Elle a bon dos l’Amazonie ! Écologie, prétextes et postures.

  • par NJ Gray
  • 03 sept., 2019

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Que l’écologie soit depuis des années (et plus encore depuis les deux derniers quinquennats) un prétexte à taxer entreprises et particuliers sur des motifs divers, et pour remplir d’autres caisses que celle destinée à la légitime protection de notre environnement, on le savait déjà ;
Qu’elle soit devenue, pour nombre de ses apôtres, une posture vendeuse et racoleuse, une vitrine qui fait oublier tout le reste (le green washing des marques, le détournement d’attention volontaire par un gouvernement dont d’autres projets risquent d’être sous le feu de la contestation), est aujourd’hui un procédé facile et ultra connu, ce qui n’empêche pas qu’il reste très efficace ;
Qu’elle se soit transformée en axe qui partage le monde en camp du Bien et camp du Mal, une nouvelle religion, avec ses croyances, sa doxa imprescriptible, ses excommunications, permettant de stigmatiser, souvent avec une violence verbale voire une hystérie fanatique, tout contestataire, toute personne apportant une nuance ou émettant un doute, est une tendance dangereuse et récente qui ne cesse de s’affirmer.
L’écologie comme science est bien installée dans nos universités et laboratoires de recherche depuis le XIXe siècle, elle a ses spécialistes, des scientifiques, qui débattent entre eux et ne s’accordent pas toujours sur l’ampleur d’un phénomène, sa datation, ses causes, les remédiations possibles, l’urgence ou non à agir, les priorités à identifier. Et pour ce qui est des prédictions sur l’évolution climatique, nul ne peut prétendre détenir seul la vérité car toutes les théories sont fondées sur des modèles dont la véracité n’est pas prouvée.
L’écologie comme nouvelle religion laïque, de son côté , possède comme toute croyance, ses déviances, ses fanatismes, ses gourous (sincères ou non), son discours téléologique et même ses collapsologues (« nous allons tous mourir demain, repentez-vous pauvres pécheurs») : le discours ne peut évidemment pas être le même que pour l’écologie scientifique, car il s’agit de frapper fort par des slogans, des approximations, et comme dans de nombreuses sectes d’emporter l’adhésion immédiate par la peur plus que par la raison et la réflexion. C’est malheureusement cette écologie-là, celle de la croyance et non de la science, celle de la posture et non de la réflexion, celle de l’embrigadement et non de la pensée libre, qu’a semblé défendre le président français au G7, se transformant devant les caméras en émule de la propagande thunbergienne, qui est à la science ce que l’humilité est au macronisme.
Entre contre-vérités, approximations, exagérations, mensonges par omission, amateurisme ou récupération politicienne grossière, Emmanuel Macron est loin d’avoir fait grandir la cause écologiste, déjà présentée de façon trop immature, caricaturale et entachée d’arrière-pensées partisanes dans notre pays.

Où l’on découvre qu’il y a des feux gentils et des feux méchants

Premier mensonge par omission: “notre maison brûle”, c’est certain, mais pas seulement au Brésil ! En pointant d’un doigt accusateur les seuls feux de forêt en Amazonie brésilienne, le président Macron a fait preuve soit d’une incompétence, soit d’une mauvaise foi assez inquiétantes car dangereuses en termes de relations internationales, et totalement puériles pour un homme à un tel niveau de fonction.
Passons sur une forme de fake news désolante : la photographie utilisée d’une forêt primaire en feu datant de plus de 15 ans, ridicule illustration trahissant un amateurisme et une précipitation d’autant plus incompréhensibles que nombre d’images satellites de la NASA était publiées ces derniers temps et parfaitement accessibles. À croire que l’idée de prendre la pose et de jouer le nouveau grand gourou vert de la communauté internationale a piqué le président français au tout dernier moment pour réveiller un G7 ronronnant et néanmoins coûteux sur l’utilité duquel beaucoup de ses concitoyens commençaient à s’interroger.
Rappelons d’abord que l’Amazonie s’étend aussi en Bolivie, Colombie, Équateur, Guyane française, Guyana, Pérou, Surinam, Paraguay et Venezuela et que des feux de forêt se retrouvent dans toute la région. En Bolivie l’ampleur est telle que le président Evo Morales a même suspendu la campagne électorale (mais c’est d’une part un homme de gauche, d’autre part un Indien, donc un homme intouchable doublement dans le camp des gentils) . Même inquiétude au Paraguay en direction duquel ont décollé les premiers canadairs dits « avions G7 » la semaine dernière. Les feux de défrichement sont une constante et font partie du mode de développement en Amérique du Sud. Le problème actuel tient à la fois de la multiplication de ces défrichements dans la perspective notamment d’accroissement des échanges grâce au Mercosur, d’autre part à une situation de sécheresse particulière qui transforme les feux de brûlis ou de déforestation en incendies difficilement maîtrisables. En d’autres termes, ça brûle au Brésil, mais ça brûle aussi ailleurs en Amazonie.
Deuxièmement, la déforestation en Amazonie, qui se fait essentiellement d’ailleurs par le feu, ne date pas d’aujourd’hui. Emmanuel Macron semble oublier notamment que sous le président Lula en particulier, l’enfant chéri de la gauche et des médias français, les feux avaient été beaucoup plus importants encore. En nombre de départs de feu et en hectares détruits, il y a donc eu, rien qu’au Brésil, des années bien pires que ce que l’on dénonce aujourd’hui, notamment en 2010 ou 2016. Les commentateurs, le président, qui comparent la situation actuelle à l’année dernière où effectivement les feux avaient été davantage sous contrôle (comme en 2017), font preuve d’une grande malhonnêteté intellectuelle : ce genre de phénomène est à étudier sur le temps long, sur la tendance générale et non en mettant côte à côte deux accidents. Et la tendance dit que c’est sur les 50 dernières années que 20 % de la forêt amazonienne a disparu, notamment au Brésil où elle a perdu 60 % de sa surface car ce pays émergent est le premier de la région à avoir mis en place une révolution verte fondée sur l’agriculture et l’élevage intensifs.
Troisièmement les feux de forêt ravagent en même temps une partie de la Sibérie où, début août, 3 millions d’hectares de forêts sont partis en fumée, ce qui n’a généré aucune manifestation d’écologistes ni de remarques condescendantes pour le dirigeant russe de la part de l’Élysée. Doit-on s’en étonner ? Lorsque Macron dénonce le dirigeant brésilien au G7 en le traitant de menteur, on en est à 470 000 ha détruits en Amazonie brésilienne, un drame écologique certes mais des clopinettes par rapport à la Sibérie, mais, comme par hasard, cela offre le prétexte d’une véritable crise diplomatique contre le méchant populiste et d’une croisade du Bien contre le Mal.
Il en est de même en Afrique ou « l’autre poumon de la planète », le bassin du Congo brûle lui aussi est bien plus que l’Amazonie comme l’ont encore montré de récentes images satellites de la NASA. À titre d’exemple, selon les données analysées par la fondation Weather Source, « 6 902 foyers d’incendie ont été enregistrés en quarante-huit heures les 22 et 23 août dernier en Angola et 3 395 en République démocratique du Congo, contre 2127 au Brésil ». Selon le quotidien argentin Clarín, qui qualifie l’Afrique de « continent en flammes », celle-ci concentrerait « au moins 70 % des quelques 10 000 feux dénombrés dans le monde au cours une journée moyenne du mois d’août ».
Mais voilà, Emmanuel Macron ne s’en prend qu’à son homologue Jaïr Bolsonaro, coupable sans doute d’avoir posé récemment un lapin inélégant mais fort significatif au ministre de l’Europe et des affaires étrangères français, Jean-Yves le Drian pour cause d’urgence capillaire. Traiter de « menteur » le dirigeant d’un grand pays allié n’est pas d’une intelligence diplomatique avérée mais Emmanuel Macron fait peut-être partie de ces néophytes en politique qui imaginent que la diplomatie n’est destinée qu’à s’entretenir et se congratuler mutuellement dans l’entre-soi avec les dirigeants des pays avec qui l’on est d’accord (alors qu’elle sert essentiellement à rapprocher les contraires). Il ne faut pas ensuite s’étonner et monter sur ses petits poneys, en jouant les victimes outragées, si on se prend des insultes du même niveau au retour du boomerang. Petit jeu de postures qui est loin de grandir l’image de la politique et des dirigeants des principaux pays de la planète aux yeux de ceux qui les regardent, l’immaturité et les échanges du niveau de cour de récréation, où les petits Grands de ce monde jouent à qui fait pipi le plus loin, semblant devenir la norme dans les relations internationales.
Il n’empêche que de tout cela on déduit qu’aux yeux d’Emmanuel Macron il y a des feux gentils, pour se développer, et des feux méchants, qu’il faut dénoncer. Tout dépend de l’amitié ou de l’inimitié que l’on entretient avec ceux que l’on en juge responsables.

L’Amazonie n’est pas le poumon de la planète

D’abord que veut dire « poumon de la planète » ? C’est une expression très ambiguë. Cela signifie-t-il qu’il s’agirait de la première forêt productive oxygène ? Ou de la première forêt en termes d’absorption de CO2 ? C’est certes une jolie formule mais, dans les deux cas, c’est trompeur et réducteur.
La forêt amazonienne produit de l’oxygène, oui évidemment, comme toute forêt, mais en aucun cas 20 % comme l’a prétendu le président français. La plupart des scientifiques s’accordent pour estimer que l’Amazonie produit environ 5% de notre oxygène, ou à peine davantage (les études les plus optimistes approchent les 9%). Citons juste quelques études : 5% pour Philippe Ciais, chercheur au laboratoire des sciences du climat et de l’environnement (LSCE) interrogé par le Parisien, 6% pour Jonathan Foley, directeur de l’institut de l’environnement de l’université du Minnesota (qui pense même que ses propres calculs sont surévalués). Pour ce chercheur l’ensemble des forêts du monde représentent 50 % de la production d’oxygène (l’autre moitié est produite par les océans) , dont 12 % pour les forêts tropicales comme l’Amazonie (elle représenterait la moitié de ces 12%, donc 6% du total) : « il est biologiquement et physiquement impossible pour l’Amazonie de produire 20 % d’oxygène du monde ». Neil Blair, professeur d’ingénierie environnementale à l’université de Northwest, arrive aussi à 6% de l’oxygène de la planète dans une étude de 1998 dans la revue Sciences, où il explique que les écosystèmes forestiers contemporains contribuent de fait très peu à l’oxygène de l’atmosphère, une grande partie provenant des matières organiques enfouies dans notre sol depuis des milliards d’années. Et pour lui aussi, l’essentiel de l'oxygène émis aujourd’hui vient des océans et de la photosynthèse marine.
Un autre aspect est que si l’Amazonie, comme les autres forêts du monde, produisent de l’oxygène, elles en consomment aussi, c’est ce qu’expliquait il y a quelques jours sur son blog Yadvinder Malhi, professeur de sciences des écosystèmes à l’université d’Oxford . En Amazonie, les plantes et les microbes du sol en consommeraient autant que ce qui est émis chaque année, laissant le système en équilibre.
Quand Emmanuel Macron écrit que l’Amazonie absorbe 14 % du CO2 mondial, ce serait donc également en tant que rétentrice de gaz carbonique (qu’elle transforme donc en oxygène par la phytosynthèse) que l’Amazonie serait « le poumon du monde » ? Or, c’est inexact, car elle en produit aussi. Il peut même arriver qu’une forêt émette plus de CO2 qu’elle n’en absorbe, explique au Huffington post Alain Pavé ancien directeur du programme Amazonie du CNRS. Si des arbres en pleine croissance peuvent en effet mettre beaucoup d’oxygène, d’autres vieillissants ou mourant dégagent surtout du CO2. « Pour faire simple le bilan de la forêt en elle-même est nul quand elle est à son état d’équilibre » conclut Pierre Thomas, professeur émérite à l’École Normale Supérieure de Lyon interrogé par Le Parisien. Pour le chercheur Jean-Pierre Wigneron de l’INRA, il est certain que les écosystèmes d’Amazonie capturent effectivement une quantité énorme de CO2 mais ils en émettent d’aussi importantes au point que, si l’on regarde le bilan net (en clair le gain par séquestration de CO2 moins les pertes par émissions de CO2) les forêts tropicales d’Amérique du Sud ont un bilan globalement neutre sur les 10 dernières années. Pour ce chercheur, les pièges à carbone des surfaces terrestres seraient actuellement plutôt dans les forêts boréales et tempérées, ce serait elles qui nettoieraient l’atmosphère et non l’Amazonie. Mais pour lui aussi le principal poumon reste constitué par les surfaces océaniques.
Il n’en reste pas moins qu’une tonne d’arbres qui brûle se sont presque 2 tonnes de CO2 qui s’évaporent. 30 % du stock mondial de carbone serait stockés dans les forêts (dont l’Amazonie). On peut donc effectivement s’inquiéter à juste titre des incendies de forêt pour le carbone produit (qui peut s’ajouter à celui qui est imputable aux activités humaines), pour les conséquences sur le climat régional comme on l’a vu, pour l’approvisionnement en eau, pour la biodiversité comme on va le voir, mais pas pour l’oxygène comme le prétend le chef de l’Etat français. Le risque écologique est réel, mais pour d’autres raisons que les allégations fantaisistes avancées.

Faites ce que je dis mais ne dites pas ce que je fais

Le véritable poumon de la planète sont donc les océans dont provient la moitié de notre oxygène. C’est le plancton, dont la biomasse totale est nettement supérieure à celle des forêts, qui est le premier producteur d’oxygène tout en étant le plus grand piège à gaz carbonique du monde. C’est pourquoi les scientifiques emploient l’image de « poumon bleu de la planète ».
Or, favoriser le commerce RTW (round the world) par des traités de libre-échange, c’est augmenter sans cesse la flotte de pétroliers et porte-conteneurs qui sillonnent mers et océans, ce qui augmente les risques écologiques en tous genre (pollution directe, réchauffement, accidents, empreinte carbone…). C’est ce que va amplifier la signature du CETA et celle à venir du Mercosur, traité que nombre d’écologistes présentent comme climaticide, mais qui était défendu bec et ongles par LREM il y a quelques jours encore.
En outre, que sont ces incendies qui touchent (vue sa superficie, je ne peux écrire « ravagent » comme si elle allait disparaître du jour au lendemain) la forêt amazonienne ? Certains sont liés à la sécheresse mais beaucoup d’autres, la majeure partie, ont pour objectif de soutenir l’exploitation agricole intensive (élevage et agriculture) et de favoriser les exportations de soja ou d’élevage bovin. L’incendie est le fait d’agriculteurs et d’éleveurs, souvent aussi de grandes firmes, soit pour défricher de vastes zones d’exploitation, soit pour nettoyer et enrichir le sol par brûlis. Ajoutons que le Mercosur doit également permettre les investissements de nos propres multinationales au Brésil, notamment pour l’extraction minière, ce qui évidemment se traduira par la destruction d’une partie de la forêt amazonienne. Cette agriculture intensive est favorisée (au sens qu’il laisse faire) par l’actuel président brésilien qui n’a jamais caché faire passer les intérêts économiques de son pays bien avant les préoccupations écologiques, mais comme d’autres avant lui, notamment le président Lula que personne n’a jamais condamné à cet égard.
Sans doute est-ce la raison pour laquelle Emmanuel Macron, conscient des contradictions portées par son revirement écologique d’un côté, par son soutien à des traités de libre-échange de l’autre, inquiet devant les réactions qu’il n’attendait peut-être pas, consécutives au projet de signature du traité avec l’Amérique du Sud, s’est soudainement « trumpisé » en prétendant, sans même avoir pris l’avis de ses pairs et invités, sortir unilatéralement des accords entre l’Union européenne et Mercosur, histoire de se donner une bonne conscience et virginité écologiques, largement entamées par la négociation des traités transatlantiques, la démission de Nicolas Hulot, le scandale de Rugy, les hésitations sur la taxe carbone ...

L’Amazonie en revanche est capitale pour d’autres raisons

Le vrai problème est ailleurs car l’Amazonie est bien plus qu’un stock d’oxygène.
Le drame environnemental de la déforestation amazonienne concerne avant tout la région. La forêt régule tout le climat de l’Amérique du Sud, elle y maintient l’humidité en produisant de la vapeur d’eau. Si le rythme actuel (c’est-à-dire depuis une trentaine d’années) de déforestation se poursuit, la région risquera de graves problèmes de sécheresse jusqu’au Mexique et au Texas où les précipitations seront impactées (selon une étude de la NASA). Ajoutons que sur tout le continent sud-américain, tant l’agriculture que la production d’énergie reposent sur des barrages qui, s’ils sont menacés par un déficit hydrique, ne pourront plus jouer leur rôle. Mais c’est un problème qui concerne les deux Amérique, du Nord comme du Sud, et le président brésilien a sans doute raison lorsqu’il accuse le président français à cet égard de néocolonialisme. Les associations régionales sont là pour régler ce genre de problème, la France est concernée au même titre que les autres par sa présence en Guyane et, dans une moindre mesure, aux Antilles, mais c’est au sein de la coopération multilatérale régionale que ce genre de problème doit être abordé, comme l’a proposé ces jours-ci le président colombien Ivan Duque qui prépare une proposition de pacte régional pour la conservation de la forêt (« Nous voulons piloter un pacte de conservation entre les pays qui partagent ce territoire amazonien »). Ensemble, entre pays concernés, libres et souverains. Pas en gesticulant et prenant la pose avec un air condescendant de donneur de leçons, sur une scène internationale.
En revanche l’Amazonie concerne aussi le monde car cet écosystème complexe est d’une importance capitale pour la biodiversité. Sur 6 millions de kilomètres carrés, la plus grande forêt tropicale du monde abrite 40 000 espèces de plantes dont 16 000 essences d’arbres, 2,5 millions d’espèces d’insectes, 1500 oiseaux, 500 mammifères… Et selon les scientifiques cette biodiversité inestimable est sûrement beaucoup plus importante que ce qui a déjà été identifié.

L’écologie comme nouvelle religion laïque

Quoi de mieux pour prendre la pose et haranguer les foules que l’écologie transformée en nouvelle religion laïque ? Et rien de plus fédérateur qu’un épouvantail que l’on agite et contre lequel on excite les troupeaux devenus loups. Hier encore le diable, c’était le « facho », c’est-à-dire celui qui osait constater les faits en matière d’insécurité ou de problèmes liés à une immigration incontrôlée. Cela permettait de stigmatiser l’adversaire, de le faire taire par une forme d’autocensure, de le criminaliser en le livrant à la vindicte populaire. Mais ça ne marche plus aussi bien qu’autrefois, car les faits sont là, et une grande partie des électeurs, sans même changer d’appartenances partisanes, sont aujourd’hui d’accord sur le constat urgent d’un faisceau de problèmes, sur l’urgence d’une réaction : être « facho » ne peut plus être un acte de différenciation entre le camp du Bien et le camp du Mal. Il a fallu trouver un autre marqueur pour tracer la ligne rouge entre ceux qui pensent droit et les ennemis déviants. Désormais, aujourd’hui on est écologiste, ou on ne l’est pas. On est un disciple de la prophétesse de l’apocalypse ou on est un inconscient, un gros beauf de capitaliste égoïste peu soucieux des générations de demain. Le juste milieu, un citoyen du monde responsable, cultivé, réfléchi, inquiet devant les changements climatiques, sans certitudes, capable de douter, qui s’interroge sur les causes, sur ce qu’il lui revient de faire, à son échelle, en lisant des articles scientifiques divergents, n’est même pas concevable pour le nouveau totalitarisme vert. Soit on est dans l’urgence, soit on est irresponsable. Tout recul critique est une perte de temps, une trahison, un risque.
La conséquence de ce nouvel embrigadement, et de cette nouvelle religion qui procède par fantasmes, exagération de peurs, manipulation de l’émotion et excommunications, c’est que la formule totalement erronée du chef d’État français, reprise par le footballeur portugais Cristiano Ronaldo de « poumon de la planète » produisant « 20 % de l’oxygène » mondial ont été « likés » et sur les réseaux plus de 15 millions de fois depuis le 22 août ! C’est grave. Une partie des internautes marchent au slogan, galopent à l’émotion, relaient tout et n’importe quoi participant à la désinformation générale. Aussi ne faut-il pas s’étonner de voir d’autres courants d’idées promulguant des croyances au détriment des sciences prendre de l’ampleur à l’échelle de la planète (que certains désormais vont jusqu’à prétendre plate). On a même vu une ministre de l’Education nationale demander aux enseignants, dans son livret sur la laïcité, de mettre science et croyances sur le même plan, sans relation de supériorité de l’une sur l’autre, lorsque cela heurte la sensibilité de certains élèves ou familles! Cela part exactement du même manque de vigilance de la part d’internautes qui ne prennent plus la peine de s’éduquer ni de s’interroger, qui ne doutent jamais, que l’on pétrit de certitudes et que l’on manipule par la peur et l’émotion.

Conclusions

C’est pourquoi la déforestation est une question qui, effectivement, est en droit d’inquiéter le monde entier, mais pas pour les raisons invoquées par le président Macron qui réduit le rôle de la forêt à un simple stock d’oxygène, ce qui, on l’a vu, est contestable et contesté par les scientifiques. Mais dans un cas comme celui-ci, il faut se regarder dans une glace et faire la part des responsabilités de chacun. L’Afrique aurait le droit de se développer mais pas le Brésil ? Pourquoi? Parce que son président est populiste ? La déforestation tient à un système d’agriculture et d’élevage intensif, d’exploitation minière, auxquels nous participons par la mondialisation des échanges, des investissements à l’international, et la signature de traités qui défavorisent et handicapent les systèmes locaux. Emmanuel Macron et son gouvernement sont responsables de favoriser, par les traités qu’ils défendent contre une partie de leurs concitoyens, en particulier les éleveurs et les agriculteurs, un système qui suppose la déforestation amazonienne. Le consommateur lambda qui aujourd’hui crie au scandale et hurle avec les loups contre les feux en Amazonie doit, à son tour, faire son examen de conscience pour revoir éventuellement sa consommation et devenir plus “locavore”. Quitte à ralentir la croissance brésilienne et obliger un pays émergent à un autre mode de développement agricole. Que chacun se détermine en conscience en privilégiant ce qui lui semble essentiel. Mais on ne peut défendre tout et son contraire.
Le second point, c’est que si l’avenir d’une nation ne peut se réduire à prendre la pose en évoquant d’hypothétiques taux de CO2: l’écologie elle-même mérite une autre place dans le débat, une véritable culture scientifique, une capacité à la réflexion qui semble bien loin du président Macron et de son équipe. Ce dernier prétend « avoir changé » et avoir été sensibilisé par la mobilisation des jeunes sur le sujet. Si le Président est sincère, c’est assez inquiétant sur la maturité du personnage soudain touché par la grâce de l’anticapitalisme primaire et qui avouerait ainsi s’être laissé entraîner par une jeunesse elle-même sous l’influence hypermédiatisée et artificiellement créée par une jeune fille (et ses soutiens financiers) menant un combat à la fois politiquement orienté (voir ses liens avec les anticapitalistes et « antifas » du monde entier, surtout américains) et écologiquement douteux car trop radical.
D’autant plus inquiétant que Greta Thunberg est en quelque sorte l’héritière de la deep ecology des deux premiers tiers du XXe siècle, à l’exact opposé du développement durable qui, lui, tente de concilier piliers écologique, social et économique. Cette écologie radicale n’avait jusqu’à présent que très peu pris racine en France, à l’exception de groupuscules d’extrême-gauche dont elle rejoignait l’anticapitalisme et l’espoir d’un Grand Soir : en effet, faisant passer le minéral, le végétal et l’animal avant l’humain considéré uniquement comme un perturbateur et prédateur de l’écosystème, elle apparaissait comme une inversion épistémologique totale de la pensée cartésienne, celle qui présente l’homme comme maître et possesseur de la nature et qui a profondément marqué le rationalisme français, comme l’a magistralement démontré Luc Ferry (Le nouvel ordre écologique. L’arbre, l’animal et l’homme, 2002). Jusqu’à présent la pensée écologique française, et au-delà européenne (cf. les Grünen allemands) cherchait un compromis entre ces deux tendances radicales, le cartésianisme et l’écologie profonde, consciente des dégâts de la présence des hommes en croissance exponentielle sur l’écosystème mais en même temps confiante dans l’intelligence humaine et les progrès techniques qui, jusqu’à aujourd'hui, lui ont toujours permis de surmonter toutes les crises écologico-démographiques annoncées. De la mesure avant toute chose. Mais voilà le président Macron qui, à son tour, se vautre dans l’anti-scientisme et se mue en prophète de l’apocalypse !
Espérons qu’il s’agit juste d’une posture politicienne, ce qui serait plausible étant donné l’absence de la question écologique dans ses préoccupations de campagne. S’il s’agit juste de surfer sur un nouvel engagement de la jeunesse et au-delà du corps social français, de ratisser large en donnant à ces possibles électeurs tentés par l’abstention ou habitués à l’errance entre les partis, le prêt-à-penser conceptuel à la mode qu’ils ont envie d’entendre, c’est parfaitement compréhensible car électoralement payant, même si les ficelles sont un peu grosses. Il peut aussi s’agir de détourner, via l’écologie comme s’y attelle le gouvernement Philippe depuis deux ans, le regard de ses concitoyens des véritables problèmes ou des questions les plus urgentes à régler. Tant que l’on fait semblant de débattre sur écologie, qui semble mettre tout le monde d’accord, on ne parle pas immigration, sécurité, accroissement de la dépense publique, délabrement de l’éducation nationale, affaiblissement de nos forces de l’ordre, France périphérique et désertification hors des grandes métropoles …
Il fallait également, certainement, donner un sens et un souffle à ce G7 ronronnant et adopter une posture consensuelle et un temps d’avance sur ceux qui n’y avaient pas encore pensé. Ne parvenant pas à rassembler pour, on s’allie contre. C’est plus facile, mais moins durable.
La cause de l’Amazonie est un combat réel. Le drame écologique qui s’y trame “à petits feux” est indéniable. Mais la fin, ici comme ailleurs, ne justifie pas les moyens, et surtout pas de mentir pour attirer l’attention sur un problème réel, ce qui ne peut que discréditer la cause que l’on prétend servir. Encore moins lorsqu’il semble évident que la “cause”, ce soudain engouement du président français pour les questions écologiques en général, pour l’Amazonie brésilienne en particulier, , n’est qu’un prétexte à réglements de comptes personnels et politicailleries de bas étage.
par Aurélie Jean et Erwan Le Noan dans FigaroVox 26 avril 2025
Une fois n'est pas coutume, une très belle tribune sur le libéralisme à lire dans FigaroVox :


TRIBUNE - La façon caricaturale dont est présenté le libéralisme dans le débat public est la preuve d’un manque criant de culture sur cette école de pensée, son exercice pratique, mais aussi sur ses acteurs et leurs origines, regrettent la docteur en sciences et l’essayiste*.

* Aurélie Jean a récemment publié « Le code a changé. Amour et sexualité au temps des algorithmes  » ( L’Observatoire, 2024). Erwan Le Noan est l’auteur de L’Obsession égalitaire. « Comment la lutte contre les inégalités produit l’injustice » (Presses de la Cité, 2023).


Admettons-le, en France le libéralisme n’a pas bonne presse. Il est réduit à une conflictualité sociale, à un chaos économique, à une vilenie humaine dont il faudrait se méfier et s’éloigner. Dans un contresens alimenté par quelques esprits acerbes ou ignorants, l’imaginaire collectif l’associe à des figures autoritaires, à des héros immoraux ou à des épisodes brutaux. Le débat politique le présente comme une idéologie, à la fois dominante et sans cesse vacillante, structurée mais incertaine. La caricature le décrit sous les traits de privilégiés avides, soucieux de leur égoïsme. Tout cela est faux et démontre un manque de culture populaire sur cette école de pensée et son exercice pratique, sur ses acteurs et sur leurs origines. Car, contre l’idée reçue, on ne naît pas libéral, on le devient !

Être libéral, c’est se demander sans cesse comment, en toutes circonstances, rendre chaque individu plus libre de choisir sa vie, en respectant celle des autres. Être libéral, c’est être convaincu que la meilleure voie pour y parvenir est l’autonomie (non l’indépendance) individuelle et l’échange, qui fait croître la richesse et le savoir - et la cohésion sociale par l’entraide. Être libéral, c’est se rappeler que la liberté est fragile et que la défendre est un combat continuellement renouvelé, qui n’accepte pas de solution unique et implique un questionnement permanent.

Le libéralisme ne propose ainsi qu’un guide de lecture, une référence dans toute réflexion : en revenir systématiquement au choix libre et responsable de l’individu, pour que chacun puisse déterminer par soi-même la voie de sa propre conception d’une vie réussie. C’est un goût pour le doute qui impose la modération et le changement en réponse aux déséquilibres sociaux, économiques et culturels. Le libéral assume de se tromper et corrige sa pensée.

Aussi, le libéralisme ne s’hérite pas, il s’acquiert. Les plus convaincus des libéraux et les plus convaincants sont certainement ceux qui, venant de tout horizon social et économique, ont fait un cheminement intellectuel propre à leurs expériences.

Sa quête est celle de la créativité. Être libéral, c’est reconnaître à chacun sa part de talent et d’inventivité – et donc sa légitimité à participer à l’enrichissement intellectuel ou matériel du monde.

Le libéral est, très tôt, revêche à toute forme d’autorité qui ne se légitime pas ou qui vient limiter l’épanouissement de l’individu. Il aime, chez Camus, l’aspiration à la révolte philosophique. Il remet sans cesse en question les affirmations. Cet esprit de fronde naît parfois dès l’école, comme chez Stefan Zweig.

Cette indocilité du libéral est une inquiétude, qui le conduit à se méfier de tout pouvoir, surtout démesuré, surtout s’il n’accepte pas la contestation : le libéral est fébrile devant les réflexes courtisans de ceux qui s’aplatissent complaisamment devant le renforcement continu de la puissance publique et son contrôle de nos vies. Il se retrouve dans Tocqueville ou Montesquieu. Il ne peut oublier que, au XXe siècle, c’est l’État, pas l’entreprise, qui a été l’instrument privilégié des pires abominations de l’histoire : le fascisme, le communisme, le nazisme. Le secteur privé n’est pas parfait, mais lui est soumis à la contradiction permanente de la concurrence.


 Défier les vérités imposées

La révolte libérale est, plus encore, celle de tous ceux qui, au nom de la dignité de l’individu, ont résisté par les mots ou par les armes, aux totalitarismes : Arendt, Aron, Havel, Voltaire… Un libéral cherche à défendre la liberté des autres, même celle de ses contradicteurs ou celle dont il ne bénéficie pas.

On devient libéral en doutant des choix subis, en défiant les vérités imposées : tous les individus étant égaux, personne n’a le droit de choisir votre vie à votre place sans votre consentement explicite. Le libéral se retrouve dans les combats de Simone Veil pour les femmes. Il est ouvert à une réflexion honnête sur les évolutions de la société : la liberté individuelle sera-t-elle confortée ou amoindrie si la société admet la GPA ou une loi sur la fin de vie ?

Le libéral ne saurait dès lors être conservateur et encore moins réactionnaire, car il refuse les états de fait, il conteste les vérités imposées, il renie les réflexes qui obstruent la pensée. Il s’inquiète, il s’interroge, il doute jusqu’à se forger une conviction intime, conscient qu’elle n’est pas nécessairement partagée.

Le libéral n’est pas non plus un révolutionnaire, car, convaincu de l’égalité entre les individus, il privilégie le droit et la délibération. Il croit à la dignité de chacun et à la légitimité de toutes les paroles. Il se défie de « l’homme providentiel ». Il est démocrate.


 Dépasser nos propre limites

Le libéral est dans un questionnement régulier, même en contradiction avec les siens. Avec Germaine de Staël, il s’inquiète des passions - et des populistes qui prétendent clore le débat. Il a appris à dompter les élans emportés de la colère, il plaide pour maîtriser la violence, même légitime. Il refuse tout ce qui attache les individus à une caste et rejette les assignations. Avec Vargas Llosa, il repousse l’obligation d’appartenir à une « tribu » et ne reconnaît que les allégeances choisies.

Sa quête est celle de la créativité. Être libéral, c’est reconnaître à chacun sa part de talent et d’inventivité - et donc sa légitimité à participer à l’enrichissement intellectuel ou matériel du monde.


La quête libérale se réalise souvent dans l’entrepreneuriat, c’est-à-dire dans la recherche du dépassement de nos propres limites, de notre propre finitude, en prenant le risque de créer ce vers quoi ou ceux vers qui conduisent nos aspirations. Est libéral celui qui cherche à créer sa voie. En ce sens, il favorise le marché, car il y voit le meilleur instrument de coordination volontaire de milliards de volontés divergentes.

Certains deviennent enfin libéraux par émotion. Par une répulsion instinctive de l’oppression, de l’injustice, de l’écrasement. Par une bouffée charnelle de liberté. Par une volonté irréductible et indomptable de tromper le sort. Par la découverte d’une force intérieure ou d’une espérance inextinguible. On ne naît pas libéral. On le devient.



par Aymeric Belaud 24 avril 2025
"Notre pays chute depuis 2020 et la période covid. De 66, sa note est descendue à 62,5 en 2024. Elle n’est certes pas la seule à voir son indice diminuer, mais elle reste une mauvaise élève parmi les pays développés. Elle a toujours été l‘une des dernières en Europe occidentale depuis la création de l’indice en 1995."
Une analyse intéressante de la liberté économique en France, pourtant qualifiée d'ultra libéral par certains ...

par Bernard Carayon 9 avril 2025
Magnifique tribunedans le JDD de notre ami Bernard Carayon qui souligne parfaitement toutes les incohérences de la Commission Européenne  en matière de défense !

par Pauline Condomines (VA) 8 avril 2025
"Ce mercredi 26 mars, au Palais des Sports, une conférence sur la menace islamiste a rassemblé un large public au Palais des Sports de Paris. Bruno Retailleau, Manuel Valls et de nombreux militants, chercheurs et auteurs ont appelé à la lutte contre un fléau qui “menace la République”."

par Lignes Droites 5 avril 2025

Nouveau grand succès pour la conférence de Lignes Droites du 3 avril !

Tous nos remerciements à Monsieur Patrice Michel pour son exposé très pédagogique sur le système judiciaire français, ses liens avec les instances européennes, son histoire, et son organisation au sein des différentes justices administratives, civiles et pénales.

Tous les participants (environ 75 personnes) ont particulièrement apprécié la clarté de cet exposé et quelques idées pour améliorer son efficacité. Deux rappels essentiels ont été fait :

- notre système judiciaire est là pour faire respecter la loi et bon nombre des reproches qui lui sont fait viennent en fait du politique.

- la neutralité de la justice française a été largement entamée par certains individus, en particulier issus du syndicat de la magistrature. Ce devrait être au Conseil Supérieur de la Magistrature de garantir cette neutralité politique.  Mais sans doute par corporatisme et lâcheté, il n'intervient pas assez, même face à des situations extrêmes comme celle du "mur des cons". Là encore ce devrait être au politique d'avoir le courage de mener à bien les réformes nécessaires pour s'assurer du bon fonctionnement du Conseil de la Magistrature.

par Maxime Duclos 4 avril 2025

Aujourd’hui, la France traverse un moment décisif. Dans une décision qui ne laisse aucun doute, Marine Le Pen se voit infliger une peine d’inéligibilité, à seulement deux ans des présidentielles. Ce verdict dépasse largement le simple domaine juridique pour s’inscrire dans un affrontement politique direct.

La magistrate Bénédicte de Perthuis affirme s’inspirer d’Eva Joly pour son parcours judiciaire et son engagement en tant que magistrate. Elle l’a d’ailleurs déclaré sans ambiguïté : « Eva Joly a changé mon destin. » lors d’un podcast en 2020. Une phrase forte, qui traduit bien plus qu’une simple admiration professionnelle. On y perçoit une affection profonde pour une figure dont les opinions, notamment sur la justice, sont tranchées et assumées.

Mais Eva Joly, au-delà de son parcours de magistrate, reste aussi un personnage politique clivant, dont l’engagement écologiste et les prises de position marquées ne laissent personne indifférent. L’apprécier, c’est souvent adhérer aussi, d’une certaine manière, à une certaine vision du monde et des combats idéologiques. Dès lors, difficile d’ignorer que cette inspiration, aussi sincère soit-elle, puisse laisser planer un doute sur une possible proximité idéologique.

Dans ce contexte, le Syndicat de la magistrature, connu pour ses positions marquées à gauche et ayant publiquement appelé à voter contre l’extrême droite le 12 juin 2024 ajoute une dimension particulière à cette affaire. Cette prise de position contribue à brouiller la frontière entre engagement idéologique et impartialité judiciaire.

Dès lors, difficile de ne pas voir dans cette condamnation un verdict dont l’écho dépasse le cadre strictement juridique pour résonner sur le terrain politique, au moment même où se prépare une échéance électorale majeure.

Encore plus inquiétant, l’identité des deux assesseurs qui ont participé au verdict reste inconnue, un manque de transparence qui renforce le sentiment d’un coup d’État judiciaire. Ce flou soulève des questions cruciales sur l’impartialité et l’indépendance de notre système judiciaire, surtout à l’approche d’un scrutin historique.

Ce moment demeure un symbole fort : la justice, qui devrait être la gardienne impartiale de nos lois, se retrouve aujourd’hui au centre d’interrogations profondes. Si la magistrate ne revendique pas ouvertement d’engagement politique, son admiration pour une figure aussi marquée qu’Eva Joly, ainsi que le contexte entourant cette décision, peuvent laisser penser que son jugement pourrait être influencé par une certaine orientation idéologique. Cela envoie un message clair à l’ensemble du paysage politique français et soulève inévitablement des questions sur la frontière, de plus en plus ténue, entre justice et politique.

Face à cette situation inédite, la nécessité de transparence s’impose, et il est essentiel que les interrogations sur l’indépendance de la justice soient pleinement abordées. Ce moment marque un tournant dans la vie politique française et pose une question fondamentale : la justice peut-elle encore être perçue comme une institution neutre, ou court-elle le risque d’être influencée par des dynamiques idéologiques qui dépassent son cadre strictement juridique ?

Comme l’ont souligné plusieurs responsables politiques, dans un moment aussi décisif, même si une condamnation doit être prononcée, le fait de rendre Marine Le Pen inéligible à seulement deux ans des présidentielles soulève des doutes légitimes sur la volonté politique et idéologique de l’empêcher d’accéder au pouvoir. Selon des estimations récentes de l’IFOP, Marine Le Pen aurait eu la possibilité d’obtenir entre 34 et 38% des voix au premier tour des présidentielles de 2027, selon plusieurs sondages récents. Cette décision semble dépasser le simple cadre juridique. Ce choix, dans un contexte aussi crucial, appartient au peuple et non à une juridiction.

Il en va de la confiance des 11 millions d’électeurs qui, sans pouvoir débattre, parlementer ou exercer leur droit démocratique, se voient privés de la possibilité de voter pour la représentante politique qui, selon les projections, aurait toutes les chances de jouer un rôle clé dans la politique de 2027. Cette décision semble porter une forme de nonchalance envers ces électeurs, en les privant de la possibilité d’exprimer leur voix de manière libre et démocratique. Ce n’est pas simplement une question de légalité, mais une tentative potentielle de déstabiliser le Rassemblement National, d’affaiblir ses capacités à se renforcer et à atteindre, d’ici 2027, une représentativité de 37% des suffrages, au moment où le débat politique pourrait être radicalement transformé par leur ascension.



NDLR : Merci à Maxime Duclos pour ses billets d'humeur toujours très intéressant. On pourrait ajouter queBénédicte de Perthuis n'avait pourtant pas une réputation de sévérité particulière puisque c’est elle qui avait prononcé la relaxe du ministre Olivier Dussopt, jugé pour favoritisme (et finalement condamné en appel !). Deux poids et deux mesures ?


par Pierre Lemaignen 2 avril 2025

Par la voix d'Eric Lombard, le ministre de l’économie, Bpifrance annonçait la semaine dernière vouloir collecter 450 millions d’euros auprès des Français pour les entreprises de défense, et la création à cette fin d’un fonds baptisé « Bpifrance Défense », réservé aux particuliers et destiné à la défense et à la cybersécurité.

Voyons le côté positif des choses : les Français vont peut-être enfin découvrir ce qu'est le private equity et ses bienfaits ! Sur la période 2013/2023, les rendements du private equity français ont été de l'ordre de 13% brut. Quelqu'un qui aurait investi 500 € en France dans cette classe d'actifs aurait aujourd'hui un capital net de frais d'environ 1000 €. Sur le papier, cet investissement a donc tout pour plaire avec des entreprises qui existent déjà et qui sont souvent bien implantées, un marché a priori florissant dans les années à venir et a priori une montagne de commandes à venir. Mais comme cela est répété pour toute publicité pour un placement financier : " Les performances passées ne préjugent pas des performances futures ". Car dans ce cas de figure en particulier, il y a des hics et pas des moindres ... Le problème essentiel n'est pas l'investissement ! Il y a énormément d'épargne et de trésorerie sur le marché actuellement. Le problème essentiel c'est qu'il faut des commandes sur le long terme. Or ces commandes publiques annoncées par les pays européens seront-elles encore là dans cinq ans ?

Il faut souligner plusieurs aspects sur le risque qui porte sur ces commandes publiques en particulier pour la France :

1. Chaque pays européen va investir en fonction de deux logiques :

- diplomatique : certains continueront à acheter du matériel américain quoi qu'il arrive

- industrielle : les commandes seront soumises à des impératifs nationaux pour soutenir l’industrie locale.

On peut donc toujours mettre en avant les investissements prévus pour l'ensemble de l'Europe, l'essentiel des retombées pour l'industrie française seront essentiellement issues de la politique nationale et pas seulement européenne ...

2. Quelle confiance peut-on avoir dans les annonces d'aujourd'hui ? L'Europe a toujours été une vraie girouette sur les sujets relatifs à la défense européenne, à la fois en termes de stratégie et d'investissement.

Encore aujourd'hui, un label ESG dans ce domaine est, de fait, quasi impossible (aux côtés de l’alcool, du tabac et des jeux d’argent ...).

Même la France qui a pourtant fait partie des bons élèves en termes d'investissement dans le domaine de la défense n'a pas toujours fait preuve d'une réelle constance (en particulier sous Hollande).

Au lendemain d'un inéluctable traité de paix signé entre l'Ukraine et la Russie dans l'année à venir, ou après un hypothétique effondrement du régime russe dont ils rêvent tous, l'hystérie collective de nos dirigeants européens sera-t-elle encore d'actualité ?

3. Acheter des chars est un investissement qui trouvera toujours des détracteurs acharnés dans notre société. Bien malin est celui capable aujourd'hui de nous dire qui sera au pouvoir en France en 2030 à l'échéance de ce fond d'investissement.  

4. Comment la France compte tenu de son endettement pourra-t-elle financer ces investissements ? Compte tenu de notre niveau d'endettement, il faudra soit augmenter la fiscalité (mais nous sommes déjà champion du monde ce qui plombe nos entreprises), soit trouver des arbitrages au détriment d'autres dépenses ... Mais quels sont les arbitrages que les français accepteront : la justice ? l'éducation ? La santé ? Je ne vous parle même pas des retraites ! Certains sondages montrent qu'une majorité de Français (et j'en fais partie) est favorable aujourd'hui à cette politique de réarmement ... Mais dès que le même sondage pose des questions sur les moyens de financer cette politique, d'ores et déjà, cette majorité s'effondre. Qu'en sera t'il dans deux ou trois ans ?

La France fait déjà aujourd'hui face à un mur de la dette absolument vertigineux ( la question n'est pas son existence mais la distance à laquelle il se trouve et le temps qu'il nous reste avant qu'on se le prenne en pleine figure) et une incapacité depuis 50 ans à apporter la moindre réforme à son modèle social. Comment peut on considérer sérieusement les annonces d'augmentation du budget français de la défense de plusieurs dizaines de milliards d'euros ?

Bref, ce type de financement peut éventuellement être une poule aux œufs d'or. Il présente aussi des risques intrinsèques majeurs ! Et il faudra regarder en détail l'offre qui sera faite et analyser de manière très prudente les engagements sur les commandes à venir. Mais il est fort à craindre que dans la précipitation, nous soyons en train de mettre la charrue avant les bœufs pour participer au développement de nos entreprises !

par LR31 1 avril 2025
par Lignes Droites 13 mars 2025
Lignes Droites soutiendra toutes les candidatures d’union des droites. Bonne chance à David Gerson et à sa future équipe !

par Emmanuel Chaunu 13 mars 2025
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