Guillaume Tabard: «Un dangereux penchant pour les soustractions»
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C’est une des faiblesses de la droite française de trop parler en
réaction au sondage de la veille plutôt qu’en anticipation d’un scénario
à construire."
Tribune de Guillaume Tabard dans le Figaro :
"Xavier Bertrand devrait se méfier de ses nouveaux amis. Maintenant qu’il a franchi la barre des 15 % dans les sondages, le voici encensé par ceux qui lui en voulaient d’avoir claqué la porte de LR il y a trois ans. Lorsque, au cours de la campagne européenne de 2019, François-Xavier Bellamy avait atteint ce même seuil, les leaders de la droite, toutes sensibilités confondues, lui avaient tressé des lauriers avant, au lendemain de son mauvais score, de condamner sans appel sa ligne. Rachida Dati a vécu le même changement de regard, mais en sens inverse, ayant sauvé l’honneur électoral de la droite à Paris après que nombre de ses pairs eurent prédit le fiasco d’une campagne «dure».
C’est une des faiblesses de la droite française de trop parler en réaction au sondage de la veille plutôt qu’en anticipation d’un scénario à construire. Ses dirigeants pâtissent aussi d’une autre faiblesse: une forme de masochisme qui les fait préférer souvent les soustractions et les divisions aux additions. Le climat qui règne actuellement à LR en est l’illustration. Primaire ou pas primaire? La question est d’importance, mais le fond du problème n’est pas là. C’est une évidence que faute d’un candidat faisant naturellement l’unanimité, une procédure aussi large et démocratique que possible s’impose. Tout comme c’est avec bon sens que Christian Jacob demande d’attendre d’avoir tourné la page des régionales pour ouvrir celle de la présidentielle. Ne serait-ce qu’en raison de l’implication potentielle de certains acteurs dans les deux scrutins.
Mais précisément, dans l’attente de ce moment, on pourrait penser que l’ambition de tous les dirigeants de LR serait de promouvoir tous les talents existant à droite - surtout maintenant que le forfait de François Baroin est acquis ; serait de valoriser la variété des sensibilités ; serait de souligner l’existence d’un arc idéologique suffisamment large pour fédérer le plus grand nombre d’électeurs possibles ; serait de tout faire pour attirer dans une «maison commune» ceux qui sont tentés de rejoindre Emmanuel Macron et ceux qui ne s’interdisent pas de parler avec une droite dite «hors les murs».
Au lieu de cela, LR semble une fois encore se complaire dans les délices des anathèmes. Numéro 2 du parti, Aurélien Pradié accuse un jour Christian Estrosi de «se vendre au plus offrant», et se fait fort un autre d’empêcher Bruno Retailleau de représenter un Tea Party à la française.
Alors premier ministre, Édouard Philippe raillait la «droite Trocadéro». C’était logique de la part d’une personnalité cherchant à diviser cette droite pour renforcer le macronisme. Il est plus surprenant, pour ne pas dire suicidaire, pour un dirigeant qui prétend au contraire reconstruire une alternative au chef de l’État, de caricaturer à son tour une sensibilité et un électorat qui a eu la patience de rester fidèle à son parti. Attaquer Retailleau sans avoir fait revenir ni Bertrand ni Pécresse est une drôle de manière de vouloir faire de LR le pivot d’une reconstruction de la droite."










