Covid-19: le grand flou des indicateurs de suivi de l’épidémie
Covid-19: le grand flou des indicateurs de suivi de l’épidémie
La transparence, premier pilier de la démocratie ? Pourquoi depuis le 18 septembre, les cartes gouvernementales de suivi des
indicateurs de l’épidémie ne sont elles plus été
mises à jour ? Il semble qu'il n'y ait pas de volonté manifeste de cacher les choses mais, encore une fois, la pédagogie n'est pas au rendez vous ...
Cela en devient presque lassant, mais redisons-le une fois encore: la transparence des autorités est fondamentale pour obtenir l’adhésion des populations et s’assurer de leur pleine coopération dans la lutte contre le virus. Les dirigeants sud-coréens n’ont cessé de le dire et de le rappeler en mars dernier pour expliquer la réussite de leur pays, rare nation démocratique à avoir réellement réussi à maîtriser durablement l’épidémie. Ce n’était pas le seul ingrédient (le triptyque «tester, tracer, isoler» en était l’autre pilier), mais les responsables sanitaires n’ont cessé d’expliquer à ceux qui voulaient bien les écouter que la communication était une clé fondamentale de leur succès.
Et sur ce sujet délicat, la France ne cesse de piétiner. Dernier exemple en date, depuis le 18 septembre, les cartes gouvernementales de suivi des indicateurs de l’épidémie, département par département, n’ont plus été mises à jour. Ces cartes tricolores (vert-orange-rouge), présentées au moment du déconfinement, devaient servir de boussoles dans la tempête. Ont-elles été jugées trop anxiogènes depuis qu’elles ont viré du vert au rouge? Toujours est-il qu’au moment où la lutte se durcit, elles ont disparu de la circulation… Il était peut-être nécessaire de modifier les indicateurs pour tenir compte de la situation difficile. Mais nous ne disposons pas non plus des cartes d’alerte avec le nouveau code couleur présenté par Olivier Véran le 23 septembre, le rouge se divisant désormais en quatre catégories selon le niveau d’alerte (rose pâle, rouge, écarlate, puis… gris pour l’urgence sanitaire).
Plus grave encore, ce tableau de bord gouvernemental ne donne aucun chiffre sur les indicateurs départementaux qui servent à définir les différents seuils d’alertes (le taux d’incidence en semaine glissante en population générale et pour les plus de 65 ans, et le taux d’occupation des réanimations).
Des données inexploitables
Lundi, le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, avait pourtant déclaré: «Le président a souhaité que désormais l’intégralité des indicateurs localisés soient rendus publics chaque jour, c’est-à-dire notamment les indicateurs qui tiennent lieu de critères lorsque nous prenons des mesures plus restrictives dans certains territoires (…). Tous ces critères territorialisés et localisés seront désormais publiés chaque jour.» Interrogé sur le sujet mardi, puis mercredi matin, le ministère de la Santé était incapable de nous donner le moindre élément sur le sujet mercredi soir.
Santé publique France de son côté publie régulièrement des chiffres sur son portail géographique Géodes, mais là encore, les données ne sont pas à jour (au moment où nous écrivons ces lignes, les plus récentes datent du 26 septembre). Et de toute façon, ni le taux d’occupation des réanimations, ni le taux d’incidence pour les plus de 65 ans ne figurent dans les centaines (!) d’indicateurs que l’on peut, plus ou moins facilement, consulter (l’interface est loin d’être destinée au grand public).
Seule source de données officielles à jour, des tableaux de données au format Excel, exhaustifs, publiés sur data.gouv.fr mais inexploitables pour le grand public (ou les journalistes). C’est néanmoins la preuve que les données existent et, c’est peut-être plus dramatique encore, qu’il n’y a pas de réelle intention de les dissimuler. Mais il n’y a aucune volonté non plus de rendre intelligible la situation épidémique dans les territoires au moment où ce serait le plus crucial. Désolant.










