Cinquante ans plus tard...
Ce mois de mai 2018 voit éclore diverses tentatives de raviver le souvenir des événements de mai 1968. Dans le monde de la culture, chez de nombreux médias comme au sein de certains cercles intellectuels, refleurit la fascination pour ce qui est perçu comme ayant jadis prétendu fonder un nouvel ordre social.
Ce mois de mai 2018 voit éclore diverses tentatives de raviver le souvenir des évènements de mai 1968. Dans le monde de la culture, chez de nombreux médias comme au sein de certains cercles intellectuels, refleurit la fascination pour ce qui est perçu comme ayant jadis prétendu fonder un nouvel ordre social.
Cinquante ans plus tard, il nous apparaît difficile de ne pas associer les orientations sociétales promues par mai 1968 à l’immense gâchis qu’a connu notre pays depuis lors. Il nous paraît difficile de les exonérer de la responsabilité qui est la leur dans la dilapidation de certains des plus formidables atouts dont disposait alors notre pays.
Soyons justes : les éternels adolescents du « il est interdit d’interdire » ne sont pas à eux seuls la cause unique de l’affaissement civique, culturel, économique et académique qui a rongé nos institutions, notre peuple et nos entreprises au long de ces dernières décennies.
D’autres facteurs d’envergure planétaire y ont contribué dont le cortège a fait l’objet de mille analyses : la mondialisation, l’émergence de nouveaux blocs géopolitiques, l’avènement de la société de consommation, la montée des communautarismes, la réduction de fait des prérogatives des Etats –et en premier lieu de l’Etat français-, l’effondrement des capacités de l’occident à porter dans le reste du monde les valeurs fondatrices qui sont les siennes.
Mais, à elles seules, ces tendances lourdes qui ont traversé la planète n’auraient pas désagrégé aussi profondément notre société française si elles n’avaient pas été suppléées par un travail de sape de l’intérieur.
C’est en effet l’héritage de mai 1968 qui a instillé le relativisme et l’individualisme comme modes de pensée dominants, qui a érigé la révolte stérile contre tout et contre tous en posture systématique de la bien-pensance, qui attaque en profondeur le fécond équilibre entre les droits et les devoirs, qui a vidé de son sens le concept de responsabilité individuelle et collective, qui a généralisé le double discours (« faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais ») chez certaines de nos élites, qui a graduellement imposé l’enseignement de l’ignorance comme postulat fondateur de l’éducation, qui a invité notre société à tolérer le laxisme en toute chose, qui l’a contrainte à détourner trop longtemps son regard de l’islam politique devenu entre-temps notre ennemi mortel.
Le résultat est là, consternant, dont la triste actualité française de ce mois de mai donne chaque jour une désolante illustration – celle de cette semaine nous livre les images incompréhensibles de l’université Jean Jaurès à Toulouse saccagée par ceux-là mêmes qui se proclament les défenseurs des droits des étudiants. Nous savions que le rejeton du mouvement soixante-huitard était prisonnier de l’incohérence originelle de l’idéologie qui l’a vu naître, nous découvrons aujourd’hui que même le respect et la décence l’ont abandonné.
Notre peuple, qui avait pourtant été doté par des siècles de vertu, de courage et de travail, de la force nécessaire pour affronter les défis posés par les tumultes qui traversèrent l’époque, s’en trouve aujourd’hui et à cause d’elle la victime. Notre peuple, dont le mérite continue de se manifester à chaque drame, notre peuple qui recèle tant de héros individuels, peine aujourd’hui à sceller à nouveau ce pacte collectif qui naguère fonda sa force et son rayonnement.
Et maintenant ? Quel est notre devoir cinquante ans plus tard ? Les cinquante ans passés sont-ils à jamais perdus ? Le bel édifice de notre nation est-il condamné à succomber à la longue liste des fissures dont ils l’ont lézardé ?
Certainement pas. Le sursaut français aura lieu. Œuvrons à ce qu’il ait lieu le plus tôt possible. Car le rattrapage sera d’autant plus long et laborieux qu’il sera tardif.
Ce sursaut sera l’affaire de chacun de nous, dans notre vie privée et professionnelle, mais aussi bien évidemment dans nos engagements citoyens.










