Des décisions impopulaires mais nécessaires

David Gerson • 7 mai 2020

Des décisions impopulaires mais nécessaires

Pour sortir de cette crise qui s’annonce sans précédent, nos gouvernants devront prendre des décisions impopulaires mais nécessaires pour en sortir le plus rapidement possible et éviter une trop grande casse qui ne pourrait pas être surmontée .


Dans le monde politique français, il est répété régulièrement qu’il y avait un avant 21 avril 2002 et un après. Pour le peuple de France (et même du monde mais parlons d’abord de nous), il y aura un avant 16 mars 2020 et un après.

Jamais dans notre histoire moderne, un confinement aussi strict n’a été adopté, jamais nous n’aurions pensé qu’à l’ère de la technologie si puissante, ou l’information se relaye à une vitesse grand V, qu’un simple virus créerait le plus grand choc économique, encore plus puissant que celui que nous avions connu pendant les deux grandes guerres du XXème siècle. Quand nous analysons de plus près la situation, cette crise aura dévoilé la fragilité de notre économie, car en à peine deux mois, petites, moyennes ou grandes entreprises sont menacées de faillites. Entre une économie des grandes entreprises du CAC 40, de la Bourse, et celles des milliers d’entreprises de commerce, de service, de l’agroalimentaire ou encore de l’artisanat, que tout oppose, là, face à cette crise chacun à son niveau sera gravement touché. Qui aurait pu penser par exemple que le secteur aéronautique, et son fleuron Airbus, serait aussi en danger, entrainant dans son sillon toutes les filières des sous-traitants et les emplois indirects.

Les grandes entreprises appliqueront des plans sociaux, les PME et TPE licencieront en grand nombre, laissant beaucoup de salariés sur le carreau, ce qui aura pour conséquence l’explosion du chômage, et la perte du pouvoir d’achat. Quand on est au chômage avec sa perte de revenus, ou quand on a la peur au ventre pour son emploi, c’est la consommation qui est en forte baisse, c’est la récession économique qui perdure.


On peut avoir des doutes sur la gestion sanitaire d’Emmanuel Macron et de son gouvernement, mais jusqu’à présent sur un plan économique, on peut dire qu’ils ont mis les moyens nécessaires pour éviter l’effondrement de notre économie et garder en vie le maximum des PME et TPE : Chômage partiel, aides nationales et régionales, mise en place du prêt garantie de l’État. C’est bien, mais c’est seulement une mise sous une sorte d’anesthésie générale de nos entreprises. Au moment du redémarrage cela sera plus beaucoup compliqué.

Ne soyons pas rêveurs ou utopistes, tous ces milliards mis sur la table seront à rembourser quoi qu’en disent nos gouvernants. Quand fin 2018 avec la crise des gilets jaunes, ont été mis sur la table 10 milliards d’euros, il était prévu de faire des économies sur les années suivantes, alors pour des centaines de milliards débloqués en deux mois que devrons nous faire… ?

Augmenter les impôts ? Même si ce n’est pas dans les deux années à venir, nous n’y échapperons pas. Seulement ça ne suffira pas, il faudra mettre en place des mesures et des réformes drastiques, dont certaines auraient dû l’être depuis bien longtemps : Fin des 35 heures, taux de tva, harmonisation des charges patronales des entreprises, réduction du nombre de fonctionnaires dans les secteurs administratifs, retraite à 65 ans avec un calcul de la pénibilité.



Fin des 35h et retour aux 39h par semaine


Les 39h étaient l’heure légale de travail de 1981 et 1998. Pour enrayer le chômage de masse qui existait à la fin des années 90, le gouvernement gauche plurielle de Lionel Jospin, a passé la durée hebdomadaire à 35h sans baisse de salaire en faisant le pari que le partage du temps de travail conduirait à faire descendre la courbe du chômage. Déjà en 1981, passer de 40 à 39h n’avait rien apporté. Mais avec cette loi, c’est toute l’organisation du travail dans les entreprises qui a été chamboulée, avec par exemple ce qu’on appelle les RTT, un vrai casse-tête chinois. Au lieu de simplifier le travail, de réduire le chômage, elle produira son effet contraire au fil du temps et augmentera le coût du travail à l’heure de la mondialisation et de la guerre des prix. Depuis plusieurs années, on nous promet la fin des 35h. Mais une fois arrivé en campagne présidentielle, ou au pouvoir, ce ne sont que des « mesurettes » qui sont prises pour à la fois les contourner et ne pas se mettre à dos les syndicats et les français, ce qui caractérise bien là le manque de courage politique à la française. Certes en 2007, l’exonération des charges sociales et fiscales que met en place Nicolas Sarkozy sur les heures supplémentaires, permettra aux salariés de gagner plus. Mais pour autant les entreprises ne les mettent en place que ponctuellement, selon leurs carnets de commandes, car ces heures sont bien sur majorées de 10 à 25% ce qui est un coût que toutes les entreprises ne peuvent supporter.

Il est donc nécessaire pour la survie de nos entreprises avec la crise économique qui s’annonce violente, de réduire le coût du travail, de leur permettre d’être le plus compétitif possible. Les salariés pour aider les entreprises, mais aussi pour garder leur emploi, devront contribuer à l’effort national. Prenons deux exemples :

·un commerce avec une ouverture d’une heure supplémentaire par jour, pourrait augmenter son chiffre d’affaire de 10 à 15%.

·Un constructeur automobile pourrait réduire ses couts de productions de 10%, ce qui est non négligeable par rapport à la forte concurrence du secteur étranger.

Bien sûr il n’est pas envisagé de ma part que cette hausse du temps de travail ne soit pas accompagnée d’une hausse des revenus des salariés, mais elle devra être compensée par une baisse des charges patronales des entreprises : en clair le salaire net sera plus élevé, mais le cout total du salaire charges patronales comprises pour l’entreprise restera identique à celui actuel. Jusqu’à présent le gouvernement Macron n’a baissé que les charges sociales que paye le salarié pour augmenter son salaire net, mais le coût pour l’entreprise reste toujours aussi élevé. Au final c’est le pouvoir d’achat des français qui augmentera, et cet argent à dépenser en plus, ira dans nos entreprises et, via la tva, dans les caisses de l’Etat, ce qui compensera la perte des charges patronales.

Le secteur public devra lui aussi augmenter le temps de travail hebdomadaire à 39h pour les fonctionnaires afin d’accompagner l’effort national et réduire la dépense publique. Cela sera bien sur adapté à chaque secteur de travail, j’y reviendrais plus tard.

Pouvoir d’achat, compétitivité des entreprises et réduction des dépenses publiques seront les 3 grands effets du retour au 39h.


Le taux de TVA


Nous connaissons plusieurs taux de tva en France, les plus courants étant de 20% pour tous les produits de service et de consommation tel que l’automobile, les produits informatiques et high-tech, le textile etc…., de 10% pour la restauration, et de 5,5% pour les produits alimentaires, de première nécessité, et de tourisme.

Vus les finances de l’État, le niveau de la dette, et les déficits qui vont exploser à la fin de cette année, le moyen le plus simple pour augmenter les recettes serait de relever d’une manière générale le taux de TVA qui est déjà l’impôt qui remplit le plus ses caisses. Mais de le faire de cette façon aussi générale ou simpliste aurait pour conséquence une augmentation des prix non maitrisées et entrainerait une perte de pouvoir d’achat, ce qui est la dernière chose a faire pour inciter à consommer.

Alors que devons nous faire faire ?

Pour ne pas trop toucher aux portefeuilles des français, et sur le principe d’égalité entre tous, il ne faut pas toucher au taux de 5,5% sur les produits alimentaires.

Pour les secteurs les plus touchés comme le tourisme ou la restauration, il faudra envisager une baisse de la tva (de 5,5% à 2,5% pour le premier, de 10% à 5,5% pour le second) pour pouvoir redémarrer plus sereinement et éponger un peu les pertes liés à la fermeture administrative plus longue des établissements, dont nous ne connaissons d'ailleurs toujours pas la date de réouverture….

Pour remplir un peu les caisses de l’Etat, le taux de TVA de 20% doit être relevé : 1% d’augmentation de ce taux de TVA c’est 7 milliards d’€ de plus dans les caisses !

Pour favoriser la production française et sauvegarder les emplois, un taux de tva différent devra être appliqué si le produit est importé de l’étranger. Un taux de 21% sur les produits français et un de 24% sur les produits étrangers rapporterait aux alentours de 20 milliards d’€ aux caisses de l’État. L’augmentation des prix entre les produits français, européen, et étranger serait en moyenne de 2%, beaucoup plus faible que le pouvoir d’achat lié au passage des 39h et l’augmentation du salaire net. Bien sur, l’augmentation des recettes de TVA compensera la perte des charges patronales. Cela ne vous rappelle rien ?... la TVA sociale tout simplement !


L’harmonisation des charges patronales des entreprises


Depuis 2004, il existe une réduction des charges patronales, appelée Fillon, pour les salaires allant du smic à 1,6 fois le smic. Si cette réduction a permis de réduire le cout du travail du salaire minimum par rapport à nos voisins européens, son mode de calcul a des effets pervers sur le cout du salaire en général et qui a pour conséquence d’un nivellement par le bas des salaires. En effet plus on augmente le taux de la base horaire du smic, moins la réduction de charge patronale en numéraire est élevée ! Exemple pour un salaire au smic a temps complet vous aurez une réduction de 400€ , et pour un salaire 1,3 fois le smic, de 200€. Ce que regarde un chef d’entreprise, c’est le coût final. Et on s’aperçoit qu’au smic on paye même moins de charges patronales que le salarié ! Et je suis bien placé car moi-même sur des postes non qualifiés je ne peux pas augmenter les salaires car si j’augmente le brut de 10%, le coût total lui aura augmenté de 20% !

Pour niveler les salaires vers le haut il est indispensable d’harmoniser la réduction des charges patronales pour les petits salaires de 1 à 1,5 fois du smic avec une seule réduction numéraire de 400€ . Si cette règle est appliquée je suis convaincu que beaucoup de petites entreprises augmenteraient les salaires pour fidéliser leurs salariés.


La baisse du nombre de fonctionnaires


Il y a bien un niveau qu’il faudra baisser de manière drastique ce sont les dépenses de l’État et des collectivités régionales, départementales et municipales. Le principal enjeu sera de baisser la masse salariale sans baisser la qualité du service publique ou de mettre en danger certains secteurs comme le corps médical ou sécuritaire a qui nous devons tant dans cette crise sanitaire.

Jusqu’à maintenant on n'a eu droit qu’à une guerre de chiffres de nos gouvernants ou candidats : non remplacement d’un fonctionnaire sur deux, réduction des effectifs de 500.000, pour l’un, de 250.000 pour un autre, et même de 100.000 par le candidat Macron, bref des chiffres à l’emporte pièce.

Le premier levier sera l’augmentation du temps de travail passant lui aussi comme dans le privé à 39h.

Pour avoir une vrai stratégie à moyen terme, un audit doit être fait sur la fonction publique au niveau national, territorial, à chaque étage et par secteur : nombre, niveau des catégories A, B et C, pyramide des âges pour évaluer les départs à la retraite à cinq ans. Une fois cet audit réalisé, voire dans quels services nous devons augmenter les effectifs, dans lesquels nous devons les baisser, et en combien de temps c’est réalisable. Dans des domaines comme la santé où nous manquons d’aides-soignants, infirmiers, médecins et la sécurité ou la présence d’effectifs de policiers nationaux, municipaux sur le terrain fait défaut on recrutera. Dans les autres telle la fonction administrative qui peut être réduite à terme grâce aux moyens technologiques d’aujourd’hui, on ne renouvellera pas tous les départs à la retraite. Comme dernier levier nous pouvons former des fonctionnaires dans les secteurs trop pourvus actuellement pour qu’ils intègrent ceux en manque.

Une fois cela réalisé, on pourra annoncer un chiffre de la réduction du nombre de fonctionnaires.

Cette mesure de réforme de la fonction publique qui était déjà urgente depuis vingt ans, devient vitale pour non seulement nos finances, mais aussi pour sauvegarder notre service de qualité auprès de la population.


Une vraie réforme des retraites


Notre système de retraite est depuis 1945 un système par répartition où ce sont les cotisations des actifs qui paient les retraites de nos ainés. Jusqu’en 1981, le départ de l’âge légal était à 65 ans : il y avait deux actifs qui travaillaient pour un retraité, et la durée moyenne de vie h/f était de 72 ans (en augmentation constante depuis 1945). On peut dire que la durée moyenne d’une pension de retraite était perçue pendant sept ans à cette époque là.

Pour se faire élire à la Présidence de la République, François Mitterrand avait dans ses propositions la baisse de l’âge de la retraite à 60 ans. Une fois élu, il n’avait bien sûr pas le choix que de mettre cette réforme en place ce qui a été une gravissime erreur et un manque de vision que nous payons encore aujourd’hui. Alors que le chômage étaient de plus en plus important, que la durée de l’espérance de vie augmentait, on ne pouvait que creuser le déficit de notre système de retraite et le mettre continuellement en péril.

En 2010, avec une espérance de vie à 80 ans, un départ à la retraite à 60 ans, ce n’est plus sept ans de pensions de retraites à payer mais vingt ans. De plus avec l’arrivée progressive de la génération « baby-boom », le nombre d’actifs étaient quasiment le même que les retraités ! Nicolas Sarkozy et François Fillon ont réussi à pousser non sans mal la retraite à 62 ans, ce qui loin d’être suffisant pour avoir des effets à court, moyen ou long terme, avec en plus un retour à 60 ans pour certains mis en place par leurs successeurs, là aussi pour appliquer une promesse démagogique de campagne.

La réforme proposée par Emmanuel Macron en 2019, en mettant en place le système par point est une bonne chose. Mais sans toucher à l’âge légal, l’effet ne sera pas à la hauteur de l’enjeu.

Il n’est pas lieu ici de commenter le travail des séniors et le taux de chômage élevé de cette catégorie, mais simplement d’apporter des solutions pour sauver les retraites et garder un niveau décent de revenus pour tous.

Petit rappel sur nos voisins européens et l’âge légal du départ à la retraite : 65 ans pour l’Angleterre, l’Espagne, l’Italie, la Belgique, la Suisse, 67 ans pour l’Allemagne (toujours montré comme LE MODELE), 69 ans pour le Portugal.

Oui, nous devons augmenter l’âge de base de la retraite à 65 ans dès 2020 et envisager comme l’Allemagne à 67 ans à l’ horizon 2025 sinon notre système ne survivra pas !

L'expression "âge de base" n’est pas choisi par hasard, car si 65 ans est une bonne base, nous pourrions partir plus tôt en prenant en compte de façon plus simple que ça ne l’est aujourd’hui la pénibilité, ou d’autoriser de partir plus tard si on veut continuer à travailler comme le demande beaucoup de nos seniors.

Pour ce qui concerne le calcul de la pénibilité, il faut codifier comme nous le faisons pour les activités des entreprises, chaque métier exercé et donner un pourcentage de pénibilité, qui permettra de gagner des trimestres de cotisations et un départ plus tôt que l’âge de base. Par exemple un métier codifié avec un taux de pénibilité de 125% et qui a été exercé pendant quatre ans ferait gagner une année de cotisation et permettrait de prendre sa retraite à 64 ans.

Même si on a cotisé tous les trimestres, l’autorisation de continuer après 65 ans demandée par beaucoup, car cela permet de garder le même revenu et de ne pas se retrouver avec une perte parfois jusqu’à 50%, sera tout aussi bénéfique pour les finances de l’État que pour l’économie : d’un coté l’État économisera la pension de retraite, encaissera des cotisations, et l’économie en profitera du fait que le pouvoir d’achat de la personne ne baissera pas tant qu’elle continuera à travailler.

Cette crise est sans précédent. Tant que le virus circule et qu’un vaccin n'est pas disponible, nous ne retrouverons pas une activité normale.

Nous devrons tous, à notre niveau, contribuer à l’effort national, abandonner certains privilèges, pour aider notre pays à se relever.

Les entreprises devront travailler autrement, sur de nouveaux schémas, diversifier leurs activités.

Ne restons pas dans une idéologie fermée, si nous faisons preuve de pédagogie, et si nous prenons le temps de la concertation avec les différents acteurs, nous pourrons y arriver. Maintenant il faudra des hommes et des femmes de convictions qui nous gouvernent

dans les années à venir et j’espère que la droite républicaine française sera capable de relever ce défi.

par Alain Weber sur X 9 août 2026
Un post d’Alain Weber publié sur X, dont nous partageons pleinement l’analyse et les conclusions à propos de ce que nous considérons comme la lie du paysage politique actuel : Gabriel Attal et Dominique de Villepin : https://x.com/alainpaulweber/status/2084392385279041632 "Je ne supporte pas Gabriel Attal. Cette agitation perpétuelle, cette manie de confondre vitesse et profondeur, cette autorité sous tension qui tient plus du réflexe que de la pensée, tout sonne faux, forcé, surjoué. Mais voir Dominique de Villepin monter en chaire pour lui faire la morale relève du théâtre de grand Guignol. D’un côté, Attal : l’énergie sans cap, la fermeté d’affiche, le volontarisme d’apparat. Ça gesticule, ça simplifie, ça promet avec la vitesse et la force de quelqu’un qui sait qu’il ne tiendra pas ses engagements. Une politique à l’adrénaline, où l’effet remplace l’idée. De l’autre, Villepin : la voix grave, le verbe ample, la posture impeccable. Il parle comme on déclame, avec cette assurance tranquille de ceux qui se regardent penser. Mais à force de hauteur, il par perdre tout contact avec la réalité et finit par flotter dans son immensité intellectuelle… L’un s’excite, l’autre se contemple. L’un fait du bruit, l’autre fait de l’écho. Et puis il y a ce double jeu à peine dissimulé : Dominique de Villepin, devenu tribun d’une gauche immigrationiste, sur ordre du Qatar , et Gabriel Attal, socialiste pressé qui voudrait faire croire qu’il est de droite. Deux trajectoires, deux discours, un même parfum d’imposture. Bref, deux calamités. Deux profils qui devraient se tenir extrêmement loin du pouvoir si l’on veut laisser à ce pays une chance de s’en sortir." 
par Dominique Reynié dans FigaroVox 9 août 2026
"L’écologisme est en contradiction avec la marche d’un monde avide de croissance comme avec la volonté des Français de maintenir leur niveau de vie et de l’accroître si possible" Longue interview de Dominique Reynié par Alexandre Devecchio dans FigaroVox https://www.lefigaro.fr/politique/dominique-reynie-l-ete-2026-aura-montre-que-l-ecologisme-est-devenu-l-ennemi-de-l-ecologie-20260802 LE FIGARO. - Selon beaucoup d’observateurs, les incendies ne relèvent pas seulement de la catastrophe naturelle, ils sont aussi le résultat de choix politiques liés à une certaine écologie. Les militants écologistes ont ainsi lutté pendant des années contre le débroussaillement, la gestion forestière ou encore les retenues d’eau… Peut-on parler de catastrophe politique ? DOMINIQUE REYNIÉ. - Je le crois. Il faut que nous apprenions à distinguer entre, d’une part, l’écologie , qui désigne à la fois une science et une préoccupation pour l’environnement, pour le vivant, pour sa fragilité et, d’autre part, l’écologisme, qui est une idéologie construite et mobilisée pour servir un projet de conquête du pouvoir. On comprend aisément que le réchauffement climatique favorise la propagation des incendies . Mais la catastrophe que nous vivons est en effet le résultat d’une détermination politique particulière, celle de l’influence pernicieuse de l’écologisme sur l’action publique. Dès les premiers incendies, les chaînes d’information continue accueillaient des intervenants établissant explicitement une relation directe de cause à effet entre le réchauffement climatique et les incendies, comme si le feu avait pris spontanément, dans une atmosphère surchauffée. On a vu des représentants d’Oxfam - qui se définit comme « une association de solidarité internationale qui lutte contre la pauvreté, les inégalités et le changement climatique » - expliquant les incendies par le réchauffement climatique, et mettant aussitôt en cause nos modes de vie, la croissance économique, les entreprises, le « capitalisme », etc. Il aura fallu un peu de temps avant de commencer à discuter des défaillances des politiques publiques, des investissements insuffisants ou trop souvent différés, des causes des départs de feu. À lire aussi Climatisation, incendies, nucléaire… L’été dantesque consacre la défaite de l’écologisme politique Surveiller les forêts, perfectionner les outils pour les combattre, sanctionner les comportements imprudents, punir les actes coupables, etc., tout cela dépend d’une stratégie, d’une organisation, de moyens financiers, humains et techniques, c’est-à-dire d’une bonne politique, mais c’est celle à laquelle les écologistes n’ont cessé de s’opposer, aidés d’ailleurs en cela par LFI. Les tragiques incendies de l’été 2026 nous montrent, pour la première fois, qu’une catastrophe écologique n’est pas seulement l’effet du climat ou de la globalisation économique, mais aussi de l’influence de l’écologisme, qui abuse d’images évidemment impressionnantes sans laisser suffisamment de place à des argumentations rigoureuses. Le discours écologiste est tellement pesant et anxiogène qu’on en est arrivés à inventer le terme d’écoanxiété pour caractériser cette angoisse dont les dégâts produits sur l’opinion publique, en particulier sur les nouvelles générations, sont considérables. Ne leur répète-t-on pas, finalement, que vivre est un cauchemar, voire une faute et que la nature serait victime de l’humanité ? Depuis les années 1970, les écologistes ont gagné en notoriété grâce à une politisation extrême des problèmes environnementaux De l’affaiblissement de notre filière nucléaire aux incendies, en passant par notre retard en matière de climatisation dans un contexte de réchauffement climatique, sommes-nous en train de payer les conséquences de l’influence politique de cet écologisme ? Rappelons de quoi est fait cet écologisme. Il est hostile à la croissance économique, aux entreprises, à l’innovation, souvent aux progrès scientifiques, à ce qui est la source de la plupart des solutions politiques aux grands problèmes que rencontre le monde. Les écologistes ont avec l’écologie la même relation que le RN avec l’immigration : c’est un enjeu existentiel ; c’est leur raison d’être. Pour les écologistes comme pour le RN, un monde de solutions est un monde où ils n’ont plus leur place. Depuis les années 1970, les écologistes ont gagné en notoriété grâce à une politisation extrême des problèmes environnementaux, en imputant sans nuance aux États et à leurs dirigeants la responsabilité des phénomènes et des catastrophes climatiques. Les voici aujourd’hui à leur tour désignés parmi les responsables de cette catastrophe. L’été 2026 aura établi aux yeux de tous que, en fait, cet écologisme peut être l’ennemi de l’écologie. La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, s’est montrée hostile à l’extension de la climatisation avant de menacer de démissionner à la suite de l’adoption de la loi d’urgence agricole. Que cela révèle-t-il ? Les partis de centre gauche et de centre droit se laissent-ils trop souvent intimider par l’écologisme radical ? Assurément. Le principal problème posé par l’écologisme est politique et, plus précisément, démocratique. L’écologisme est parvenu à prendre le pouvoir sans avoir réussi à convaincre les électeurs. Ainsi, face au dérèglement climatique, qui aurait dû les avantager, les écologistes ont choisi de répondre non par le marché, la société civile, la créativité, l’initiative et l’innovation, mais par le projet démesuré de « sauver la planète » grâce à une « transition écologique » conçue et conduite depuis Bruxelles, pour l’Union européenne, et depuis Paris pour la France. Ces idées relèvent d’une conception suradministrée des affaires publiques. Le résultat est le déploiement d’un régime de réglementations, d’autorisations, de contrôles et de surveillances de plus en plus étroit, intrusif et sévère, sans égard pour les libertés individuelles, et d’ailleurs sans effet sur le réchauffement climatique. Cet écologisme par les normes, cet écologisme bureaucratique, s’est non seulement mis en place sans avoir eu besoin de l’assentiment des électeurs, mais aussi sans les en avoir informés, de même qu’ils ne furent pas informés, entre 1997 et 2017, du quasi-abandon de notre filière nucléaire, qui constitue pourtant notre plus grand atout industriel, ainsi que notre meilleure réponse aux défis de la souveraineté énergétique et du réchauffement climatique. En ce sens, on peut considérer le mouvement des « gilets jaunes » comme un premier coup d’arrêt populaire imposé à l’idéologie écologiste, un coup d’arrêt d’ailleurs opéré selon une méthode manifestante et non électorale, comme s’il s’agissait, pour les « gilets jaunes », de répondre à l’écologisme avec ses mêmes méthodes de blocages protestataires et de confrontations violentes. Je dirais que l’écologisme est en train de perdre la bataille législative et gouvernementale Le virage pronucléaire d’Emmanuel Macron a-t-il été un tournant ? L’écologisme radical est-il en train de perdre la bataille culturelle ? Je dirais que l’écologisme est en train de perdre la bataille législative et gouvernementale. Cependant, la récusation électorale de l’écologisme n’empêche pas sa domination culturelle. On le voit à travers l’extraordinaire bienveillance du monde médiatique, qui est l’un des grands privilèges concédés à cette idéologie. On le voit aussi dans l’omniprésence du discours écologiste partisan, de fait institutionnalisé. On songe à ce qu’Althusser appelait les « appareils idéologiques d’État » : l’école, et par l’école on atteint aussi les familles, les universités, le monde intellectuel, les médias, en particulier l’audiovisuel d’État, ou encore le monde culturel. On voit aussi de nouveaux appareils idéologiques à l’œuvre, avec les plateformes numériques, les moteurs de recherche, les IA, Wikipédia, etc., et à travers eux les métiers de la communication et du marketing, affectant le discours de nombre d’entreprises ; elles reprennent à leur compte l’écologisme en imaginant un effet bénéfique, sans toujours voir qu’elles alimentent un gauchisme culturel qui ne leur veut pas du bien. Les écologistes étaient tout de même les premiers défenseurs de l’euthanasie. Et la loi qui a été adoptée s’inscrit dans leur vision radicale. Comment expliquez-vous l’engagement des écologistes sur la question de l’euthanasie et leur victoire politique sur cette question ? C’est une autre dimension de l’impensé écologiste et une autre cause de leur déclin. Les écologistes ont insisté sur la fragilité du vivant et la vulnérabilité du monde - plus qu’aucune autre famille politique -, ils ont dénoncé les dangers du pouvoir médical, pour finalement prendre une part prépondérante à la légalisation de l’euthanasie. Au fond, l’écologisme n’a-t-il pas ainsi rompu avec ce qui est supposé être le cœur de sa doctrine, la protection du vivant, le souci de sa fragilité, la protection des plus faibles ? L’écologie et la protection de la nature demeurent des questions majeures. Le risque est-il que l’opinion publique en vienne à confondre ces enjeux avec l’écologisme radical et rejette en bloc toute forme d’écologie ? Comment réconcilier l’écologie avec la liberté, le progrès réel et la démocratie ? Il me semble que l’on ne s’y trompe pas. En effet, d’une part, les études d’opinion nous disent que les enjeux écologiques préoccupent très largement la population. D’autre part, les résultats électoraux montrent que les Français refusent fermement, et depuis toujours, d’accorder leur confiance aux écologistes. Cet écologisme dogmatique, assimilable à l’extrême gauche parce qu’il se présente comme l’ennemi juré de la croissance économique et du confort matériel, n’a jamais intéressé la majorité des électeurs. Le gauchisme est-il l’avenir de l’écologisme ? Les tenants de l’écologisme sont pris dans une relation conflictuelle, inextricable, avec la démocratie. La victoire électorale est une perspective qui leur semble inatteignable, à juste titre. Les élections ne leur seront pas favorables avant longtemps, peut-être jamais. C’est pourquoi on assiste, au sein de l’écologisme et à gauche en général, au retour d’un discours archaïque constitutif des premiers âges de la gauche, au milieu du XIX e siècle, et qui contestait la capacité de l’électeur, son indépendance, la valeur de l’élection, la représentativité des représentants élus. L’intérêt théorique bien réel de ces sujets n’interdit pas de relever que les partis qui parlent de plus en plus de « conventions citoyennes », de tirage au sort et de « démocratie participative » sont ceux auxquels les élections générales et les référendums - bref, la souveraineté électorale - ont peu de chance d’être favorables. L’écologisme est en contradiction avec la marche d’un monde avide de croissance comme avec la volonté des Français de maintenir leur niveau de vie et de l’accroître si possible Ce qui, hier, était magnifié, l’élection au suffrage universel, est aujourd’hui, à gauche, un sujet de suspicion. Si l’écologisme est parvenu à gouverner tout en étant la composante marginale de coalitions fragiles ou minoritaires, depuis une trentaine d’années jusqu’à aujourd’hui, il suscite maintenant une exaspération montante qui appelle un arbitrage démocratique. L’écologisme est en contradiction avec la marche d’un monde avide de croissance comme avec la volonté des Français de maintenir leur niveau de vie et de l’accroître si possible. Les écologistes devraient opérer un virage réformiste. Mais, différemment, ils semblent s’engager depuis quelques années sur le chemin d’une mutation de sens contraire, comme si, faute de pouvoir imaginer leur victoire électorale, ils cédaient à la tentation, en assumant leur conversion à une politique antisystème. C’est bien ce processus qui est à l’œuvre dans le rapprochement avec LFI. Il pourrait aboutir à une union lors des prochaines élections législatives de juin 2027. Mais le rapprochement avec LFI a un prix. Il implique notamment de se lier avec les mouvances antisémites et islamistes qui travaillent la gauche française et l’ensemble de la gauche européenne.
par Nicolas Pouvreau-Monti dans FigaroVox 4 août 2026
"Près de 60 000 migrants ont franchi en une seule journée la frontière qui sépare le royaume du Maroc du territoire espagnol. Cette crise révèle un enchevêtrement d’erreurs et de naïvetés cumulées, dont les leçons, comme les effets, valent pour l’Europe entière, analyse le directeur de l’Observatoire de l’immigration et de la démographie."  Une tribune très éclairante de Nicolas Pouvreau-Monti (co-fondateur et directeur de l’Observatoire de l’Immigration et de la Démographie) sur les récents évènements à la frontière entre le Maroc et l'Espagne à lire dans FigaroVox : https://www.lefigaro.fr/vox/politique/nicolas-pouvreau-monti-ceuta-n-est-pas-une-anomalie-c-est-un-avertissement-20260731 Nicolas Pouvreau-Monti : « Ceuta n’est pas une anomalie, c’est un avertissement » Il aura suffi de quelques heures pour qu’une enclave de 18 kilomètres carrés devienne l’épicentre d’une crise européenne. À Ceuta, près de 60 000 migrants – majoritairement des jeunes hommes marocains – ont franchi en une journée, de manière irrégulière, la frontière qui sépare le royaume du Maroc du territoire espagnol. La ruée vers cette ville autonome n’est pas seulement le visage d’un échec policier ou sécuritaire. Elle révèle un enchevêtrement d’erreurs et de naïvetés cumulées, dont les leçons (comme les effets) valent pour l’Europe entière. À découvrir Avec son plan de régularisation des clandestins annoncé en janvier 2026, l’exécutif espagnol pensait ouvrir un dispositif concernant 500 000 personnes environ. Au 30 juin dernier : 1,2 million de dossiers avaient été déposés. Les Marocains en constituaient la deuxième nationalité la plus nombreuse. Pedro Sanchez cherche, depuis plusieurs années, à se positionner comme l’un des derniers dirigeants du monde démocratique explicitement favorables à une immigration sans contrôle. En témoignent ses interventions dans la presse internationale – comme sa tribune parue dans le New York Times en février dernier, ainsi titrée : « Je suis le premier ministre espagnol. Voici pourquoi l’Occident a besoin des migrants. » Ce faisant, Sanchez a ignoré délibérément un phénomène dont l’existence est pourtant attestée au niveau mondial : celui de « l’appel d’air » généré par ce type de décision. Tandis que l’ensemble des passages irréguliers détectés par Frontex aux frontières extérieures de l’UE a reculé de 25% l’an dernier, la seule route migratoire qui a connu une hausse notable de ses franchissements est celle de la Méditerranée occidentale – qui va, précisément, du nord du Maroc au sud de l’Espagne. La perspective de cette régularisation massive était déjà évoquée publiquement par Madrid. Cette ruée vers Ceuta met à nouveau en lumière l’extraordinaire fragilité à laquelle nous expose l’état actuel de l’espace Schengen. Un seul pays, même radicalement isolé en Europe (l’adoption récente du « règlement Retour » par le Parlement européen en témoigne), est en mesure d’imposer les conséquences de ses décisions à l’ensemble des autres États membres de la zone. Des règles dérogatoires de contrôle s’appliquent, certes, au départ des enclaves de Ceuta et Melilla vers le continent. Mais quiconque posera le pied en Andalousie entrera dans un espace de 4 millions de kilomètres carrés, où l’absence de contrôle aux frontières – non seulement pour les citoyens de l’UE, mais aussi pour les ressortissants extraeuropéens – constitue un principe solidement garanti. Des modalités de rétablissement temporaire des contrôles sont certes prévues par le droit, comme l’a rappelé le ministre Laurent Nunez pour tenter d’apaiser les craintes. Mais celles-ci se trouvent très limitées dans leur mise en œuvre concrète. Dans la foulée d’une décision de la Cour de Justice de l’Union européenne en 2023 : les décisions rapides et souveraines de « non-admission » à la frontière française, qui étaient pratiquées largement à la frontière avec l’Italie depuis 2015 (et auraient pu l’être face à l’Espagne aujourd’hui), ont chuté de 80% en un an. L’apparent relâchement des contrôles marocains qui a accompagné la ruée vers Ceuta devrait aussi déciller les yeux de nos dirigeants devant une évidence stratégique : l’arme migratoire est devenue l’un des principaux leviers de déstabilisation contre les États européens. Le « gouvernement des juges » n’est pas innocent, non plus, dans la crise déclenchée à Ceuta. Au début du mois de juillet, le Tribunal suprême espagnol a publié un arrêt rendant impossible le recours aux « refoulements immédiats » pour les clandestins arrivant par la mer. Les migrants – et, plus encore, les réseaux criminels qui les accompagnent – sont des individus rationnels, qu’il importerait de considérer enfin comme tels. Ils réagissent aux signaux et aux contre-signaux, d’ouverture ou de fermeté. Ils pèsent les opportunités avec les risques qui leur sont associés. Les messages irresponsables envoyés par des gouvernements ou des juridictions engendrent des effets concrets sur la dynamique des flux. L’apparent relâchement des contrôles marocains qui a accompagné la ruée vers Ceuta devrait aussi déciller les yeux de nos dirigeants devant une évidence stratégique : l’arme migratoire est devenue l’un des principaux leviers de déstabilisation contre les États européens. De la même façon que l’Algérie a « fait payer » la France pour le virage pro-marocain opéré par notre diplomatie en 2024, rompant toute coopération dans le domaine migratoire et facilitant les départs, le régime de Rabat n’apprécie pas le rapprochement engagé entre Madrid et Alger – ni la position du gouvernement Sanchez sur la question du Sahara occidental. Ce genre de stratégie hostile n’est pas seulement déployé au sud. En 2021, la Biélorussie d’Alexandre Loukachenko a organisé l’acheminement de milliers de migrants du Moyen-Orient jusqu’aux frontières de la Pologne et de la Lituanie, afin d’exercer une pression politique sur l’Union européenne en représailles aux sanctions occidentales. La Turquie d’Erdogan l’a fait aussi. Cet instrument de guerre hybride est d’autant plus efficace que l’Europe entretient activement sa propre vulnérabilité, par un ordre juridique qui fait de notre continent le plus ouvert à l’immigration irrégulière dans le monde. L’instrumentalisation des migrations est aussi le moyen récurrent d’une « annexion par le bas » pour des gouvernements revendiquant leur souveraineté sur des territoires où ils ne l’exercent pas. Rabat considère Ceuta et Melilla comme des territoires marocains occupés par l’Espagne : l’afflux de ses ressortissants en masse et en force est un moyen d’affirmer cette position, tout comme de préparer un basculement démographique favorable au rattachement. Ce mode opératoire est le même que celui déployé par les Comores à Mayotte, dans un objectif identique. Les crises migratoires ne sont plus seulement des défis humanitaires ; elles sont devenues des terrains de confrontation stratégique. Ceuta n’est pas une anomalie. C’est un avertissement.
par Jean-Frédéric Poisson dans VA 29 juillet 2026
Une tribune de Jean-Frédéric Poisson sur le rôle du Conseil Constitutionnel et sur les réformes possibles pour garantir l’État de droit ! https://www.valeursactuelles.com/clubvaleurs/politique/jean-frederic-poisson-pour-une-reforme-du-conseil-constitutionnel Le sentiment de défiance à l'égard des « Sages » vient de ce qu'ils donnent trop souvent l'impression de faire de la politique au lieu de dire le droit, de réduire l'espace de débat au lieu de le protéger. Par Jean-Frédéric Poisson Publié le 22 juillet 2026 à 21h00 Le Conseil constitutionnel a-t-il progressivement excédé sa fonction ? Un sentiment s’installe dans le débat public français : celui d’un Conseil constitutionnel dont le pouvoir aurait progressivement excédé sa fonction. À chaque grande loi censurée ou partiellement amputée, revient la même interrogation : le Conseil dit-il le droit ou participe-t-il désormais à la décision politique, notamment sur des sujets sensibles comme l’immigration, les retraites, la sécurité ou la crise sanitaire ? L’État de droit contre la démocratie Cette question ne peut être écartée au nom de la défense abstraite de « l’État de droit ». Il faut distinguer l’état du droit, c’est-à-dire l’ensemble des normes en vigueur, de l’ État de droit , qui désigne un régime où le pouvoir est limité, séparé et contrôlé, et où les citoyens concourent librement à la formation de la loi. Le premier relève des politiques publiques ; le second des conditions de la liberté politique. Depuis la décision de 1971 sur la liberté d’association, le Conseil a progressivement étendu son contrôle en s’appuyant sur le « bloc de constitutionnalité » : Constitution de 1958, Déclaration de 1789, Préambule de 1946, Charte de l’environnement, principes fondamentaux reconnus par les lois de la République et diverses constructions jurisprudentielles. Ce mouvement peut être vu comme un progrès pour les droits fondamentaux. Mais plus ce bloc s’élargit, plus le juge dispose d’une marge d’interprétation susceptible de l’amener à arbitrer entre plusieurs conceptions également légitimes de la liberté, de l’égalité ou de la fraternité. Il ne protège alors plus seulement le cadre du débat démocratique : il en réduit parfois l’espace. Rétablir la confiance entre le peuple et les institutions La réforme du Conseil constitutionnel devrait donc devenir un chantier majeur du rétablissement de la confiance entre le peuple et les institutions. La défiance actuelle tient aussi à l’impression que certains choix collectifs échappent désormais au suffrage et au Parlement. Une démocratie constitutionnelle a besoin de limites à la majorité ; elle a aussi besoin que ces limites soient claires, lisibles et directement rattachées à la Constitution. Plusieurs réformes sont envisageables : renforcer la motivation des décisions, revoir les modalités de nomination, exiger une compétence juridique renforcée, supprimer les anciens présidents de la République comme membres de droit, développer les règles de déontologie, publier les votes et autoriser les opinions dissidentes. Ces mesures amélioreraient la transparence sans modifier l’équilibre institutionnel. Plus profondément, il conviendrait de recentrer le contrôle de constitutionnalité sur sa finalité première : garantir l’État de droit, non orienter l’état du droit. Une révision pourrait ainsi préciser que les principes déduits de la Constitution ne peuvent justifier une censure qu’en matière de séparation des pouvoirs, de souveraineté nationale, de liberté politique, d’égalité civique, de sûreté, de légalité pénale, de garantie des droits et de régularité du suffrage, sans permettre au Conseil de substituer son appréciation à celle du législateur sur les choix de politique publique. Il ne s’agit pas d’affaiblir la Constitution, mais de rappeler qu’elle n’est pas un programme politique. Elle est la règle commune qui permet au peuple de débattre, de choisir et d’alterner. Réformer le Conseil dans cet esprit, ce serait rendre au droit constitutionnel sa véritable fonction : garantir que nul ne puisse confisquer au peuple le pouvoir de se gouverner lui-même.
par Yves d'Amecourt 28 juillet 2026
" Les grands incendies que connaît aujourd’hui la France révèlent moins une crise de la forêt qu’une crise de l’État. Ils mettent à nu une administration qui excelle à produire des normes mais peine de plus en plus à accomplir sa mission première : protéger les Français et le patrimoine dont ils ont hérité." Et si les incendies qui ravagent nos forêts chaque été n'étaient pas une fatalité climatique, mais le symptôme d'un État devenu incapable d'agir ? C'est ce que nous suggère Yves d'Amecourt dans ce magnifique texte : https://nouvellerevuepolitique.fr/yves-damecourt-quand-la-foret-brule-cest-letat-qui-se-consume/
par Jean-Philippe Delsol dans Contrepoints (IREF) 25 juillet 2026
Peut-on programmer la justice sociale comme on programme une machine ? C'est le pari d'un rapport signé par 45 économistes, dont Thomas Piketty et Gabriel Zucman, qui promet l'égalité mondiale, la sobriété heureuse et un réchauffement contenu à 1,8°C — le tout d'ici 2100. Une utopie séduisante sur le papier — mais qui a déjà un nom dans l'Histoire. "Il se trouve toujours des naïfs pour faire confiance à ces idéologues et des institutions perverties pour en propager les théories dangereuses . Ne nous lassons pas de dénoncer ces prophètes de malheur et de répéter que l’ordre spontané d’un monde libre est toujours meilleur et plus efficace." Jean. Philippe Delsol dans Contrepoints nous partage une excellente analyse des biais idéologiques de toutes ces belles idées : https://contrepoints.org/rapport-sur-la-justice-pikettyrannie-et-zucmanipulation/
par Marc Rameaux dans Causeur 19 juillet 2026
"Le relativisme hérité de Mai 68 nous pollue encore. Nous devons balayer ce conformisme par une pensée authentique. Par exemple en nous appuyant sur Aron, Crozier, Lévi-Strauss ou Girard qui, en leur temps, avaient bien vu la supercherie de cette pseudo-révolution." Une analyse passionnante de Mai 68 en s'appuyant sur les penseurs qui à l'époque avaient osé s'opposer à ce mouvement mortifère ... A lire dans Causeur : https://www.causeur.fr/mai-68-sous-le-pave-le-vide-330048
par Vincent Trémolet de Villers 17 juillet 2026
"L’Histoire retiendra qu’un pouvoir épuisé, une Assemblée de fortune, un président plus impopulaire que jamais , le premier ministre « le plus faible » de la Ve République ont conjugué cynisme, lâcheté et idéologie pour, au milieu de l’été 2026, permettre à l’État d’administrer la mort." Un édito de Vincent Trémolet de Villers dans FigaroVox https://www.lefigaro.fr/vox/politique/l-editorial-de-vincent-tremolet-de-villers-loi-sur-l-euthanasie-et-le-suicide-assiste-simulacre-democratique-et-nihilisme-d-etat-20260715 Incapable en dix ans d’améliorer la vie quotidienne des Français, Emmanuel Macron se félicitera certainement d’avoir, quarante-cinq ans après l’abolition de la peine de mort, rendu à l’État le pouvoir d’abréger l’existence. L’Histoire retiendra qu’un pouvoir épuisé, une Assemblée de fortune, un président plus impopulaire que jamais , le premier ministre « le plus faible » de la Ve République ont conjugué cynisme, lâcheté et idéologie pour, au milieu de l’été 2026, permettre à l’État d’administrer la mort. Progressisme ? On cherche en vain le progrès moral dans cet oxymore assassin : « Tuer, c’est soigner. » Pas plus de progrès médical dans cette méthode irrémédiable d’abréviation des souffrances. Encore moins de progrès social dans cet abandon de l’État-providence au profit de ce que Dominique Reynié appelle un État « validiste ». Vieillards, grands malades, nerveux, désespérés savent désormais qu’ils sont « éligibles » au « droit à mourir ». On a beau tourner la chose dans tous les sens, on se cogne comme une mouche dans un bocal : comment faire cohabiter à l’hôpital des unités de suicidologie qui luttent héroïquement pour que des personnes ne mettent pas fin à leurs jours et des structures chargées d’assister le suicide ? Devant une telle contradiction, l’esprit est pris de vertige, et ce qui fait en l’homme l’humain s’insurge. Il fallait, nous dit-on, un trophée « sociétal » pour la « legacy » du président sortant. Preuve supplémentaire que l’impuissance publique peut s’accompagner d’une immense arrogance anthropologique. Le tout dans un mélange de lyrisme, de kitsch et de légèreté. C’est Créon, mais au pays des selfies…  Incapable en dix ans d’améliorer la vie quotidienne des Français, Emmanuel Macron se félicitera certainement d’avoir, quarante-cinq ans après l’abolition de la peine de mort, rendu à l’État le pouvoir d’abréger l’existence. Où est la victoire ? Depuis la convention citoyenne pipée jusqu’à la « célébration » ministérielle annoncée avant même le vote, ce parcours législatif aura été un simulacre de délibération, une singerie démocratique. Il projette sur la fin de ce quinquennat un nihilisme d’État. Cela ne suffira pas, pourtant, à décourager ceux qui, dans la prévenance des soins, l’apaisement des souffrances, la protection des plus faibles, le mystère intime du dernier souffle, savent que la politique a le pouvoir de changer la loi, mais pas celui de profaner le sanctuaire de la conscience.
par Institut Thomas More 27 juin 2026
Dans un rapport inédit, l’Institut Thomas More dresse l’inventaire des décisions politiques qui ont mis la France à genoux pendant ces 50 dernières années. Chute du niveau scolaire, 35 heures, système de retraite, chômage, déficits, dette, insécurité… Autant d'occasions ratées pour maintenir la France sur le chemin de la prospérité !  "Notre ambition, dans ce rapport, est d’identifier les cinquante décisions qui ont mis la France à genoux en cinquante ans, de les replacer dans leur contexte, d’expliquer les motivations de fond ou les choix opportunistes qui ont abouti à ce qu’elles soient prises, de décrire et chiffrer leur impact et leurs effets cumulatifs, les comparer aussi aux options prises par des pays semblables. Ce travail inédit n’a jamais été réalisé de cette manière : il constitue une somme considérable. Les données citées, les sources et les conséquences mesurées sont issues de statistiques et de rapports publics et parfois privés, incontestables. Il se veut et nous l’avons pensé ainsi, d’intérêt général. Car dans la perspective de 2027, il constitue un préalable à l’élaboration de tout programme crédible. Au regard de la gravité de sa situation, il est impossible de penser redresser le pays sans analyser objectivement les causes" https://institut-thomas-more.org/2026/06/25/rapport36/
par Jean-Marie Montali 10 juin 2026
"Emmanuel Razavi vit sous protection policière. Nora Bussigny est régulièrement la cible de menaces et de campagnes de haine. D’autres parmi nous vivent la même chose. Leur point commun ? Avoir enquêté sur l’islamisme, ses réseaux, l’antisémitisme contemporain ou encore les dérives de la dictature iranienne. Face aux intimidations, aux menaces de mort et aux tentatives de censure, le plus inquiétant n’est peut-être pas la violence des fanatiques. Le plus inquiétant est le silence. Celui d’une partie du monde médiatique, intellectuel et politique, qui semble avoir renoncé à défendre des principes qu’il prétend pourtant universels ." Jean-Marie Montali (né en 1962) est un journaliste français spécialisé en presse écrite , auteur de plusieurs ouvrages et réalisateur de documentaires pour la télévision . Grand reporter , il a occupé divers postes de direction, notamment rédacteur en chef , directeur adjoint et directeur exécutif de la rédaction au Figaro Magazine , directeur adjoint de la rédaction de France-Soir , et directeur adjoint des rédactions du Parisien – Aujourd'hui en France . Dans La Nouvelle Revue Politique, il s'insurge contre une étrange hiérarchie de l’indignation ... https://nouvellerevuepolitique.fr/journalistes-le-silence-qui-deshonore/