers du pouvoir médical, pour finalement prendre une part prépondérante à la légalisation de l’euthanasie. Au fond, l’écologisme n’a-t-il pas ainsi rompu avec ce qui est supposé être le cœur de sa doctrine, la protection du vivant, le souci de sa fragilité, la protection des plus faibles ? L’écologie et la protection de la nature demeurent des questions majeures. Le risque est-il que l’opinion publique en vienne à confondre ces enjeux avec l’écologisme radical et rejette en bloc toute forme d’écologie ? Comment réconcilier l’écologie avec la liberté, le progrès réel et la démocratie ? Il me semble que l’on ne s’y trompe pas. En effet, d’une part, les études d’opinion nous disent que les enjeux écologiques préoccupent très largement la population. D’autre part, les résultats électoraux montrent que les Français refusent fermement, et depuis toujours, d’accorder leur confiance aux écologistes. Cet écologisme dogmatique, assimilable à l’extrême gauche parce qu’il se présente comme l’ennemi juré de la croissance économique et du confort matériel, n’a jamais intéressé la majorité des électeurs. Le gauchisme est-il l’avenir de l’écologisme ? Les tenants de l’écologisme sont pris dans une relation conflictuelle, inextricable, avec la démocratie. La victoire électorale est une perspective qui leur semble inatteignable, à juste titre. Les élections ne leur seront pas favorables avant longtemps, peut-être jamais. C’est pourquoi on assiste, au sein de l’écologisme et à gauche en général, au retour d’un discours archaïque constitutif des premiers âges de la gauche, au milieu du XIX e siècle, et qui contestait la capacité de l’électeur, son indépendance, la valeur de l’élection, la représentativité des représentants élus. L’intérêt théorique bien réel de ces sujets n’interdit pas de relever que les partis qui parlent de plus en plus de « conventions citoyennes », de tirage au sort et de « démocratie participative » sont ceux auxquels les élections générales et les référendums - bref, la souveraineté électorale - ont peu de chance d’être favorables. L’écologisme est en contradiction avec la marche d’un monde avide de croissance comme avec la volonté des Français de maintenir leur niveau de vie et de l’accroître si possible Ce qui, hier, était magnifié, l’élection au suffrage universel, est aujourd’hui, à gauche, un sujet de suspicion. Si l’écologisme est parvenu à gouverner tout en étant la composante marginale de coalitions fragiles ou minoritaires, depuis une trentaine d’années jusqu’à aujourd’hui, il suscite maintenant une exaspération montante qui appelle un arbitrage démocratique. L’écologisme est en contradiction avec la marche d’un monde avide de croissance comme avec la volonté des Français de maintenir leur niveau de vie et de l’accroître si possible. Les écologistes devraient opérer un virage réformiste. Mais, différemment, ils semblent s’engager depuis quelques années sur le chemin d’une mutation de sens contraire, comme si, faute de pouvoir imaginer leur victoire électorale, ils cédaient à la tentation, en assumant leur conversion à une politique antisystème. C’est bien ce processus qui est à l’œuvre dans le rapprochement avec LFI. Il pourrait aboutir à une union lors des prochaines élections législatives de juin 2027. Mais le rapprochement avec LFI a un prix. Il implique notamment de se lier avec les mouvances antisémites et islamistes qui travaillent la gauche française et l’ensemble de la gauche européenne.
par Nicolas Pouvreau-Monti dans FigaroVox 4 août 2026
"Près de 60 000 migrants ont franchi en une seule journée la frontière qui sépare le royaume du Maroc du territoire espagnol. Cette crise révèle un enchevêtrement d’erreurs et de naïvetés cumulées, dont les leçons, comme les effets, valent pour l’Europe entière, analyse le directeur de l’Observatoire de l’immigration et de la démographie."  Une tribune très éclairante de Nicolas Pouvreau-Monti (co-fondateur et directeur de l’Observatoire de l’Immigration et de la Démographie) sur les récents évènements à la frontière entre le Maroc et l'Espagne à lire dans FigaroVox : https://www.lefigaro.fr/vox/politique/nicolas-pouvreau-monti-ceuta-n-est-pas-une-anomalie-c-est-un-avertissement-20260731 Nicolas Pouvreau-Monti : « Ceuta n’est pas une anomalie, c’est un avertissement » Il aura suffi de quelques heures pour qu’une enclave de 18 kilomètres carrés devienne l’épicentre d’une crise européenne. À Ceuta, près de 60 000 migrants – majoritairement des jeunes hommes marocains – ont franchi en une journée, de manière irrégulière, la frontière qui sépare le royaume du Maroc du territoire espagnol. La ruée vers cette ville autonome n’est pas seulement le visage d’un échec policier ou sécuritaire. Elle révèle un enchevêtrement d’erreurs et de naïvetés cumulées, dont les leçons (comme les effets) valent pour l’Europe entière. À découvrir Avec son plan de régularisation des clandestins annoncé en janvier 2026, l’exécutif espagnol pensait ouvrir un dispositif concernant 500 000 personnes environ. Au 30 juin dernier : 1,2 million de dossiers avaient été déposés. Les Marocains en constituaient la deuxième nationalité la plus nombreuse. Pedro Sanchez cherche, depuis plusieurs années, à se positionner comme l’un des derniers dirigeants du monde démocratique explicitement favorables à une immigration sans contrôle. En témoignent ses interventions dans la presse internationale – comme sa tribune parue dans le New York Times en février dernier, ainsi titrée : « Je suis le premier ministre espagnol. Voici pourquoi l’Occident a besoin des migrants. » Ce faisant, Sanchez a ignoré délibérément un phénomène dont l’existence est pourtant attestée au niveau mondial : celui de « l’appel d’air » généré par ce type de décision. Tandis que l’ensemble des passages irréguliers détectés par Frontex aux frontières extérieures de l’UE a reculé de 25% l’an dernier, la seule route migratoire qui a connu une hausse notable de ses franchissements est celle de la Méditerranée occidentale – qui va, précisément, du nord du Maroc au sud de l’Espagne. La perspective de cette régularisation massive était déjà évoquée publiquement par Madrid. Cette ruée vers Ceuta met à nouveau en lumière l’extraordinaire fragilité à laquelle nous expose l’état actuel de l’espace Schengen. Un seul pays, même radicalement isolé en Europe (l’adoption récente du « règlement Retour » par le Parlement européen en témoigne), est en mesure d’imposer les conséquences de ses décisions à l’ensemble des autres États membres de la zone. Des règles dérogatoires de contrôle s’appliquent, certes, au départ des enclaves de Ceuta et Melilla vers le continent. Mais quiconque posera le pied en Andalousie entrera dans un espace de 4 millions de kilomètres carrés, où l’absence de contrôle aux frontières – non seulement pour les citoyens de l’UE, mais aussi pour les ressortissants extraeuropéens – constitue un principe solidement garanti. Des modalités de rétablissement temporaire des contrôles sont certes prévues par le droit, comme l’a rappelé le ministre Laurent Nunez pour tenter d’apaiser les craintes. Mais celles-ci se trouvent très limitées dans leur mise en œuvre concrète. Dans la foulée d’une décision de la Cour de Justice de l’Union européenne en 2023 : les décisions rapides et souveraines de « non-admission » à la frontière française, qui étaient pratiquées largement à la frontière avec l’Italie depuis 2015 (et auraient pu l’être face à l’Espagne aujourd’hui), ont chuté de 80% en un an. L’apparent relâchement des contrôles marocains qui a accompagné la ruée vers Ceuta devrait aussi déciller les yeux de nos dirigeants devant une évidence stratégique : l’arme migratoire est devenue l’un des principaux leviers de déstabilisation contre les États européens. Le « gouvernement des juges » n’est pas innocent, non plus, dans la crise déclenchée à Ceuta. Au début du mois de juillet, le Tribunal suprême espagnol a publié un arrêt rendant impossible le recours aux « refoulements immédiats » pour les clandestins arrivant par la mer. Les migrants – et, plus encore, les réseaux criminels qui les accompagnent – sont des individus rationnels, qu’il importerait de considérer enfin comme tels. Ils réagissent aux signaux et aux contre-signaux, d’ouverture ou de fermeté. Ils pèsent les opportunités avec les risques qui leur sont associés. Les messages irresponsables envoyés par des gouvernements ou des juridictions engendrent des effets concrets sur la dynamique des flux. L’apparent relâchement des contrôles marocains qui a accompagné la ruée vers Ceuta devrait aussi déciller les yeux de nos dirigeants devant une évidence stratégique : l’arme migratoire est devenue l’un des principaux leviers de déstabilisation contre les États européens. De la même façon que l’Algérie a « fait payer » la France pour le virage pro-marocain opéré par notre diplomatie en 2024, rompant toute coopération dans le domaine migratoire et facilitant les départs, le régime de Rabat n’apprécie pas le rapprochement engagé entre Madrid et Alger – ni la position du gouvernement Sanchez sur la question du Sahara occidental. Ce genre de stratégie hostile n’est pas seulement déployé au sud. En 2021, la Biélorussie d’Alexandre Loukachenko a organisé l’acheminement de milliers de migrants du Moyen-Orient jusqu’aux frontières de la Pologne et de la Lituanie, afin d’exercer une pression politique sur l’Union européenne en représailles aux sanctions occidentales. La Turquie d’Erdogan l’a fait aussi. Cet instrument de guerre hybride est d’autant plus efficace que l’Europe entretient activement sa propre vulnérabilité, par un ordre juridique qui fait de notre continent le plus ouvert à l’immigration irrégulière dans le monde. L’instrumentalisation des migrations est aussi le moyen récurrent d’une « annexion par le bas » pour des gouvernements revendiquant leur souveraineté sur des territoires où ils ne l’exercent pas. Rabat considère Ceuta et Melilla comme des territoires marocains occupés par l’Espagne : l’afflux de ses ressortissants en masse et en force est un moyen d’affirmer cette position, tout comme de préparer un basculement démographique favorable au rattachement. Ce mode opératoire est le même que celui déployé par les Comores à Mayotte, dans un objectif identique. Les crises migratoires ne sont plus seulement des défis humanitaires ; elles sont devenues des terrains de confrontation stratégique. Ceuta n’est pas une anomalie. C’est un avertissement.
par Jean-Frédéric Poisson dans VA 29 juillet 2026
Une tribune de Jean-Frédéric Poisson sur le rôle du Conseil Constitutionnel et sur les réformes possibles pour garantir l’État de droit ! https://www.valeursactuelles.com/clubvaleurs/politique/jean-frederic-poisson-pour-une-reforme-du-conseil-constitutionnel Le sentiment de défiance à l'égard des « Sages » vient de ce qu'ils donnent trop souvent l'impression de faire de la politique au lieu de dire le droit, de réduire l'espace de débat au lieu de le protéger. Par Jean-Frédéric Poisson Publié le 22 juillet 2026 à 21h00 Le Conseil constitutionnel a-t-il progressivement excédé sa fonction ? Un sentiment s’installe dans le débat public français : celui d’un Conseil constitutionnel dont le pouvoir aurait progressivement excédé sa fonction. À chaque grande loi censurée ou partiellement amputée, revient la même interrogation : le Conseil dit-il le droit ou participe-t-il désormais à la décision politique, notamment sur des sujets sensibles comme l’immigration, les retraites, la sécurité ou la crise sanitaire ? L’État de droit contre la démocratie Cette question ne peut être écartée au nom de la défense abstraite de « l’État de droit ». Il faut distinguer l’état du droit, c’est-à-dire l’ensemble des normes en vigueur, de l’ État de droit , qui désigne un régime où le pouvoir est limité, séparé et contrôlé, et où les citoyens concourent librement à la formation de la loi. Le premier relève des politiques publiques ; le second des conditions de la liberté politique. Depuis la décision de 1971 sur la liberté d’association, le Conseil a progressivement étendu son contrôle en s’appuyant sur le « bloc de constitutionnalité » : Constitution de 1958, Déclaration de 1789, Préambule de 1946, Charte de l’environnement, principes fondamentaux reconnus par les lois de la République et diverses constructions jurisprudentielles. Ce mouvement peut être vu comme un progrès pour les droits fondamentaux. Mais plus ce bloc s’élargit, plus le juge dispose d’une marge d’interprétation susceptible de l’amener à arbitrer entre plusieurs conceptions également légitimes de la liberté, de l’égalité ou de la fraternité. Il ne protège alors plus seulement le cadre du débat démocratique : il en réduit parfois l’espace. Rétablir la confiance entre le peuple et les institutions La réforme du Conseil constitutionnel devrait donc devenir un chantier majeur du rétablissement de la confiance entre le peuple et les institutions. La défiance actuelle tient aussi à l’impression que certains choix collectifs échappent désormais au suffrage et au Parlement. Une démocratie constitutionnelle a besoin de limites à la majorité ; elle a aussi besoin que ces limites soient claires, lisibles et directement rattachées à la Constitution. Plusieurs réformes sont envisageables : renforcer la motivation des décisions, revoir les modalités de nomination, exiger une compétence juridique renforcée, supprimer les anciens présidents de la République comme membres de droit, développer les règles de déontologie, publier les votes et autoriser les opinions dissidentes. Ces mesures amélioreraient la transparence sans modifier l’équilibre institutionnel. Plus profondément, il conviendrait de recentrer le contrôle de constitutionnalité sur sa finalité première : garantir l’État de droit, non orienter l’état du droit. Une révision pourrait ainsi préciser que les principes déduits de la Constitution ne peuvent justifier une censure qu’en matière de séparation des pouvoirs, de souveraineté nationale, de liberté politique, d’égalité civique, de sûreté, de légalité pénale, de garantie des droits et de régularité du suffrage, sans permettre au Conseil de substituer son appréciation à celle du législateur sur les choix de politique publique. Il ne s’agit pas d’affaiblir la Constitution, mais de rappeler qu’elle n’est pas un programme politique. Elle est la règle commune qui permet au peuple de débattre, de choisir et d’alterner. Réformer le Conseil dans cet esprit, ce serait rendre au droit constitutionnel sa véritable fonction : garantir que nul ne puisse confisquer au peuple le pouvoir de se gouverner lui-même.
par Yves d'Amecourt 28 juillet 2026
" Les grands incendies que connaît aujourd’hui la France révèlent moins une crise de la forêt qu’une crise de l’État. Ils mettent à nu une administration qui excelle à produire des normes mais peine de plus en plus à accomplir sa mission première : protéger les Français et le patrimoine dont ils ont hérité." Et si les incendies qui ravagent nos forêts chaque été n'étaient pas une fatalité climatique, mais le symptôme d'un État devenu incapable d'agir ? C'est ce que nous suggère Yves d'Amecourt dans ce magnifique texte : https://nouvellerevuepolitique.fr/yves-damecourt-quand-la-foret-brule-cest-letat-qui-se-consume/
par Jean-Philippe Delsol dans Contrepoints (IREF) 25 juillet 2026
Peut-on programmer la justice sociale comme on programme une machine ? C'est le pari d'un rapport signé par 45 économistes, dont Thomas Piketty et Gabriel Zucman, qui promet l'égalité mondiale, la sobriété heureuse et un réchauffement contenu à 1,8°C — le tout d'ici 2100. Une utopie séduisante sur le papier — mais qui a déjà un nom dans l'Histoire. "Il se trouve toujours des naïfs pour faire confiance à ces idéologues et des institutions perverties pour en propager les théories dangereuses . Ne nous lassons pas de dénoncer ces prophètes de malheur et de répéter que l’ordre spontané d’un monde libre est toujours meilleur et plus efficace." Jean. Philippe Delsol dans Contrepoints nous partage une excellente analyse des biais idéologiques de toutes ces belles idées : https://contrepoints.org/rapport-sur-la-justice-pikettyrannie-et-zucmanipulation/
par Marc Rameaux dans Causeur 19 juillet 2026
"Le relativisme hérité de Mai 68 nous pollue encore. Nous devons balayer ce conformisme par une pensée authentique. Par exemple en nous appuyant sur Aron, Crozier, Lévi-Strauss ou Girard qui, en leur temps, avaient bien vu la supercherie de cette pseudo-révolution." Une analyse passionnante de Mai 68 en s'appuyant sur les penseurs qui à l'époque avaient osé s'opposer à ce mouvement mortifère ... A lire dans Causeur : https://www.causeur.fr/mai-68-sous-le-pave-le-vide-330048
par Vincent Trémolet de Villers 17 juillet 2026
"L’Histoire retiendra qu’un pouvoir épuisé, une Assemblée de fortune, un président plus impopulaire que jamais , le premier ministre « le plus faible » de la Ve République ont conjugué cynisme, lâcheté et idéologie pour, au milieu de l’été 2026, permettre à l’État d’administrer la mort." Un édito de Vincent Trémolet de Villers dans FigaroVox https://www.lefigaro.fr/vox/politique/l-editorial-de-vincent-tremolet-de-villers-loi-sur-l-euthanasie-et-le-suicide-assiste-simulacre-democratique-et-nihilisme-d-etat-20260715 Incapable en dix ans d’améliorer la vie quotidienne des Français, Emmanuel Macron se félicitera certainement d’avoir, quarante-cinq ans après l’abolition de la peine de mort, rendu à l’État le pouvoir d’abréger l’existence. L’Histoire retiendra qu’un pouvoir épuisé, une Assemblée de fortune, un président plus impopulaire que jamais , le premier ministre « le plus faible » de la Ve République ont conjugué cynisme, lâcheté et idéologie pour, au milieu de l’été 2026, permettre à l’État d’administrer la mort. Progressisme ? On cherche en vain le progrès moral dans cet oxymore assassin : « Tuer, c’est soigner. » Pas plus de progrès médical dans cette méthode irrémédiable d’abréviation des souffrances. Encore moins de progrès social dans cet abandon de l’État-providence au profit de ce que Dominique Reynié appelle un État « validiste ». Vieillards, grands malades, nerveux, désespérés savent désormais qu’ils sont « éligibles » au « droit à mourir ». On a beau tourner la chose dans tous les sens, on se cogne comme une mouche dans un bocal : comment faire cohabiter à l’hôpital des unités de suicidologie qui luttent héroïquement pour que des personnes ne mettent pas fin à leurs jours et des structures chargées d’assister le suicide ? Devant une telle contradiction, l’esprit est pris de vertige, et ce qui fait en l’homme l’humain s’insurge. Il fallait, nous dit-on, un trophée « sociétal » pour la « legacy » du président sortant. Preuve supplémentaire que l’impuissance publique peut s’accompagner d’une immense arrogance anthropologique. Le tout dans un mélange de lyrisme, de kitsch et de légèreté. C’est Créon, mais au pays des selfies…  Incapable en dix ans d’améliorer la vie quotidienne des Français, Emmanuel Macron se félicitera certainement d’avoir, quarante-cinq ans après l’abolition de la peine de mort, rendu à l’État le pouvoir d’abréger l’existence. Où est la victoire ? Depuis la convention citoyenne pipée jusqu’à la « célébration » ministérielle annoncée avant même le vote, ce parcours législatif aura été un simulacre de délibération, une singerie démocratique. Il projette sur la fin de ce quinquennat un nihilisme d’État. Cela ne suffira pas, pourtant, à décourager ceux qui, dans la prévenance des soins, l’apaisement des souffrances, la protection des plus faibles, le mystère intime du dernier souffle, savent que la politique a le pouvoir de changer la loi, mais pas celui de profaner le sanctuaire de la conscience.
par Institut Thomas More 27 juin 2026
Dans un rapport inédit, l’Institut Thomas More dresse l’inventaire des décisions politiques qui ont mis la France à genoux pendant ces 50 dernières années. Chute du niveau scolaire, 35 heures, système de retraite, chômage, déficits, dette, insécurité… Autant d'occasions ratées pour maintenir la France sur le chemin de la prospérité !  "Notre ambition, dans ce rapport, est d’identifier les cinquante décisions qui ont mis la France à genoux en cinquante ans, de les replacer dans leur contexte, d’expliquer les motivations de fond ou les choix opportunistes qui ont abouti à ce qu’elles soient prises, de décrire et chiffrer leur impact et leurs effets cumulatifs, les comparer aussi aux options prises par des pays semblables. Ce travail inédit n’a jamais été réalisé de cette manière : il constitue une somme considérable. Les données citées, les sources et les conséquences mesurées sont issues de statistiques et de rapports publics et parfois privés, incontestables. Il se veut et nous l’avons pensé ainsi, d’intérêt général. Car dans la perspective de 2027, il constitue un préalable à l’élaboration de tout programme crédible. Au regard de la gravité de sa situation, il est impossible de penser redresser le pays sans analyser objectivement les causes" https://institut-thomas-more.org/2026/06/25/rapport36/
par Jean-Marie Montali 10 juin 2026
"Emmanuel Razavi vit sous protection policière. Nora Bussigny est régulièrement la cible de menaces et de campagnes de haine. D’autres parmi nous vivent la même chose. Leur point commun ? Avoir enquêté sur l’islamisme, ses réseaux, l’antisémitisme contemporain ou encore les dérives de la dictature iranienne. Face aux intimidations, aux menaces de mort et aux tentatives de censure, le plus inquiétant n’est peut-être pas la violence des fanatiques. Le plus inquiétant est le silence. Celui d’une partie du monde médiatique, intellectuel et politique, qui semble avoir renoncé à défendre des principes qu’il prétend pourtant universels ." Jean-Marie Montali (né en 1962) est un journaliste français spécialisé en presse écrite , auteur de plusieurs ouvrages et réalisateur de documentaires pour la télévision . Grand reporter , il a occupé divers postes de direction, notamment rédacteur en chef , directeur adjoint et directeur exécutif de la rédaction au Figaro Magazine , directeur adjoint de la rédaction de France-Soir , et directeur adjoint des rédactions du Parisien – Aujourd'hui en France . Dans La Nouvelle Revue Politique, il s'insurge contre une étrange hiérarchie de l’indignation ... https://nouvellerevuepolitique.fr/journalistes-le-silence-qui-deshonore/