Coronavirus : La France, entre déni de réalité et court-termisme
CORONAVIRUS : La France : entre déni de réalité et court-termisme
"La crise de l’autorité est une question centrale dans la société française . Les explications relèvent évidement d’une réflexion philosophique, voire idéologique.
Mon parcours professionnel de gendarme amorcé en 1979, à la sortie de Saint-Cyr, a été sous-tendu par ce questionnement constant. Comment cette société a-t-elle pu se déliter en quelques générations ?
Il y a des causes profondes expliquées notamment par la philosophe Simone Weil dans cet ouvrage majeur qu’est « L’enracinement ». A l’instar de ce qu’elle évoquait pour expliquer l’effondrement subit de la France en 1940, on peut mettre en avant la pleine actualité du déracinement de la population française , de son égarement faute de valeurs fortes , de références intemporelles. Tout est devenu mouvant et marqué par le sceau de l’incertitude.
Mai 68 constitue sans nul doute le moment de rupture, le choc, qui débouche sur une toute nouvelle sociologie. S’il est des avancées salutaires concernant l’émancipation des femmes, on ne peut que constater au travers de cette « Révolution introuvable » pour reprendre la formule de Raymond Aron , l’avènement de l’individualisme libertaire et donc du relativisme, l’apologie de l’auto-gestion. C’est le refus de toute verticalité, la contestation de toute contrainte. De cela découlent ou s’ajoutent pèle mêle l’antimilitarisme, la stigmatisation constante des forces de l’ordre…mais également le procès de sa propre histoire, le rejet de son identité.
Mai 68, c’est aussi le paradoxe de l’alliance entre cet individualisme libertaire et l’individualisme libéral qui se satisfont tous deux de l’abolition de frontières, de la mondialisation, de la financiarisation de l’économie, et d’un capitalisme débridé.
Autant de phénomènes accroissant le déracinement, mais qui également décrédibilisent l’Etat, clé de voute de l’autorité, détenteur selon la célèbre formule de Marc Weber , du monopole de la force légitime.
Enfin, depuis les années 90 , nouvel avatar. L’émergence du multiculturalisme , soit l’avènement d’identités particulières, notamment confessionnelles, qui défient l’identité commune, lui contestent ses normes et ses codes. Emergence qu’il faut mettre en rapport avec la fin du service militaire qui, malgré certaines insuffisances, constituait un rite de passage essentiel pour la majorité des jeunes hommes dans leur acculturation à l’autorité et à la rencontre de l’autre.
Face à cela, la tendance générale au niveau des élites a été l’acceptation, par refus de se singulariser et de défier la doxa du moment, par suivisme."










