Gérard Collomb : « Il va bien falloir qu’on revienne au réalisme »

Gérard Collomb • 11 mai 2022

Gérard Collomb : « Il va bien falloir qu’on revienne au réalisme »

Proposé par un de nos fidèles lecteur, un article du Point dans lequel G Coulombfait une analyseintéressantedu macronisme. On y retrouve notamment l'obsession d'Emmanuel Macron de vouloir toujours tout maitriser dans les détails, tout contrôler et décider sans tenir vraiment compte des autres, son manque d’humilité et cette façon de toujours vouloir montrer sa supériorité.


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EXCLUSIF. Gérard Collomb : « Il va bien falloir qu’on revienne au réalisme »

ENTRETIEN. Il fut l'un des inventeurs du macronisme et se taisait depuis trois ans. Il livre au « Point » une analyse aiguisée de l’action du président.

Propos recueillis par Jérôme Cordelier et Etienne Gernelle

Publié le 04/05/2022 à 10h00 - Modifié le 05/05/2022 à 07h43


Il a été le premier grand élu à croire en un Macron présidentiel, et il a fortement contribué à façonner ce qui allait devenir le « macronisme ». Nommé ministre d'État, ministre de l'Intérieur, dans le gouvernement d'Édouard Philippe, Gérard Collomb démissionne avec fracas moins d'un an et demi plus tard. Personne n'a oublié ses paroles fortes dans le discours solennel de la passation des pouvoirs devant son successeur, le Premier ministre, Édouard Philippe, médusé. Déplorant une situation « très dégradée » dans les quartiers, le chef de la police avait lancé : « Aujourd'hui, on vit côte à côte, je crains que demain on ne vive face à face. » Un ministre ne devrait pas dire ça... Ses mots prophétiques vaudront au premier des macronistes, intime du couple Macron, la mise au ban.

Une disgrâce que Gérard Collomb paiera cher : trahi par les siens, il ne retrouvera pas son fauteuil de maire de Lyon, ni de président de la métropole, que cet édile bâtisseur avait pourtant créé et propulsé dans la modernité. Celui qui n'est désormais plus que conseiller d'opposition à Lyon rompt trois ans de silence et dresse pour Le Point un bilan contrasté mais implacable, sans amertume, du premier quinquennat, et confie aussi ses espoirs pour la réussite du second.

Le Point : Pour vous qui en avez été l'un des pères fondateurs, qu'est devenu le macronisme ?

Gérard Collomb : À l'origine, selon moi, le macronisme a été façonné par quatre éléments. Premièrement, c'était l'idée selon laquelle l'affrontement entre partis traditionnels était dépassé. Moi qui étais socialiste, je trouvais qu'il y avait des Républicains ou des centristes plus proches de mes idées qu'un certain nombre de frondeurs. Dans un paysage statufié, il fallait rebattre les cartes. Notre macronisme rassemblait des jeunes qui entouraient Emmanuel Macron, et des élus locaux, dont par exemple Jean-Claude Boulard, le maire du Mans. Le deuxième élément était économique : on pensait qu'il y avait essentiellement une crise de l'offre alors que, au PS, on était pour une relance par la demande, ce qui faisait que la France perdait en compétitivité. Le troisième point, c'était de mettre fin aux deux fractures de la société française : d'abord le décrochage d'une France périphérique, ensuite la fracture sociale dans les villes entre des quartiers locomotives, engagés dans le mouvement du siècle, et d'autres où sont cantonnées des populations reléguées, provenant en grande partie de l'immigration. Quatrièmement, on avait pour ambition de prendre en compte sans œillères les problèmes de sécurité : Emmanuel Macron voyait bien que, à la fin du mandat de François Hollande, cela était bien moins affirmé qu'avec un Manuel Valls ministre de l'Intérieur, qui prenait ces questions à bras-le-corps. Une partie de la gauche parlait d'un sentiment d'insécurité, pas d'insécurité. Il fallait rompre avec l'angélisme.

Que reste-t-il de ce macronisme originel ?

Sur le premier point, casser les anciens partis, on peut dire qu'on a réussi (rires). Mais pour aboutir à quoi ? On est passé d'un système « camp contre camp » à la France des trois blocs. Il y a celui de Marine Le Pen, qui est très important – et il n'y a pas 42 % de fascistes dans le pays – donc si l'on ne prend pas en compte cette réalité, le désenchantement sera fort. Il y a aussi le bloc de Mélenchon, qui a fédéré d'une part des jeunes attirés par le wokisme, l'intersectionnalité, et d'autre part les banlieues, en cristallisant un vote immigré, une communauté qui a été choquée par le discours des Mureaux du président sur le séparatisme parce que, pour elle, il confondait musulmans et islamistes radicaux. Comme ministre de l'Intérieur, on me l'a suffisamment reproché, j'ai essayé de tenir un discours ferme sur l'immigration, mais aussi avec la volonté de « déghettoïser ». C'est mon côté Borloo. Le troisième bloc, au milieu, c'est celui du vote Macron. Ses 28 % de voix représentent un vaste espace, mais que va-t-il devenir ? Si demain il s'élargit sur la droite et sur la gauche, de Sarkozy à Rebsamen, va-t-il trouver le même élargissement dans la population ? Je ne le crois pas.

La logique d'un parti unique central vous semble donc dangereuse ?

Bien sûr ! Cela conduira à un rétrécissement politique puisque, au pouvoir, compte tenu des circonstances, on ne peut que s'user. Et on peut donc aboutir à la victoire de l'un des extrêmes, toutes les forces de gouvernement étant dans le même camp…

Et sur l'économie, le macronisme a-t-il réussi ?

Oui. Quand on injecte des centaines de milliards dans l'économie, comme ce fut le cas à cause du Covid-19, ça marche, c'est logique. Mais il n'y a pas que cela. Dès avant le Covid, il y a eu une hausse des créations d'entreprises. Il faut dire aussi que cela est dû en partie aux réformes consécutives au rapport Gallois, pacte de responsabilité et lois El Khomri. Hollande a fait ces réformes trop tard, mais cela a porté ses fruits dès le début du quinquennat suivant. Ensuite, Macron a continué en ce sens : il y a eu la réforme du droit du travail, par exemple, et aussi de la SNCF. Dans les esprits, cela a installé l'idée que ce jeune président ose s'attaquer à des sujets sensibles : il réforme, il débloque, il libère. Et cela a marché. En 2018, il y a eu en France 691 000 créations d'entreprises, soit 17 % de plus par rapport à l'année précédente. Puis, en 2019, 815 000 ; en 2020, 850 000 ; en 2021, 995 000. Au début du quinquennat, c'était beaucoup de microentreprises mais, la dernière année, des sociétés plus importantes ont été créées. D'où la baisse du chômage.

Sur le troisième objectif de votre macronisme, réduire les fractures, il y a eu en revanche les Gilets jaunes…

Il aurait fallu, pour réduire les fractures, mettre en place un acte III de la décentralisation. Nous avions plaidé pendant la campagne présidentielle de 2017 pour une révolution girondine. Vous connaissez la suite… Au moment où je quitte le gouvernement, Macron dit : « Il y a des moments dans l'Histoire où il faut assumer des périodes de jacobinisme. » Le discours sur Jupiter va naître. Ce qui va lui faire redécouvrir le rôle des territoires, c'est la crise du Covid, notamment dans la première période : heureusement que les collectivités sont là pour gérer les masques.

La logique d’un parti unique central conduira à un rétrécissement politique qui pourrait aboutir à la victoire de l’un des extrêmes. Mais alors pourquoi s'est-il mis autant d'élus à dos ?

Il agit avec la conviction qu'il faut un État fort. Et, pour lui, alors, l'État, c'est seulement l'État central. Pour la majorité des Marcheurs, les territoires ne signifient pas grand-chose, leur monde, c'est celui du numérique, de l'universel. Ceux qui étaient sensibles à ces sujets, c'était nous, les élus locaux. Mais Macron lui-même en parlait peu.

C'est cela qui l'a empêché de faire le Grand Paris ?

J'ai travaillé avec le préfet d'Île-de-France pendant un an et demi sur ce sujet. Macron a toujours hésité entre deux postures : unir Paris et la première couronne – ce qui me semblait être la bonne solution – ou articuler le projet autour de la grande région. Cette hésitation était peut-être due à quelques interrogations politiques : Paris, c'est Hidalgo, et la région, Pécresse. Mais, au moment où je suis parti, on avait dans l'idée de créer deux autres métropoles intégrant l'échelon départemental, sur le modèle de celle de Lyon : Bordeaux et Toulouse.

Pas Nice, exemple qu'a cité récemment Macron ?

À Nice, le projet était un peu différent. Le problème, ce n'était pas de s'étendre sur la côte, mais de remonter dans les terres, sur les contours de la Nice savoyarde. C'est cela, la pensée d'Estrosi, et il a raison. J'ai toujours pensé qu'il fallait structurer les métropoles en fonction de l'histoire et de la géographie de chaque territoire.

Macron peut-il maintenant devenir un président girondin, décentralisateur ?

Il aura du mal. L'économiste qu'il est voit bien que les grandes villes sont porteuses d'une bonne partie du PIB français. Mais, après, quand il s'agit de dire que ce n'est pas à l'État d'impulser le mouvement, c'est sans doute plus difficile pour lui.

Sur les sujets régaliens, quel bilan dressez-vous du quinquennat ?

D'un point de vue strictement comptable, il a fait ce qu'il avait dit, en créant 10 000 postes dans la police et la gendarmerie. C'est le cas aussi en matière de lutte contre le terrorisme, du renforcement de la DGSI. On a par ailleurs rééquipé les forces en voitures, rénové les commissariats et les gendarmeries. Il n'empêche qu'aujourd'hui l'insécurité baisse et… augmente. Elle diminue sur les atteintes aux biens, cambriolages et vols de voitures, grâce aux technologies de sécurité. Mais les violences sont en croissance : intrafamiliales, contre les femmes – même si c'est aussi parce que, comme le dit Gérald Darmanin, la parole s'est libérée – et dans la rue. Et, surtout, il reste le fléau du trafic de drogue, qui a grimpé et représente aujourd'hui un volume de 4,2 milliards d'euros quand l'achat de livres, par exemple, c'est 3,5 milliards. C'est ainsi qu'on voit une société en train de se déconstruire.

Macron aura du mal à devenir un président décentralisateur. L’économiste qu’il est voit bien que les grandes villes sont porteuses d’une bonne partie du PIB français. Mais, après, quand il s’agit de dire que ce n’est pas à l’État d’impulser le mouvement, c’est sans doute plus difficile pour lui.

Et sur l'immigration ?

Je n'ai jamais confondu l'immigration économique et celle qui répond aux vrais besoins d'asile, au sens de la convention de Genève. Quand on voit aujourd'hui que la seconde catégorie de demandeurs d'asile est représentée par les personnes venant de Côte d'Ivoire, qui est un pays sûr et économiquement pas le plus défavorisé, c'est un non-sens. Ce n'est pas comme ceux qui fuient des théâtres de guerre comme le Tigré (Éthiopie) ou aujourd'hui l'Ukraine. Ceux-là, bien évidemment, nous devons les accueillir. Il faut que le droit d'asile s'applique à ceux qui doivent être protégés, aux personnes menacées dans leur pays, parce qu'il y a la guerre ou parce qu'ils peuvent être victimes de persécutions. Faisons-le, c'est bien. Mais il est impossible d'accueillir le monde entier. On évoque le sujet seulement sous l'émotion, avec des coups de balancier. C'est sur ces sujets-là que nous nous sommes séparés avec le président.

Pourquoi ?

Je ne me sentais pas soutenu. Le président voyait bien que ce problème se posait avec toujours plus d'acuité dans notre pays, mais, à l'échelle européenne, face au groupe de Visegrad rassemblant les États partisans du « pas d'immigration chez nous » (Hongrie, Pologne, Tchéquie, Slovaquie), il voulait incarner le visage humaniste de l'Europe. C'est un équilibre difficile à trouver.

Vous pensez qu'il y a eu trop d'angélisme ?

Quand vous laissez diffuser le message « portes ouvertes chez nous », il y a inévitablement un effet d'attractivité. Ce mot d'attractivité hérissait tellement le président que l'on parlait de « pull effect ». C'est la même chose, mais en anglais. En réalité, c'est bien avant son arrivée que notre système est devenu l'un des plus susceptibles d'attirer une immigration forte. Il y a besoin de mettre davantage l'accent sur l'intégration : accueillir moins, mais mieux, à l'instar des dispositifs mis en place en Allemagne, où l'organisation est extrêmement performante.

Comment voyez-vous ce second quinquennat ?

C'est peu dire qu'il ne débute pas sous des auspices favorables. On pensait qu'on allait retrouver une période de croissance, or l'inflation grimpe, la guerre en Ukraine provoque des pénuries, le Covid en Chine affecte les chaînes de production, et toute notre industrie se retrouve en grande difficulté. Et puis les entreprises ont des prêts à rembourser, comme les prêts garantis par l'État (PGE), et on commence à voir certaines sociétés se retrouver devant les tribunaux de commerce. La croissance a été de zéro au premier trimestre… Enfin, on a débloqué beaucoup d'argent pour sauver nos économies durant la crise du Covid, et nous sommes donc hyperendettés.

Le «quoi qu’il en coûte» a mis dans les têtes l’idée selon laquelle la puissance publique bénéficiait de moyens infinis.

La dette est un sujet qui a presque disparu de la campagne présidentielle…

Absolument. Et pourtant, les banques centrales commencent à mener une politique plus restrictive après avoir beaucoup prêté. Nous faisons face à des problèmes structurels, et, en même temps, à des attentes très fortes. Le « quoi qu'il en coûte » a mis dans les têtes l'idée selon laquelle la puissance publique bénéficiait de moyens infinis. La contradiction entre la réalité et le désir va être complexe à gérer.

Sur la dépense publique, le macronisme ne s'est-il pas rapproché de l'ancien monde ?

Heureusement, deux hommes y étaient attentifs : Édouard Philippe et Alexis Kohler. Il va bien falloir qu'on rembourse, et qu'on revienne au réalisme. Car, parmi les pays industriels, on est aujourd'hui les plus endettés par rapport à nos recettes, après le Japon…

Ministre, vous disiez que la réforme était ralentie par la technostructure. Vous le pensez toujours ?

Si par technostructure vous entendez les personnels de la haute administration, je les trouve bien plus ouverts qu'on ne le dit : si vous êtes résolu, et que vous les convainquez, ils vous suivent bien volontiers. C'est plutôt dans la couche intermédiaire, entre le politique et l'administratif, que se situe le problème. Il y a là quelques trentenaires qui, parce qu'ils sont bardés de diplômes, sont persuadés d'avoir raison alors qu'ils ont une vision qui peut parfois manquer de réalisme. S'y ajoutent des visiteurs du soir qui peuvent dire le contraire de ce que les ministres ont dit durant la journée et amener le président à hésiter.

Macron, en 2017, avait fait campagne sur la défense des « outsiders » et la lutte contre les rentes… Cette volonté s'est-elle émoussée ?

Il est vrai qu'en 2017 il y avait un allant, une énergie formidable. Si l'on considère les difficultés des banlieues, par exemple, on ne peut pas dire après cinq ans que les « outsiders » sont devenus des « insiders ». Il a manqué, à mon avis, la dimension géographique de l'action. On a pensé en termes d'individus. Or un quartier, ce n'est pas une somme d'individus, c'est un collectif, avec une culture qui est la sienne. L'action de Macron a pâti de ne pas être inscrite dans les territoires. Comment voulez-vous pousser à l'émancipation d'outsiders, si les politiques menées sont un peu en apesanteur et ne s'adaptent pas à la situation propre d'un territoire comme la Seine-Saint-Denis ?

L’action de Macron a pâti de ne pas être inscrite dans les territoires.

Globalement, vous pensez donc Emmanuel Macron capable de lancer de nouvelles réformes ?

Je l'espère ! Il le faut ! Mais ça va être dur. D'autant qu'il aura face à lui les blocs Le Pen et Mélenchon, qui ont, d'une certaine manière, la même approche de l'économie. Et sachant que le PS ou EELV sont en train de se rallier à Mélenchon…

Justement, vous qui êtes un enfant du congrès d'Épinay (1971), comment jugez-vous le rapprochement entre Mélenchon et le PS ?

J'étais là avant même Épinay, j'ai adhéré en 1969 à la Convention des institutions républicaines ! La rupture historique avec un socialisme ancien, c'est François Mitterrand qui l'a accomplie avec le tournant de la rigueur en 1983 pour tenir compte des réalités de l'époque. Or regardez la situation : le monde est aujourd'hui engagé dans une période de profonde révolution scientifique, technologique, avec des innovations qui vont bouleverser la donne. Les États-Unis et la Chine en tête. Or en France aujourd'hui, notamment chez un certain nombre de partisans de Mélenchon ou des Verts, il y a une pensée antiprogrès, antiscientifique, voire antivaccin, qui s'est développée. C'est là mon désaccord d'ailleurs avec les Verts : non sur l'écologie, mais parce que je pense que c'est avant tout par l'innovation et par la science que l'on répondra aux défis qui sont les nôtres, notamment sur le climat.

Dans l'exercice du pouvoir, Macron a dit qu'il voulait changer de méthode. Que lui conseillez-vous ?

D'abord de se changer lui-même (rires). Dans la gestion de la crise, et il en a subi au long de ce quinquennat, il est plutôt bon. Mais, quelquefois, il peut mettre en danger toute sa politique par une attitude. On l'a encore vu lors de son débat face à Marine Le Pen : il n'était pas utile d'afficher un tel sentiment de supériorité. Même s'il avait une maîtrise totale des dossiers techniques. Cela a choqué les téléspectateurs, bien au-delà des partisans de Marine Le Pen. Ce constat a renvoyé à un certain nombre de petites phrases où il avait peut-être raison sur le fond, mais pas sur la forme. Un élu local ne se serait pas exprimé ainsi : dans la rue, vous écoutez les gens même si vous n'êtes pas d'accord avec eux. Pour les convaincre, il faut avoir conscience qu'il y a toujours une part de vérité dans ce qu'ils vous disent.

Au Champ-de-Mars, le soir de la victoire, il y avait un signe qui ne trompait pas : le visage de Brigitte Macron, il était grave, on voyait bien qu’elle savait que les cinq prochaines années seront extrêmement dures.

Et dans le fonctionnement du gouvernement ?

Certains disent qu'il voulait être ministre de tout… Je peux en témoigner… Il épluchait tout. Pendant les conseils des ministres, tout en dirigeant la réunion, il lisait toutes les fiches sur la sécurité provenant du ministère de l'Intérieur. Macron, c'est un inventeur, un lanceur d'idées, quelqu'un qui a de la culture, mais qui peut parfois trop se focaliser sur le détail. Il peut être dans une pensée cosmique ou être totalement absorbé par les microsujets, mais il peut pécher au niveau intermédiaire, celui de l'organisation. D'où le rôle complémentaire de Philippe et de Kohler pour que l'idée devienne réalité. Philippe avait donc un rôle que j'ai jugé positif, car il me semble que le président a besoin aussi d'un Premier ministre fort. Rappelons-le : le Premier ministre dirige l'administration.

En quoi Macron a-t-il changé ?

Lorsqu'il m'a remis la Légion d'honneur, début mars, je l'ai trouvé plus en forme que je ne l'aurais pensé, même si forcément, le quinquennat l'a marqué et s'il sait la situation actuelle difficile. Mais au Champ-de-Mars, le soir de la victoire, il y avait un signe qui ne trompait pas : le visage de Brigitte Macron, il était grave, on voyait bien qu'elle savait que les cinq prochaines années seront extrêmement dures. Et lui en a parfaitement conscience aussi. Il faut donc qu'il s'entoure de gens qui n'hésitent pas l'informer de la réalité, même quand elle est moins bonne qu'on ne le souhaiterait. S'il n'a autour de lui que des béni-oui-oui, cela peut devenir compliqué ! Alors c'est vrai que l'on peut se faire taper sur les doigts, ça m'est arrivé. Par exemple, quand j'ai dit ce que je pensais des 80 km/heure sur route, je ne pensais pas commettre une hérésie absolue, et la suite a montré que j'avais plutôt raison… Le problème, c'est qu'il est toujours difficile d'entendre des vérités un peu trop abruptes. C'est bien là le problème qui a causé mon départ. Pourtant, vous savez quel était mon attachement pour le président, je me serais mis en quatre pour lui. J'ai donc été beaucoup affecté par la période qui a suivi, au cours de laquelle on ne s'est plus beaucoup parlé.

L'Europe a toujours été la colonne vertébrale de Macron et c’est sa chance, car les Français perçoivent peut-être mieux aujourd’hui combien elle est importante pour l’avenir de notre pays.

Quel est le principal atout de Macron pour réussir son quinquennat ?

L'Europe, indéniablement. Ce sujet a toujours été sa colonne vertébrale et c'est sa chance, car les Français perçoivent peut-être mieux aujourd'hui combien l'Europe est importante pour l'avenir de notre pays. Cela a été démontré avec le Covid : on n'a – hélas ! – pas réussi à produire de vaccins en France, mais la politique européenne commune sur ce sujet nous a permis de venir à bout de la pandémie. Il y a eu aussi le plan de relance européen, une avancée fantastique. Enfin, la guerre en Ukraine nous fait prendre conscience de notre faiblesse en matière de défense. Or, si l'Europe veut peser sur l'Histoire, c'est maintenant.

par Alain Weber sur X 9 août 2026
Un post d’Alain Weber publié sur X, dont nous partageons pleinement l’analyse et les conclusions à propos de ce que nous considérons comme la lie du paysage politique actuel : Gabriel Attal et Dominique de Villepin : https://x.com/alainpaulweber/status/2084392385279041632 "Je ne supporte pas Gabriel Attal. Cette agitation perpétuelle, cette manie de confondre vitesse et profondeur, cette autorité sous tension qui tient plus du réflexe que de la pensée, tout sonne faux, forcé, surjoué. Mais voir Dominique de Villepin monter en chaire pour lui faire la morale relève du théâtre de grand Guignol. D’un côté, Attal : l’énergie sans cap, la fermeté d’affiche, le volontarisme d’apparat. Ça gesticule, ça simplifie, ça promet avec la vitesse et la force de quelqu’un qui sait qu’il ne tiendra pas ses engagements. Une politique à l’adrénaline, où l’effet remplace l’idée. De l’autre, Villepin : la voix grave, le verbe ample, la posture impeccable. Il parle comme on déclame, avec cette assurance tranquille de ceux qui se regardent penser. Mais à force de hauteur, il par perdre tout contact avec la réalité et finit par flotter dans son immensité intellectuelle… L’un s’excite, l’autre se contemple. L’un fait du bruit, l’autre fait de l’écho. Et puis il y a ce double jeu à peine dissimulé : Dominique de Villepin, devenu tribun d’une gauche immigrationiste, sur ordre du Qatar , et Gabriel Attal, socialiste pressé qui voudrait faire croire qu’il est de droite. Deux trajectoires, deux discours, un même parfum d’imposture. Bref, deux calamités. Deux profils qui devraient se tenir extrêmement loin du pouvoir si l’on veut laisser à ce pays une chance de s’en sortir." 
par Dominique Reynié dans FigaroVox 9 août 2026
"L’écologisme est en contradiction avec la marche d’un monde avide de croissance comme avec la volonté des Français de maintenir leur niveau de vie et de l’accroître si possible" Longue interview de Dominique Reynié par Alexandre Devecchio dans FigaroVox https://www.lefigaro.fr/politique/dominique-reynie-l-ete-2026-aura-montre-que-l-ecologisme-est-devenu-l-ennemi-de-l-ecologie-20260802 LE FIGARO. - Selon beaucoup d’observateurs, les incendies ne relèvent pas seulement de la catastrophe naturelle, ils sont aussi le résultat de choix politiques liés à une certaine écologie. Les militants écologistes ont ainsi lutté pendant des années contre le débroussaillement, la gestion forestière ou encore les retenues d’eau… Peut-on parler de catastrophe politique ? DOMINIQUE REYNIÉ. - Je le crois. Il faut que nous apprenions à distinguer entre, d’une part, l’écologie , qui désigne à la fois une science et une préoccupation pour l’environnement, pour le vivant, pour sa fragilité et, d’autre part, l’écologisme, qui est une idéologie construite et mobilisée pour servir un projet de conquête du pouvoir. On comprend aisément que le réchauffement climatique favorise la propagation des incendies . Mais la catastrophe que nous vivons est en effet le résultat d’une détermination politique particulière, celle de l’influence pernicieuse de l’écologisme sur l’action publique. Dès les premiers incendies, les chaînes d’information continue accueillaient des intervenants établissant explicitement une relation directe de cause à effet entre le réchauffement climatique et les incendies, comme si le feu avait pris spontanément, dans une atmosphère surchauffée. On a vu des représentants d’Oxfam - qui se définit comme « une association de solidarité internationale qui lutte contre la pauvreté, les inégalités et le changement climatique » - expliquant les incendies par le réchauffement climatique, et mettant aussitôt en cause nos modes de vie, la croissance économique, les entreprises, le « capitalisme », etc. Il aura fallu un peu de temps avant de commencer à discuter des défaillances des politiques publiques, des investissements insuffisants ou trop souvent différés, des causes des départs de feu. À lire aussi Climatisation, incendies, nucléaire… L’été dantesque consacre la défaite de l’écologisme politique Surveiller les forêts, perfectionner les outils pour les combattre, sanctionner les comportements imprudents, punir les actes coupables, etc., tout cela dépend d’une stratégie, d’une organisation, de moyens financiers, humains et techniques, c’est-à-dire d’une bonne politique, mais c’est celle à laquelle les écologistes n’ont cessé de s’opposer, aidés d’ailleurs en cela par LFI. Les tragiques incendies de l’été 2026 nous montrent, pour la première fois, qu’une catastrophe écologique n’est pas seulement l’effet du climat ou de la globalisation économique, mais aussi de l’influence de l’écologisme, qui abuse d’images évidemment impressionnantes sans laisser suffisamment de place à des argumentations rigoureuses. Le discours écologiste est tellement pesant et anxiogène qu’on en est arrivés à inventer le terme d’écoanxiété pour caractériser cette angoisse dont les dégâts produits sur l’opinion publique, en particulier sur les nouvelles générations, sont considérables. Ne leur répète-t-on pas, finalement, que vivre est un cauchemar, voire une faute et que la nature serait victime de l’humanité ? Depuis les années 1970, les écologistes ont gagné en notoriété grâce à une politisation extrême des problèmes environnementaux De l’affaiblissement de notre filière nucléaire aux incendies, en passant par notre retard en matière de climatisation dans un contexte de réchauffement climatique, sommes-nous en train de payer les conséquences de l’influence politique de cet écologisme ? Rappelons de quoi est fait cet écologisme. Il est hostile à la croissance économique, aux entreprises, à l’innovation, souvent aux progrès scientifiques, à ce qui est la source de la plupart des solutions politiques aux grands problèmes que rencontre le monde. Les écologistes ont avec l’écologie la même relation que le RN avec l’immigration : c’est un enjeu existentiel ; c’est leur raison d’être. Pour les écologistes comme pour le RN, un monde de solutions est un monde où ils n’ont plus leur place. Depuis les années 1970, les écologistes ont gagné en notoriété grâce à une politisation extrême des problèmes environnementaux, en imputant sans nuance aux États et à leurs dirigeants la responsabilité des phénomènes et des catastrophes climatiques. Les voici aujourd’hui à leur tour désignés parmi les responsables de cette catastrophe. L’été 2026 aura établi aux yeux de tous que, en fait, cet écologisme peut être l’ennemi de l’écologie. La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, s’est montrée hostile à l’extension de la climatisation avant de menacer de démissionner à la suite de l’adoption de la loi d’urgence agricole. Que cela révèle-t-il ? Les partis de centre gauche et de centre droit se laissent-ils trop souvent intimider par l’écologisme radical ? Assurément. Le principal problème posé par l’écologisme est politique et, plus précisément, démocratique. L’écologisme est parvenu à prendre le pouvoir sans avoir réussi à convaincre les électeurs. Ainsi, face au dérèglement climatique, qui aurait dû les avantager, les écologistes ont choisi de répondre non par le marché, la société civile, la créativité, l’initiative et l’innovation, mais par le projet démesuré de « sauver la planète » grâce à une « transition écologique » conçue et conduite depuis Bruxelles, pour l’Union européenne, et depuis Paris pour la France. Ces idées relèvent d’une conception suradministrée des affaires publiques. Le résultat est le déploiement d’un régime de réglementations, d’autorisations, de contrôles et de surveillances de plus en plus étroit, intrusif et sévère, sans égard pour les libertés individuelles, et d’ailleurs sans effet sur le réchauffement climatique. Cet écologisme par les normes, cet écologisme bureaucratique, s’est non seulement mis en place sans avoir eu besoin de l’assentiment des électeurs, mais aussi sans les en avoir informés, de même qu’ils ne furent pas informés, entre 1997 et 2017, du quasi-abandon de notre filière nucléaire, qui constitue pourtant notre plus grand atout industriel, ainsi que notre meilleure réponse aux défis de la souveraineté énergétique et du réchauffement climatique. En ce sens, on peut considérer le mouvement des « gilets jaunes » comme un premier coup d’arrêt populaire imposé à l’idéologie écologiste, un coup d’arrêt d’ailleurs opéré selon une méthode manifestante et non électorale, comme s’il s’agissait, pour les « gilets jaunes », de répondre à l’écologisme avec ses mêmes méthodes de blocages protestataires et de confrontations violentes. Je dirais que l’écologisme est en train de perdre la bataille législative et gouvernementale Le virage pronucléaire d’Emmanuel Macron a-t-il été un tournant ? L’écologisme radical est-il en train de perdre la bataille culturelle ? Je dirais que l’écologisme est en train de perdre la bataille législative et gouvernementale. Cependant, la récusation électorale de l’écologisme n’empêche pas sa domination culturelle. On le voit à travers l’extraordinaire bienveillance du monde médiatique, qui est l’un des grands privilèges concédés à cette idéologie. On le voit aussi dans l’omniprésence du discours écologiste partisan, de fait institutionnalisé. On songe à ce qu’Althusser appelait les « appareils idéologiques d’État » : l’école, et par l’école on atteint aussi les familles, les universités, le monde intellectuel, les médias, en particulier l’audiovisuel d’État, ou encore le monde culturel. On voit aussi de nouveaux appareils idéologiques à l’œuvre, avec les plateformes numériques, les moteurs de recherche, les IA, Wikipédia, etc., et à travers eux les métiers de la communication et du marketing, affectant le discours de nombre d’entreprises ; elles reprennent à leur compte l’écologisme en imaginant un effet bénéfique, sans toujours voir qu’elles alimentent un gauchisme culturel qui ne leur veut pas du bien. Les écologistes étaient tout de même les premiers défenseurs de l’euthanasie. Et la loi qui a été adoptée s’inscrit dans leur vision radicale. Comment expliquez-vous l’engagement des écologistes sur la question de l’euthanasie et leur victoire politique sur cette question ? C’est une autre dimension de l’impensé écologiste et une autre cause de leur déclin. Les écologistes ont insisté sur la fragilité du vivant et la vulnérabilité du monde - plus qu’aucune autre famille politique -, ils ont dénoncé les dangers du pouvoir médical, pour finalement prendre une part prépondérante à la légalisation de l’euthanasie. Au fond, l’écologisme n’a-t-il pas ainsi rompu avec ce qui est supposé être le cœur de sa doctrine, la protection du vivant, le souci de sa fragilité, la protection des plus faibles ? L’écologie et la protection de la nature demeurent des questions majeures. Le risque est-il que l’opinion publique en vienne à confondre ces enjeux avec l’écologisme radical et rejette en bloc toute forme d’écologie ? Comment réconcilier l’écologie avec la liberté, le progrès réel et la démocratie ? Il me semble que l’on ne s’y trompe pas. En effet, d’une part, les études d’opinion nous disent que les enjeux écologiques préoccupent très largement la population. D’autre part, les résultats électoraux montrent que les Français refusent fermement, et depuis toujours, d’accorder leur confiance aux écologistes. Cet écologisme dogmatique, assimilable à l’extrême gauche parce qu’il se présente comme l’ennemi juré de la croissance économique et du confort matériel, n’a jamais intéressé la majorité des électeurs. Le gauchisme est-il l’avenir de l’écologisme ? Les tenants de l’écologisme sont pris dans une relation conflictuelle, inextricable, avec la démocratie. La victoire électorale est une perspective qui leur semble inatteignable, à juste titre. Les élections ne leur seront pas favorables avant longtemps, peut-être jamais. C’est pourquoi on assiste, au sein de l’écologisme et à gauche en général, au retour d’un discours archaïque constitutif des premiers âges de la gauche, au milieu du XIX e siècle, et qui contestait la capacité de l’électeur, son indépendance, la valeur de l’élection, la représentativité des représentants élus. L’intérêt théorique bien réel de ces sujets n’interdit pas de relever que les partis qui parlent de plus en plus de « conventions citoyennes », de tirage au sort et de « démocratie participative » sont ceux auxquels les élections générales et les référendums - bref, la souveraineté électorale - ont peu de chance d’être favorables. L’écologisme est en contradiction avec la marche d’un monde avide de croissance comme avec la volonté des Français de maintenir leur niveau de vie et de l’accroître si possible Ce qui, hier, était magnifié, l’élection au suffrage universel, est aujourd’hui, à gauche, un sujet de suspicion. Si l’écologisme est parvenu à gouverner tout en étant la composante marginale de coalitions fragiles ou minoritaires, depuis une trentaine d’années jusqu’à aujourd’hui, il suscite maintenant une exaspération montante qui appelle un arbitrage démocratique. L’écologisme est en contradiction avec la marche d’un monde avide de croissance comme avec la volonté des Français de maintenir leur niveau de vie et de l’accroître si possible. Les écologistes devraient opérer un virage réformiste. Mais, différemment, ils semblent s’engager depuis quelques années sur le chemin d’une mutation de sens contraire, comme si, faute de pouvoir imaginer leur victoire électorale, ils cédaient à la tentation, en assumant leur conversion à une politique antisystème. C’est bien ce processus qui est à l’œuvre dans le rapprochement avec LFI. Il pourrait aboutir à une union lors des prochaines élections législatives de juin 2027. Mais le rapprochement avec LFI a un prix. Il implique notamment de se lier avec les mouvances antisémites et islamistes qui travaillent la gauche française et l’ensemble de la gauche européenne.
par Nicolas Pouvreau-Monti dans FigaroVox 4 août 2026
"Près de 60 000 migrants ont franchi en une seule journée la frontière qui sépare le royaume du Maroc du territoire espagnol. Cette crise révèle un enchevêtrement d’erreurs et de naïvetés cumulées, dont les leçons, comme les effets, valent pour l’Europe entière, analyse le directeur de l’Observatoire de l’immigration et de la démographie."  Une tribune très éclairante de Nicolas Pouvreau-Monti (co-fondateur et directeur de l’Observatoire de l’Immigration et de la Démographie) sur les récents évènements à la frontière entre le Maroc et l'Espagne à lire dans FigaroVox : https://www.lefigaro.fr/vox/politique/nicolas-pouvreau-monti-ceuta-n-est-pas-une-anomalie-c-est-un-avertissement-20260731 Nicolas Pouvreau-Monti : « Ceuta n’est pas une anomalie, c’est un avertissement » Il aura suffi de quelques heures pour qu’une enclave de 18 kilomètres carrés devienne l’épicentre d’une crise européenne. À Ceuta, près de 60 000 migrants – majoritairement des jeunes hommes marocains – ont franchi en une journée, de manière irrégulière, la frontière qui sépare le royaume du Maroc du territoire espagnol. La ruée vers cette ville autonome n’est pas seulement le visage d’un échec policier ou sécuritaire. Elle révèle un enchevêtrement d’erreurs et de naïvetés cumulées, dont les leçons (comme les effets) valent pour l’Europe entière. À découvrir Avec son plan de régularisation des clandestins annoncé en janvier 2026, l’exécutif espagnol pensait ouvrir un dispositif concernant 500 000 personnes environ. Au 30 juin dernier : 1,2 million de dossiers avaient été déposés. Les Marocains en constituaient la deuxième nationalité la plus nombreuse. Pedro Sanchez cherche, depuis plusieurs années, à se positionner comme l’un des derniers dirigeants du monde démocratique explicitement favorables à une immigration sans contrôle. En témoignent ses interventions dans la presse internationale – comme sa tribune parue dans le New York Times en février dernier, ainsi titrée : « Je suis le premier ministre espagnol. Voici pourquoi l’Occident a besoin des migrants. » Ce faisant, Sanchez a ignoré délibérément un phénomène dont l’existence est pourtant attestée au niveau mondial : celui de « l’appel d’air » généré par ce type de décision. Tandis que l’ensemble des passages irréguliers détectés par Frontex aux frontières extérieures de l’UE a reculé de 25% l’an dernier, la seule route migratoire qui a connu une hausse notable de ses franchissements est celle de la Méditerranée occidentale – qui va, précisément, du nord du Maroc au sud de l’Espagne. La perspective de cette régularisation massive était déjà évoquée publiquement par Madrid. Cette ruée vers Ceuta met à nouveau en lumière l’extraordinaire fragilité à laquelle nous expose l’état actuel de l’espace Schengen. Un seul pays, même radicalement isolé en Europe (l’adoption récente du « règlement Retour » par le Parlement européen en témoigne), est en mesure d’imposer les conséquences de ses décisions à l’ensemble des autres États membres de la zone. Des règles dérogatoires de contrôle s’appliquent, certes, au départ des enclaves de Ceuta et Melilla vers le continent. Mais quiconque posera le pied en Andalousie entrera dans un espace de 4 millions de kilomètres carrés, où l’absence de contrôle aux frontières – non seulement pour les citoyens de l’UE, mais aussi pour les ressortissants extraeuropéens – constitue un principe solidement garanti. Des modalités de rétablissement temporaire des contrôles sont certes prévues par le droit, comme l’a rappelé le ministre Laurent Nunez pour tenter d’apaiser les craintes. Mais celles-ci se trouvent très limitées dans leur mise en œuvre concrète. Dans la foulée d’une décision de la Cour de Justice de l’Union européenne en 2023 : les décisions rapides et souveraines de « non-admission » à la frontière française, qui étaient pratiquées largement à la frontière avec l’Italie depuis 2015 (et auraient pu l’être face à l’Espagne aujourd’hui), ont chuté de 80% en un an. L’apparent relâchement des contrôles marocains qui a accompagné la ruée vers Ceuta devrait aussi déciller les yeux de nos dirigeants devant une évidence stratégique : l’arme migratoire est devenue l’un des principaux leviers de déstabilisation contre les États européens. Le « gouvernement des juges » n’est pas innocent, non plus, dans la crise déclenchée à Ceuta. Au début du mois de juillet, le Tribunal suprême espagnol a publié un arrêt rendant impossible le recours aux « refoulements immédiats » pour les clandestins arrivant par la mer. Les migrants – et, plus encore, les réseaux criminels qui les accompagnent – sont des individus rationnels, qu’il importerait de considérer enfin comme tels. Ils réagissent aux signaux et aux contre-signaux, d’ouverture ou de fermeté. Ils pèsent les opportunités avec les risques qui leur sont associés. Les messages irresponsables envoyés par des gouvernements ou des juridictions engendrent des effets concrets sur la dynamique des flux. L’apparent relâchement des contrôles marocains qui a accompagné la ruée vers Ceuta devrait aussi déciller les yeux de nos dirigeants devant une évidence stratégique : l’arme migratoire est devenue l’un des principaux leviers de déstabilisation contre les États européens. De la même façon que l’Algérie a « fait payer » la France pour le virage pro-marocain opéré par notre diplomatie en 2024, rompant toute coopération dans le domaine migratoire et facilitant les départs, le régime de Rabat n’apprécie pas le rapprochement engagé entre Madrid et Alger – ni la position du gouvernement Sanchez sur la question du Sahara occidental. Ce genre de stratégie hostile n’est pas seulement déployé au sud. En 2021, la Biélorussie d’Alexandre Loukachenko a organisé l’acheminement de milliers de migrants du Moyen-Orient jusqu’aux frontières de la Pologne et de la Lituanie, afin d’exercer une pression politique sur l’Union européenne en représailles aux sanctions occidentales. La Turquie d’Erdogan l’a fait aussi. Cet instrument de guerre hybride est d’autant plus efficace que l’Europe entretient activement sa propre vulnérabilité, par un ordre juridique qui fait de notre continent le plus ouvert à l’immigration irrégulière dans le monde. L’instrumentalisation des migrations est aussi le moyen récurrent d’une « annexion par le bas » pour des gouvernements revendiquant leur souveraineté sur des territoires où ils ne l’exercent pas. Rabat considère Ceuta et Melilla comme des territoires marocains occupés par l’Espagne : l’afflux de ses ressortissants en masse et en force est un moyen d’affirmer cette position, tout comme de préparer un basculement démographique favorable au rattachement. Ce mode opératoire est le même que celui déployé par les Comores à Mayotte, dans un objectif identique. Les crises migratoires ne sont plus seulement des défis humanitaires ; elles sont devenues des terrains de confrontation stratégique. Ceuta n’est pas une anomalie. C’est un avertissement.
par Jean-Frédéric Poisson dans VA 29 juillet 2026
Une tribune de Jean-Frédéric Poisson sur le rôle du Conseil Constitutionnel et sur les réformes possibles pour garantir l’État de droit ! https://www.valeursactuelles.com/clubvaleurs/politique/jean-frederic-poisson-pour-une-reforme-du-conseil-constitutionnel Le sentiment de défiance à l'égard des « Sages » vient de ce qu'ils donnent trop souvent l'impression de faire de la politique au lieu de dire le droit, de réduire l'espace de débat au lieu de le protéger. Par Jean-Frédéric Poisson Publié le 22 juillet 2026 à 21h00 Le Conseil constitutionnel a-t-il progressivement excédé sa fonction ? Un sentiment s’installe dans le débat public français : celui d’un Conseil constitutionnel dont le pouvoir aurait progressivement excédé sa fonction. À chaque grande loi censurée ou partiellement amputée, revient la même interrogation : le Conseil dit-il le droit ou participe-t-il désormais à la décision politique, notamment sur des sujets sensibles comme l’immigration, les retraites, la sécurité ou la crise sanitaire ? L’État de droit contre la démocratie Cette question ne peut être écartée au nom de la défense abstraite de « l’État de droit ». Il faut distinguer l’état du droit, c’est-à-dire l’ensemble des normes en vigueur, de l’ État de droit , qui désigne un régime où le pouvoir est limité, séparé et contrôlé, et où les citoyens concourent librement à la formation de la loi. Le premier relève des politiques publiques ; le second des conditions de la liberté politique. Depuis la décision de 1971 sur la liberté d’association, le Conseil a progressivement étendu son contrôle en s’appuyant sur le « bloc de constitutionnalité » : Constitution de 1958, Déclaration de 1789, Préambule de 1946, Charte de l’environnement, principes fondamentaux reconnus par les lois de la République et diverses constructions jurisprudentielles. Ce mouvement peut être vu comme un progrès pour les droits fondamentaux. Mais plus ce bloc s’élargit, plus le juge dispose d’une marge d’interprétation susceptible de l’amener à arbitrer entre plusieurs conceptions également légitimes de la liberté, de l’égalité ou de la fraternité. Il ne protège alors plus seulement le cadre du débat démocratique : il en réduit parfois l’espace. Rétablir la confiance entre le peuple et les institutions La réforme du Conseil constitutionnel devrait donc devenir un chantier majeur du rétablissement de la confiance entre le peuple et les institutions. La défiance actuelle tient aussi à l’impression que certains choix collectifs échappent désormais au suffrage et au Parlement. Une démocratie constitutionnelle a besoin de limites à la majorité ; elle a aussi besoin que ces limites soient claires, lisibles et directement rattachées à la Constitution. Plusieurs réformes sont envisageables : renforcer la motivation des décisions, revoir les modalités de nomination, exiger une compétence juridique renforcée, supprimer les anciens présidents de la République comme membres de droit, développer les règles de déontologie, publier les votes et autoriser les opinions dissidentes. Ces mesures amélioreraient la transparence sans modifier l’équilibre institutionnel. Plus profondément, il conviendrait de recentrer le contrôle de constitutionnalité sur sa finalité première : garantir l’État de droit, non orienter l’état du droit. Une révision pourrait ainsi préciser que les principes déduits de la Constitution ne peuvent justifier une censure qu’en matière de séparation des pouvoirs, de souveraineté nationale, de liberté politique, d’égalité civique, de sûreté, de légalité pénale, de garantie des droits et de régularité du suffrage, sans permettre au Conseil de substituer son appréciation à celle du législateur sur les choix de politique publique. Il ne s’agit pas d’affaiblir la Constitution, mais de rappeler qu’elle n’est pas un programme politique. Elle est la règle commune qui permet au peuple de débattre, de choisir et d’alterner. Réformer le Conseil dans cet esprit, ce serait rendre au droit constitutionnel sa véritable fonction : garantir que nul ne puisse confisquer au peuple le pouvoir de se gouverner lui-même.
par Yves d'Amecourt 28 juillet 2026
" Les grands incendies que connaît aujourd’hui la France révèlent moins une crise de la forêt qu’une crise de l’État. Ils mettent à nu une administration qui excelle à produire des normes mais peine de plus en plus à accomplir sa mission première : protéger les Français et le patrimoine dont ils ont hérité." Et si les incendies qui ravagent nos forêts chaque été n'étaient pas une fatalité climatique, mais le symptôme d'un État devenu incapable d'agir ? C'est ce que nous suggère Yves d'Amecourt dans ce magnifique texte : https://nouvellerevuepolitique.fr/yves-damecourt-quand-la-foret-brule-cest-letat-qui-se-consume/
par Jean-Philippe Delsol dans Contrepoints (IREF) 25 juillet 2026
Peut-on programmer la justice sociale comme on programme une machine ? C'est le pari d'un rapport signé par 45 économistes, dont Thomas Piketty et Gabriel Zucman, qui promet l'égalité mondiale, la sobriété heureuse et un réchauffement contenu à 1,8°C — le tout d'ici 2100. Une utopie séduisante sur le papier — mais qui a déjà un nom dans l'Histoire. "Il se trouve toujours des naïfs pour faire confiance à ces idéologues et des institutions perverties pour en propager les théories dangereuses . Ne nous lassons pas de dénoncer ces prophètes de malheur et de répéter que l’ordre spontané d’un monde libre est toujours meilleur et plus efficace." Jean. Philippe Delsol dans Contrepoints nous partage une excellente analyse des biais idéologiques de toutes ces belles idées : https://contrepoints.org/rapport-sur-la-justice-pikettyrannie-et-zucmanipulation/
par Marc Rameaux dans Causeur 19 juillet 2026
"Le relativisme hérité de Mai 68 nous pollue encore. Nous devons balayer ce conformisme par une pensée authentique. Par exemple en nous appuyant sur Aron, Crozier, Lévi-Strauss ou Girard qui, en leur temps, avaient bien vu la supercherie de cette pseudo-révolution." Une analyse passionnante de Mai 68 en s'appuyant sur les penseurs qui à l'époque avaient osé s'opposer à ce mouvement mortifère ... A lire dans Causeur : https://www.causeur.fr/mai-68-sous-le-pave-le-vide-330048
par Vincent Trémolet de Villers 17 juillet 2026
"L’Histoire retiendra qu’un pouvoir épuisé, une Assemblée de fortune, un président plus impopulaire que jamais , le premier ministre « le plus faible » de la Ve République ont conjugué cynisme, lâcheté et idéologie pour, au milieu de l’été 2026, permettre à l’État d’administrer la mort." Un édito de Vincent Trémolet de Villers dans FigaroVox https://www.lefigaro.fr/vox/politique/l-editorial-de-vincent-tremolet-de-villers-loi-sur-l-euthanasie-et-le-suicide-assiste-simulacre-democratique-et-nihilisme-d-etat-20260715 Incapable en dix ans d’améliorer la vie quotidienne des Français, Emmanuel Macron se félicitera certainement d’avoir, quarante-cinq ans après l’abolition de la peine de mort, rendu à l’État le pouvoir d’abréger l’existence. L’Histoire retiendra qu’un pouvoir épuisé, une Assemblée de fortune, un président plus impopulaire que jamais , le premier ministre « le plus faible » de la Ve République ont conjugué cynisme, lâcheté et idéologie pour, au milieu de l’été 2026, permettre à l’État d’administrer la mort. Progressisme ? On cherche en vain le progrès moral dans cet oxymore assassin : « Tuer, c’est soigner. » Pas plus de progrès médical dans cette méthode irrémédiable d’abréviation des souffrances. Encore moins de progrès social dans cet abandon de l’État-providence au profit de ce que Dominique Reynié appelle un État « validiste ». Vieillards, grands malades, nerveux, désespérés savent désormais qu’ils sont « éligibles » au « droit à mourir ». On a beau tourner la chose dans tous les sens, on se cogne comme une mouche dans un bocal : comment faire cohabiter à l’hôpital des unités de suicidologie qui luttent héroïquement pour que des personnes ne mettent pas fin à leurs jours et des structures chargées d’assister le suicide ? Devant une telle contradiction, l’esprit est pris de vertige, et ce qui fait en l’homme l’humain s’insurge. Il fallait, nous dit-on, un trophée « sociétal » pour la « legacy » du président sortant. Preuve supplémentaire que l’impuissance publique peut s’accompagner d’une immense arrogance anthropologique. Le tout dans un mélange de lyrisme, de kitsch et de légèreté. C’est Créon, mais au pays des selfies…  Incapable en dix ans d’améliorer la vie quotidienne des Français, Emmanuel Macron se félicitera certainement d’avoir, quarante-cinq ans après l’abolition de la peine de mort, rendu à l’État le pouvoir d’abréger l’existence. Où est la victoire ? Depuis la convention citoyenne pipée jusqu’à la « célébration » ministérielle annoncée avant même le vote, ce parcours législatif aura été un simulacre de délibération, une singerie démocratique. Il projette sur la fin de ce quinquennat un nihilisme d’État. Cela ne suffira pas, pourtant, à décourager ceux qui, dans la prévenance des soins, l’apaisement des souffrances, la protection des plus faibles, le mystère intime du dernier souffle, savent que la politique a le pouvoir de changer la loi, mais pas celui de profaner le sanctuaire de la conscience.
par Institut Thomas More 27 juin 2026
Dans un rapport inédit, l’Institut Thomas More dresse l’inventaire des décisions politiques qui ont mis la France à genoux pendant ces 50 dernières années. Chute du niveau scolaire, 35 heures, système de retraite, chômage, déficits, dette, insécurité… Autant d'occasions ratées pour maintenir la France sur le chemin de la prospérité !  "Notre ambition, dans ce rapport, est d’identifier les cinquante décisions qui ont mis la France à genoux en cinquante ans, de les replacer dans leur contexte, d’expliquer les motivations de fond ou les choix opportunistes qui ont abouti à ce qu’elles soient prises, de décrire et chiffrer leur impact et leurs effets cumulatifs, les comparer aussi aux options prises par des pays semblables. Ce travail inédit n’a jamais été réalisé de cette manière : il constitue une somme considérable. Les données citées, les sources et les conséquences mesurées sont issues de statistiques et de rapports publics et parfois privés, incontestables. Il se veut et nous l’avons pensé ainsi, d’intérêt général. Car dans la perspective de 2027, il constitue un préalable à l’élaboration de tout programme crédible. Au regard de la gravité de sa situation, il est impossible de penser redresser le pays sans analyser objectivement les causes" https://institut-thomas-more.org/2026/06/25/rapport36/
par Jean-Marie Montali 10 juin 2026
"Emmanuel Razavi vit sous protection policière. Nora Bussigny est régulièrement la cible de menaces et de campagnes de haine. D’autres parmi nous vivent la même chose. Leur point commun ? Avoir enquêté sur l’islamisme, ses réseaux, l’antisémitisme contemporain ou encore les dérives de la dictature iranienne. Face aux intimidations, aux menaces de mort et aux tentatives de censure, le plus inquiétant n’est peut-être pas la violence des fanatiques. Le plus inquiétant est le silence. Celui d’une partie du monde médiatique, intellectuel et politique, qui semble avoir renoncé à défendre des principes qu’il prétend pourtant universels ." Jean-Marie Montali (né en 1962) est un journaliste français spécialisé en presse écrite , auteur de plusieurs ouvrages et réalisateur de documentaires pour la télévision . Grand reporter , il a occupé divers postes de direction, notamment rédacteur en chef , directeur adjoint et directeur exécutif de la rédaction au Figaro Magazine , directeur adjoint de la rédaction de France-Soir , et directeur adjoint des rédactions du Parisien – Aujourd'hui en France . Dans La Nouvelle Revue Politique, il s'insurge contre une étrange hiérarchie de l’indignation ... https://nouvellerevuepolitique.fr/journalistes-le-silence-qui-deshonore/